‹ Emmerich, cours de morale mis en actionChapitre 24 sur 25 · AMIS · texte numérisé non relu

AMIS

JtitfMMERiCH^ frappé de TobserYa* tîon de son Vieux ami ^ résolut d'en faire usage , non •-> seulement pour lui -• même y mais relativement aux autres , et comme une -étude sur le cœur humain ; il ne tarda pas à être convaincu que c'était en effet le meilleur thermomètre pour vérifier le degré de sincérité de ceux avec qui on est en relation : il vit bientôt que cette règle , si simple et si sûre ^ n'avait d'exception que pour les gens

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distingués par leur rang ou par leur fortune^ à qui le reèpect tient lieu de bienveillajice ; tuais quant à luimême^ le résultat de ses observations sur l'accueil qu'il recevait des enfans et des gens de ses amis ^ fut qu'au bout de quelques mois , il cessa complettement ses visites chez les trois quarts et demi de ses connaissances y et qu'il se borns^ à quelques familles où'^les gens couraient d'un air riant ouvrir la porte pour l'annoncer , et où les enfans venaient en sautant de joie tourner autour de lui et grimper sur ses genoux.

Il s'étonnait de n'avoir pas songé de lui-même à cette épreuve si facile ; il ne savait pas encore^ le bon Emnierich^ que plus les moyens sont simples et moips on s*en avise. ^

Sa société fut donc extrêmement réduite j car rien dans le inonde

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n'aurait pa l'engager à retonnïer où il était reçu froWetnent par les enfans et les domestiques ; plus alors l'accueil du uiaitre était amical . et plus il s'en défiait. Il perdit sans doute à ces illusions^ quelcpies heures de plaisir et de distraction ; mait il n'en fut pas plus malheureux^ accoutumé dès sa tendre jeunesse à vivre dans la solitude et à se suffire à lui-même^ il donna à l'étude et à la méditation le temps qu'il ne donnait plus à la société de ses faux amis.

Quoi , se disait -il quelquefois avec un sentiment douloureux , est- il donc impossible d'être aimé de ses semblables ? Je suis entré dans le monde avec un sentiment de bienveillance universelle et un vif désir d'inspirer de l'estime et de l'attaaiiement ; je suis bon ^

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sensible y confiant, jamais le mensonge ne souilla mes lèvres , je ne dis de mal de personne^ je ne ckerche à nuire à personne ^ au contraire^ ma plus grande jouissance «st de pouvoir rendre quelque service ; mon cœur est dispose à s'attacher; j'ai naturellement le goût de la vertu ^ je suis incapable de tromper , et cependant j'ai déjà rencontré des ennemis ; Fim étoulfe de colère à ma vue , un second se meurt de rire de pitié, un troisième nre prend en guignon parce que je Faime, et me soupçonne de motifs intéressés:

j'avais cependant vécu plus de huit mois avec eux dans une intimité continuelle, je recevais tous les jours des assurances de leur perfide amitié; je la payais de toute mon affection ^ et sans le hasard qui m'a instruit de leur fausseté , je $waâ% encore

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trompé. — Non , il n'y a ancone règle pour découvrir la vérité , que celle (jtie mon vieil suni m'a donnée.

On croira peui-êire , d'après ces réflexions^ qu'£mmerich devint trèsdéfiant et trèa- difficile à tromper; rien n'était si facile ^ son cœur était trop bon ,. trc^ simple pour n'être pas encore et toujours la dupe des apparences ; il ressemblait au père de Sterne y celud qui nf était pas con-^ tent de Valoir trompée neuf fois dans la journée , poussait le tromper dix fois s'il en avait em^ie. Emmericli avait une sensibilité trop vraie pour être dans une défiance continuelle y et s'il fut profondément affligé de ses découvertes sur la fausseté de la pl^art des bomme$^ elles ne purent lai ii^spirer ni de l'aigreur y ni de l'aversion^ur personne; il s'accusait

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plutôt lui-même de n'avoir pas su se faire aimer ^ et il était prêt à croire de nouveau à toutes les démonstrations d'amitié ^ jusqu'à ce qu'il eût fait sob épreuve ; mais il allait de préférence dans les maisons où il y avait des enfans^ et il fit des observations si suivies sur la manière de juger ^ d'après eux , le degré d'amitié *de leurs parens pour les personnes de leur société , qu'il en vint bientôt à pouvoir distinguer ce qui venait du papa ou de la maman ; si l'un des deux sortait un instant, l'enfant allait vite caresser celui qu'il avait rebuté d'abord , oli rebutait celui qu'il avait caressé. Souvent au moyen de ces observations, il découvrit dt's affections secrettes que personne ne soupçonnait. Si quelquefois il se trompait aux amitiés des enfanS; qui caressent volontiers

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celui qui les amusé ^ lors mêmç qu^>n déplaît à leurs parens^ un mot l'ëclairait bientôt, « Vous gênez monsieur^ » TOUS le fatiguez , » lui disait-on ., alors l'enfant se retirait tout confus et ne reyenait plus. La froideur de ces petits êtres qui n'ont pas encore appris à déguiser leur pensée^ fut pour lui une i*ègle certaine. Les domestiques déroutèrent dayantàge ses obserrations } singes de leurs maîtres ^ ayant même quelquefois plus d'astuce , Emmericb fut soivrent trompé par leur accueil^ mais enfin > il découvrit que ^ si leur air empi^essé ne voulait pas dire grand'chose ^ le contraire était une preure positivé.

