‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 48 sur 179 · CÉLESTES. H · texte numérisé non relu

CÉLESTES. H

ces vingt-sept ans! Kl quelles éuigines il déchiffrer dans le cœur de cet. homme si serein el si savant, à qui répugne tout mysticisme, tout piétîsme, tout bigotisme; à ce vaillant penseur qui est essentiellement rationaliste, si Ihoosophe qu'il soit!

L'ouvrage complet dos Arcanes se vendait dans l'angine huit L'uiuéi's el, huit ^hellinps. On le payait ejnquanle-lrois shellings en 1823, où il était devenu d'une excessive rareté. Aujourd'hui on l'a facilement, grâce à la belle édition française de M. Le ]]oy? des (iuays et à. Jn version allemande de M. Tafel, dont le huitième volume a paru dès 1840. Il faut y joindre, pour se retrouver un peu aisément dans ces huit volumes, l'Index verborum nominum et rentm in arcanis ctelestibus, qui a paru à Londres ou 1845; in-4" bien entendu. Trompées par des analogies do titre, beaucoup de personnes se sont lijrurè qu'elles en avaient la traduction dans les Merveilles du ciel el de l'enfer de Pernety, mais ce n'est pus le vastu Arcana, c'est lo volume modeste de Cœlo el inferno, que l'académicien de Berlin a publié sous un titre de son invention.

Hais que valent les Arcanes aujourd'hui?

On dit d'abord : •• que ce n'est pas l'ouvrage sculcmeiil qui est jugé, niais encore le. système qui n'est pas soulenable. Les textes sacrés sont, dans ce système comme dans celui de tonte la chrétienté, une révélation divine. Une révélation est la mise au jour d'une vérité introuvable pour la seule raison, et inconnue jusqu'au moment où elle lui ësl donnée par l'intelligence divine. Qu'est-ce qu'une révélation divine qui a besoin d'uno illumination, comme le veut le t.héosophe do Stockholm? Et

au bout de quatre mille ans pour la Genèse; au bout de deux mille pour l'Apocalypse? »

On dit ensuite : a C'est précisément cette illumination qui est tout le système, le privilège ou la lettre de ciV(Ut en vertu du laquelle Swedenborg idiorde l'humanité pour lut servir de guide. Or, si le système sur lequel reposent les Arcanes et au nom duquel ils enseignent les merveilles de lu création spirituelle est faux, le livre qu'il domine est frappé au cœur avec sa lettre de crédit. Tout ce qu'on y peut chercher avec quelque intérêt encore, ce sont les idées propres de l'auteur, et les merveilles qu'il y expose eu les prêtant au texte sacré ou en ayant l'air de les lui emprunter. »

Mais si, pour la plupart et !e r.iiiiminii des lenteur? , ne sont les faits merveilleux cl les idées que l'auteur y rattache qui constituent son système, Swedenborg y met beaucoup moins de prix qu'à cette illumination intérieure qui lui fait comprendre ce qui était voilé avant lui. Dieu, qui est la vérité, dit-il, est lumière. Où Dieu, où l'intelligence divine se donne à l'intelligence humaine, la pensée humaine est lumière et vérité. Voilà le privilège qui lui est échu. L'illumination, c'est-à-dire celte ouverture permanente du sens intérieur dont il jouit, est un fait de conscience individuelle, c'est-à-dire indiscutable. Or si c'est elle qui est le fondement de son

Quant à ses visions, elles n'ont à ses yeux qu'une valeur secondaire ; elles n'en auraient aucune sans l'illumination intérieure. Aussi il les a supprimées lui-même dans l'extrait qu'il a donné des Arcanes.

CÉI.ESTKS.

D'un autre coté, il ne faut pas exagérer non plus la portée qu'il attribue à son ilkiminaiiuu, et pour se créer des armes contre lui, en faire une révélation, qu'il aurait proclamée supérieure à celle des textes du Nouveau Testament comme celle-ci l'est à la révélation des textes de l'Ancien. Swedenborg se déclare formellement contre cette idée. Les arguments lires des saintes Ecritures, dit-il, ont seuls autorité et force de preuve, tandis que toutes les communications ou expériences correspondantes qui ont pu lui échoir dans le monde supérieur, n'ont, à ses yeux, que le rang et la valeur d'éclaircissements et d'appuis ou de eoi/iprù'ial/oi)* parallèles.

Il n'est pas d'observation pins essentielle pour une juste et loyale appréciation de Swedenborg.

On a objecté que l'illumination intérieure n'est qu'une illusion greffée sur une autre, sur l'extase.

Les amis répondent que c'est, lu faire de la polémique de mauvais aloi, que c'est confondre un acte divin, telle qu'est l'illumination, avec une situation humaine, telle qu'est l'extase. Ils ajoutent que l'extase transporte ou ravit l'esprit de l'homme hors de lui-même, tandis que l'illumination introduit, au contraire, la pensée divine dans la pensée humaine. Ils disent, pour gagner les esprits les plus évangéliques, que l'illumination telle que l'entend Swedenborg n'est pas autre chose que l'inspiration, e'e^t-à-dire lïntr'.idiieLon du Saiiit-l'^prit, dans l'ime humaine : ce que les textes sacrés appellent la communication de l'esprit divin et en un mot ce que chaque fidèle demande chaque jour dans ses prières les plus pures.

