DE STOCKHOLM
de compromettre son nom par une condescendance téméraire. Mais de pareilles considérations devaientelles prévaloir sur les vrais et sérieux intérêts do la science î Ou Swedenborg expliquait les hiéroglyphes ou il résultait de son échec une grande leçon pour le monde et pour lui-même. Il y voyait la vanité de tout son système d'interprétation. La vérité gagnait dans les deux cas.
Pour moi, je ne comprends pus l'Académie comprimant sa curiosité ; je ne comprends pas bien non plus Swedenborg comprimant sa science. Puisque sa confiance était si absolue, que ne recourait-il à son grand moyen, la presse hollandaise ou celle d'Angleterre?
Au surplus celte lettre, qui sert d'appendice au Cheval blanc, ne fut écrite que dans les dernières années de sa vie, et nous ne sommes pas encore au bout de ses travaux durant cette féconde année de 1758. Aux traités du Jugement dernier et du Chenal blanc, et à la lettre a l'Académie du Stockholm, il faut joindre encore un vnlume également publié à Londres, ("est lu traité dus Terres dans noire monde solaire. Toutefois, ce traité n'est qu'une répétition de pages qui figurent déjà dans les Arcanes et même dans le Diarivm [le journal] , où sont déjà notées les fréquentes visites faites par l'auteur dans notre système solaire.
Comme nous n'avons pas encore analysé ces pages , elles doivent lixer un instant noire attention.
La publication sur les Terres les donne un peu enrichies. Et d'abord toutes les visites faites par Swedenborg dans les régions supérieures ne sont pas citées dans le Journal, et il y eu a eu qui se sont prolongées
JlEUCDIiE.
au delà du temps qui s'y trouve annoté. Il n'y est indiqué, par exemple, bien explicitement que six visites à Mercure, tandis que dans le traité des Ten esdatis nntre monde solaire, publié dix ans après , Swedenborg nous dit expressément qu'il lui a été donné de parler avec les Esprits de Mercure pendant plusieurs semaines.
Notons celte circonstance : elle nous explique un fait qui se présente plusieurs fois dans sa vie. On le trouva souvent en compagnie des Esprits, et il n'employait pas les nuit; seules :i =r.s péiV'ûTi nation s «■listes : nous devons donc conclure de l'indication relative à Mercure que Swedenborg, qui voyageait beaucoup dans ce monde-ci et qui écrivait et publiait sans cesse, a dû savoir tirer do 6on temps un bien habile parti pour trouver encore tant d'heures uéee;;;iires h ses voyages dans les astres. Admettre qu'il les faisait avec la rapidité de k pensée, ce n'est rien résoudre, puisqu'il n'en fut rien : il parle lui-même, comme un simple mortel, de semaines qu'il a passées avec k; Ksprits de Mercure.
Quoi qu'il en soit, il rapporte de ses voyages des choses fort curieuses, et pour donner une idée de tout ce que ce traité renferme de neuf et de piquant, il faudrait le copier tout entier. Il est d'ailleurs si court et si amusant, qu'on le lira volontiers d'un bout à l'autre dans celte version si fidèle, calque véritable, qu'eu donne M. le Boys des Guays. On y verra que ces Esprits, très-habiles à lire dans l'intelligence des hommes, commencèrent par rechercher, dans la mémoire de Swedenborg, les choses que connaissait ce dernier. Mais interrogés à leur tour, il leur fallut bien lui répondre, et il apprit d'eux que , sans faire la moindre attention
JUP1TEB BT MARS.
aux objets corporels de leur terre, ils s'occupent des statuts, des lois et des gmiw menants des tintions qui y sont ; puis aussi dc3 choses qui concernent lo ciel et qui sont « innombrables. » Ou n'est pus niuins inuleri dist.e que cette spirituelle pfiputa'.iiui. Ces; une véritable Académie des sciences na>ralrs et pelitiriues greit'ée sur une véritable Sorliouue : rien île plus paiTail. Aussi ne sommes- nous pas, nous autres gens terrestres, les amis et les interlocuteurs qu'il faut a ces Esprits ; ils nous le montrent en toute occasion , et sans politesse aucune : a Ceux de Mercure ne veulent pas se trouver avec des Esprits de notre terre. Partout où ils les rencontrent, ils s'enfuient à leur aspect. »
Dans ce traité si piquant, rien de plus piquant, de plus spirituel que l'article sur les Esprits de Mercure.
