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Dès l'année suiyanle, dès 1736, Swedenborg entreprit un nouveau voyage de longue haleine.
Quel élait le but véritable de cette pérégrination? Était-il préoccupé, tourmenté de ses problèmes d'anatomie et de physiologie, et se mettait-il en route pour aller consulter les hommes les plus compétente? ou avait-il d'autres desseins? Voici ce qu'il nous dit :
« Le 1" juillet 1736, avec la permission de mon trèsaugusle roi, je m'en allai voyager pendant trois ou quatre ans, afin de composer et de publier quelque ouvrage littéraire. Je pris congé du roi et de la reine qui un: meurent trrs-graeieuscmcnt, je saluai ensuite les conseillers du royaume el mes autres prolecteurs. Je cédai, pour cause d'absence, la moitié de mon traitement annuel, de laquelle moitié le secrétaire Porath, qui devait faire mes fonctions, recevrait trois cents écus
d'argent... A mon retour je reprendrais les obligations
pendant l'année l~'M> au collège royal des mines, les loisirs et les moyens de composer et publier quelque ouvrage littéraire.
Mais que ïeut dire ce dernier mol? Est-ce bien dans le seus spécial de belles-lettres, d'histoire ou de philosophie, ou dans le sens général de travail d'esprit, soit de science, soit de littérature, qu'il nous le faut prendre'? Swedenborg ne nous le dit pas.
L'ensemble des notes de son itinéraire et l'esprit assez nouveau qui s'y découvre feraient croire qu'il avait réellement quelque de==ein philosophique ou littéraire.
li'nhonl le choix de-- eomrees qu'il visite est h remarquai : ce sont des pays de philosophie et de littérature, la Hollande, la France et l'Italie.
Ensuite l'attention du voyageur ne s'y porte plus sur les mêmes objets que dans les voyages antérieurs.
En effet, il tu; rcr.'nerchi; plus les. mines et k= exploitations métallurgiques. En apparence, c'est bien la philosophie qui le préoccupe. Il ne faut pas s'y tromper toutefois ; son horizon s'est agrandi, la physiologie l'a porté vers la philosophie; mais ce n'est pas pour elle-même qu'il cultive celle-ci. 11 s'arrête à Copenhague pour y prendre connaissance de celle de Wolf, et il se note les principes d'ontologie et les points de cosmologie de cet illustre chef de l'éi'ole IciLui/icmie, qu'il se propose de méditer dans ce voyage. Il les médite réellement. Mais tout cela ne se fait nullement dans le dessein de
et les droits de ma cha Ainsi ce voyage fut donner à Swedenborg,
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et ce partage fait pour ipé depuis son retour et
mois ÉVOLUTIONS.
composer ud ouvrage de pure philosophie. Ce sont bien des questions sur l'Ame qui le préoccupent, mais ce n'est point par des études de psychologie, c'est par des études d'anatomie qu'il compte les résoudre ; et ce qu'il recherche dans celte longue excursion, ce sont des anatomistes et des médecins, ce ne sont pas des philosophies. Swedenborg est toujours l'homme tout d'une pièce. Pour lui c'est toujours le corps qui représente l'âme et l'explique, la terre qui représente le ciel et l'explique, l'homme qui représente l'ange et qui l'explique. A l'époque où nous ie racontons, il n'énonce pas encore ces hautes théories, mais ces théories s 'élaborent dans son esprit. En effet ta vie offre trois grandes évolutions, mais pas une révolution. J'ignore si jamais Swedenborg sera compris entièrement, mais je sais que mieuï on l'étudiera, plus on le trouvera un.
Une modification assezprofonde semble se remarquer dans ses.goûts et dans les graves habitudes de sa vie, pour ne pas dire dans ses mœurs, à cette époque même et au début de cette longue pérégrination de quatre ans. Jusque-là nulle mention dans ses itinéraires d'un spectacle, d'une distraction qui n'appartint pas à la science.
