‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 28 sur 179 · LE SURNATUREL · texte numérisé non relu

LE SURNATUREL

duire dans la science du monde spirituel une découverte quelconque? Non. C'est à la critique la plus indépendante dechacun qu'il appartient de reconnaître ce rayon.

IVur iv!;i. il faut ne pas entrer dans l'ux ti-. toi'il i ii:ïî j'l la tête baissée. Loin de là, il nous faut la porter haut, et faire les très-difficiles, puisqu'il ne s'agit pas de moins que des choses du ciel et de l' éternité, de Dieu et de ses antres. Sans doute nuus prendrons 1rs bits tels qu'on nous les donne, et de préférence ce qui sera le plus hors ligne, le plus impo^ible; mais nous ne dirons pas : Je'crois parce 'jue c'est absurde, nous dirons : J'examine, car c'est absurde. Que ceux qui craignent do faire une pérégrination dans lesrégionsdu surnaturel, et qui redoutent ce commerce avec les esprits où Swedenborg mène tous ses lecteurs, prennent ici le parti de le quitter; et que ceux qui veulent rester fidèles à la critique négative, au scepticisme absolu, ou bien les iinitcn'.- ou bii-n se persuade]]! que ce n'est plus un historien, uu homme de scii'iu'i;, un niiuérulugistc il uu métaphysicien qu'ils écoutent, mais un poète, et un poète d'Orient qui leur fait un roman de pneumatologie spéculative.

Swedenborg, le philosophe, le naturaliste, qui n'admettait eu matière de religion, connue nous l'avons vu, qu'uni; suite de morale eu Utiii:'? évangeiiqucs , élait entré dans sa cinquaute-huilième année, lorsqu'il subit tout à coup, à lu suite d'une vision, une transformation radicale. Mais ce qu'il appelle une vision, c'est une apparition, ce qui est bien dilféreut. Examinons donc l'appurilion et la transformation qu'elle amena. Seulement, disons d'abord ce que c'est qu'une transformation dans la vie d'un théosophe.

LA TU ANSF0R WATlOTi ■

Nous avons vu un jeune contemporain île Swedenborg, Claude de Sain t-Marlin, subir buis Iransformations espentidlns: l'une nu eolléirc. l'autre à Bordeaux, la troisième à Strasbourg. La première se fit sous l'influence d'Abbadie; la seconde, sous celle de Martine! Pasqualis; la troisième sous celle de Jacques Bochmc. Chacune d'elles se borna a une nouvelle manière de voir, venue à la suite de nouvelles éludes. Ici i! s'agit d'une (m^fm'm'Ltirm plus radiealr : d'uvin iHumiual iui, d'une influence plus puissante que celle d'un maître humain, d'une action divine. Il s'agit d'un autre maître qu'un homme, de Dieu et d'une autre mission et d'autres conséquences. Il s'agit d'un changement d'organisme dans les facultés du missionnaire , et il une série de révélations prolongées pendant vingt-sept ans.

Voilà la transformation que subit Swedenborg. Voici maintenant l'apparition qui l'amena et que nous prenons dans le récit du théosoplic lui-même.

L'un des plus honorables directeurs de la banque de Suède, lui ayant demandé lin jour de quelle manière il avait eu ses premières révélai ions, son ami lui lit ce récit : ( « J'étais à Londres (il s'agit de ce voyage où nous venons de le suivie, et qu'il lit pour l'impression de son troisième volume), et je dînais très-tard dans mon auberge accoutumée, où je m'étais réservé une pièce, afin de pouvoir y méditer en toute liberté sur des choses spirituelles, n

(Ju'on remarque celte méditation; c'est une habitude faite, puisque Swedenborg s'est réservé un local pour cet objet; maïs elle est mentionnée ici pour la première fois dans la vie de l'illustre savant.