« Les Esprits de Jupiter ne nous estiment pas trop non plus. Quand je voulais leur dire que sur notre terre il y a des guerres, des pillages et des assassinais, ils se détournaient et refusaient d'écouter... Par une frri/uciitati'iit île luniji": durée avec eux, je demeurai eouvaineu qu'ils iMuie.ii!. plus probes (jue les Ksprits de plusieurs autres terres. Leur abord est si doux et si suave qu'il est impossible de l'exprimer. Ils influaient principalement sur ma face et la rendaient gaie et riante. •>
« Leurs faces sont aussi plus belles que les nôtres. »
Les Esprits de Mars ont le langage délicat «comme l'aurc la plus douce. Il est non sonore ou tacite et s'insinue dans l'ouïe et dans la >ue intérieure par le chemin le plus court. »
Ceux do Saturne sont unitaires ou antilrim [aires comme ceux de Mars.
J'ai déjà dit que le dogme de ta Trinité est un de ceux que Swedenborg s'est le plus attaché à présenter sous une forme unitaire ; il est donc tout simple qu'il le trouve établi sous cette Forme dieu des Esprits aussi distingués , « qui d'ailleurs sont humbles dans le culte , et se considèrent alors comme rien. »
Le Seigneur leur apparaît parfois sous une forme Angélique et par conséquent comme homme, puisque 1rs A litres nul fni iiic humain» 1 ; Car e'i'M. encore là un ries points sur lesquels -Swedenborg insiste le plus : c'estque la forcin limitât:/- iu.->; fm me .iiigéhque.
Dans le très-grand Homme [le Ciel tout ensemble porte ce nom, parce que se; djliiTeulcs. régions, selon le grand principe des correspondantes, répondent, au spirituel, aux diitërfiUus parti. -s du rorps humain] — dan» le ciel, disons-nous , le- Esprits de Vénus représentent la mémoire des choses matérielles, comme ceux de Nfereure représentent la mémoire îles ehuses immatérielles.
Los habitants de Vénus, — car il faut toujours distinguer les habitants acluels, d'une planète des Evprils, qui ont avancé du premier degré au second, — les habitants de Vénus, sinon tous, du moins quant à la plus grande partie, sont des géants ttupides qui ne s'inquiètent ni du Ciel, ni de la vie à venir.
L'idée mythologique m eut donnée sur la déesse Vénus, sur son esprit et ses penchants un peu sensuels, a donc exercé sut; ces conceptions une inllueuce plus considérable qu'on n'est tenté de l'admettre quand il s'agit d'un astronome aussi savant.
SATDHKÉ. 139
Saturne , ainsi que les satellites des autres planètes, est égalonioul habitée, parce que ce sont des terres.
h Qu'il y a aus r j des habitants dans, la lune , c'est ce que savent les Esprits et les anges. Ils savent qu'il y en a pareillement dans les lunes ou satellites qui sont autour de la terre de Jupiter et autour de la terre de Saturne. Ceux qui n'eu oui pas vu tos Esprits et ne se sont pas entretenus avec eux ne doivent pas douter pour cela qu'il n'y ail aussi îles hommes sur les lunes, et cela par la raison que ee sont. éiialcmud des Lenes. Où il va une terre, là est l'homme. Car l'homme est la fin pour laquelle une terre existe, et rien n'a été fait par le souverain Créateur sans uno fin. »
hold le lils, qui est (le l'école do K;mt, esl parfaitement d'accord avec Swedenborg. Pour lui aussi, tous les globes célestes sont habités, et c'est aussi ('espèce humaine qui est répandue sur tous. On peut aller loin, sans aller jusque-là ; on peut admettre qu'aucun dos grands corps
intelligents et moraux, dont le développement progressif est la lin du Créateur, se trouvent sur la surface de chacune de ces sphères ; niais il serait téméraire de penser que ce soit précisément l'organisme humain qui convienne le mieux à chai 1 d'elles. l,a variété indéfinie des nuances étant une des lois de la création connue, il est sage, il est au inoins permis eu induction légitime d'appliquer celle loi aux terres et aux atmosphères qui otlVcut des al 1ère tic es avec noire terre et noire almospbère. Mettre l'homme partout, c'est à la
foin lii prodiguer avec I rop d' amour-propre pour noire espace et Irop pou de déférence pour uni; loi général» de In c n'ut ion. Les êtres qui forment le monde inatorid variant .i l'infini, ceux qui forment le monde moral paraissent devoir varier de même. Variété dans l'unité, tel est le enracioro évident do la création, trop évident pour avoir échappé au savant Uiéosophe. Certes il lui a fallu de puissantes raisons pour sacrifier la variété à l'unité. Son esprit systématique l'emporta vers cette hardie théorie : Dieu est le seul type de l'humanité. La forme humaine est donc la forme divine; dans l'univers moral il ne peut y en avoir une autre.
