LA SCIENCE
d'une chose évidente et hors de doute. Il m'est impossible de rapporter ces expériences, tant elles sont nombreuses, et il serait inutile de le faire ici, puisqu'elles sont consignées ailleurs, dans les Arcanes célestes. »
Cette science des correspondances est pour lui d'une grande portée en philosophie. La nature dans ses trois règnes, et l'histoire du monJi: imi' l'ir.i'Tc , sont expliquées par Swedenborg selon celle théorie des correspond :m cl 1 s qui', d'apii-shu, l'ancien monde a si bien possédée et qui s'est retrouvée « aujourd'hui, grAce à une illumination extraordinaire, » D'ordinaire, nous croyons que, pour nous faire une idée admissible du ciel, il faut prendre à peu près le contre-pied delà terre; selon lui, nous ne saurions être plus complètement dans le faux. « Lorsqu'il m'a été donné d'être en société avec les anges, nous dit-il, j'ai vu les choses qui sont dans le ciel tout à fait comme celles que je vois dans le monde, et si clairement que je ne pouvais m'empécher de me croire dans le monde et à la cour d'un roi. Je me suis aussi entretenu avec les anges comme un homme s'entretient avec un autre. «
Mais il faudrait des volumes, et des volumes encore, pour exposer tout ce que Swedenborg trouve dans les textes saorés et ce qu'il a vu et entendu sur l'existence, les œuvres, la langue, les écritures, les demeures, les chambres à coucher, les jardins, les champs, les vêtements, la nourriture, les relations, le culte, les prédications, les félicités, la vie conjugale des anges et les changements d'état qui surviennent en eux. Or l'auteur pense que cette étude nouvelle est nécessaire. Car, pour lui c'est un fait certain , que tout ce que
DES COlUUiSl'ONDAÎiCLS.
d'autres ont dit et pensé jusqu'ici sur des intelligences supérieures à l'homme n'est qu'erreur.
En ce point, si larges que soient d'ailleurs ses vues, il est parfuitemeut d'accord avec la philosophie bornée qui n'a voulu, au siècle dernier, et ne veut aujourd'hui encore peupler l'univers tout entier que d'êtres façonnés sur le type 'de l'homme. Or cette conception, que j'appellerai étroile eu ce qu'elle prend un des plus petits des globes pour le centre de tous les autres, se trouve fort embarrassée de les pourvoir tous d'Êtres ayant la respiration et la vie, ces globes étant les uns trop chauds et les autres trop froids pour nos poumons.
Pour l'enfer, c'est encore la terre qui est le type de tout, et voici d'abord comment l'enfer diffère du ciel.
Le Seigneur apparaît dans le ciel comme le soleil. En vertu du divin amour qui est en lui et qui procède de
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tamment vers lui, avec celte nuance, que ceux qui sont dans le royaume céleste le voient comme le soloil, tandis que ceux qui ne sont que dans le royaume spirituel ne le voient que comme la lune. Ceux qui sont dans l'enfer se dirigent, au contraire, vers l'obscurité et vers les ténèbres; ils imitai diamétralement opposés à la lumière qu'ils tournent le dos au Seigneur. En cfiet, tous ceux qui sont dans les enfers sont dans l'amour de soi et dans l'amour du monde. Ils se distinguent entre eux, à la vérité, et se nomment les uns génies, les autres esprits; mais leur caractère généra! est le même dans toutes les divisions qu'ils forment. Leur situation physique est, comme leur condition morale, plus ou moins heureuse. De même que la chaleur du ciel
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varie, comme la lumière, selon la diversité de ces régions, de même varie la chaleur de l'enfer. Car il y a aussi Tiiii- diaïoin' dans l'îs imi'ors; niais elle est immonde, et il en résulte « une odeur comme est dans le monde l'odeur du fumier et telle des éléments dont il se compose! Dans les enfers les plus abominables règne même une odeur semblable à celle des cadavres. »
L'odeur de soufre est ainsi puissamment détrônée. Mais en quel sens faut-il prendre tous ces mots?
« Par la chaleur ou le feu est entendu l'amour. Par le feu céleste, il faut entendre l'amour pour le Seigneur et l'amour envers le prochain , ainsi que touto affection qui appartient à ces amours ; par le feu infernal l'amour de soi, l'amour du monde et toute concupiscence qui appartient à ces amours. » — Comme l'amour-propre est tout ce qui sent le plus mauvais au inonde, In grande théorie des correspondances exige les qualités de l'atmosphère qui domine aux enfers et les explique.
