‹ Emmerich, cours de morale mis en actionChapitre 22 sur 25 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

COHTINVATIOR OU PHtCÉDEKT.

Le recteur tint sa proi^esse à Enuaerkhw il lui fit faire connaissance avec six ou sept ecclésiastiques des trois différentes communions de la religion chrétienne , qui faisaient honneur à cette religion > à la raison^ et a rhuqianité. Dans ce. nombre, il eut bientôt distingué deux pasteurs protestans;, à qui on ne pouTaft reprocher. 4jue de manquer d'orthodoxie y mais qui n'en étaient pas moins calmçs et tolérans; ils croyaient sans dodte que leur

opinion était la meilleure j mais ils ne s'o£fensaient point quand dés gens élevés dans une autre croyance ne pensaient pas comme feux : ils respectaient même ce qu'ils croyaient des erreurs , quand ceux qui les avaient sucées avec le lait étaient honnêtes et vertueux^ et ils ne les croyaient pas pour cela destinés  Teïifer.

Deux autres pasteurs de la même communion n'étaient pas tout à fait aussi fermes sur leurs principes, et leur oi^tliodoxie était quelquefois en défaut Sik* quelques points de leur doctrine , mais sdors ils ne parlaient jamais de et dont ils n'étaient pas bien persuadés ^ ils lie prêcbaîent pas sur x;es points là , et ce n'était qu'à leur silence absolu qu'on pouvait' soupçonner leur doute* ^

COURS BÉ MOKALV. O^Sî

Dans le nombre des nourelles Connaissances d'Emmerich se trouvait un chanoine Augustin , bon catholique , homme de mérite et trèssarant^ qui^ malgré son intolérance^ * ne disputait point ^ et se contentait de rester ferme dans sa, croyance ^ sans trop' attaquer celle de ses amis« Tous ces ecclésiastiques appelés par état a défendre un système différent ^ se rendaient d'aiUeurs justice , et vivaient très-bien ensemUe. C'était un spectacle intéressant pour notre jeune philosophe de les voir s'aimer , s'estimer , et défendre sans la moindre aigreur leur croyance mutuelle. Leur instructif entretien n'avait pas toujours la religion pour objet ^ le champ de la science e^t assez étendu pour occuper deux heures par jour les vrais savans^ sans qu'il soit besoin de^ disputer ; ^t ceux-ci se trouvaient

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d'accord sur plusieurs choses; iU déploraient tous également cet esprit de dispute qui fut la cause ou le prétexte de tant de malheurs , et fit verser tant de sang ^ et presque toujours sans que la plupart des victimes sachent seulement le sujet de la querelle , i>ien souvent terminée par la force ^ et non par la raison. Lors donc que' la conversation tombait sur la théologie , elle se soutenait avec la décence , .le sang froid ^ le sérieux qui conviennent si bien aux savans, et qui convenaient surtout au sujet; ils avaient d'ailleurs une estime véritable les uns pour les autres; ils savaient que chacun d'eux avait trop bien étudié sa religion^ était trop attaché à ses principes pour céder au raisonnement. Le chanoine était le plus malheureux:

\m dogme des catholiques étant qu'il

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ne peut y avoir de salut hors de l'église ; combien il souffirait lorsqu'il pensait que des amis qui lui étaient si chers ^ des gens si aimables ^ si bons , si yertueux seraient damnés à jamais ; sa raison se révoltait souvent contre cette doctrine inbuxnaine ^ et quand son cœur souffrait trop 9 il élevait ^ silence ses yeux yers le ciel^ et priait Dieu mentalement de ramenei* sefs amis à la Traie foi i il ne comprenait pas que de$ hommes aussi sag4&^ aussi raison « - nables pussent se refuser à croire ce qui lui paraissait si prouvé* De leur coté les prêtres luthériens et calvinistes s'étonnaient qu'une tête aussi bien organisée que celle du chanoipe , pût croire ce qui leur paraissait des superstitions. Ce qu'il y a de certain c'est que chacun d'eux ^ dans l'intime persuasion de la vérité

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de sa croyance , ne réfléchissait pas que s'il eût été élevé dans la croyance opposée il aurait cru de même qu'eUe était la seule raisonnable^ que dès son enfance il avait pris l'habitude de n'exaniiner avec soin que la foi dç ses pères j que toute son éducation avait été dirigée de ce Côté là et l'avait éloigné de l'autre ; c'était peut-être là le vrai motif de leur ferimeté dans leur système ^ mais ils étaient csJmes^ modestes^ et persuadés que leurs antagonistes avaient^ ainsi qu'eux^ des raisons plausibles de rester dans leur opinion.

Il est très-ordinaire danscamonde, que ceux qui tiennent le plus à leurs Opinions sont ceux qui ont le moins pesé et approfondi les motife de leur conviction.

Tel e^t l'homme : fier de sa raison , de ses lumières ; ne pensant plus

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l'âge mûr que la plupart de ses opinions ne sont que des préjugés d'enfance y et que si ces préjugés ne sont pas tous fondés sur des eireurs y il y en a au moins beaucoup qui le sont. Peut-être est -il bon que l'homme soit toujours un peu enfant^ du plus au moins ; mais que des êtres qui appartiennent à la religion cbrétienne , la plus beUe , la plus douce y la plus humaine des reli-* gions y qui nous reéommande sans cesse ^ aimer même nos ennemis ; mais que des êtres semblables se haïssent ^ et se * déchirent avec un acharnement plein de- cruauté y pour quelques passages obsoUrs àe^ livres sacrés y cela est aussi trop insensé.

Sans doute tout homme qui regarde un mystère comme* divin y a la liberté de tâcher de se le rendre.

^ ouxprtfiienbibie à aa siamcre, s^ll

^u.w •' -^urT^nir y et s'il n'esl pas

liti^cix^ ùe rexplicaLtion des autres;

. a cus:^>re ^a libecté de croire sim-

it^otrxn. .a ckose sans approfoBdir

:: vortiiLTii. ; omis il ii*a le droit

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^ COTJ&S BB VOftÀXE. -«87

d'Emmerich ea fournissaient un

exemple touchdnt ; ils se rassem**

blaient , non pour disputer , mais

pour s'éclairer mutuellement , et

rien n était plus intéressant que cette

société : on y faisait la lectare des

bons ouimages nouveaux j ils étaient

jages avec impartialité^ et donnaient

matière à des discussions où chacun

développait sa pensée , et cédait

souvent à telle de Fun de ses. amis

lojpsqu'il la trouvait meilleure et plus

sensée : le! sujet qu'ils aimaient le

moins à traiter, parce qu'il était ina^

possible qu'ils fusseût d'accord, était

la théologie.

Le recteur gui était l'aîné, et le fondateur de^cêtte aimable société, y présenta son . Emmerich comme im sujet tf ès-distingué et très-précoce j il y reçut le meiUeur accueil, tous les membres qui la composaient

s'attachèrent à-kii^ et rinyitèreBi à Tenir souvent chez eux ; chacun se fit un plaisii* de l'aider de ses lumières pour avancer son instruction; et déveloper ses heureuses dispositions. Emmerich en profita avec cette ardeur que donne l'envie d'apprendre et l'habitude de l'occupation.

Peut^tre en vivant aussi intimement avec plusieurs indivi^s^ ilp^:^t un peu de son originalité , mais ce fut de celle qui se fait remarquer à l'extérieur 9 et qui est plutôt m tort qu'un mérite*

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