Cette curieuse brochure de Swedenborg eut clos dignement une aussi labanuiio année. Il n'en fut rien et nous ne sommes pas au bout de ses travaux de 1758: il nous resle.au contraire, à faire connaître la plus importante des productions qu'il imprima dans ces douze mois si chargés, j'entends le volume du Ciel et de ses merveilles et de l'Enfer; d'après re <jui a été vit et entendu.
Ce que doit être ce livre , l'auteur nous le dit luimême en ces lignes :
« Les arcanes qui sont révélés dans ce qui va suivre concernent le ciel et l'enfer, et en même temps la vie de l'homme après la mort. »
« L!homme de l'Église aujourd'hui possède à peine quelque notion sur le ciel et l'enfer, ainsi que sur sa vie après la mort, quoique toutes ces choses soient décrites dans la (sainte) l'arole. Et même de ceux qui sont n is dans l'Église, un grand nombre les nient, en disant dans leur cœur : Qui en (du ciel et de l'enfer) est revenu et qui en a fait un récit? »
a Min que i'iia Liens, qui retient surtout parmi ceux qui sont savants dans les choses du monde, ne pervertissent pas les simples de cœur et de foi, il m'a été donné d'être dans la compagnie des anges et de m' entretenir avec eux comme l'homme s'entretient avec l'homme, de voiries choses des ciem et. fies enfers, pendant treize ans. »
« Je vais les décrire maintenant d'après ce que j'ai vu et entendu. »
A ces mots, on croira peut-être que l'auteur va nous donner une répétition des Arcanes. C'est un peu cela, mais pas tout à fait. Le nouvel ouvrage est calqué sur les Arcanes, mais c'en est plutôt une nouvelle rédaction qu'une répétition, C'est une édition revue et resserrée, beaucoup plus nette, plus positive, et de fait plus riche que la première. La méthode en est plus libre. Ce n'est plus aux textes de Moisc, c'est à l'ordre naturel de ses propres idées que l'auteur s'attache, et ceux qui n'aiment pas l'exégèse allégorique des Arainc* trouvent ici, sous une forme qui peut mieux leur aller, une instruction aussi complète ctd'ordinaire supérieure.
et ses tlilVérenles divisions ; les fl tiges, leurs dill'eïeutes classes et sociétés ; l'amour céleste et l'amour spirituel ; la correspondance des choses célestes et des choses terrestres, l'amour conjugal, l'amour de soi et l'amour du monde.
Le style du nouvel ouvrage étant d'une simplicité extrême et sa marche un peu monotone, la lecture suivie peut en être fatigante pour les esprits délicats ; mais que ceux-là prennent l'excellente table alphabétique
qu'on y a jointe dans In dernière version française ; qu'ils y choisirent les sujets sur lesquels ils aiment it consulter Swedenborg, d ils. feront uuc lecture Irèsfacile, très-en train an te. Qu'ils prennent, par exemple, les mots enthousiastes, visonnaires, prêtres, prédicateurs, savants ou d'autres de ce genre, et assurément ils n'éprouveront aucune l'aligne dans celte lecture. S'ils prennent le mot Swedenborg, par hasard, ils y verront que l'auteur u causé nvec les Ksprits et les Anges, avec des personnages qui ont vécu il y a vingt siècles, dii-sept siècle.-, quatre siècles nu trois siècles ; qu'il a été conduit par le Seigneur dans les cieux quant i l'esprit, son corps restant dans le même lieu ; qu'il lui est arrivé d'être détaché du corps comme le comte d'Haulerive, l'aimable ami de Saint-Martin, dans sa légende; que les anges ont vu par ses yeux ce qui se passait dans noire monde. Ils y verront Leaucoup d'autres choses
aujourd'hui dans les régions que visitent les esprits ou qui les évoquent par de savantes méthodes, est encore susceptible d'un grand progrès.
U ne faut pourtant pas trop s'arrêter à ce volume ; pour la doctrine, nous en aurons de pius parfaits et de plus définitifs. Séparuns-nous-en donc sans trop de regrets et finissons nos récils sur cette année par la remarque, que si la verve de Swedenborg parut un instant épuisée en 1766, à la publication du dernier volume des Arcanes, et si elle ne donna rien l'année suivante, elle offrit de larges compensations en 17S8.