‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 123 sur 179 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Swedenborg lui -mûme, se reposant peu sur cette pièce, malgré sa kuuui' assez triomphante, adressa, le 22 mat suivant, une seconde apologie au même prélat, toute théologique, plus douce de style, pleine de citations des textes les plus autorisés en Suède, et offrant d'en fournir « encore une fois autant » ne reprochant plus au doyen autre chose que le mensonge.

Les deux réponses lancées, Swedenborg avait bien envie de se mettre en route pour Paris avec un projet dont il gardait le secret envers ses meilleurs amis. Écrivant au docteur Beyer, il avait mis ces seuls mots : « Ce projet ne doit pas être publié d'avance. » Quel était ce projet?

Ce ne pouvait être qu'une publication de plus, et l'on a cru qu'il s'agissait de son plus important et dernier ouvrage, La vraie religion chrétienne; mais c'était une «rreur, cet ouvrage n'a été écrit que deux ans plus tard, ainsi qu'on le verra au chapitre suivant.

Swedenborg, qui t\i JrtsaLiitaui universités deFrance et d'Espagne, pouvait fort bien avoir l'idée de faire paraître un ouvrage important à Paris. Il avait eu en cette ville quelques relations scientifiques dans la seconde phase de sa carrière. Celles-là étaient rompues, sans doute, mais des relations philosophiques ou même religieuses s'y nouaient tout aussi facilement. Celles du genre qu'il aimait plus exclusivement y étaient plus difficiles; cependant, il ne devait pas tarder à y trouver un traducteur pour le plus important de ses écrits. Il pouvait donc se flatter d'y trouver un éditeur. D'ailleurs aucun autre intérêt qu'un projet de propagande ne devait l'attirer alors en France. L'âge de ses pre-

LA SOHBOHNEé

mières études de mœurs, l'âge poétique où il allait au théâtre et notait sur son Itinéraire les noms des chanteurs ou ceux des danseuses , était passé depuis longtemps pour lui ; et à cette époque, sa grande et unique affaire était bien l'impression d'un livre important à ses yeux; mais celui qu'il avait alors on portefeuille, ce n'était pas encore le Chant du cygne, c'était son traité du Commerce de F âme et du corps.

Or, à en juger par l'étiquette, ce n'était là qu'un ouvrage de philosophie, et, de la part d'un cartésien de Suède, rien de plus simple que de faire imprimer parmi nous un produit de cette même psychologie qu'un Français était allé, un siècle auparavant, enseigner à Stockholm. Et pourtant Swedenborg échoua dans son dessein d'y faire paraître son traité. On sait où en était notre législation sur la presse à celte époque. 11 fallait une permission pour la publication d'un ouvrage de" philosophie ou de religion, comme pour lu représentation d'une pièce aux Français. Cependant, si la loi était mauvaise encore, déjà les mœurs étaient intelligentes. Swedenborg ayant présenté son manuscrit et obtenu pour examinaleurM. Chevreuil, docteur en Sorbonne, ce dernier lui offrit une autorisation tacite , à la condition qu'il mettrait sur le titre, au lieu de Paris, le nom de Londres ou d'Amsterdam. On ne pouvait mieux faire. Mais cela parut impraticable à l'auteur. Plus scrupuleux que ne le fut deux ans plus tard, et plus d'une fois, le très-scrupuleux Saint-Martin, qui mettait tour à tour Edimbourg ou Héliopolis pour Lyon, et Lyon pour Strasbourg, Swedenborg ne vit dans ce biais qu'un acte de fausseté, et dans sa délicatesse de

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