Quand on accuse Swedenborg d'avoir innové, ils ré-

pondent que su Ihéoric sur l'illumination n'est pas une doctrine nouvelle; que son état fut si peu une prérogative personnelle, qu'au contraire il l'attribue très-expressément, comme l'Kvanfdle lui-même, à lout fidèle qui, « en prenant en mains la Parole du Seigneur, s'adresse à lui pour lui demander son esprit. »

Celle argument ilion nVsi tuutefuis qu'un..' apologie présentés parles plu? hibilas. Les plus sincères, et M. Ri-

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tout simplement que l'extase seule peut justifier les prétentions et rendre les services d'une véritable révéla- ■ tion. I.a vraie garai! lia de la vérité, M. Iliehar ne la trouve que « dans les extases d'un homme de bonne foi qui aura pu aller saisir dans k momie spirituel k~ eicnij/lai rendes l'/pes. usités dans toute* les révélations. Une doctrine biblique fournie par la raison sera nécessairement variable et incertaine. Si c'est l'extase qui en offre les clément.-:, elle pourra èln: rii/nureusemcnt exacte (Richer, De la nouvelle Jéinsakm,\,3, p. 147). »

Cela est loyal et franc, mais cela justific-t-il ce qui a tant besoin d'être justifiée, l'extase? Cela prouve-t-il qu'elle fournisse ce que, sublime aventurière, elle va chercher dans l'autre monde'.' l'oint. Comment dans l'extase l'esprit est-il assuré d'aller dans le monde des vérités, au lieu de faire des promenades imaginaires dans ce monde des chimères où chacun fait chaque jour de si ravissantes exclusions pendant sept heures sur vingtquatre? Et qu'est-ce que tes tijpei udu's dans toutes les récélations? Veut-on nous dire ce qu'on entend parles exemplaires de ces types? Et enfin, si l'on peut, par amour pour Platon, croire un instant à leur existence

dans le grand magasin ries conception? métaphysiques de la poétique antiquité, qu'on veuille bien nous dire quelle garantie l'extatique , j'entends l'extatique de bonne foi, nous offre pour nous faire croire qu'il est allé saisir les eNcraplaïrcs ou les archétypes de cas types?

Aussi les sincérité? rlo M. Itieh'.'r oni-elles fait minco fortune auprès des plus sévères. Ils renoncent au vol <f'esjirif, discrédité par madame I lu von. et s'en lieraient a cette simple illumination qu'une toyuh: exépése leur permet de confondre avec l'aau rc évanp,éliquc du Saintlispiit. Ils citent îles textes pris dans les Arcanes rékstes pour établir que, selon Swedenborg, la parole divine est donnée à l'homme pour le mettre en rapport intime et direct avec le ciel; que la lumière d'en haut est accordée à chacun en raison de son amour pour le vrai, c'està-dire, selon leur interpréta tinn la plus hasardée, pour le sens spirituel de la parole de Dieu. Ils ajoutent que le seul mérite que Sw.'deiibut - ?' attribue ou la seule nouveauté qu'il enseigne, c'est que le sens intérieur n'était pas ainsi complètement connu avant lui qu'il l'a été depuis et par lui. C'est modeste; mais ce n'est pas tout- Le fait est que, sur chaque pape des Arcanes, on trouve des erisfigncmenls étranges et des phénomènes merveilleux. Au milieu des choses les plus excellentes, les plus sensées et les plus ingénieuses, qui coulent toujnurs de cette plume avec la même inépuisable abondance, toutes relevées par nue vie honorée et comme parées de la pratique des plus aimables vertus, nous touchons à chaque instant aux assertions les plus su [prenantes, aux opinions les moins rationnelles. De là vient que les doctrines de Swedenborg, sur tous les points essentiels,

donnent d'éclatants démentis à celles qui sont reçues par toutes les communions chrétiennes et par toutes les écoles philosophiques.

C'est sa mission d'installer une nouvelle doctrine , et à ses yeux c'est sa gloire.

El en effet, son système est si nouveau et offre un si vaste, si conipli'l et *i conséquent ensemble, qu'il n'y a pas à y marchander telle portion ou telle autre. Il est un à ce point que ceux qui redoutent pour leur foi ou leur raison les écrits de celte tendance, empreints d'une vie ,m. -si r-vceptiiiimeili' H il'tine pendus aussi libre, feront bien de s'abstenir d'une étude sérieuse, d'une lecture tant soit peu suivie de Swedenborg. A ceux-lànous donnerons le conseil de nous quitter nous-même. Que, se honiiinl à fnr.iiHUrft l'c-mini'!:! livinnir de science, et à admirer un des personnages les plus honnêtes et les plus vertueux de l'histoire, ils consentent à ignorer le hardi novateur, le ihéosophe et le Voyant, l'ami des anges et le greffier des mystères du ciel. Qu'ils nous quittent ici même, car voici venir, dans la vie du philosupbe privili'ûH!, neuf années des plus merveilleuses.

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