CHAPITRE IV
Vue d'ensemble des troubles paroxystiques émotionnels
Après avoir étudié successivement les divers troubles toniques post-émotionnels, nous comparerons les faits afin de mettre en évidence certaines similitudes et certaines différences intéressantes.
La crise paroxystique n’est pas liée de facon constante à une modification affective. Parfois, elle se produit spontanément. Cette variabilité dans les circonstances d'apparition de la crise peut être envisagée à deux points de vue : on peut, d’une part, considérer quelle place tiennent les crises post-émotionnelles dans le tableau clinique de l'affection; d'autre part, chez un même individu, quelle est la proportion des crises émotionnelles par rapport au total des crises.
Deux groupes se différencient parmi les troubles étudiés : ou bien l'émotion, en tant que cause déclenchante, apparaît comme un signe caractéristique de l'affection : il en est aïnsi dans la cataplexie et le Lachslag, ainsi que dans l’hypertonie affective idiopathique; ou bien l’origine émotionnelle des accès ne fait pas partie de la symptomatologie classique, mais constitue une forme clinique : c’est le cas pour l’épilepsie, l’automatose et les diverses affections organiques au cours desquelles apparaît exceptionnellement l’hypertonie affective; d’autres facteurs peuvent avoir la même action favorisante.
Si l’on suit le cours de la maladie chez un même sujet, On constate que dans le premier groupe, cataplexie, Lachschlag, hypertonie affective, la majorité des sujets présente uniquement des crises émotionnelles à l'exclusion de tout autre trouble tonique. Certains cas constituent des exceptions : quelques malades ont des crises cataplectiques ou d'hypertonie affective, tantôt après une émotion, tantôt indépendamment des modifications affectives; d’autres plus rares n’ont jamais de crises postémotionnelles. Dans le second groupe, épilepsie et automatose, une minorité de malades a des crises émotionnelles qui gènéralement sont intercalées avec des crises spontanées: toutefois dans certains cas, telles l’épilepsie acoustico-motrice et l’épilepsie musicogénique, toutes les crises suivent des modifications psychiques.
Une question est en corrélation avec la précédente : fréquence et circonstances des crises en dehors des émotions. Dans la cataplexie, leur proportion est faible; toutefois certains malsdes ont seulement des crises qui ne reconnaissent aucune cause émotionnelle: l’apnarition de celles-ci est favorisée le plus souvent par d’autres facteurs (causes identiques à celles de l'accès narcoleptique, fatigue physique, agents pharmacodynamiques). Parfois, il semble que rien n’ait provoqué la crise.
Dans l’hypertonie affective, même rareté de la cerise non émotionnelle: dans ce cas elle peut être provoquée par des aecidents physiologiques.
Les crises d’épilepsie sont en général spontanées cliniquement, certaines circonstances peuvent cependant les favoriser. La crise d’automatose survient souvent sans raison, les mouvements passifs peuvent la faire apparaître.
Le Lachschlag est un exemple de crise provoquée par un facteur affectif unique, le rire; mais il n’en est pas de même ailleurs et les émotions qui font naître des troubles toniques semblables sont nombreuses et disparates.
Toutefois, il est souvent possible de reconnaître une teinte affective commune à ces diverses émotions : ainsi dans l'épilepsie post-émotionnelle proprement dite, prédominent les êmotions « asthéniques », sombres et déprimantes, peur, crainte,
surprise désagréable, chagrin, douleur. Beaucoup plus rarement est signalée la colère, exceptionnellement la joie. Dans l’épilepsie réflexe, acoustico-motrice ou sensitivo-motrice, la surprise causée par la soudaineté et la brusquerie de l’excitant sensoriel est considérée comme indispensable au déclenchement de la crise.
Dans l’hypertonie affective, on observe également le rôle favorisant joué par les émotions pénibles ou désagréables : peur, contrariété, surprise.
Les crises cataplectiques ont des causes multiples; pourtant l’élément surprise apparaît fréquemment comme une des composantes affectives : nouvelles bonnes ou mauvaises, événement inattendu, etc. Il ne semble pas exact, comme on l’a dit, que . les émotions agréables soient plus fréquemment cataplectisantes que les autres, tout au moins pas d’une façon nette.
La crise d’automatose suit des émotions variées, souvent mal précisées par les observateurs. VAN EOGAERT et DE MORSIER signalent l’action efficace de la suggestion.
: Chez un même individu, observe-t-on l’action éiective d’une émotion donnée, qui serait seule capable de provoquer les troubles toniques ? Sauf dans le Lachschlag, toujours déclenché par une seule et même cause, les accidents paroxystiques sont dans la majorité des cas provoqués par des émotions différentes chez un même malade. Pourtant certains ne sont sensibles qu’à une seule émotion, parfois d’une nuance très précise. Les exemples en sont assez nombreux dans la cataplexie; le rire ou la surprise agréable sont les causes spécifiques des crises chez quelques malades.
