‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 47 sur 179 · LES ARCANES CÉLESTES · texte numérisé non relu

LES ARCANES CÉLESTES

Ou comprend, en examinant l'ouvrage qui se compose de seize volumes in-8° dans la traduction de H. Le Boys des Guays, qu'il y a là autre chose que des textes sacrés; car ces volumes, loin de commenter toute l'Écriture sainte , n'en expliquent que les premiers livres, la Genèse et l'Exode. Aussi c'est trop d'explication. Mais pour faire tant de volumes sur si peu de texte , il fallait une grande science d'interprétation et beaucoup d'autres éléments. .Swedenborg, sans te= fixa et audita, c'est-à-dire les choses vues et entendues, ce qu'il appelle des mémorables, n'eût jamais rempli cette immense quantité de pages, car il n'imitait pas les interprètes vulgaires, il ne prenait rien chez personne. On n'est pas plus indépendant que lui, plus dédaigneux d'emprunts.

Hais est-ce l'Écriture sainte ou la vision qui l'inspire?

Les merveilles vues par Swedenborg soit dans le ciel, soit dans les enfers, ne dominent pas les sninlw écritures; mais elles figurent néanmoins à la téte et à la fin de chacun desvingt-sept chapitres de cette première partie. Neuf de ces chapitres sont consacrés au ciel, six à l'enfer, les autres à l'Église primitive et antédiluvienne, à la situation du tris-grand homme (nom qu'il donne au ciel, en vertu de su théorie des correspondances), à la perception des anges , à la lumière dans laquelle ils vivent, aux demeures et aux jardins qu'ils habitent, au langage qu'ils parlent et à la parole de Dieu.

La seconde partie des Arcanes explique les chapitres 18 a 21 de la Genèse, et montre d'abord dans un frappant exemple comliinï il impurte d'aller au son; interne de la parole divine. En parlant du jugement dernier, lo Seigneur dit qu'il doit venir sur les nuées des rieux avec

force el gloire. « Personne jusqu'à présent, dit Swedenborg , n'a su ce qui est entendu par les nuées des deux, mais il m'a été découvert que c'est bien le sens li titrai de la parole, et que la furœ et ia ijhin: désignent le sens interne de la parole. En effet, dans le sens interne de la parole est la gloire, car tout ce qui est dans ce sens concerne le Seigneur et son royaume. »

Cela posé, les quatre chapitres cités de la Genèse sont interprétés avec une liberté dont, avant Swedenborg, les partisans les plus lettrés de l'exégèse allégorique n'avaient p.is ulei:.

Donnons d'abord un exemple de ce système d'interprétation; nous en donnerons un autre plus tard des visions qui l'appuient.

On connaît, même dans le monde, les textes si justement admirés de la Genèse sur la vie des patriarches et en particulier sur celle do ce grand p.îrsoii:iiy;u h; n'I^bir dans tout l'Orient, j'entends Abraham. Longtemps privé de descendants, une promesse de postérité est enfin donnée à sa puissante confiance. Eh bien, Philon et Origène, les plus grands allégoristes, n'auraient jamais deviné l'idée morale, le secret éthique qui nous est donné dans le récit biblique : c'est que, par le fils que Sarah devait enfanter , il est signifié que le rationnel deviendrait divin.

Le péché dit originel ou héréditaire est nettement rejeté dans les premières parties des Arcanes.

Dans les six autres le système du sens intérieur est appliqué à tous les textes des doux livres mosaïques, et lu même méthode y mêle les textes, l'interprétation, ou ce qu'on peut appeler le développement. Toutes lesques-

lions de doclrine , [ihilu^uphie, relisjiwi, morale, y sont abordées avec lu inéme aisance et résolues an nom de la même autorité, de ce sens spirituel que a nul ne voit s'il n'est éclairé nar une illiiminalitiii d'e n liant qui ouvre sois intérieur. » Pour Swedenborg, — et c'est aux yeux de la critique moderne un des plus beaux titres de l'exégète, — cet intérieur ouvert, c'est d'ordinaire sa pensée personnelle. Cette pensée de l'auteur, tres-persniinelle, rrés-opposéc aux dogmes reçus, est souvent d'afeord avec ce rationalisme qui alors célébrait son avènement dans li théologie des peuples du Nord, sans toutefois que jamuis Swedenborg cou-ulte un des représentants de cette tendance ou se trouve d'accord avec lui pour les dogmes essentiels.

En parcourant les Arcanes avec le degré d'intelligence nécessaire, on s'y trouve dans une région que je n'appellerai ni vnilée ni dévoilée, mais trés-honnéle, assez haute et assez nouvelle, suis être *uflirammeut diiTéruulc de ce qu'on voit en ce monde. Eu eiïet, la plus grande surpritc qu'où y éprouve, c'est celle de ne pas se sentir as-;c/ dépaysé, d'être trop chei soi.

Le panégyriste de Swedenborg, son confrère Sandel, dans son bel éloge imumiu.'é devant l'Académie de Stockholm, dit, eu termes un peu emphatiques : « C'est ainsi que nous trouvons au-dessus des nues ce mémo homme que nous venons de suivre, il y a un instant, dans les mines, lés forges et les ateliers, n

C'est une antithèse digue du lieu où clic retentit. Mais, franchement, notre pensée sur le point do vue duquel sont dépeints les Mystères célestes, n'est pas d'accord avec l'orateur; nous trouvons au contraire que ce par

où il pflche ln plus. cVst précisi'incnt qu'il n'est pas assez élevé au-dessus des nues. Si le Voyant a beaucoup d'imagination, il a cependant trop de mémoire. Son tiraiiogi'aphie est une smïe de. géographie transfurméc, et sa pneumatologie une anthropologie transfigurée d'une manière insuffisante, à mon compte.

Dans leur masse imposante, seize volumes d'eségèse allégorique et de voyages aux planètes ne trouvent plus aujourd'hui beaucoup do lecteurs en dehors do la Nouvelle Jérusalem. Mais dan; leur nouveauté, habilement distribués en Luit livraisons, donnés à des amis, ou vendus à des prix très-élevés, ces volumes furent avidement recherchés, étudiés et discutés avec une rare curiosité : la clef des cieux et de; enfers offerte à tout le monde intéressa la lui sérieuse des uns, l'incrédule moquerie des autres, la curiosité soutenue de tous, le fait est qu'il m! iTi.it de sifmalor tonles les payes cu-

rieuses de ces volumes; mais assurément celles qui traitent de l'élat îles enfants dans l'autre, vie et celles qui parlent sur la mémoire qui reste à l'homme après la mort intéressent tout le monde.

Ce qui nous y intéresse surtout, c'est l'auteur, ce Vojant dont l'existence est partagée entre ses voyages et ses entretiens célestes d'une part, et la rédaction ou la publication dus récits qu'il en fait, d'autre part. Il n'est pas ailleurs de ue d'iumuie qui offre vingt-sept années de visions acceptées avec, tant de bonne foi. Car le Voyant y croit comme à son moi, comme à sa pensée. Quelles jouissances et quelle ouverture dans son âme d'idées et d'émotions à nous inconnues! Par quelles transformations ce droit et sincère esprit a dil passer durant

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