LA TEMPÊTE
Beyer lui avait parlé de certaines visions d'un jeune homme qu'on se racontait dans tous les cercles pieux. 11 n'en fait aucun cas. .< Quant aux visions dont vous me parlez, lui dit Swedenborg, ce ne sont que des visions fantastiques. «
A celte époque , c'était vers le 15 mars, il comptait encore partir pour Paris au bout d'un mois. Mais ce départ fut différé déplus de onze semaines. J'ai dit tout à l'heure à quoi il était occupé en Hollande. Il avait, d'ailleurs, à se défendre ; et il écrivait, non plus à des étrangersquileharcelaicnt.à un savant d'Allemagne ou à un ami d'Amsterdam, mais au clergé de son pays.
Le moment le plus grave de sa vie d'apotro était venu : non-seulement on le discutait enfin, mais on l'accusait, Nous l'en félicitons. Ses amis s'en irritèrent et crièrent a la persécution. Mais en cela quelle idée se faisaient-ils de l'humanité et surtout de l'Église? La première pouvait-elle ne pas demander les raisons de l'innovation; la seconde, ne pas arrêter le novateur? Toutes deux devaient-elles garder le silence? Le clergé pouvait-il se croiser les bras en voyant un novice en théologie et un ancien naturaliste se dire docteur illuminé et démolir pièce à pièce l'édifice tout entier de doctrines et d'institutions religieuses qu'on croyait la gloire et le salut du monde , puisque c'était la sainte vérité apportée aux hommes par le Fils éternel de Dieu et par ses immortels apôtres ?
J'ajouterai, quelle idée se faitron de Swedenborg lui-même quand on s'émeut en son nom et en sa faveur des tempêtes qu'il souleva tout à coup? Tant d'écrits si pleins de nouveautés, de faits étranges et
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d'enseignements blessants pour tout le monde , trèsremarquables sans doute, mais tous exposés sous des formes toujours agressives, parfois même railleuses, ne méritaient-ils pas la discussion et pouvaient-ils ne pas provoquer les plus vives hostilités? Quoi! un théosophe du Wurtemberg et un homme lettré d'Amsterdam, amis tous les deux de Svtidenku'g, l'un son traducteur, l'autre un de ses lecteurs les plus fidèles , se seraient révoltés contre ses étranges prétentions, et les théologiens de Suède auraient dù demeurer bouche close à la vue de ces radicales attaques qui renversaient leur Église î
Cela se pouvait d'autant moins que Swedenborg répétait plus vivement ses coups.
Et déjà l'on s'impatientait de ce long silence du clergé quand enfin le doyen de Gothenbourg le rompit. A h. vue de deux membres du consistoire, le professeur Beycr et le docteur Rosen, devenus Swedeuborgiens ou membres de la nouvelle Église, ce doyen ne pouvait continuer à se taire. Le 212 mars ITii'j, il remit au consistoire un mémoire où il résumait la nouvelle doctrine, en la déclarant hérétique au plus haut deyré et socinierme sur le- pnînts A>> /Jus délicats.
On connaitle style de la polémique religieuse. 1! est le même dans tous les temps et tous les pays. Presque toujours compromettant pour la sainte cause qu'il défend, il pèche d'ordinaire par la violence des termes encore plus que par l'exagération des idées. 11 prend surtout son cachet le plus choquant quand ce sont des théologiens, c'est-à-dire des orateurs populaires , habitués à produire de fortes peintures pour obtenir de vives émo-'