CHAPITRE XXIV
La lumière et les ombres dam k w ùk Swedenborg. — l'éloge d'apparat. — Lo discoure de Samlo! à l'Ai-ait.'inii! de Stockholm. — la. lellre du docteur llarllej. — Lo pan%rlque selou 1b voii du peuple. — Lo témoignage lie l'aubergiste Bcrgstroru. — Celui de Shenr-
Après sa mort, qui fut douce et calme comme l'avait été sa vie, l'éloge et la critique, qui altèrent d'ordinaire la vérité au même degré, maïs la forcent enfin à se produire en la blessant avec un égal aveuglement, éclatèrent avec la liberté et i'estigération qu'ils aiment.
Le plus pompeux éloge de Swedenborg n'est pas celui qui fut prononcé devant l'Académie de Stockholm par son savant confrère M. de Saudel, c'est une simple lettre du docteur Hartley.
Le discours du savant académicien est juste, mesuré et plein de faits bien sentis; mais le ton du panégyrique, qui y règne forcément, y jette je ne sais que) froid académique plus sensible ici que partout ailleurs. Admirons-y la mesure et la simplicité relative d'un orateur maître de lui comme de son sujet; mais regrettons l'impossibilité où il se trouve d'aborder avec fran-
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chise et compétent: l'iiitL-rit spécial, la grosse question qu'offrait la vie de Swedenborg, la question alors pendante devant les consistoires, l'épiscopat, la diète et le conseil du royaume, j'entends celle de la nouveauté de sa doctrine. Or on n'intéresse pas à un homme quand on n'aborde pas même ce qui a été la grande affaire de sa vie ; et en cela l'éloge de Sandel, qui se borne à montrer dans le novateur le respect de la saine morale et de la vraie piété, n'est qu'un vain discours. Sandel s'annonce d'ailleurs avec une noble candeur; il vient « ranimer le souvenir agréable d'un homme célèbre par ses vertus et par ses connaissances ; d'un homme que tous ses confrères ont chéri ; d'un génie vaste et sublime, qui ne connut jamais ni le repos ni la fatigue; qui, occupé des sciences les plus profondes, a recherché pendant longtemps les secrets de la nature, et faisait dans ses dernières années tous ses efforts pour dévoiler les pius grands secrets; qui, pour parvenir à certaines connaissances, s'est frayé une route particulière, sans s'écarter jamais de la saine morale et de lu vraie piété. » Voilà la phrase académique, bienveillante, mesurée, maisvague et terne, sans portée et sans caractère, et qui néanmoins doit tenir lieu de jugement sur la question essentielle dans la vie de Swedenborg, sa grande aifaire en un mot. Or rien n'est beau là où manque le vrai.
Pour tout le reste et surtout les travaux de science, l'éloge académique de Swedenborg par son confrère Saudcl est un modèle de cette appréciation à la fois bienveillante et sérieuse dont l'homme le plus éminent a besoin au bout de sa carrière et pendant tous ses Ira-
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vaux dans ce monde, de celte justice que chacun y demande et que bien peu d'hommes y rencontrent de leur vivant, par la raison que les juges ne consultent le plus souvent qu'un tout autre intérêt, le leur, le désir de se faire valoir eux-mêmes, ou celui de se faire des amis utiles soit en louant soit eu critiquant.
Si beau qu'il Soit de ton, même de sentiment et de raison, ïéloge de Sandel est surpassé par deux préfaces ot par une lettre en apparence toute simple et toute confidentielle du docteur ïlartley.
Sandel apprécia l'homme de science en évitant la métaphysique de son confrère. C'est celle-ci, prise surtout au point de vue religieux, que le recteur de Winwick voulut caractériser. 11 le fît avec amour et avec sympathie dans les préfaces des deux traités du théosophe dont il publia la traduction anglaise, ajoutant avec un peu d'emphase, sur l'homme au point de vue moral, les traïls les plus propres à faire honorer sa mémoire.
a Je me suis entretenu plus d'une fois avec lui, dans la compagnie d'un homme de profession savante et d'une éminente capacité intellectuelle, dit-il dans la préface du Commerce de l'âme et du corps. Or nous avons recueilli de sa propre bouche la confirmation de toutes ces choses; nous avons accepté sou témoignage, et fous deux nous considérons cette connaissance de l'auteur et de ses écrits comme une des plus grandes bénédictions de notre vie.