En général, tout s'entbainc dans ce système où tout se raisonne en dépit des visions et des illuminations qui le dominent ce apparence ; et rien de plus propre, je ne dis pas à instruire toujours et à ne jamais choquer, mais je dis à provoquer la raison sur les problèmes les plus dignes de préoccuper la pensée humaine. Si, dans ce que je viens d'en tirer, j'ai laissé entrevoir ici un doute, là une critique, plus loin un sourire, je dois dire en fin de compte, qu'en vue d'une force d'esprit aussi rare, d'un génie qui embrasse tout et classe tout, lors même qu'il n'illumine pas tout; en face d'une telle masse do textes, d'interprétations tour à tour hardies et profondes et d'idées originales ou sublimes, qui
Lâ CRITIQUE.
heurtent toutes avec un éjvil dédain celles qui y sont opposées, si universelles qu'elles soient, je ne puis m'empêehcr de reconnaître l'homme supérieur ou extraordinaire. Si donc je no condamne pas ma critique, J m i' H' ' m li | Iimi i(i<:<ii I I ■ | limerais plus haut, je crois, si je trouvais tout cela dans
le droit de s'écrier, cet homme dit vrai, nul non plus n'a celui de nier que tout ce que dit cet homme , 1/ le croie vrai.
Qu'a-t-il donc fait pour n'être pas lu et pour être combattu ou raillé à outrance quand il était lu?
Je l'ai dit, pour l'apprécier en connaissance de cause et d'égal à égal, il faudrait de deux choses l'une, ou avoir vu et entendu après lui, ou lui prouver qu'il n'a ni vu ni entendu. Or nul n'a été dans le cas do pouvoir faire l'un ou l'autre. La raison, il est vrai, est une autorité absolue; elle est en étal déjuger indépendamment de toute expérience , mais ce n'est qu'autant qu'elle est la raison absolue. Sinon, non. Lors même qu'elle n'est que ce qu'on appelle la raison la plus haute, ou la pensée la plus éclairée dans l'élite de l'humanité, elle est déjà une bien grande autorité, et cette raison, qui n'est pas la lumière absolue, est bien eu droit aussi de condamner le monde spirituel de Swedenborg; maison le dédaignant elle juge ce qu'elle ne connaît pas. Car , sauf ses partisans , personne ne lit plus les écrits de ce hardi créateur. Ceux-là mémo qui ne reculent pas à l'aspect de ses innombrables volumes, reculent dans Sa lecture devant ces deux opérations, la séparation de sus visions d'avec ses
LE COJlJIEItCK
idées, et la séparation dans ses idées de la poésie d'avec la philosophie, ou de la fable d'avec la vérité.
Le grand malheur qui arrive à Swedenborg dans ses écrits, c'est que le ciel y épmw ;a pensée, sa personne et sa cause avec trop de vivacité, et que, dans toutes les assemblées et toutes les discussions de l'autre monde, ses ennemis personnels sont trop rudement combattus parles anges. A défaut des anges, c'est Swedenborg luimême qui est appelé à les confondre. Dans le traité du Ciel et del'/Jw/ëron voit un« chef de la gauche» parler sur la foi, pour montrer qu'elle naît par un don de Dieu. Et il se fait applaudir des siens. Mais telle n'est pas la pensée de Swedenborg, et bieulût un ange de la droite réfute l'orateur pour montrer que l'homme puise la foi dans la parole sainte oh moyen de la lumière naturelle. Puis, son discours ne suffisant pas encore, ii passe la parole à Swedenborg, et celui-ci achève la leçon. II réfute le chef de la gauche et le réduit au silence.
Cela ne doit pas surprendre ace point de vue : les anges aiment à voir par nos yeux, à entendre par nos oreilles, à lire dans notre pensée. Aussi Swedenborg, qui sait s rosmologic spirituelle mieux qu'aucun astronome ne sait son ciel étoile, ne les flatte pas; au contraire, il les redresse ; il en remontre aux plus forts, ceux de la région la plus haute seuls exceptés.
Toutes ses questions favorites et sa théologie tout entière se formulent en visions où les anges proclament ses opinions à lui, ou bien en visions où. il confond, lui, les esprits et leur impose sa pensée.
Cela importe pour la question delà pureté ; et même, abstraction faite des erreurs déjà relevées de Swedea-