CHAPITRE XIX
CONTINtJi.TIO»f-
Au moyen de Paccueîl qu'Emmerich reçut des savâns amis du recteur y soit dans leur club , soit dans leurs maî«sons , il apprit en peu de temps à connaître assez bi*en toutes les sociétés les plus distinguées de la ville: naturellement observateur il étudia ceux qu'il rencontrait journellement, etles jugea , moins sur leurs {iropos^ que sur le plus ou le moins de rapport de ces propos avec leur conduite ; il observait surtout la manière L i3
d'être des hommes les uns arec les autres , leurs • protestations d'amitié, d'estime^ de déyouement, les politesses plus ou moins recherchée»; il écoutait avec grand soin, ce qu'on disait de ces personnes dès qu'elles étaient sorties, .et combien de fois n'eut-il pas le chagrin de les entendre tourner en ridicule , ou déchirer par ceux qui les avaient le mieux accueillies. Rien ne lui échappait; un coup-d'œil, un sourire, uu mouvement d'épaule impercep^ tihle lui en apprenait plus que des discours ou l'on déguisait sa pensée.
Ces observations devinrent une clef qui lui ouvrit plus d'une fois le secret de l'intérieur die l'homme. Il communiquait ses découvertes à son vieux ami le recteur, qui ne pouvait assez admirer la pénétration et le bon sens de ce jeune homme. Au bout de
COURS DE MORAIE. àQI
sept OU liait mois de séjour à B
il co9iiaîssait mieux la société que ceux qui y ayaiei^t passé leur vie :
on s^accoutume peu à peu à la fausseté des autres , lorsque dès son enfance on yit dans le monde et Fon^ n'en est plus frappé , elle se déguise sous le nom de politesse de con*vention sociale ; mais Emmerich qui la voyait pour la première fois > en tirages conséquences peu favorables au genre humain; il comprit que son père avait eu de bonnes raisons de l'avertir de ne pas donner trop légèrement sa confiance: il lui ar«« riva cependant ce qui arrive souvent ' aux hommes qui ont le plus d'ex-* périencei c'est de connaître lés trompeurs y et de se laisser trom* per par ceux mêmes dont on se défie le plus } mais ce qull y a 4^ sur ^ c'est que les gens non
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passionïiés^ dont la physionomie n'a jamais que le même ion^ ne le trompaient pas , et qu'il l'était habituellement par ceux dont il avait le mieux étudié les différentes nuances ^ et la raison en est toute simple.
Ce qui domine dans le cœur humain en général^ plus ou moins à décourert^ à masque leré chez les uns 'y incognito chez les autres^ c'est la vanité. — Qu'on me permette de rappeler ici deux lieux communs qui en sont la preuve, l'un , que si ce n'est pas la plus grande vanité y c'est sûrement la plus ridicule, que de se croire exempt de vanité, — Et l'autre :
Que celui qui sait manier la vanité des autres, fait d'eux tout ce qu'il veut.
Notre jeune Ëmmerich n'était
pas exempt de ce péché originel ; il lui persuadait' que ceux mêmes dont il voyait clairement la fausseté visà-vis d'autres personnes^ étaient sincères avec lui. « Peut-être, se disait- » il ^ qu'ils ont des motifs de haine » * ou de malveillance pour ces gens » là y que î'ignore y -motifs qui » ne peuvent exister contre moi.
