‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 50 sur 179 · DERNIER · texte numérisé non relu

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faire connaître les scènes et à en déduire loi conséquences.

Dans son traité il exposa d'abord que jamais la propagation de l'espèce humaine ne cessera sur la terre; que les deux grandes catégories qu'on appelle dans le langage de la religion le ciel et l'enfer, se forment de créatures do notre espèce ; que tous les hommes nés et morts depuis la création sont réunis ou dans le ciel ou dans l'enfer; que le grand acte de classification qu'on appelle jugement dernier doit avoir lieu là où ils se trouvent ; que par conséquent il ne peut pas avoir lieu sur la terre, mais que ce sont les régions assignées au ciel et à l'enfer qui doivent en être le théâtre.

Il établit ensuite que pour l'Eglise actuelle ce grand . acte a eu lieu en 1757, comme il a eu lieu à d'autres époques pour les Eglises antérieures, et que Dieu a voulu qu'il en fût témoin. Cela n'était que juste, puisque le Soigneur l'avait appelé à la mission de fonder une Eglise nouvelle par son enseignement et par l'interprétation plus perfectionnée des saintes Ecritures, si longtemps mal comprisses et détournées de leur vrai sens,

Voilà ce qu'il exposa. Et, on le voilbien,rien de mieux combiné ni de plus avisé que cette publication, qui, loin d'être celle d'un visionnaire ou enfantée à l'état d'un halluciné, est le travail d'un penseur puissant qui poursuit une œuvre profondément méditée. Car, loiii d'olfrii- des pa^cs de pures spéculations l'eiiaieusis comme en olîrent d'aufre.-s théi>;u[>liu=, l'aiiLeur y poursuit un but très-spécial et très-pratique. En effet, son véritable objet dans ce traité est de montrer que le

Ce grand fait rtl'iSM . S d » *» * sa * '» d „ .

chaque homme (voy. ci-dessus, p. 25). Je ne m'y arrêterai donc plus. Mais je dirai un mot du second.

Cette brochure roule tout entière sur un court passage de l'Apocalypse, chapitre xiï, que voici :

n Je vis le ciel ouverte! un cheval blanc. Et celui qui était monté dessus est appelé r.œbi et 3/.rfim: [fidèle et véritable]. Ses yeux étaient comme une flamme de feu et il portait sur sa téte beaucoup de diadèmes. Il était revêtu d'un vêtement teint de sang. Son nom est Logos de Dieu. Et les armées des cieux le suivaient sur des chevaux blancs. »

Pour Swedenborg, tout ce style est symbolique.

Le cheval est le symbole do l'intelligence qui donne le sens interne. Le cavalier, qui est le Logos, est la Parole de Dieu. Lu sang du ses vêtements indique la violence qu'on a faite à cette parole ehla prenant dans le sens littéral, matériel, terrestre; en méconnaissant le sens moral, spirituel, céleste. Les armées qui suivent le saint cavaljei' sur des chevaux blancs, ce sont les élus qui reçoivent de l'Intelligence le sens intérieur et qui s'attachent à sa bannière. Swedenborg ajoute à cette interprétation si propre à mettre en lumière sa théorie et sa mission, cotte induction non moins favorable à son œuvre ; « D'après ces choses, il est évidemment prédit ici que, vers le dernier temps de l'Église, le sons spirituel de la parole sainte sera ouvert »

Le Traité du Cheval blanc est court, et il n'est au fond qu'un extrait des Arcanes. Mais le soin que prit Swedenborg de faire imprimer à Londres cinq ouvrages la même année et coup sur coup, montre un grand zèle de propagande pour un grand intérêt. L'ac-

tivité était sa vie, le travail son plaisir h plus cher. Il tenait d'ailleurs à convaincre ses lecteurs d'Angleterre, de Suède et de Hollande, qui penchaient vers celte conclusion, que le jugement diiinier était prononcé contre X'Églhc actuelle; rai 1 l'Kglisc actuelle était, dans sa bouche, ce que, depuis le quinzième siècle, tous les réformateurs ilu tahrkiiiiiv appelaient eu style apuculyptique la grande, l'orgueilleuse, la voluptueuse llaliylonc, c'est-à-dire llomi\ Tout ennemi de llumis était d'avis qu'elle devait tomber. Swedenborg ne venait qu'appuyer l'opinion de plusieurs siècles et celle de plusieurs nations, en formulant sa sentence de condamnation, en enseignant que la place de l'ancienne Église était à prendre par une autre, par la nouvelle Jérusalem au sein de laquelle son chef céleste, le Roi des rois, demeurerait en personne.

Mais n'était-ce pas là un de ces préjugés protestants indignes d'un philosophe aussi éclairé, aussi indépendant que l'illustre Suédois?

En le voyant dans son Journal aux prises avec l'Église romaine, les moines, les prêtres, les cardinaux ou les papes qu'il rencontre .dans Vautre monde, répandus sur toutos les terres de notre système solaire et même sur d'autres, un dirait, malgré sa courtoisie pour les plus éminents d'entre eux, que c'est bien uu protestant qui en veut a l'Église catholique. Eh bien, il n'en est rien. Ce n'est pas au catholicisme, c'est à l'Église chrétienne quela sienne veut succéder. On revient promptement de l'erreur en le voyant de même aux prises avec les ministres, les docteurs, les évfiques et les prélats protestants, dont le dogme tout entier est l'objet de ses

ACTDELLE.

critiques, de ses flétrissantes épigrammes. Les mystiques et les théosophes, toujours en possession de lumières supérieures à la "théologie reçue, aiment rarement les docteurs ou les ministres d'une Église. J'ai signalé dans ta vie de Saint-Martin, si bienveillant d'ailleurs, malgré le tour épigrammatique de sa pensée, de ~i]]L r uliiu'cs froideurs et de vives antipathies pour le sacerdoce. SweJejib'in?- esl dans las mêmes dispositions. L'Église actuelle qui doit tomber, étant jugée, est pour lui toute l'Église chrétienne. N'est-elle pas tout entière enchaînée au sens littéral '?

Dès lors on s'explique la fréquence et ta vivacité de ces brochures qui doivent amener sous de nouvelles bannières les pasteurs et les fidèles.

« Hais des brochures latines, des in-quarto, soiit-ce bien des brochures?»

On écrit pour le peuple, ta multitude, ou pour ses conducteurs.

Swedenborg, qui voulait le triomphe d'une nouvelle exégèse, ne pouvait pas s'adresser au peuple. Des écrits en langue anglaise, 111 langue hollandaise ou suédoise, n'allaient qu'aux savants ou au clergé de l'un ou de l'autre de ces pays. Dos pages écrites en latin arrivaient aux évéques et aux docteurs da toutes les nations. La brochure latine, le grave in-quarto, étaient le mode de propagande le mieux entendu, et, sous ce rapport, la simple mais sagace combinaison des moyens de publicité de Swedenborg ïi'a pas été surpassée. Nul u'a jamais fait les choses plus sagement que lui, au dire de ses amis et de ses ennemis. Nul n'a distribué ses eprits avec plus de soin. Ses libraires les vendaient cher au

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