DE FOURNIE
Fournie déclare les siennes très-positives, très-anthentiques , et les met de beaucoup au-dessus dt3 celles de Swedenborg et de celles de madame Guy on, malgré tout le respect qu'il professe pour le caractère de ces deux personnages. Mais ses apparitions , qui ne sont pour la critique que des \isions, sont réellement postérieures à celles du théosophe suédois. Fournie a bien l'air de dire le contraire. Mais il ne le dit pas réellement, il affirme seulement qu'il les a eues avant que celles de Swedenborg fussent connues et discutées partout.
Dans tous les cas ces deux ordres de faits psychologiques si rares, si étranges, ceux du savant Suédois et ceux du pieux ecclésiastique, ont eu lieu; indépendamment les uns des autres. Jamais il n'a existé la moindre relation entre les auteurs qui se les attribuent et qui nous les rapportent avec une égale assurance, une égale bonne foi. Et de même qu'il n'y a pas eu entre eux d'emprunt de la part de l'un à l'égard de l'autre, on peut admettre, ce que semblent d'ailleurs indiquer les écrits de Swedenborg, que les phénomènes qu'il décrit se sont produits sans imitation aucune et sans nul emprunt à l'égard des phénomènes que nous décrivent madame Guyon, JaneLeade et mademoiselle Bourignon.
Pour ce qui est de l'influence que ces écrits ont pu exercer en leur temps, ceux des quatre femmes éminentes que nous venons de nommer en eurent beaucoup. Ceux de Pordage écrits en latin se firent également d'illustres partisans. Mais, les quatre femmes ayant pubUé leurs pages pleines de saintes séductions en langue vulgaire , le public peu lettré fut plutùt pour elles. Elles eurent dans l'aristocratie du Nord, dans celles de
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France et de Savoie un grand nombre de cercles dévoués. Le comte de Metternich, M. de Saint-Georges de Marsay, le comte de Fleischbein, et plus ou moins toute la congrégation mystique du château de Hayn et celle du comté de Berlebourg, les suivaient avec enthousiasme comme des conseillers infaillibles et comme des types éclatants. Mais le célèbre minéralogiste de Suède était un esprit d'une autre trempe, et si jamais il eut daigné Hre une page d'une seule d'entre ces théosophes si fameuses dans leurs sphères, jamais il n'eût daigné citer une pensée même de la pkis éminente d'entre elles. Swedenborg a cela de commun avec Saint-Martin, qui n'aimait pas madame Guyon, qu'il ne daigna pas même savoir qui étaient Fénelon et Malebranche.
Je l'ai dit, Swedenborg n'est pas copiste du tout, et l'indépendance où il se maintient de toute influence mystique de son temps, il la pratique aussi à l'égard de tous les mystiques antérieurs. 11 se dit m^ême indépendant des plus célèbres théosophes : de Jacques Boehme, qu'il traite d'ailleurs avec assez de ménagement, comme de Paracelse, qu'il n'a pas l'air de connaître. Il n'a réellement rien de V obscur fondement de Dieu^ de l'idée fondamentale de ce Boehme qu'il affirme, dans sa Lettre au docteur Beyer du mois de février 1767, n'avoir jamais lu. Pur homme de science et « interprète élu de la parole sainte selon la dictée de Dieu, il lui était défendu de hre, dit-il, ce genre d'écrits où il aurait pu prendre toutes sortes d'inventions et d'opinions mal fondées. »
Telle fut sa conduite constante, sa déclaration répétée. Et plus il est isolé, plus est curieux ce qu'il dé-
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crit. En général, plus sont isolés et réciproquement indépendants ceux qui décrivent des phénomènes analogues, dans le. même temps, plus ces phénomènes méritent notre attention. D'ailleurs, ce qui doit nous frapper aussi, ce n'est pas l'analogie seule, c'est la différence dans les analogies, ce sont les nuances individuelles dans cet ensemble d'états extraordinaires , tous dépeints avec tant de bonne foi au sein de tant d'illusions. Car, ne nous y trompons pas, il n'y a pas là de mauvaise foi, d'imposture. S'il y a beaucoup de poésie, il y a peu de fiction. Il n'y a pas même d'art, si ce n'est celui de la nature, qui est antérieur et supérieur à tout autre. Il n'y a pas non plus d'autre rhétorique que celle qui est propre à la situation, c'est-à-dire la rhétorique naturelle dans les choses surnaturelles. Mais une influence inévitable et une initiation involontaire s'observent partout dans ces choses.
Tout homme, si créateur et si original soit-il, est l'enfant de son siècle et lui doit toujours plus que son siècle ne lui doit. Philosophe ou théosophe, chacun, plus il est riche, plus il doit reconnaître qu'avant d'être conquérant , il a été acquérant. S\vedenborg n'est pas une exception à la règle générale, et deux jugements opposés sur son compte sont également faux l'un et l'autre: celui qu'il n'a fait que reproduire, et celui qu'il n'a fait que produire. Très-studieux, il a beaucoup lu, et trèsfécond il a beaucoup inventé. Il offre donc beaucoup de créations et beaucoup de lieux communs. En somme, malgré cet état extraordinaire où il a tant de visions à décrire et cette mission pour laquelle il devait recevoir tant de dictées divines, ses écrits sont tels que l'huma-