» Bon Ëmmerich y tu ne savais pas » encore que les hommes haïssent » quelquefois moins pour une » offense qu'ils ont reçue , que pour . » une foule de motifs qu'ils n'avouent » jamais*; tels par exemple^ qu'un » avantage physique ou moral )ï qu'on a sur eux , un petit sùc- M ces .dans la conversation , une po- » litesse faite- à quelqu'un qu'on » n'aime pas^ ou seulement son » éloge dans son absence^ etc. etc. »
Loin d'être corrigé par l'expérience,
agi BMMEKiCR^
son amour-propre lui persuadait que/ comme il n'y a point de règle sans exception y la fausseté était la règle générale^ et lui l'eic^ception ; il s'attribuait à Irii seul le privilège d'être aimé sincèrement parce qu'il sentait qu'il était sincère, et qu'il croyait mériter un attachement vrai. La fausse idée de ce privilège, flatte tellement le cœur et rameur-propre de celui qui l'a, qu'il y renonce avec peine , et qu'après avoir été trompé cent fois, il le sera cinq cents fois , tant' la vanité est enracinée dans le. cœur de l'homme: sur dix mille à peinç y en a-t-ilim qui en soit exempt 1 ^
Dans la plupart des maisons où Emmerich était reçu y il rencontrait souvent trois ou quatre* hommes qui lui témoignaient une bienveillance particulière, leurs assurances
d'amitié étaient ylvés >. animées ^ pleines de chaleur ; comment ne le$ aurait-il pas cm siopères >
M. de Halfeld voyait qu'Ëmi^ericii était fort bien avec M. de Rieden et M. Diecker^ dont M. de Haifeld &e trouvait avoir besoin; en consé^ quence il avait mille prévenances pour le jeune homme^ afin de plaire à ces messieurs > et dans Iç fond il le haîssait.morteUement^ parce que £mmerich avait beaucoup d'at« tention pour un M. Brandt^ et qu'aux yeux dé M. Haifeld , c'était un crime irrémissible, M. Brandt ayant toujours été l'objet de son envie , de sa jalousie secrette et de son aversion^ Ce M. Brandt était un homme riche , qui avait de l'esprit, des talenset des connaissances, et dont la conversation était très* agréable; mais il avait un malheur.
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c'était de n'aimer personne ^ et de ne pas croire à la yertn quoique luimême fût assez vertueux; il -se piquait de connattre très-bien le monde y et 4e deviner tissez sûrement le& motils secrets des actions des hommes; il croyait que personne n'agissait sans un dessein câclië^ et il ne manqua pas d'en soupçonner un dans les prévenances d'Emmerich^ . qui n'étaient qu'une suite de sa bienveillance générale ^ plus animée par l'esprit de M. Brandt , et le désir dé s'instruire avec lui : il faut , pensait ce dernier ^ que ce jeune homme ait quelque motif pour chercher à s'insinuer ainsi auprès de moi; et comme il ne pouvait deviner ce motif qui n'existait pas^ il en concluait qu'il fallait que le jeune homme fût bien dissimulé. Ainsi ce caractère soupçonneux et défiant ne
pouTait pas rendre justice à celui d'Emmerich, à cette bonté de cœur qui lui faisait un besoin dé s'attacber et de prouver son amitié^ non^seu* lement par des paroles ^ mais par des actions, à cette bienveillance sans bornes pour tous les bommés^ à ce jeune cœur plein de cbaleur, ouvert à tous les bons sentimens; et jugeant les autres d après luimême , il avait pris de son père adoptif 9 le beau système d'une corn-* plaisance soutenue et générale^ ce bon jeune bomme m^ettait à celaim zèle et une grâce qui en doublaient le prix : son plus grand plaisir était d obliger ceux qu'il rencontrait j il éprouvait alors un bien-être téelj il avait trop de générosité pour rendre des services y dans }e but d'obtenir de la reconnaissance, et trop de fierté pour en voùloii? 4p L i3-/
ag8 BMUE&ictf^
ceux qu'il n'estimait pas; il ne faisait donc^e suivre le penchant de son cœur^ il était heureux lorsqu'il Toyait l'expression du plaisir sur la physionomie d'un ami; mais on gâtait ce plaisir en le remerciant.
Telle était sa manière y que le pénétrant M. Brandt aurait bientôt connue ^ s'il arait touIu la connaître ; mais il ne voulait pas croire aux belles âmes ^ ni aux vertus désintéressées; il se persuada ^i bien au co0trair4e la réalité de ses soupçons y qu'il devint aussi froid et aussi réservé avec Ëmmerich , qu'il lui avait d'abord témoigné d'estime et d'amitié.
Quoique neuf encore au monde y Ëmmerich avait trop de pénétration pour ne pas apercevoir les nuances de manières qu'on avait à son égard; il cfût d'abord que cet homme avait
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de lliameur ou du mal-aise ; et^ dans sa bonhomie . il redoubla d?e£forts pour l'égayer : la défiance en aug* menta , il yit. qu'il n'avait fait que jeter de l'huile sur le feu^ et que cette mauvaise humeur le regardait deui f il crut . alors avoir fait involontairement quelque chagrin à li{« Brandt^ et cette idée l'affecta péniblement 9 quoique sa conscience ne lui fît aucun reproche; il redoubla de soins , il bazarda quelques mots d'explication qui furent repoussés avec une froideur et une sévérité dont il cherchait en vain à deviner la cause.
