francs
D’autre part, tous les planteurs c<,u,ics à siœrc. Cn Caféier.
MAD.VGASC.Ut.
einpruaiaiciit à des taux très élevés, ce que l’on appelle dans les îles « l’argent de l’entrecoupe ».
Cette imprévoyance provoqua presque immédiatement des catastrophes.
Lorsque survint la crise de 1884, produite par le développement de la culture de la betterave en Europe sous l’impulsion dos primes à l’exportation, il fut impossible à un grand nombre de planteurs de désintéresser leurs créanciers. C’est ainsi (|ue le Crédit Foncier Colonial s’est trouvé amené à entreprendre l’exploitation de plusieurs plantations tombées entre les mains de la société à la suite d’expropriations et formant un ensemble de plusieurs ndlliors d’hectares, (neuf mille environ).
D’autres propriétés se sont notablement accrues, pour les memes raisons. On pourrait eitor notamment M. le Coat de K’voguon qui possède à la Réunion plus de terres que le Crédit Foncier lui-même, environ 10.000 hectares, répartis d’ailleurs, comme e’est le cas pour le Crédit Foncier, entre plusieurs domaines situés dans différentes parties de l’Ile.
La physionomie de la eolonie a été complètement modifiée par ces révolutions économiques. On n’y voit plus cotte quantité d’habitations coquettes où le colon de race blanehe, vivait à l’aise entouré de sa famille. Ou plutôt si les habitations subsistent elles ne sont plus entretenues comme autrefois.
Aujourd’hui les grands domaines sont exploités par dos gérants, dont plusieurs sont des hommes do couleur, qui vivent modestement et assez éloignés les uns des autres. L’animation qui devait régner autrefois à Bourbon a été en grande partie éteinte par ce double phénomène : la eoncontration de la propriété et l’absentéisme qui on est la conséquenee.
IMais si la physionomie de l’île a perdu au point do vue social, elle a gagné au contraire au point do vue des eultures et au point do vue industriel.
Sur les grands domaines bourbonnais la culture de la canne, les soins apportés à la terre, aux rendements aux champs et à l’usine, ne sont surpassés nulle part ailleurs. Cela tient non seulement à la concentration de vastes étendues do terres cuire les mêmes mains et par suite à la formation d’exploitations importantes et bien dirigées (celles du Crédit Foncier Colonial sont un modèle incomparable) mais encore, en ce qui concerne les rendements à l’usine, aux progrès de l’industrie appliqués à la fabrication du sucre et à la diminution de la main-d’œuvre.
Les progrès de l’industrie ont provoqué des transformations dans l’outillage qui, en accélérant la production et en améliorant le rendement, exigent des manipulations plus importantes.
Ces améliorations effectuées en pleine période de prospérité par les principaux propriétaires out été une première cause d’abandon des procédés en usage dans les vieilles sucreries.
Les voisins, en elfet, trouvèrent rapidement leur avantage à porter leurs cannes
aux usines outillées pour faire la double pression et munies de triples effets et d’appareils à cuire dans le vide, et à recevoir en paiement soit de l’argent, soit une quote-part du sucre produit, plutôt que de se livrer eux-mêmes à une fabrication défectueuse.
De là une première cause d’abandon de plusieurs usines, munies simplement de moulins à eau ou à manège, leurs propriétaires se contentant de devenir simplement planteurs.
La rareté de la main-d’œuvre est venue à son tour, au cours de ces vinsrt dernières années, contribuer au développement des usines centrales.
En effet, un propriétaire qui manipule lui-même scs produits a besoin pendant la période de la coupe et de la falirication d’une maln-d’oîuvrc très renforcée. Presque tous scs engagés sont employés au travail de l’usine et des charrois et il lui faudra des bras supplémentaires pour la coupe proprement dite.
Or ces bras, on l’a vu, sont dillicilcs à trouver.
