‹ Emmanuel de SwedeborgChapitre 73 sur 269 · JANE LEA1>E · texte numérisé non relu

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absolument de la même manière que le discours d'un homme avec un autre homme; mais il n'est pas entendu des assistants : c'est que le discours d'un esprit coule d'abord dans la pensée de l'homme et arrive à l'ouïe par la voie intérieure. »

Une élève de Pordage, Jane Leade, d'une belle famille de Norfolkshire, femme du monde qui avait vécu vingtsept an^dans le mariage, alla plus loin que son maître. Des visions, qui étaient des apparitions aussi, elle arriva aux révélations les plus suivies et les plus hautes.

Quoique consacrée jeune à Jésus-Christ, à tel point qu'elle ne voulut donner sa main qu'à un homme de piété qui la fortifiât dans cette union spirituelle au lieu de l'affaibhr , elle n'eut cependant ses révélations que dans un âge un peu avancé, à la suite d'une « apparition merveilleuse dont Dieu la visita en 1668, » juste soixante-dix- sept ans avant celle qu'eut Swedenborg.

On le voit , depuis que Jacques Boehme avait eu ses trois visites, tout théosophe un peu hors hgne eut les siennes. Jane en eut surtout depuis qu'elle était entrée dans la maison et dans l'union spirituelle de Pordage, la seule dont il dût être question pour une veuve alors âgée de soixante-douze ans. Mais sa plus grande aspiration, c'était d'entrer dans la nouvelle Jérusalem, cette égUse ou communauté sainte dont elle expliquait les secrètes et futures destinées, en commentant l'Apocalypse de saint Jean, comme devait le faire après elle l'illustre Suédois.

Sa mission, non moins vaste que celle de mademoiselle Bourignon, celle de madame Guyon, celle de S\vedenborg ou celle de Saint-Martin (voy. notre Vie

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de Saint-Martin., p. 425), était de faire luire la lumière dont Dieu Favait éclairée, non- seulement sur cette centaine d'initiés qui se rattachait à elle et à son ami , mais sur « toutes les nations des quatre coins de la terre. » V. sa notice sur sa vie, à la suite de ses Six traités expliqués , mis an jour par suite dune révélation et d'un ordre de Dieu; trad. en allem. , Amsterdam, 1696, in-18.

Quant à son autorité, Jane ne souffre pas qu'on l'ignore. Elle est de bonne naissance dans ce monde; mais elle attache peu de prix à cet avantage, tandis qu'elle met un haut prix à sa naissance spirituelle : elle est née de Dieu. Madame Guy on n'est plus que l'épouse du Yerbe ; Swedenborg n'est plus que l'élu de Dieu ; Saint-Martin n'est plus que le balayeur du temple. Savant docteur, Swedenborg doit surtout réformer le dogme du mystère de la Trinité; femme aimante, Jane Leade a, sur ce point, une tâche un peu autre : « Que le lecteur, quel qu'il soit, sache bien ceci : c'est que je suis poussée par une puissance céleste à révéler le royal et magnanime amour de la sainte Trinité. »

Jane Leade a des jours et des heures d'intuitions, de visions et de révélations. Elle date celle-ci du 22 mai 1694, celle-là du 25 juillet, d'autres, d'autres jours. Toutefois c'est toujours elle qui parle dans les révélations qui lui sont faites, et, à en juger par son langage figuré, on est très-autorisé à la mettre, comme poëte, au rang de tous les métaphysiciens et de tous les théosophes , c'est-à-dire qu'avec elle non plus il ne faut pas trop prendre les choses à la lettre.

Soit un bel exemple. Elle enseigne le chemin de cette

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nouvelle Jérusalem dont, au début du siècle, un Allemand, Jules Sperber, avait esquissé le plan et donné la topographie , décrit la lumière et dépeint les citoyens appelés à jouir d'une nouvelle théologie, d'une nouvelle philosophie et d'une nouvelle magie, de façon à rendre la mission de Swedenborg fort difficile : voir son Traité secret des trois siècles ou époques principales. Jane enseignant la route de la splendide cité, pour ne pas la faire manquer au voyageur, lui donne sept anges pour l'y conduire. Or ces sept anges, ce sont la patience, l'humilité, l'espérance, la sagesse, la foi, la charité, et la force ou l'invincible énergie !

Mais tous les anges de Jane sont-ils à prendre ainsi fîgurément? Non. La sagesse ou reine céleste, la vierge Sophia, cette divine Sophia qui joue un si grand rôle dans le langage mystique des théosophes, apparaît personnellement à Jane; elle lui enseigne les dix lois du paradis.

Mais qui est Sophie? C'est V Esprit de Jésus-Christ, c'est-à-dire le Saint-Esprit.

C'est encore cette personne divine qui révèle à Jane les mystères des huit mondes, ceux de la nouvelle Jérusalem et les destinées de TÉglise de Philadelphie , en quelque partie de la terre qu'elle puisse se répandre.

C'est elle enfin qui lui fait apparaître, le 1"" janvier 1696, cette femme couronnée des splendeurs du soleil et de douze étoiles que décrit l'Apocalypse. Cela est un peu ambitieux ; mais c'est modeste auprès de madame Guyon, dont la sainte humihté nous apprend ce qui suit : c( Une nuit que j'étais fort éveillée, vous vous montrâtes, ô mon Amour! à moi sous la figure de cette

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femme dont parle l'Apocalypse , et dont la tête est couronnée du soleil et de douze étoiles. »

Les deux saintes étant contemporaines, il est impossible d'établir de quel côté est l'imitation , et même la date y étant, je n'oserais pas affirmer le grief de plagiat. L'auteur anglais et l'auteur français ne paraissent pas se connaître.

Ces phénomènes sont en effet à ce point dans l'air du temps que la double production ne saurait étonner personne.

Les deux célèbres contemporaines pouvaient d'ailleurs puiser à des sources antérieures, soit dans Paracelse , soit dans Jacques Boehme, les créateurs de cette céleste Sophie au seizième et au dix-septième siècle^ ou plutôt les imitateurs des gnostiques qui l'avaient créée au troisième.

Ni Jane Leade, ni madame Guyon n'étaient assez instruites pour puiser à ces sources, je le sais ; mais ces textes , ces idées et ces faits étaient familiers à leur siècle, et c'est celui-ci qui fut la véritable nourrice de Swedenborg.

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