‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 93 sur 179 · UN MARIAGE CÉLESTE · texte numérisé non relu

UN MARIAGE CÉLESTE

ciétés du ciel infime, et il a fini par Être jeté dans un ténébreux enfer où il est délivré (ou privé?) de cette méditation. » (N°6071.)

Swedenborg, pur fidélité, met des traits qui l'affligent jusque dons les tableaux d'ailleurs les plus réjouissants pour son cœur, témoin sa vision du mariage céleste d'Ulrique Éléonore, la reine qu'il a tant honorée dans sa vie, et qui lui a conféré des honneurs si éminents. Dans ce monde elle avait été mariée au prince Frédéric de Holstein, en faveur de qui ÏJ abdiqua la couronne au bout d'un règne fort court. C'était une union heureuse, maïs une de ces alliances deprincûs que forme la seule politique. Frédéric, esprit voluptueux, ne pouvait Être l'époux céleste de la reine ; une autre union était écrite dans le ciel pour cette pieuse princesse, et Swedenborg nous rapporte son mariage vrai dans cette vision :

k Jourdud5août 1761. Au matin a paru un charélégant dans lequel se tenait un homme \êtu avec magnificence ; et bientôt aussi une jeune fille de l'aspect d'une servante, de visage commun, tenant dufilà lamain.C'étaitla reine Ulrique Éléonore queje voyais dans cet élat.»

Était-ce là pour la reine la lin d'une expiation , la fin d'une épreuve? L'auteur ne le dit pas; il continue en ces mots :

« Je ne savais alors, au premier moment, ni d'où elle venait , ni qui elle était. Quand passa le char , l'homme qui y était l'appela et l'invita à monter auprès de lui. Elle eut quelque peine à s'y décider, mais pressée, elle le fit enfin; elle n'avait aucune antipathie pour ce prétendant, et si elle hésitait, c'était en princesse et en femme modeste. »

« L'homme était d'Allemagne, de quelque duché par lit.»

Swedenborg marque ces circonstances avec quelque dédain pour le rang du nouvel époux de la reine, mais c'est pour mieux en faire ressortir le mérite personnel.

Voici son mérite :

«11 étaitmort jeune garçon ; il s'était appliqué comme elle a l'étude de la parole (sainte) et avait aimé les connaissances du vrai spirituel. »

Ce sont là évidemment des allusions à quelque jeune prince très-connu de l'écrivain.

u Ils passèrent ensemble par plusieurs sociétés , revétissantles états qui convenaient à celles-ci. »

a Ils passèrent aussi à l'état d'époux conjoints. Jusque-là n'étant que fiancés ou prédestinés, ils avaient à passer par diverses épreuves.

« Puis ils entrèrent dans une gaferie magnifique. »

C'était là la future résidence du couple bienheureux. Mais avec quelle douleur l'ancien serviteur si obligé et si dévoué d'une illustre reine a dû la voir réduite, pour quelque apprentissage d'humilité, à l'état de servante fileuse 1 Toutefois , il n'hésita pas plus à peindre ces abaissements d'une reine qu'il n'avait hésité à l'égard de ceux d'un ami spécial ou d'une nation entière.

Mais où est la véritable importance de ces confessions intimes? Est-ce dans les révélations qui accompagnent ces ■visions, ces rencontres et ces entretiens avec tout ce qu'il y a de plus illustre dans l'univers , ou dans les vérités nouvellesqui en jaiUissenlen religion et en philosophie?

Pour mon compte, et si curieuses que soient un grand nombre de ces visions, si piquants que soient certains

détails sur les habitants de l'autre monde, je partage bien à cet égard l'avis du plus éminent de tous les amis de Swedenborg, du comte de Hœpken, je pense que la vie et les écrits de l'auteur n'auraient rien perdu par l'absence de ces révélations et de ces visions. En effet, les unes sont fort curieuses, mais les autres de peu d'intérêt, même l'entrevue avec Aristote et avec Newton, Puis un grand nombre en sont de nature àchoquer ou à ébranler la foi bien plus que les plus belles ne sont propres à l'éclairer ou à la fortifier; par exemple, les entrevues avec David, saint Paul, Sixte V, Ignace de Loyola, saint Xavier, Louis XlVet Cartouche. Hais la question est jugée. Ces documents sont là ; et ils ne le sont pas par nous : il faut les accepter pour ce qu'ils se donnent ou pour ce que la saine critique peut les prendre. Or, tels qu'Us sont, je serais à même de réaliser par un coup de baguette le vœu de l'illustre président du conseil des ministres comte Hœpken, que je n'en ferais rien. L'importance de ce Journal est pour moi dans deux choses, non pas étrangères à ces personnalités et indépendantes d'elles, mais d'une tout autre nature : l'immense richesse de leçons morales, d'idées cl do théories psychologiques qu'il contient. Ajoutez-y les sincères indications qu'il nous livre, si rares qu'elles soient, sur l'état véritable de l'âme ou de l'esprit de l'auteur luimême. En effet, son organisme individuel, sa vie à part, ses étranges facultés et la façon si extraordinaire, si anormale dont elles fonctionnent, sont pour moi des questions pour la solution desquelles sonJournala plus d'importance encore que pour la solution des questions de psychologie et d'éthique générale.

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