A Rotterdam, où il arrive pour la foire, ce qui était l'exposition industrielle du sii-cle, il fréquente les théâtres, les marionnettes, et jusqu'aux funambules. A Paris il se Tend non-seulement à l'Opéra, et y trouve le spectacle charmant, les scènes fort touchantes, mais il se plaît encore aux ballets et note deux fois les principaux danseurs, Mal ter et Desmoulins, et les meilleures danseuses, mesdames Breton et Mariette, sans oublier les acteurs et les actrices.
LE l'ROGRÈS.
Dans la vie d'un autre des faits aussi communs Démériteraient aucune attention. Ils ont leur importance, kair indiscré tion révélatrice dans les notes d'un homme aussi avare de son temps. Swedenborg, qui étudie les rapports, ou, pour parler plus exactement, les liens de l'âme et du corps, les voies et les moyens de communication, lr jeu réciproque des i;ici ilt/s rie l'un ci île l'autre, les directions i[uc l'un exerce sur l'autre, veut connaître non pas l'âme et le corps de l'homme, mais l'homme tout entier, l'homme qui vit et agit, l'homme social. Et il n'hésite pas à le chercher dans se; plaisirs comme dans ses travaux , au théâtre comme a la foire. 11 s'intéresse à ce que, plus jeune, il il é daignait.
Tout cela indique une modilication notable dans ses habitudes et dans ses tendances, et d'autres détails en indiquent évidemment une dans ses opinions, mais ne font que préluder à la transformation complète qui est. le fait culminant de sa vie. En effet, tout son point de vue religieux change pendant ces impressions.
Nous avons signalé son appréciation du catholicisme et des pompes de son culte qu'il avait d'abord vuesxilans les pays protestants. Dans les pays catholiques, son jugement est un peu autre, ou du moins son attention se porte sur d'autres questions. La petite ville de Iloye près de Péronne amène une curieuse explosion dans sa pensée, d'ordinaire si réservée au fond et si mesurée dans la forme. 11 remarque que les moines, les couvents et les églises sont riches et possèdent le sol. « Les moines, dit-il, sont gras et d'une corpulence prononcée. On supprimerait celte armée sans qu'il y eût perte. Ils font ce qu'ils veulent, prennent ce qu'ils peuvent et ne pro-
diguent aux pauvres que belles paroles et bénédictions, tandis qu'ils veulent tout recevoir d'eus (du peuple) pr.iUiitement. A quoi sont bons les moines de Saint- François, les Déchaussés?... Les autres (Rcliqiti, ceux qui nu sont pas Franciscains, ou ceux qui ne sont pas moitié'?} iiiaÎLin:.-. ledits et déliés, aiment mieux aller à pied qu'à cheval nu en voilure; ils sont bienveillants et jouissent d'un esprit prompt et gai. »
Ces jugements, au point de vue de la vérité absolue, ne valent peul-ëtre. pas pins que celui que Sw iviriiberg porte sur Paris, quand il nous apprend nue l'habitude du plaisir ou la sensualité y parait portée au plus baul dejïié où elle puisse, l'être ; on sait ce que valent ces impression? de voyage; mais il faut les citer, moins pour caractériser les moines et les Parisiens, que le point de vue et les préoccupations de leur juge, Nous connaissons les religieux mieux que Swedendorg. Quant ù lui , qui les avait vus l'année 1710 sans ctonnement, il est eu 1736 si étourdi du rùle que le monachisme joue encore en France à celte époque, qu'il énumère longuement les 45,000 couvents, les 400,000 religieux qui y possèdent 9,000 palais ou maisons, et les - : ifi" abbesses, auxquelles il joint 13,000 prieures (supérieures).
Toutefois il ne revient pas sur eu sujet, quoiqu'il passe dix-neuf mois a Paris. Arrivé le 3 septembre (730 il n'en partit que le 12 mars 1738. Il y visita dans l'intervalle beaucoup d'églises, vit ligurer dans la société beaucoup de prêtres, et prit pas mal de renseignements sur l'état de la France, mais, soft premier feu jeté, il s'interdit toute critique itérative.