« J'avais grand faim et je mangeais avec un vit appétit. Sur la fin do mon repas je vis une sorte de brouillard se répandre sur mes yeux et le plancher de ma chambre se couvrir do hideux reptiles. »

On lit dans les Actes des apôtres : <i Or Pierre monta sur la maison pour prier, environ vers la sixième heure. Et il arriva qu'avant l'ai m, il vrailut prendre son repas. Mais pendant qui; mi* de la maison lui apprêtaient à manger, il lui survint un ravissement d'esprit. II vit le ciel ouvert et une espèce de vase descendant sur lui... et dans lequel il y avait toutes sortes d'animaux terres-: très... des reptiles et des oiseaux du ciel. I-jt une voix lui fut adressée disant : Pierre, lève-toi, tue cl mange... Et cela fut répété jusqu'à trois fois. »

revenons à celle de Swedenborg et les différences seroat également sensibles.

« J'en fus d'autant plus saisi que l'obscurité s'épaissit davantage. Toutefois elle s'évanouit bientôt et je vis distinctement uu homme assis dans un dos angles de l'appartement au sein d'une vive et radieuse lumière. Les reptiles avaient disparu avec les ténèbres. J'étais seul, et vous pouvez vous figurer L'effroi qui me prit quand je l'entendis (l'homme), d'un ton bien propre à inspirer la frayeur, prononcer-ces mots: Ne mange pas tant. A ces mots ma vue s'obscurcit de nouveau. Elle se rétablit toutefois peu à peu et je ino vis seul dans ma chambre. Un peu consterné encore de tout ce que j'avais vu, je mo rendis chez moi (dans son log. ment en ville), en toute hâte, sans .dire un mot à qui que ce fût de ce qui m'était arrivé. Là je me livrai à mes réflexions;

mais je ne compris, ni comment cela pourrait avoir été l'effet (la hasard, ni comment cela mirait été l'effet d'une, cuise naturelle quelconque. » (Tafel , Jlect/eil 'h documents concernant la vie et te caractère d'Knitn. Swedenborg, rendu; fidèlement d'après les sources, I. I, p. 87 et suiv.)

A première vue c'est là une apparition bien solennelle pour une leçon de sobriété. Et c'est trop de la majesté divine pour un tel objet. En général il y a beaucoup trop do symboles et de trop étranger phénomène? pour aboutir à un conseil aussi simple donné à un homme sans doute allumé ce jour-là, mais dont la tempérance habituelle était exemplaire. On comprend !e s\ mijolisme un peu rielio de la vision de saint Pierre : Il s'agissait de donner d'une manière frappante une grande leçon puni' amener, sur une mission sacrée, line résolution éni'rgiip.ic.. IUi.n de tout cela dans l'apostrophe si pompeusement amenée : î\'i> mawje jjas tant.

Mais si cela choipm à première vue, ce qui suit est bien prupre à modifier cette impression. Laissons donc Swedenborg euiitiiiucr. « La nuit suivante l'homme rayonnant de lumière lu'apparul mie seconde fois et me dit : «Je suis Dieu, le Seigneur, le Créateur et le Rédempteur; je l'ai élu pour interpréter aux hommes le sens intérieur et spirituel des saintes Écritures ; je te dicterai ce que tu devras écrire. » Yoilà le complément qui donne le sens à l'apostrophe : une grande. milieu et un moyen non moins grand pour la bien remplir, une dictée divine. Il ne s'agit pas d'une simple assistance, par cvmulc. d'un; siir.pl: iospoMlieii d on haut, pas même d'une simple révélation, Lue révélation puu-

rail s' altérer et devenir fausse , douteuse au moins, par la faute du rédacteur; une diclt-c n'aura pas eetle destinée. -

Mais n'est-ce pas là un privilège étrange?

Les textes sacrés eux-mêmes n'onl pas été dictés aux écrivains de l'Ancien et du Nouveau Testament; ils ne sont que le produit de l'inspiration ou de la révélation.

Ace compte, ceux qui seraient dictés au nouveau prophète pour interpréter les premiers, devenus obscurs ou . restés imparfaits, jouiraient doue sur les anciens d'une véritable supériorité?

Est-ce là ce que veut nous dire Swedenborg? Veut-il faire croire que les prophètes de l'ancienne alliance et les apôtres de la nouvelle n'ont été que ses précurseurs?

Ce qui est certain, c'est que les vérités des nouveaux textes rédigés par l'interprète si roui ruperienresà. celles des anciens : sinon, à quoi bon une dictée dhine pour expliquer le sens spirituel de ceux-ci?

On voit la toute la portée de l'élection et de la mission

Swedenborg.