L’usiider a donc tout intérêt à traiter avec des planteurs des environs pour assurer à sa fabri([ue une alimentation sullisantc et régulière. Actuellement presque toules les usines de la Réunion manipulent, en même temps que les cannes de l’exploitation qui en dépend, des cannes de planteurs, le plus souvent dans la proportion de un tiers du total des opérations.
Aujourd’hui 30 usines environ suflisent à fabri(|uer la totalité <lu sucre produit à la Réunion et on peut dire, sans crainte de tomber dans un écart trop considérable que sur la moyenne de 45.000 tonnes de sucre exporté, 30.000 tonnes représentent la production des grands domaines attachés aux usines et 15.000 tonnes la part de la petite propriété, ou des planteurs proprement dits.
Ces planteurs sont eux-mêmes de conditions et d’origines très diverses. Les uns sont les derniers représentants des vieilles familles restées attachées à la culture du sol et dont les vicissitudes de la fortune ont réduit les propriétés à quehjues hectares de terre. D’autres, les plus nombreux, sont des descendants d’Africains, ou encore de métis de vieille souche, parvenus à être propriétaires de lots assez considérables. 11 y a des planteurs ([ui ne gagnent (juc 3 à 400 francs par an. Ce sont les petits créoles (pu cultivent un ou deux hectares de terre autoiii' de leurs cases.
D’autres arrivent à se faire de 12 à 15.000 francs. Ceux-là emploient quehpies engagés ou des métavers.
Au point de vue de l’avenir agricole de Bourbon il y aurait lieu de souhaiter (pie le nombre de ces planteurs augmentât. Quelques-uns des domaines concentrés entre les mêmes mains sont troj) considérables et faute de bras ils sont loin de l'cndre tout ce que l’on pourrait leur faire produire. Le morcellement de la trop grande jiropriélé et le développement du svstèmc des usines centrales permettraient d’augmenter d’une part le rendement eu cannes en mettant en cidture des
surfaces plus étendues et d'autj-e part le rendement à l’usine par la concentration et la puissance des moyens de production.
Mais toutes ces questions se rattachent par des liens étroits à la reprise de rimmigTation qui est le véritable pivot de la situation économique de Bourbon.
m # Les cultures bourbonnaises. — La canne a sucre. — La YANiLT.E. — Les cultures secondaires : café, thé, tabac, etc. —
® ® La question monétaire. — Conclusion.
X ouTES les plantations de cannes à sucre à la Réunion sont divisées en carreaux rectang'ulaircs qui mesurent en moyenne de 3 à 4 hectares. Chaque carreau doit avoir son état civil. On sait par ce moyen combien il a rendu en poids de canne, en richesse saccharine et combien, d’autre part, il a absorbé d’engrais. S’il y a rendement inférieur on lui apporte des soins particuliers.
La production moyenne est de 50 tonnes à l’hectare. Une usine importante en consomme 30.000 tonnes pour une campagne sucrière de 90 à 100 jours, dont 20.000 tonnes pour la propriété et 10.000 tonnes de planteurs.
Les petites cannes, cannes vierges ou cannes plantées ne sont récoltées qu’au bout de deux ans.
Elles sont obtenues au moyen de boutures formées par des têtes ou des tiges de cannes sectionnées et posées sur un plan incliné au fond d’une « mortaise » garnie d’une couche de paille un peu humide et légèrement recouvertes de terre.
On creuse ainsi 6.000 trous à l’hectare et chaque trou donne naissance à plusieurs tiges de cannes. Cette souche peut donner jusqu’à quatre récoltes consécutives, après quoi, même en admettant qu’on ne laisse pas la terre en repos, il est nécessaire de procéder à une nouvelle plantation.
Les cannes vierges n’entrent en exploitation que la seconde année; les repousses |)arviennent à maturité en un an.
Pourtant sur certaines plantations bourbonnaises, il n’est pas rare de les voir laissersur pied pendant dix-huit mois ou môme parfois deux ans. On obtient ainsi des cannes plus riches dans les régions tempérées et souvent aussi on y est obligé par suite de la pénurie des bras.
