‹ Emmerich, cours de morale mis en actionChapitre 6 sur 25 · EXAMEN DU PANIER · texte numérisé non relu

EXAMEN DU PANIER

Le Tinaigre avait fait ouTrir à l'enfant deux beaux yeux bleurfoncé^ Marie courut chercher du lait ^ tout en regrettant de ne pouvoir plus lui donner la nourriture qu'on donne à «cet âge^ a Ah ! si seulement il était S^ venu xux mois plutôt ^ dit-ellë en M essuyant encore une larme, d Mais , à sa grande satisfaction , l'enfant avala à merveille le lait quTelle lui présenta dans une tasse ^ et parut y prendre grand> plaisir. Lorsque sa faim fut appaisée , Emiherich et sa femme eurent la curiosité hieu

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naturelle d'examiner rintérieur de la corbeille où était l'enfant. Pendant que Marie le déshabillait , Ëmmerich visitait la corbeille , avec l'espoir d'y trouver quelque éclaircissjement ; son attente ne fut pa»

tout à fait trompée ; entre deux petits oreillers était un billet ; plus^ une provision de linges à l'usage de l'enfant , et à. ses pieds une petite boîte assez pesante. Père £jumerich l'ouvrit ; elle contenait une montre en or avec sa chaîne , une boîte en or aussi , ayant dessus un portrait de femme en m^liatare y et une bourse où il y avait cent ducats.

Le billet était conçu en ce£f termes :

a Des circonstances cruelles » obligent de malheureux parens H à se séparer pour un temps de leur M enfant/et à.lexonfîer à la com* » passion de ceux qui le trouvexpnt*

COUftâ DE MORàLE. 9S

U Les cent ducats sont une faible 9i récompense des soins qu'dn don- ^ nera à l'enfant ; ils appartiennent y> à son protecteur; mais il est prié $^ deconserrer à Tenfant , la montre | 51 la boite , le portrait et la bourse ; >> et , s'il est possible , de l'élever jif dans la religion réformée-calvi- >^. niste j si cek ne se peut ^ qu'on M ne lui apprenne' pas du moins k » baïr cette religion , qui est celle »desamère.

' ^ Que le ciel daigne bénir ceux >f qui le recueilleront^, et qui pro^ n tégeront. son enfance.^

Marie , dit Ëmmerich', après avoir lu, nous aurons soin die cet etfant:.

»oW relèverons e<mme s'il était à nous. Mais }e me flatte que tu penses comiÀe moi que cette somme lui appartient ^ nous la placerons pour lui ^ îesintéré|s>aug]^enteront le capital ^

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et si nous venons à mourir^ il aiirft du moins de quoi s'établir. N'est-ce pas^ Marie , cet argent n'est pas à nous?

— Non sûrement^ s'ëicria^t-elle, je regarderais comme un sacrilège d'y toucber ! mais mon avis est de n'en parler à personne , et surtout à Ni* jcolas; quelque honnête qti*il soit il pourrait avoir du regret de nout avoir apporté l'enfant. ^

— Tu ne rends pas justice à Nicolas y ma femme y moi je suis sûr de son cœur; je ne crois pas • d'ailleurs devoir lui rien cacher au sujet de cet enfant sur lequel il a les premiers droits. Je le consulterai y je lui li* rai le billet^ et tu verras si je suis trompé dans ma bonne opinion. Si tu avais pensé à la manière doikt il en a agi , avant que de savoir que ce petit trésor était dan» h

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coxiieille , il voulait se charger* de l'enfant^ et le déposer chez son Abh nette, r— Mais qu'est-ce que je vois^ là par terre ? c'était un chiffon de papier écrite lequel renfermait les deux louis rognés de Monseigneur ^Scfawégérus ; Emmerich reconni^t son écriture, et quelques notés qu'il £ii$ait pour rendre compte de ses dîners à sa femme. Emmerich reprit ensuite le billet et les bijoux, et les examina ayec plus de soin; le billet était d'une écriture de femmd, déguisée et rendue plus difficile encore par les larmes dont il était k demi - effacé. La montre et la boîte n'avaient rien dé remarquable : quoiqu'elles fussent en or elles étaient très •* simples' , et ne. faisaient rieb préjuger sur ceux à qui elles avaieilt appartenu i il pairaiisait que ce h'était màeé gens delà elassé dû peuple^

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ni* des grands seigneurs. La femmtf peinte sur la boite était très-agréable, plutôt jolie que belle ; elle a^ait les . yeux bleus comme l'enfant ; les du* . câts étaient pour la plupart anciens^ il y en avait de plusieurs, espèces.

Emmerich en conclut qu'pû les avait amassée peu à peu et depuis longtemps.

Us eh étaient encore à cet examen quand Nicolas entra; Marie lui fit d'abord raconter en détail son aventure i ils apprirent qu'ils ne s'étaient pas trqmpés sur les deux louis du surintendant^ ^et la mauvaise grâce avec laquelle il les l^v^it donnés.