Iîlle ne l'effraya pas plus que cette seconde apparition où elle lui fut donnée. Écoutons la suite du récit: 1

« Cette fois je ne fus pas -effrayé du tout, et la lumière dont il (l'homme) était entouré, quoique très-vive et trcs-éelalaiitc, n<: lit aucune hmtrcsskm douloiui use sur mes yeux. 11 était vêtu de pourpre et la vision dura

C'est une durée hors de proportion avec les p.uvh s prononcées. Avait-elle pour motif la nécessité de convaincre Swedenborg de sa réalité?

Mais Swedenborg ne pouvait douter. Il nous dit pourquoi : « Celle nuit même les veux de mon homme in1éricur furent ouverts. » Et. remarquons bien la portée

h 1 ' 1 1 : j i ■ iii'nlilir;i',-iHi radicale dans l'orgausmc de toutes

lcslacidlcs,detoulel'e\is!.cuee humaine de Swedenborg. Voici du moins ce qu'il ajoute sur ses yeux ouverts : « Ils furent rendus propres à regarder dans les cieux, dans le monde des esprits et dans les enfers. Je trouvai partout plusieurs personnes de ui;i connaissance, les unes mortes depuis longtemps, les autres depuis peu. »

fi 'est-ce pas la une transformation de tout l'organisme humain, de toute l'existence terrestre? Cela ne modifie pas l'homme, cela le change. Nous parlions, il y a un instant, des transformation? de Saint-Martin : mais celle de Swedenborg est d'une naluro telle qu'on ne peut pas y comparer une mudilication dans les études et dans la pensés, si profende qu'elle soit. La métamorphose de Swedenborg a quelque chose de celle du prophète, de celle de saint Paul allant à Hamas. Seulement elle va plus loin. Nous avons mis tout à l'heure la vision de saint Pierre à côté de la sienne : nous devons dire que celle-ci est plus magnifique. -L'apparition de Dieu y est directe. Aussi les conséquentes en sont-elles différentes. Saint l'ierre, après la sienne, est le même qu'avant. Swedenborg est un homme nouveau, comme saint Paul. Aussi la grandeur du la mission répond h celle de la métamorphose. : elle ne se bornera pas a expliquer le sens intérieur des saintes écritures; au privilège de recevoir des dictées de Dieu, Swedenborg

joindra la facilite de se vendre chus Imite? les régions du monde spirituel, d'y voir ce qui se passe, de s'y entretenir avec cens qui les habitenl, comme il fait avec les habitants de la terre; de redresser ceux qu'il y trouvera dans l'erreur et d'assister ceux qui connaissent ln vëi'ilu dans les emnhal.s. qu'ils ;uulicndi'oul pour elle.

Nul mortel n'a jamais élé mis drfns une condition pareille, l'on:' qae le t'iiri.si put s'entivienh' avec Moïse cl. Ëlie, il fallut qu'ils descendissent sur la montagne de la Transiiguration. Swedenborg vu dans les deux s'entretenir avec qui il veut. Saint l'ierre et saint l'aul n'ont jamais joui de ce privilège, et quand, sur la fin du dernier siècle, une école issue du célèbre voyant, i.i l'iiineiise

école du Nord, que le respeclable Lasntor alla pieusement étudier à Copenhague, prétendit avancer, dans des récils semblables , Que saint Jean venait de temps à autre la visiter, la foi des fidèles eux-mêmes doula du fait.

H parait que celle des fidèles eux-mêmes lit défaut aussi à Swedenborg, à eu jurer par le général Tuxen « qui eût préféré que son ami n'eût pas rais dans ses écrits des ncrlalîons qui choquaient beaucoup de lecteurs. » Dès lors, et à la distance où nous sommes aujourd'hui de tous les faits, quelle idée raisonnable peut-on se faire de la faculté d'itinération que Swedenborg s'attribue?

Il nous semble qu'il faut, de ces Ivois partis, Savoir choisir celui qui convient le mieux à l'esprit, de chacun :

Ou la rejeter comme une triste illusion qui fait ombre dans la vie d'un grand homme, c'est-à-dire la rejeter avec une sincère eompassion pour une telle infortune d'esprit;

Page 1