On récolte d’abord les cannes plantées qui sont plus développées que les autres étant généralement beaucoup plus âgées. Ce ne sont pas les plus riches parce
«[u’elles acquièrent un très fort développement et se couchent sur le sol en empêchant l’air et la lumière, si nécessaires à la maturation, de pénétrer dans les champs. On les récolte aussi en premier lieu, pour donner aux rejetons qui naissent de leurs souches le temps d’arriver à maturité au bout de l’année suivante.
On commence la coupe à la fin d’août pour la terminer en janvier.
Elle se fait par des journaliers, au moyen de haucilles, à ras du sol.
Les cannes, débarrassées de leurs pailles, sont chargées sur des charrettes trainces par une paire de mules ou de bœufs zébus importés de Madagascar. Rien n’est plus pittoresque et en môme temps rien ne peut donner une idée plus intense de la richesse de la Réunion que ces longues lignes de charrois, convergeant par tous les chemins, vers les usines.
Songez, pour vous figurer rimportance de ces transports qu’une seul usine mani[)ule 300.000 kilogrammes de cannes par jour!
Cluupic charrette (I) dont la tare est déterminée d’avance passe sur nue balance automatique qui enregistre exactement le poids du chargement.
Cette j>esée est en quelque sorte la première opération industrielle. Elle sert à déterminer le rendement de l’exploilatioii et dans le cas particulier des cannes do planteurs à fixer ce qui leur revient en argent ou en nature. La balance est située à
environ 150 mètres d’une des extrémités de l’usine. Wagonnets et charrettes évoluent ensuite dans la cour et sont rapidement déchargés par des équipes de travailleurs, tandis que d’autres, puisant dans les grands monceaux de cannes formés au pied de l’usine, jettent les tiges sur une toile sans fin actionnée par la machine à
vapeur.
Entraînée par cette toile, la canne s’engage dans le premier moulin formé par trois puissants cylindres faisant environ un tour en deux minutes.
Le vesou s’échappe par en dessous tandis que la pour
suivant son chemin et bien qu’elle paraisse complètement épuisée,
(ij 11 existe d'autres modes de li'aiis|)ort des cannes de- ])ids les champs de production jus([u’à l usine : lils aériens, wagonnets montés sur l'ails I )ccauville, etc. (,)uclle (pie Soit la méthode employée, elle ahoutit toujours à la
pesée.
E.rploilation de cannes à si/crc.
est soumise à une nouvelle pression. Dans certaines usines, il y a ainsi jusqu’à trois moulins successifs.
Après la repression, la bagasse est entraînée par une nouvelle toile sans fin et va directement aux machines où, grâce à un générateur spécial, le four à gradins, elle peut servir de combustible sans avoir été préalablement séchée. C’est un progrès considérable. La bagasse constitue en effet le combustible presque exclusif, employé par les usines sucrières. Autrefois il fallait la faire sécher sur une grande plateforme que l’on voit encore dans toutes les cours d’usines et qui s’appelle à Bourbon « Y nrgamase ». Souvent, si les pluies étaient en avance, la bagasse ne pouvait sécher et les usines étaient obligées de recourir, à grands frais, au bois ou au charbon. — Aujourd’hui, grâce aux fours â gradins, installés presque partout, la machine est alimentée au fur et â mesure et sans intcrrnption par la canne manipulée. — On peut dire que la bagasse sert à faire cuire son propre jus.
En tondDant des moulins, le vesou est envoyé dans des défécateurs, vastes cuves à double fond chauffées par la vapeur, où il reçoit une petite quantité de cliaux et de sulfate de soude, afin de neutraliser les acides alcalins qu’il contient. Les écumes et les résidus sont pressés et tout le liquide passe ensuite dans les filtres à noir animal.
Le vesou défecé et décanté passe ensuite dans des chaudières dites à triple effet, chauffées par la vapeur et où une pompe fait le vide. La vapeur dégagée par l’ébullition du jus dans la première chaudière sert à chauffer une seconde chaudière et la vapeur de celle-ci une troisième (de lâ le nom de triple effet).