« Le vaste savoir déployé dans ses ouvrages montre en lui le savant et le philosophe; ses manières et sa politesse annoncent l'homme comme il faut,
« Il ne réclame aucun honneur, mais plutôt s'y re-
l'élooe.
iusn; il ne poursuit aucun intérêt mondain, mais dépense an contraire tous ses revenus eu frais de voyages et d'impression pour le bien etl'in^init'lmn de l'humanité.
« Il est tellement éloigne de l'ambition de s'ériger en chef de secte, que partout où il séjourne dans ses voyages , il vit absolument retiré (?) et presque inaccessible (V), bien que dans son pays et avec les siens sa conduite soit franche et ouverte.
« Il n'a rien d'un formaliste dans les manières, rien de mélancolique dans le caractère, rien dans sa conversation, non plus que dans ses écrits, qui dénote en quoi que ce soit l'enthousiaste. »
Dans sa lettre à M. Clowes, traducteur de La vraie Religion chrétienne , M. llartley dit, avec encore plus d'élévation de ton :
a Le grand Swedenborg était un homme d'une rare humilité. Il avait l'esprit cosmopolite, et aimait les hommes de bien de toutes les Eglises, distinguant candidement l'innocence de l'erreur involontaire. Plus que modéré dans les jouissances qu'il s'accordait à luimême, onii'apt'Tffivait cependant en lui rien de sévère; mais, au contraire, la douceur de son regard et ses manières extérieures ai iir. m/aient une sérénité intérieure et un esprit plein de bienveillance.
« On peut avec raison supposer que j'aie cherché h établir de mon mieux mon jugement sur notre illustre auteur, d'après la conn.ïi^;mcp pevsoimi.'lle que j'ai eue de lui, d'après les meilleures informations que j'ai pu me procurer à son sujet et par une lecture attentive de ses ouvrages. C'est d'après cet examen que j'ai reconnu en lui le théologien aux saines doctrines, l'homme de
.'éloge.
bien et le profond philosophe, le savant encyclopédiste et l'homme du monde aux manières accomplies. Je crois, de plus, qu'il a été doué à un haut degré des lumières de l'esprit de Dieu; qu'il a reçu de Lui mission comme envoyé extraordinaire dans le monde, et qu'il a eu avec les anges et le monde spirituel des rapports beaucoup plus étendus qu'aucun autre, depuis le temps des apôtres.
« C'est comme tel que je le signale au monde.
« Et je dérliin.' solennellement que je ne suis poussé a eëîàpàr aucune particularité ['!], ni par aucuno espèce de vues persoïKn.'Ites, étant pour aiasi dire mort à tout intérêt mondain... » [Londres, 1781].
Il ne se conçoit rien de plus complet que cet éloge, et rien n'est plus sincère, sans nul doute. Cependant, comme peintres de mœurs et à litre de simples témoins, l'hôtelier llergslrom, ainsi que l'hûle et l'hôtesse dans la maison desquels Swedenborg est mort a Londres l'emportent sur l'éloquent ministre de Winwick, autant que celui-ci l'emporte sur le savant académicien de Stockholm. On leur procura l'occasion de parler. Les bruits semés à Londres par la mabce de Matbésius et répétés par la naïveté de Wesley, s'étant répandus hors du pays , avec des anecdotes attribuées au morave Brockmer, pouvaient jeter une immense défaveur sur les écrits de Swedenborg, Deux amis du Voyant, Thomas Wright et Robert Hindmarsh, résolurent, en 1785, treize ans après sa mort, d'en approfondir les origines et la portée. A cet effet, ils se rendirent auprès de ces braves hôtes du défunt, les interrogèrent au sujet de l'état mental de leur illustre ami, et reçurent
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