Dans l’épilepsie, nous avons vu le cas remarquable d’épilepsie musicogénique dans lequel un seul morceau était capable de provoquer la crise. Au contraire, un autre malade n'avait d'accès convuisif qu’à l’audition de morceaux inconnus de lui.
Le facteur émotionnel n’est pas toujours seul en cause dans le déclenchement de la crise; parfois une excitation sensorielle l'accompagne, dont certains caractères, la soudaineté, l’inattendu jouent un rôle important; dans l’épilepsie acoustico et
sensitivo-motrice, l'émotion et le stimulus ones sont constamment associés.
Dans quelques cas d’hypertonie affective, la surprise et la crainte dues à un bruit soudain sont des causes éventuelles de crises. DE MORSIER indique les « émotions visuelles et auditives » comme favorisant les crises d’automatose, une expression aussi succincte des faits laisse pourtant supposer l’action simultanée de l’émotion et des excitations sensorielles.
Au contraire, dans le Lachschlag et la cataplexie, l’état émotionnel agit en général seul: à titre d'exception sont signalées quelques crises cataplexiques anrès un bruit soudain. Maïs le plus souvent, l'émotion qui provoque la crise cataplectique est beaucoup plus nuancée, plus différenciée que les sensations élémentaires de surprise ou de peur causées par un bruit inattendu.
Après avoir étudié les causes de la crise, nous envisagerons maintenant ses manifestations elles-mêmes.
Les troubles du tonus peuvent se généraliser au corps entier ou rester localiser à certains segments.
La crise d’automatose intéresse en général l’ensemble de la musculature.
Dans l’épilepsie se produisent également des grandes crises et des crises Bravais-Jacksoniennes.
Dans la cataplexie et le Lachschlag, la perte du tonus peut être totale ou se limiter, le plus souvent aux membres supérieurs et à la partie supérieure du corps.
Même variabilité dans la crise d’hypertonie affective.
L'état de la conscience peut être parfaitement normal pendant l’accident tonique; le malade ne perd rien de ce qui l’entoure. C’est le cas de la crise cataplexique au cours de laquelle la conscience du sujet reste absolument claire. Chez quelques malades a été signalée une sensation d’anéantissement et parfois de l’angoisse au début de la crise. Dans la cataplexie du réveil, on note souvent une certaine obnubilation, le malade est entre le sommeil et la veille et des visions hypnagogiques à la réalité desquelles il croit, peuvent se produire. S
Durant la crise d'hypertonie affective, il n’y a pas en général de modification importante de l’état psychique; dans quelques cas paraît exister un certain obscurcissement de la conscience, difficile d’ailleurs à faire préciser au malade : ainsi dans le cas de DE NiGRis et peut-être dans celui de BARUK, TINEL et LAMACHE.
La crise d’épilepsie généralisée s'accompagne d’une perte de conscience totale, ainsi que la plupart des accidents comitiaux ; toutefois quelques-uns de ces accidents sont conscients : ainsi l’épilepsie statique de RAMsSAY HUNT et peut-être l’épilepsie cataplexique dont les accès sont si rapides qu’il est difficile de tirer une conclusion nette en ce qui concerne les troubles psychiques.
Dans le Lachschlag, la conscience paraît totalement obnubilée, bien que le doute puisse persister à ce sujet dans certaines observations.
La conscience est parfois intacte au cours de la crise d’automatose, mais très fréquemment s'associent aux phénomènes moteurs un obscurcissement et des troubles surajoutés : troubles visuels, hallucinations, ambliopie, parfois véritable état onirique d’après ZINGERLÉ.
Des symptômes d'atteinte organique peuvent modifier le tableau typique de l'affection. Bien souvent ce sont des signes neurologiques dont certains permanents persistent en dehors des crises et dont d’autres ne peuvent être observés qu’au moment de l’accès.
Les signes neurologiques permanents sont fréquents au cours de l’épilepsie réflexe, acoustico et sensitivo-motrice.
La forme essentielle de la cataplexie ne s'accompagne pas de signes neurologiqus; mais lorsque la maladie de GÉLINEAU est symptomatique d’une atteinte du système nerveux (traumatisme, tumeur, infection), celle-ci se traduit cliniquement.
L'hypertonie affective idiopathique telle que l’a décrite LEVIN est exempte de toute symptomatologie permanente. Mais la plupart des cas rapportés concernent des malades qui présentent des signes de lésion pyramidale, extra-pyramidale ou diffuse.