DE MADAME DE H A RTE VILLE
cinq mille florins de Hollande, et madame de Harteville était d'autant plus émue de la réclamation qu'elle se voyait :i peu près ruinée si elle était obligée de fournil' cette somme, qu'elle se souciait peu d'ailleurs de payer «ne seconde fois. Qu'en arrivera- t-ilî
Elle se rencontre avec Swedenborg et, huit jours après, elle voit dans un songe ou en réalité' feu M. de Mm k'viUe qui lui indique le meuble où se trouve la quittance avec une épingle à cheveu* garnie de vingt diamants qu'elle croyait perdue aussi- Certes voilà, ce semble, un fait assez extraordinaire pour que l'imagination la plus aventureuse s'en contentât, sans rien y ajouter de plu? cxlra ordinaire encore. Mais l'esprit de l'homme, qu'on coiniaiL t- s i e n t i el 1 1.' r t l e 1 1 1 poète et romancier, loin de l'accepter sous sa vraie forme, s'empara de ce fait pour l'arranger à ses goûts, le draper et le décorer d'une façon qui bientôt ne permit plus de le reconnaître dans sa primitive simplicité , si merveilleuse qu'elle fût.
Et que d'erreurs de dates et de noms, que de folles et absurdes suppositions on a mêlées au premier canevas dans loi grossières broderies qu'on a jetées dessus !
D'abord madame de MartcviUe devient madame de Iliu'Li'viih'. puis madame do Marl'/fcld, puis comtesse de Martefeld, et enfin comtesse de Mansfeld.
Ensuite la chose s'est passée en toute autre année qu'en 1761, sa vraie date, date que nous nous dispensons de démontrer par des extraits mortuaires et des rapprochements chronologiques qu'il serait aussi fastidieux d'étaler qu'ils sont décisifs.
De plus, chez l'un des mille narrateurs de l'anecdote,
il s'agit du payement d'un service de table , chez l'autre de celui d'une terre, dieu d'autres encore d'une fourniture de quelques pièces de drap.
Quant à la quittancé retrouvée, on jette encore plus de poésie cl plus de richesse dans les variantes que dans celles qui se rapportent aux autres circonstances. Qui est-ce qui en a indiqué h cachette? écoutez : C'est d'abord Swedenborg, qui n connu ce secret et d'une manière étrange. Il avait vu ce papier dans un livre que lui avait prSlé M. du Murlu ville ; il s'en est souvenu au moment opportun et sachant où ce volume, vu son leste contenu, devait se trouver caché, il a tiré un merveilleux parti de sa brillante mémoire et de sa savante
Je passe les broderies sur ce livre mflme, quoiqu'on ait imaginé que ce fut le Dictionnaire de Bayle.
Mais tout cet échafaudage est posé sur un grain de sable. Il est certain que Swcdi'nbors n'avait j.uiiai^ m M. de Marteville en sa vie, donc certain qu'il n'avait jamais remarqué aucun de ses livres et d'ailleurs trêspniiialile qui; M. le mi:;i.-fie m- tenait pas de livres lestes.
Alors, c'est une autre version qu'il a fallu trouver. On en a trouvé une. C'est un des Esprits de Swedenborg , dit l'un , qui lui a indiqué la cachette.
Mais non, dit Vautre, c'est M. de Marteville lui-même, qui s'est chargé de donner cette indication à sa veuve embarrassée.
Cela n'est pas probable . ajoute le troisième, car dès lors, qu'y aurait-il de commun entre cette quittance retrouvée et le célèbre Voyant?
On le sent, pour voir clair dans le fait, il faut laisser