Il confia sa peine au recteur ; celui-ci comiaissait l'homme depuis long-temps , et suivait d'ailleurs avec une sollicitude paternelle tout ce qui concernait sqn cher élève :
,]e m'y attendais ^ dit * il au jeune
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homme ; ne m'as-tu pas dit y toijaiême, d'après tes obserTations, que tu croyais M. Brandt haut , orgueilleji^x et défiant 7 que pouvais - ta attendre de mieux de ce caractère ?
— ËM. A la bonne heure , mon père , mais chacun a ses défauts, il n'y a qu'à ne pas les choquer :
jamais, je n'ai blessé l'orgueil de M. Brandt , jamais je n'ai donné lieu à sa défiance.
-^L.E REC. Il faut cependant, mon fils, que ce soit l'un o^ l'autre; ne lui as-4;u.pas souvent témoigné de Famitié. «Fe me rapelle que lorsqu'on lui Tola son chien barbet , et qu'il en était si fâché , il trouva chez lui en rentrant ton beau petit badin, que tu avais si bien élevé ^ et tant d'autres choses de ce genre. C'est ainsi que tu as bkssé son orgueil ;
COtTHS DE MOltAri. 3oi
OU bien il est trop fier potir vouloir être ton redevable , ou bien ....
— ËBf. Mais ai*-^je jamais eu la pensée de hii imposer la moindre obligation ^ j'ai £»t tout cela dans l'unique vue de lui faire plaisir , et par conséquent à moi-même.
— Le rec. Personne ne sait cela mieux que moi ^ mon fils ; mais tu n'aurais pas dû m'interrompre. Je disais donc ^ ou tu as blessé son orgueil , ou il s'est mis dans la tête que tu as quelque projet, sur lui.
Comprend^-tu à présent , mon fils ?
J'aurais pu t'avertir d'avance ^ mais je suis bien aise que tu* ajes reçu cette petite leçon. «
— Bon dieu I s'écria Emmerich , aurai^>je jamais pu penser désobliger quelqu'un en lui rendant quelques légers services.
— Patience ^ mon fils ^ répondit le
30d EMMEAICH,
TieiUard^ tu as .encore bien des choses à apprepdre.
— Ex. Mais ce qui me fait de la peine ^ c'est que j'attachais du prix à l'estime de.cet homme.
— Le rec. Eh bien , c'est une expérience que tu as faite ; tu en as encore beaucoup à faire ^ je te le prédis d'atance ; mais que celle - ci te serve à former ton jugement , à te rendre plus sage et plus prudent , et que surtout ces expériences ù^ cheuses ne te conduisent pas à la misanthropie.
— Non , en vérité , s'écria le bon jeune homme, je ne pourrai jamais haïr mes semblables; et quand même je ne trouverais de bonté chez personne , je conserverais toujours le même cœur. Mon père , et vous mon ami , vous êtes aussi de ce
riiî
COURS P.Ë MORALE. 3o3
rnonde ^et n'en est-ce pas assez ppur xne 1^ faire aimer 1
JSon Dieu y entends le yœu de ce eoêur innocent et pur ; pensa le -vieillai'd.
M. de Rieden , membre du con- ^t^eil de guerre , âgé de vingt-hi^t ans^ ' était rhonome le plus poll^ le plus doux ^ le plus insinuant ^ le plus jacaical^ et le plus faux qui existât au monde ; il possédait au suprême degré le talent de plaire ^ et n'épargnait rien pour y réussir ; il savait prendre tous les tons , être tout à ^ tous ; ^yec l'un il plaisantait agréablement ; aveo un autre il parlait raisonnablement^ un troisième apprenait de lui la nouvelle du jour; au quatrième il racontait avec gaîté des vieilles bistoires qu'il avait Yacrt.
