LA CLAIRVOYANCE
Ou bien la prendre pour telle qu'il la donne, et dans ce cas le prendre lui-même pour un exemplaire unique de l'espèce humaine;
Ou bien en chercher une implication nouvelle, meilleure que toutes celles qu'on en a données jusqu'à ce jour; car de celles-ci aucune ne suulicnt. Pexii n i t-n .
Évidemment, ce troisième parti est le seul raisonnable. Mais il est .le plus difficile. Comment trouver ou
même risquer une (.>\|>iicalein nouvdle ..;i]and implication a échoué? Il eu est. une nnmcllc sans doule; mais il suffirait de l'énoncer pour la faire condamner : ce serait d'accuser Swedenborg d'imposture. Cela serait bref; mais si, dans les générations contemporaines el. épigones, il ne s'est pas trouvé une voix sérieuse qui eût voulu se compromettre, en osant accuser de tromperie un homme dont l'honnêteté étaiL évidente et le sens inattaquable , comment aurait-on ce courage aujourd'hui?
Dans l'impossibilité d'inventer du nouveau, c'est en vain qu'on essayer.ii;, de revenir à l'ancien : il y a richesse d'hypothèses, sans duute, niais on rien n'est acceptable, il n'y a pas de chois possible.
L'état de Swedenborg était-il la clairvoyance du somnambulisme, par suite de la magnétisntiun de soi? On l'a imprimé; mais personne n'y a jamais cru sérieusement. Swedenborg avait étudié le magnétisme naturel, mais non pas le magnétisme artificiel : ce n'est qu'à l'époque de sa mort qu'il a pvi entrevoir les merveilles, de Mesmer.
) ; 'kiH-ce l'hallucination î
llien de plus connu en physiologie que te phéuo-
mène; rien tic niti=. cstram'il inaire ; rien qui prête plus li de brillantes déductions.
Mais s'il est un état d'hallucination qui se concilie avec la vie de l'homme de génie , comme le montre si bien M. Lélut, dans « le démon de Soeratc » et dans « l'amulette de Pascal, n il n'en résulte pas que le génie soit la folie ou la folie le génie : le savant physiologie de la pensée que nous venons de citer proteste contre ec blasphème avec la double autorité du philosophe et du médecin.
En effet, qui est-ce qui se rtsud bien compte d'une hallucination qui dure sans interruption de l'âge de cinquante-huit ;in> à celui de quatre-vingt-cinq mis! Kl.
d'un état d'hallucination qui n'inspire, qui ne dit et n'écrit que les choses les mieux calculées, les plus propres au but qu'elle a conçu, qu'elle poursuit sans relâche, qu'elle a présent à sa pensée à toutes les heures du jour! D'une hallucination qui se meut avec la même aisance dans les cercles de la cour ut ans assemblées politiques de l'empire, discute avec netteté les questions de métaphysique et celles de finances, critique avec
précision IV-l.il île ]'el)la.>ll-i.-)~le et Crll\ llll viriotl-
naire, du fanatique, du séduire et du réveur'dtipe de ses propics iautimies! On sait que le démon île Sociate, s'il fut créé par un état d'hallucination, n'a rien été à la lucidité île pensée de < e philosophe, et. qu'au contraire il lui a donné l'autorité et la persévérance nécessaires au réformateur de la monde et de la politique d'Athènes. Mais nous ne- comparons pas Swedenborg a Soeratc, pas plus que Sourate à Jésus-Christ : ces comparaisons d'hommes appartenant à des religions si opposées et à
SOCBATE.
des civilisations si profondément diverses ne prêtent jamais qu'à des parallèles aussi vides que ronflants. Dans la poétique Athènes, le 'démon d'un philosophe éclairé qui meurt en offrant un coq h Esculapc trouve aisément une explication. Mais quand même on rapprocherait l'hallucination de Socrate de celle de Swedenborg, la première ne nous expliquerait pas la seconde. Socrate avec son démon et son oracle de Delphes descendant dans la rue et sur la place, se glissant dans les ateliers et dans lus portiques pour arracher h la mauvaise morale et à la mauvaise politique ceux qui veulent bien se laisser catéchiser à sa façon ; Socrate mêlant à ses belles leçons les attaques les moins tolérahles, tautùt contre les instituions, tanlùt contre les autorités d'Athènes, leur conduite et leurs desseins ; Socrate n'embrassant dans son coup d'œil que la Grèce, la Macédoine et les ilarbares, les deux derniers termes comme ombres au tableau , est auprès de Swedenborg moins un apôtre de l'humanité qu'uu sublime mais timide écolier.
La sphère où se meut Swedenborg, c'est le monde; sa patrie se nomme la terre et les deux. Ridiculiser quelques snphisles, quelques ci é momies ou quelque;, marchands enrichis, parvenus au gouvernement de Stockholm, et leur faire peur de l'invasiun des Russes, quel rôle mesquin c'eût été là peur Swedenborg ! Fi de cette parodie du sien ! A la bonne heure si Socrate, conduit par son génie, avait visité les champs Hlyséens cl les régions du Tarlare ; s'il avait interprété les textes religieux et les traditions dogmatiques des sanctuaires d'Eleusis et de Samothrace ; s'il avait écrit sous lu dictée