‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 72 sur 269 · MADAME GUYON · texte numérisé non relu

MADAME GUYON

5" Elle fait des miracles, et il émane d'elle une vertu divine par le moyen de la parole de son céleste époux : c( Notre-Seigneur me donnait, dit-elle, le pouvoir d'un Dieu sur les âmes. »

6° Épouse du. Christ, renouvelant son mariage tous les ans, elle mettait sa gloire à lui obéir, mais aussi elle «apprenait ce que c'était que àQ^ commander par le Verbe et d obéir par le même Verbe. Je trouvais en moi Jésus -Christ commandant et obéissant également. » Ibid., p. 126.

Madame Guyon eut beaucoup d'apparitions. Celles du démon jouent dans sa vie un rôle considérable. Elle eut aussi beaucoup de visions, d'extases, de jouissances spirituelles de tout genre. Elle eut surtout beaucoup de succès et de tribulations où son amour-propre joua un grand rôle. En somme, elle s'est fait un tort irréparable par les excentricités de sa vie, de ses idées, de ses affections, de ses écrits et de ses œuvres. Mais sa vie ofPre un ensemble de phénomènes phychologiques d'un intérêt infini, dignes d'une étude sérieuse, et aujourd'hui facilement impartiale, car madame Guyon est un phénomène unique dans l'histoire du mysticisme français. Saint-Martin, au point de vue pratique, et Fénelon au point de vue théorique, ne sont auprès d'elle que des écoHers. Mais tout est à refaire dans les tableaux historiques de notre mysticisme; tout y porte ou le cachet de l'enthousiasme sans critique ou la hvrée d'un fanatisme étranger à l'équité. Madame Guyon ne supporterait pas un panégyriste, mais elle demanderait un historien. Ayant eu le double malheur de rencontrer la faiblesse de Fénelon et les rigueurs de Bossuet , nous

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n'avons d'elle que des portraits de fantaisie. Bien connue, elle nous ferait connaître nombre de personnages qui, de toutes les contrées de l'Europe, renverraient sur elle ia lumière dont elle les aurait éclairés.

La théosophie, qui prend dans chaque pays ce qu'elle y trouve de plus élevé, eut pendant cette époque un caractère propre dans le sein de chaque nationalité, Elle fut riche, hardie, incommensurable dans le sein des nationalités bibliques, surtout dans celles du Nord, où les Uvres prophétiques et apocalyptiques jouent un si grand rôle.

Nous sommes frappés de ce fait en passant des théosophes français aux théosophes anglais, à Pordage et Jane Leade. Ils nous mènent beaucoup plus loin. Le médecin Pordage nous apprend, dans sa Métaphysique véritable et divine (3 vol in-8°), dans sa Théosophie des éternels invisibles^ et dans sa Sophia^ pubhée quand Swedenborg avait à peine onze ans, un fait curieux : il a, non pas tout vu en Dieu, comme Malebrauche, mais il a trouvé Dieu en soi-même. Écoutons.

« Tant que j'ai voulu porter mes regards au dehors et au-dessus de moi pom^ y découvrir le principe delà sagesse divine, je n'ai pu y atteindre; mais quand un jour je tournai mon regard au dedans de moi, je vis soudain qu'il s'y était établi (le dedans de moi vaut bien la chambre de Descartes ou celle de Swedenborg), et qu'il formait ia racine de ma vie. C'est ainsi qu'en descen-^ dant je trouvai en moi Dieu, que j'avais si longtemps et si vainement cherché hors de moi en montant. »

En apparence, on n'est ni plus avisé ni plus heureux. Et pourtant, ce ne fut pas là tout le bonheur de Pordage.

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En effet, avant Swedenborg, il eut ce qu'on appelle communément des \isions, mais ce furent, selon son dire, de véritables apparitions. Des anges ou des esprits entourés de splendeurs indescriptibles lui arrivèrent au milieu des concerts les plus harmonieux; mais il vint aussi de mauvais esprits qui se manifestaient sous les figures les plus monstrueuses, avec accompagnement des phénomènes les plus propres à révolter les sens. Que c'étaient bien , non pas des visions extatiques , mais des apparitions réelles , il en donne cette preuve : il les a perçus, avec ses initiés, de son œil interne et de son œil externe. « Car, dit-il, quand nous fermions les yeux, nous les voyions aussi bien que les yeux ouverts. Nous voyions ainsi de deux façons , intérieurement avec les yeux de l'âme, extérieurement avec les yeux du corps. La véritable et primordiale cause de cette perception, c'était l'ouverture de l'œil intérieur. »

Qu'on remarque ce précédent. L'ouverture de l'œil intérieur est aussi ce qui distingue Swedenborg, avec cette seule différence, que celui-ci a de plus la mission de faire connaître aux hommes le sens intérieur des saintes Écritures. Si Swedenborg va chercher les anges chez eux, tandis que Pordage les reçoit chez lui, le premier jouit aussi de ces visites: la partie paraît égale.

Le théosophe anglais continue : (c Et c'est ainsi que, d'une façon magique, se constatait l'intime unité de la vue interne et de la vue externe. »

Cela est encore si bien Swedenborg qu'on dirait entendre ses propres paroles. « Le discours d'un ange ou d'un esprit avec un homme, nous dit-il en philosophe soucieux de rendre raison des choses, est entendu

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