de raîeunir ; pour le cinquiènae iV savait la , cbauson à la mode y ^
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vaudeville du jour , ou la petite cWonîquc scandaleuse de la ville ; au sixième il fournissait rocca^ion de parler; et Técoutait avec attention , enfin jamais il n'a existé de flatteur plus adroit et plus dangereux ; il savait si bien se donner Fair vrai et sincère en vous faisant à vous - même votre éloge , que malgré votre conscience vous étiex convaincu que vous le méritiez ; il avait -un tel art de peindre en beau les plus simples actions de ceux qu'il voulait captiver^ de les représenter sous le jour le plus favorable, qu'on était soi-même convaincu d'un mérite auquel souvent on n'avait pas songé; mais dès4]ue la personne flattée n'était plus là , M. de fiieden, avec le même art, trouvait moyen de détruire son ouvrage ; à force de si , de mais, d'exceptions ^ il réduisait
COURS DE BTÛRALE. 3o5
son précédent éloge à rien, et finis^
sait par déchirer impitoyablement
celui qu'il Tenait d'élever aux nues;
m.ais il , avait grand soin d'y mettre
assez d'adresse pour n'avoir pas l'air
de se contredire , et l'un de ses
talens les plus remarquables , était
de faire dire aux autres tout ce
qu'il ne voulait pas dire lui - même.
Il avait encore une autre tactique
pour répandre ses calomnies sans
pouvoir en être accusé ;noui croyons
nécessaire de la faire connaître -, û
n'y a d'ailleurs aucun danger de la
publier , peu de gens ayant les
moyens de s'en servir.
M. de Rieden avait cboisî dans se"s connaissances deux personnes comme on en trouve partout , dont il faisait ses porte -voix, c'était des gens sans esprit naturel ^ mais ayant , assez de ruse pour cacher leur
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ineptie ^ et assez de prétentiozi pour désirer de briller en devenant Féclio des gens cités pour leurs saillies.
Lorsque' l'élégant conseiller de Rieden avait envie de nuire à quelqu'un , d'inventer ou de répandre quelque liistoire ,^il allait faire une visite chez ces gens-là, et avec le ton de la plaisa^iterie , il répandait quelques gouttes de son venin, qui fermentait bientôt , il faisait une histoire ^assaisonnée du sel de l'épigrammc, comme s'il avait fait un conte de fée; et il sortait, sûr que le lenedmain la ville entière saurait tout, et que la calomnie passerait sur I9 compte de ceux qui se l'approprieraient , et qui en recueillaient la gloire. M. de Rieden ne la réclamait jamais , et si par hazard il était nommé , il se récriaitsur la profonde bêtise de ces gens^la, qui avaient pris
COURS DE MORALE. 3o7
au sérieux un simple badinage.
Quelques personnes plus pénétrantes se doutaient bien cependant de la part qu'il y avait , mais cela les amusait ^ et elles laissaient aller les choses. Cette envie de s'amuser fait plus de mal qu'on ne pense , dans la société , elle produit la frivolité ^ le persiflage » la m^isance y et tolère même la calomnie ; quand on vous fait rire, on a toujours raison.
C'était là ce qui faisait réussir M. de Rieden ; il était beaucoup plus agréable que M. B... le grand matbenoiaticien y et que M. de Halfeld ^ le grand politique. Emmericb estimuit ces deux derniers à cause de leur savoir j surtout le géomètre dont l'entretien était très-instructif poiu* lui ; M. C . . • • . lui plaisait aussi p^i* son amabilité , par la variété de sa conversation^ par la
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manière agréable dont il saTaît se prêter à tous les tons y et louer sans fadeur^ il prenait Emmerich par son faible en le félicitalit sur ses progrès dans les sciences. Emmerich était bien aise d'être encouragé par Festime d'un homme qu'il voyait bien reçu partout , et dont les décisions passaient pour' des oracles; ce savant avait d'ailleurs ce ton de sincérité cpii persuade ; et si Emme^ rich ne regarda pas les éloges du conseiller comme une preuve de sa propre habileté y il les prit du moins pour une preuve qu'il en était aimé et estimé ; et il le lui rendait de tout son cœur. L'illusion aurait peut-être duré plus long-temps sans un hasard qui réclaira sur le vrai caractère de ce faux aitii.
Emmerich vint un jour cheï M. Piecker^ un des hommes de
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leur société savante^ chez lequel il était le mieux reçuj il allait entreip dans le salon où l'un se rassemblait et dont la porte était entr'ouverte ^ lorsqu'il entendit prononcer son nom ^ il n'en conçut aucun soupçon , il allait entrer et dire me voilà, lorsque M. de Halfeld acheyant sa phrase^ ajouta: c'est un jeune homme insupportable et je suis^ près d'étouffer de colère quand je le vois seulement paraître.
Je ne prends pas la chose si fort au sérieux, dit M. de Rieden qui tournait le dos à la porte , moi je m'amuse de ce grand enfant qui croit tout savoir , et ne sait que des mots. — Il n'est ni enfant ni ignorant, repritM.de Halfeld, mais,.,...