On lut ensuite à Nicolas le billet , on lui montra le tout , et père Emmerich lui. demanda ce qjci'il.fsdlâit fairis de ce< a;rgent^ .;

Pe cet argent y père : Emmerich ?

m^: il n'est p^as .^ moi} faites- en

cotTKs DE uoWâle. 8g

ce que vous voudrez, ce sera bien £ait,- il m'est avis cependant que votis le gardiez pour ce pauvre petit.

£mmerich regarda sa femme , qui baissa les yeux. Bon Nicolas, dit-il ensuite en lui frappant sur l'épaule , tu as jugé comme moi , cet argent appartient à l'enfant, mais s'il vient à mourir c'est loi qui en hériteras.

— Nicolas. Pourquoi moi, père Emmerich ? c'est injuste , il faut que ce soit vous , qui voulez prendre soin de l'enfant.

— Emmerich. N'est-ce pas toi le premier qui l'as trouvé , qui en a eu pitié ?

— Nie. Non ma foi , ce" sont mes cbevaux ; pour vu' diable ils n'ont pas voulu faire un pas sur ce pauvre petit.

— Em. Eh bien , Nicolas , comme les cbevaux n'ont pas besoin de

ducats, et que c'est toi qui as relevé

l'enfant Mais ce petit vivra j'es-

' père ., il a Tair fort et robuste.

-^ Nie. Et long-temps sHl plait à Dieu.

— Em. Je bénis le ciel qui a voulu que j'eusse cet enfant plutôt que M. Schwégérus qui devait l'avoir , et qui ne le jnérit^it pas.

— Nie. Oh! commeil tournait ce^ deux louis avant de les plier dans ce chiffon de papier j comme il me disait toujours j'ai donné beaucoup, beaucoup.

-^ Em. Veux - tu m'en croire, Nicolas, renvoyons - lui ces deux louis , notre enfant n'en A pas be-' sbinj j'éprouve de la peine qu'on lui fasse une aumône;

— Nie. Oui, père Emmerich^ vous avez bien raison , c'est comme une aumône qu'on ferait à un

COTJUS BB MORALE.^ QY

mendiant; si j'endonnais autant à tous les pauvres, me flisait-il, je serais bientôt ruiiië. JNotre enfant n'est pas un. pauvre, il esta nous', phre Emmerich, et il ne manquera jamais de nen.

— Em, Non pas tant que je vivrai.

•: — Nie. Et moi, phre Emmerich,

n'ai-je pasde$ bras aussi, ne puis-je pas travailler pour' lui !

— Bon Nicolas , dit Emmericb en. l'embrassant , combien tu donnes plus à cet enfant par ce mot , que le surintendant avec ces deux misérables louis. Un homme riche comme lui devail-il balancer à s'en charger puisque Dieu le faisait trouver sur son chemin ?

— Ce n'est pas tout à fait sa faute, dît Marie , tu sais qu'il a une si méchante femme i elle est si avare y quejsaàaisiln'auraitosélelui amener.

-*-- C'est un tort de plus, s'écria Emmerich! est-ce qu'un homme, un pjère de famille , un chef d'église , chargé par son emploi de diriger nos pasteurs ^ doit être assez faible pour n'être pas le maître chez lui. Mais lors même que , pour la paix du ménage , il n'aurait pas pris cet enfant chiez lui , ne devait-il pas, au lieu de ces deux louis , chercher à le mettre en sûreté, à le-{)lacer enfin dam quelque honnête maison.

— Pauvre petit, dit Marie en le serrant contre son sein, heureusement que te voilà en sûreté ; et j'espère ( ajouta-t-elle en s'adiressânt à son mari)^ que tti ne te croiras pas obligé, comme le bille(lë demaii^e, d'en faire un calviniste. Marie était luthérienne très-zélée.

— Emmerich. Pourquoi non, mon amie? ne crois^tu pas qu'ij puisse y

atoîr d'honnêtes gens dam toutes .

les religions ?

— Marie. A la bonne heure , maïs pourq[uoi lui doimer des id^es fausses ?

— ^ Ev. Ce n'est pas mon intention^ chère Mairie^ car je veux seulement lai apprendre à aimer Dieu par de^ sas tout y et «on prochain comme soi-même ^ et à ne faire aux autres que ce qu'il voudrait qui lui fût fait ; quand il saura cela et quand il le mettra en pratique , je serai content de mon outrage^ ce sera à lui à choisir entre Martin Luther, et Jean Calvin. Crois-tu ma bonne Marie qu'au jour du jugement dernier Dieu te' demandera dans laquelle de ces doctrines on t'a élevée ? non mon amie y il te sera demandé si tu as fait tout le bien qui a dépendu de

toi, fit celui qu^ tu vas faire à ce

pauTre enfant te sera compté. Mari^ ne céda pas tout à fait encojé ; elle tenait vivement à Luther dont son père était un des sectateurs les plus ardens! enfin Emmerich la réduisit au silence par la force de. sa logique* Elle se tut y alla x^oucher le petit ^ lui donna du lait y le berça et l'en-dormit , heureuse au milieu de ces douces occupations que le ciel donna aux mères en compensation de leurs peines.

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