Combien l'excellent jeune homme fut affligé y quand ses observations l'eurent conduit à voir, sous le masque trompeur d'une faussé politesse et même sous celui de l'amitié , la L i4-«

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iausseté ^ la duplicité y la perfidie j tt 8iu>tout cet égoisme qui fait qa\>D irapporte tout à soi-même ^ et qu'on n'aime dans les autres que son propre individu 9 qui souvent ne* le mérite guère. Il vit avec une profonde douleur^ que cette affection luiiver** selle qu'il portait au fond du cœur, que son respect pour les moeurs, que sa franchise , sa candeur étaient des motifs de le hair ou de le tour- Ber en ridicule. Est-ce donc là ^ pensait*il , est-ce là les frères avec qui il me tardait de vivre et que j'aimais / avant de les connaître.

Le bon recteur à qui il communiquait ses tristes réflexions ^ s'efforçait de les adoucir. £'s-tu insensé , ^sait-il quelquefois^ tu voudrais plaire à tout le monde ; est-ce que tout le monde te plait ? Laisse Jes trois quarts du genre humain agir

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et penser comme bon leur semble , et sois content cîe ton sort^ si tu' trouves ici-bas trois ott quatre amis fidèles y que tu retrouTcras dans le cîel. .

Oh mon père ! dit Emmerich les larmes aux yeux, j'étais si content quand je croyais au moins inspirer de l'intérêt > et si Heureux quand je me croyais aimé; à présent je sais le motif de ces raines protestations ^ on Ycmlait plaira à M. Bomwald^ ou s'attirer par mon moyen de puissans amis dont je paraissais le favori; est- il done impossible que je sois aimé pour ïnoi-même, et comme je sens que je puis aimer.

— Oui de tout le monde — impossible : «quand tu sauras ^ jeune homme à quel prix on obtient la faveur dé la plupart des gens, tu ne la voudrais pas; et quant à l'amitié

àa petit nonAre dliommes faits pow •Finspirer , tu es sur le bon chemin pour Tobtcnir , et tu n'a$ cju'à continuer.

Emmerich suivit Tavis de son sage

instituteur , et méprisa d|ps le fond

de son cœur les préycnances et les

politesses de ceux qui lui faisaient

la cour pour la caisse de M» Bom-

tf ald , ou pour son crédit ai:^rès

de quelques gens en place ^ ou même

pour la figure qu'il faisait dans le

monde , où il passait pour être fort

ricbe. L'enfant abandonné dans les

bois d'Hellerzen ^ Tenfant adoptif

d'un fermier^ faisait une espèce do

sensation dans la bonne société de

Berlin ^ tout aussi difficile qu'aucune

autre en Allemagne ^ .sur la nais*

sance et les avantages personnels.

Emmerich devait cela à son vieux

ami Bornwald ^ chez qui ildemeurait;

' et i^ui, ipar lui • mênie^ par^ son immense richesse , et par l'emploi qu'il en faisait^ était très-considéré.

Il présentait partout Emmerich

eomiae étant le fils dé son meilleur

àmi^ et lui fournissait les moyens d'aller de pair avec tous les jeunes seigneurs/ Bol*nwald n'était, pas comme la^ plupart.de8 hommes qui oublient dan$i la prospérité les ser* Yicea qu'on leur a rendus^ dana des temps Hftoins heureux. Lorsque le ^re Emmerich était bailli à Glehnitz^ il avait eu occasion d'obliger Bom« wald y et de le mettre sur la route de sa brillante fortune ; ce dernier ne croyait pouvoir mieux lui témôi- ' gner sa reconnaissance qu'en ren«dant heureux de toutes les manières son fils adoptif; ainsi , non content à'en avoir fait son commensal , il doubla ^ furinsu du jeune hompie^

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la somme que le . père Emmericii uvait' destinée pour ses meuns plaisirs ; il lui aTâit donné un très-joli cheval y et un bon domestique por-^ tant la livrée que le père Ëmme-* rich faisait porter à ses gens lors-^ qu'il était bailli. Notre bàros avait une figure noble et belle , et les regards et les agaceries des baronnet et des cbanoinesses , jeunes et vieilles^ étaient tout, aussi expressifs que s'il avait eu seize quartiers de noblesse | il était l'élève favori du sage recteur j^ homme respecté par son bavoir et smi caractère ; lui* mime avait beaucoup d'esprit sans jnéchianceté , beaucoup d'iBstruction sans pédanterie^ et le meilleur ton possible; il n'est dK)nc pas étonnant qu'il fût reçu partout avec une distinction qui aumi flatté son amourpropre y s'il, n'avait pas appris à en

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connaître les motifs: mais il sayaii apprécier à leur juste valeur toutes les assurances d'a.dinira4ioii ^u'pn lui prodiguait^ et n'eâ deTenait pas plu$ Tain.

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