Mais c'est une espèce de fou, interrompit M. de Rieden , et je vous avoue qu'il me fait mourir de rire*
3lO eMMERICH^
Emmerîcli entra tout à coup ^ et sa présence euibarràssa fort les deux interlocuteurs^ surtout lorsqu'aTec son ton franc et ouvert y il dit en souriant à M. de Rieden^ en lui prenant la main : eh bien^ monsieur, mourez donc de rire^ le mal ne sera pas si grand.
M. de Rieden ^ malgré son assn-rance accoutumée , eut l'air fort interdit , c'était la première fois qu'il était pris sur le fait.
M. de Halfeld y avec sa mine de courtisan^ et une physionomie à 6on commandement , fit un reproche amer au conseiller y il croyait qu'Emmerich n'avait entendu que les derniers mots de celui - ci ; il avait ses raisons pour ne pas se brouiller avec lui , et se ' tournant de son coté : je vous remercie , monsieur^ lui dit-il^ de ne m'avoir
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pas -compris dans la juste raîllerie que vous- Tenez de faire à M. de Riedfen , je conviens que. . .
' — Qu'on peut mourir de colère ainsi que de rire , M. de Halfeld , et que vous devez être tous les deux à l'agonie. Je vous laisse faire vos testamens; mais si]vous en échappez^ une autre fois ayez soin de mieux fermer les portes ; il leur tourna le dos et sortît un peu ému.
Au milieu de Fescalier, il rencontra M. Dîecker , le maître de la maison : où allez- tous ^ mon jeune ami , luî-dit^il ? Vous vous. êtes sans doute impatienté de m'attendre y mais me voici , j'ai été reteny.^ revêtiez avec moi.
— Non , dit Emmerich en riant, je me sauve , comme uii meurtrier ; j'ai tué M. de Halfeld^ et M. de Rieden.
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— Gomment cela? Vous m'effrayeriez si vous aviez Fair uioins riant.
— €'est cependant eomme je tous le dis j Fun va mourir de colère , et Fautre de rire, parce qu'ils nf'ont TU ; et il lui raconta la chose.
— Venez , venez , dit M. Diecker , ces deux fats ne me priveront pas du plaisir de votre visite. Jeune bduune , vous verrez bien d'autres choses dans ce genre, en vivant dans le monde ; si vous voulez éviter tous ceux qui parlent autrement qu'ils ne pensent , tous les envieux , tous les railleurs , tous les gens faux et médians, votre société sera fprtrétrécie. Il le prit par la main , et le fît rentrer avec lui , en le priant de ne pas dire qu'il lui eût raconté sa mésaventure. Son dessein était de former ce jeune homme dans Fart
si nécessaire de çomeryer son sang-
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froîd en présence de ses ennemis^ il désirait qu^il apprît à modérer sa franchise , et à se rendre maître de sa sensibilité ; il était bieil aise aussi d« mortifier les deux autres^ q^'il méprisait dans le fond ^ en redoublant d'égards pour le bon jeune homme si maltraité par eux. Mais sa contenance noble et imposante^ sa manière de les regarder, de leur , parler , eut encore mieux cet effet, et eux seuls furent humiliés. Telle £ut la première expérience d'Emmerich sur les amis de ce siècle*
Le recteur lui donna à cette occa« s ton un ci^seil dont nous ferons part il nos lecteurs.
Fais, attention , lui dit -il , à la manière dont tu es reçu dans les maisons où tu ras, par les enfans s'il y en a , et par les domestiques ; et sois sur que c'est le meilleur L i4
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moyen de connaître la vraie êlçob de penser des parens et des maîtres sur toi ; on n'est pas toujours en garde arec ceux qui dépendent de nous y et Fenfant en jouant^ le domestique en servant^ entendent des mots qui les rendent plus ou moins honnêtes avec l'individa dont ils ont entendu parler. Si Tenfant tourne autour de toi avec joie y si le domestique t'annonce promptement et t'introduit ayec plaisir y entre et reste avec confiance , et visce versa.
Mon fils y retiens cette règle y elle ne te trompera pas. On peut bien ordonner aux enfans de ne rien témoigner y mais il est facile de lire sur leur front l'instruction qu'on leur a donnée.
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COUES BB MORUE. 3l5