Celle qui ne porte que sur la forme des choses, la
manière de prêcher, par exemple, dont il n'a pas encore parlé, il se l'aceonle et largeint-ii!. C'est tout simple. ]/homme rlu Nord a sur l'éloquence sacrée une opinion fort différente île celle de. i'immmc du Midi; et celle éloquence qui est un peu Ja maîtresse eu France, Swedenborg a l'aïr de la goûter, cumule la goûtait Sc.helling qui me dit un jour : « Ne la cherchez pas chez nous. » 11 trouve Y action de nos orateurs trop vive : ie geste, les éclats de vois et les jeux de plivsionuuiie l'ell'urouebeul. « Je fus, dit-il , à l'église des Théulins, auprès du pont Royal et à 1 église dc= Àugustins, auprès des Tuileries, où (iuillauuie, prédicateur du roi, prêchait à la façon d'un acteur sur la scène, même avec beaucoup plus d'art {longe artificiosius). »
Sur le fond même do ces discoure , soit dogme et morale, suit politique, des critiques éclairées eussent oll'ort un grand intérêt à ceus qui se rappellent que c'est dans la parole sacrée que se réfugie h liberté lorsqu'on no la lui accorde dans aucun 1 .' autre; mais Sv.c- ;l i ■ lj ] j : <]-y. ; ijui ailuiirail à Dresde le culte catholique, ne veut pas même aborder celle question en France. Il n'y touche pas davantage dans -es notes sur l'Italie. Il visita le nord et les villes un peu considérables de ce pays. 11 se rendit à Venise en compagnie de cinq carmes. Il s'y plut beaucoup et y re-la quatre mois. Il habita deux fois Florence. Il passa six moi- a Rome. 11 parle de tout- d'une
privilège d'arracher à sa plume de philosophe.
D'autre paî t ce voyage est noté sur son carnet sans qu'il revienne sur le but qu'il avait indiqué, en deman-
daat au roi ud congé de quatre ans. Son ouvrage, i! ne le perd pas de vue, uous le verrons tout à. l'heure, mais il a cela de commun ave Saint-Maitin , qu'il ue parle pas di! ses, écrits d'avance : il les compose et les publie.
H parait toutefois qu'un voyage en France et en Italie a des distractions que n'ont pus d'autres. SrtedenluH'g, se laissant aller au plaisir de voir el de vivre, ne finit pas son travail, mais sa dernière note l'excuse, lia étépoëto dans son premier voyage. 11 l'est encore un peu dans celui-ci. Arrivé par Livourne à drues, le 17 mars IVM 7 il y met sur ce voyage ces mots pittoresques : « Je fus dans un jardin ravissant, où tout ilurissait en mi-mars; les oranges et les citrons mûrissaient; on cueillait les olives : l'omonc s'y montrait avec la moisson. » Au milieu de ces enchantements un enfant du Nord s'oublie.
J'ai dit tout à l'heure que les notes de Srtcdenbtiri; sur ce voyage, où il passa en Italie une année tout entière, indiquent une modification dans ses tendances el dans ses habitu des ; je dois ajouter qu'elles en attestent une dans les mœurs du voyageur.
filles sont pour le moins aussi curieuses au point de vue moral qu'au point de vue politique.
En effet, Swedenborg continue à fréquenter les théi très, quand l'occasion s'en présente. Il compare, au sujet de celui de Vérone, l'opéra français a l'opéra italien, et dit bien carrément que, sous le rapport du chant et de la danse, la scène it dicuoe est prélii'ahlr a la scène française, qui n'offre, en comparaison de lapremicre que di-s svmcttet et des /ticé/ics.
-le ne sais pas si cela était bien exact et si la supériorité de la scène italienne sur la nôtre, ou 1737, était