‹ Emmerich, cours de morale mis en actionChapitre 12 sur 25 · I " ■■■■I II · texte numérisé non relu

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NC^APITRE XL

lE FERMIER INSTITUTEUR.

Pêr^ Emmerîch vît donc^ à son grand regret , que sa bonne Marie gâterait Fenfànt confié à leurs soins ; et c'était d'aïUant plus dommage , c[ue c6t enfant était doué par la nature d'une extrême intelligence, et qu'il promettait beaucoup pour l'esprit et pour le cœur. Père Emznerich ne vit d'autre moyen de parer àcetinconvénient^que de s'arranger de manière à rester presque toujours avec son petit élève , et il alla en parler à son ami Jacobsen , dont il avait besoin ; son projet même

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deyait être utile à cet ami y et c'était un nouvel encouragement pour phr9 Emmerich.

La cure d'HeHerzen aurait pu être bonne y le pasteur avait poiu; ses ho^ Horaires peu ou point d'argent comptant; mais un bénéfice rural attaché a.

cette place ^ assez considérable. C'est un grand bien que les ministres de village, soient payés de cette ma^ nière ; outre qu'elle est sûre ^ parce que les denrées suivent le cours de l'argent , et montent et Baissent ^ suivant le plijs ou le moins d'espècescirculantes : il en resuite un autre avantage; c'est que si ^ par hasard^ le ministre est mauvais prédicateur^ il sera peut-être bon agriculteur^ et sera du moins utile de cette manière à sa paroisse; une grêle ^ ou quelque autre fléau de cette espèce Tatteint moins que le paysan ^ parce

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qu'il est exempt de dîmes et dfe re<Ï€' tances.

L'honnête Jaeobsen ^ cont^aincu de ce» vérités , aurait été fort content de son sort , si la cure d'HelIerzen évait été arrangée suivait les revenus du pasteur ; piais elle était petite ^ et les bâtimens de ferme si resserres , qu'il ne pouvait pas mettre à eou^ vert le quart de sa récolte; un petit iiangâ^ en Bois, au milieu de sa t;our y était le seul endroit qu'il eût pour serrer ses grains et ses four^ i'ages; fécurie ne pouvait contenir que fort peu de bétail^ en sorte qu'il était obligé , ou de laisser en friche la plus grande partie d^uB excellent terrein , ou de l'affermer à très-bas prix à des paysans. Il s'était auvent plaint de cet inconvénient à son ami Emmerich^ et fut charmé; quand celui-i;i vint lui proposer de

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hoà alFeFmer toutes les terres qu'il ne pouvait pa» culthyer , et lui offirit d^y faire un bâtiment à ses frais g qut passersdt pour appartenir au bo»

Nicolas ^parce qu'Emmeriçfa , comme étranger, aurait trouvé *plus de difficultés dans cette entreprise. L'ar-»

gent n'en était pas une, son amî Boriiwald lui faisait passer régidiè* xement les intérêts des sommes qui étaient entre ses ntaiiis j depuis plusieurs années il les accumuilait , parce qu'fl ne dépensait pas plus qu'auparavant, et cela faisait une sommes asse^ luinnête pour pouvoir, sans se gêner , suivre son pls^ , qui con-^ sistait k ne plus travailler lui-même ,^ qu'autour de sa maisofi ^ .et à des ouvrages faciles que Penfant pour-* rait faire avec luî. De cette maniera , il ne quitterait jamais son pèrev ou plutôt son sage instituteur, qui

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Toulait s6- consacrer entièrement & son éducation. Chaque jour il aimait davantage ce pauvre petit être abandonné y qu'il devait à la providence y et qui lui était plus clier peut-être ^ ^ue s'il lui eût donné le jour. De son côté^ Emmerich chérissait ses parens, et n'avait pas la moindre idée qu'il ^Bie fut pas véritablement leur fik.

Son parrain avait ses raisons pour le lui laisser croire le plus long-temps possible; et^ sans demander la-dessos le secret^ soit par hasard y soit par oubli ^ personne ne pensa à le trahir et à dire au petit Emmerich , qu'il était un enfant trouvé..

Tout ce qui tounne^taît pen Emmerich dans cçttc affaire^ était que les bâtimens ne pourraient 4tre prêts que dans une année y et combien^ pendant cette année ^ la tendresse aveugW de Marie pouvait-elle

COVKS DE MORALE. iSS

influer sur le caractère de TenfaTit ? Un heureux hasard vint encore à son secours. Un riche paysan, pro- .^ priétaire d'une métairie assez considérable , vint à mourir sans enfans; ses héritiers collatéraux ne voulaient ni habiter ^ ni vendre cette métairie : mais ils se trouvèrent heureux de Taffermer à père Emmerich pour un tjemps considérable , en lui promeltanl la préférence , s'ils voulaient une fois s'en défaire. Il renonça donc au projet de bâ|;ir sous. le nom de Nicojas, et fi^l; bien aise, pour plusieurs motifs, de n'avoir pas à faire cet innocent mensonge. Ce fut alorS' qu'il abandonna^, non sans. un vrai serrement de cœur, la cabane où il avait Jpui de tant de bonheur , et qu'il vint habiter la grande et simple maison de ferme.

Avec lès terres du pasteur, celles

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de la noutelle fennte elles siennes ^ il derenait le fermier le plus considérable de ce canton : personne n'en fut jaloux^ et l'on comprit facilement de quel avantage la ferme d'Emmericb serait an village. Il en connaissait tous les liabitams ^ les jeunes gens étaient presque tous ses élèves; il lui fut donc aisé de faire de bons clioix pour les domestiques et les ouvriers dont il avait besoin. On devine bien que Nicolas et son Ânneue furent à la tète dfe l'écono* mie cbampêtre^et que cet honnête garçon n'eut plus besoin de conduire des surintendans. Il aida père Emmerieb dans le choix de ses àomestiques ^ et un petit détail prouvera combien ce choix fut exc^ent.

Pèî'e Emmerich, pour les êi|CQ}iyager à bien faire ^ avait promis , au bout de la première année ^ un

Ixabit neuf aa yalet qui aurait le mieux fait son devoir , et Marie , un bonnet de soie noire garni de dentelles^ à la servante la plus active : au temps fixé, tous avaient^! bien fait, si bien travaillé , qu'il fallut donner autant d'habits et de bminets de soie , qu'il y avait de domestiques. Tous les iDQiaîtres jugeront que /^ère Emmericb ne regretta pas cette dépense, et qu'il en était bien dédommagé. IL fcbercba alors , paac de* promesses»

d'augmentations de gages progressives , a s^attacber pour long-temps^ ces honnêtes domestiques, et ç^est le meilleur calcul que puisse faire un fermier entendu j ces gens s'aceoutumaient à sa manière, à son agriculture , bien différente de celle dont ils avaient l'habitude j ils s'attachaient lion-seulement à leurs bons maîtres qui les rendaient heureux 5

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mais aussi à la ferjpe même qu'il»

regardaient enfin comme leur px^o— priété y et la soignaient avec le même zèle ^ sans même avoir besoin, d'ordres. Ainsi , en peu d'années , tout alla de soi-même ^ sans qu'Em-' merich eût presque besoin de s'en mêler pour la surreillance. Les re— venus de son ami Jacobsen doublèrent^ Annette et Nicolas prospé^ rèrent ^ et tout le village s'en trouva aussi bien que le petit Emiûerich ^ qui faisait le principal souci de son père adoptifr

. Je suis ^ûr que quelques lecteurs ont blâmé père Enmierich , loi^qu'il refusa à son ami le oomte de prendre sa belle ferme de Glebnitz, en lui disant que le travail du labourage était nécessaire à sa santé ^ et qu^ils le taxeront d'inconséquence , en le voyant prendre à présent une ferme

coulis DE MORALE. iSg

consîdéraWe , et la faire exploiter par des ourrîers^ nous les prions de sentir la différence de la fermé du comte de Glehnitz à celle à6 père Emmerich, au village d'Hellerzenj celle-ici lui laissait son indépendance , bien si précieux pour lui , (Ju'iï Taurait préféi'é à tout , et Taurait conservé^ quand même il lui eût fallu pour cela entrer dans la paù-^' Treté. Lé motif qu'il aHégua au comte pour son refus , était tut prétexte honnête pour ne pas le blesser j mais le véritable était son caractère franc , énûénii dé toute dissimulaftion et de toute, flatterie ; sa ferme d'HeUerzen , bien moins lucratiye que celle de Glehnitz^ lui convenait beaucoup mieux ; elle le laissait dans son obscurité' , dans sa liber téyet la du moins* il pouvait se' consacirer entièrement à t^éducatiob

Je son pupille. S'il aTait préféré xmt YÎe oisire.^ il aurait pu facilement vivre de ses petites rentes , saas se ^oixner aucun embarras ; mais il préféra de continuer et même dV ^andir son train d'agriculture , pour en donner le goût à son enfant, es l'éleyant au milieu dés travaux cTiampêtres; il n'y renonça pas lui-même entièremej^t , et continua tous ceux où il pouvait associer le petit Ënir iperich. A cinquante ans passés ^ pire Eanmerich , malgré ses cheveux blancs , paraissait, à sa ibrce ^ à sa vigueur!^ à sa I^Ue physionomie pleine et. sans rides y n'en avoir que trente-cinq; sa santé s'était fortifiée par le travail e% le régime^ et ses maux de te te ^. seule incommodité à laqu^ il fût suj^et ^ étai^ti^t beaucoup moins ti^équens. Tput promet Soit àoTiç a nQtre paysan philpsophB

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une heurjeuse et belle vieillesse; il preTOjait aussi celle de sa obère Marie ^ et pensait avec plai^r que , sur les gaixis de la ferme , il aurait de quoi la rendre heureuse^ et la laisser dansie bien-être ^ si elle devail; lui survivre.

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