En sortant de la troisième chaudière le jus a une consistance sirupeuse. Il était entré dans le triple effet à 6 %. Il en sort à 22 %. A partir de ce moment le jus prend le nom de « clairse ». — Cette clairse repasse dans les filtres, est soumise à une nouvelle décantation et de là est envoyée dans la machine à cuire, vaste cuve où la matière sirupeuse est portée à l’ébullition dans le vide. Autrefois cette cuisson
se faisait à l’air libre. L’opération durait bien plus longtemps et entraînait une plus grande déperdition. C’est dans la machine à cuire que la cristallisation s’opère et le tout forme une pâte épaisse « la masse cuite » composée de cristaux de sucre et de sirop, cjui est, après refroidissement, passée aux turbines, où les deux parties se séparent.
interieut' d'une usine à sucre.
Le sirop, qui contient encore
du sucre cristallisable, est recuit, et ou oljticnt de cette façon jusqu’à trois jets de sucre.
].,cs sirops, résidus du troisième jet, ou mélasses, qui ne contiennent plus que de la glucose, sont soumis à la fermentation au moyen de levures, puis additionnés de chaux pour neutraliser la fermentation acétirpic et cnlin distillés dans des
^ ["ne usine a suerc.
alambics. L’alcool ainsi obtenu
porte le nom do tafia. C’est à celui ipii réudto do la fermentation et do la distillation directe du jus do canne que devrait être réserve le nom do rlmni, étendu improprement aux alcools de mélasses.
La fabrication du tafia constitue un accessoire important des exploitations sucrières do la Uéiinion.
La consommation locale en est très importante.
Le surplus est dirigé sur Madagascar, Maurice et la Métropole.
Quant au sucre produit après ces multiples opérations il représente environ 10 % du poids des cannes manipulées. En su})posant, comme nous l’avons fait, une usine qui consomme 30.000 tonnes do cannes, le rendement doit s’élever à la fin de la campagne à 3000 tonnes de sucre, dont 1000 provenant généralement des cannes de planteurs.
Immédiatement après la canne à sucre il faut citer la vanille. En valeur les exportations de la vanille re})résentent plus du tiers do celle du sucre. En superficie elle occupe environ 3500 hectares. C’est la ciilturo riche par excellence. Plusieurs grands propriétaires s’y sont mis et ont des vanilleries sur leurs domaines. D’une façon générale cependant la culture de la vanille est plutôt entre les mains des petits propriétaires créoles. Elle est conforme à leurs goûts et dans tonte la partie « sous le Vent » il n’est pas do petit enclos dans lequel on ne puisse voir quelques pieds de vanille, comme on voit des pieds do petits pois dans les jardinets de nos banlieues.
Le vanillier est une liane de la famille des Orcliidacées-arétlinséos : c’est une plante vivace dont le fruit est une gousse longue do 15 à 20 centimèlrcs.
On rapporte que le vanillier se trouvait à l’état indigène à Bourbon. Un esclave eut l’idée d’appliquer à cette liane les procédés de fécondation artificielle qu’il avait vu employer par uu maître sur d’autres plantes et depuis celte époque la vanille a toujours été cultivée, jamais cependant avec autant d’intensité qu’à pré-
sent, ce qui nous a permis de dire que la Réunion traversait l’àge de la vanille.
Les plantations se font delà façon suivante.
Il faut à la liane un abri (car elle a besoin à la fois d’ombre et de cbalenr) pouvant servir également de tuteur.
On plante donc en forêts et les reboisements en fdaos sont généralement utilisés dans la partie « sous le Vent » pour abriter des vanilleries. Quand on n’a pas d’arlmes, on plante des pandanus (vacoas) ou des arbustes de la famille des Ficacées (pions d’Inde) qui poussent très vite et qui au bout d’un an sont assez grands pour donner de l’ombre et servir de tuteurs. x\u pied de ces tuteurs, qui doivent être à 2 mètres de distance, on plante en posant sur le sol une bouture de vanille qu’il suffit de recouvrir légèrement de fougères. Ces boutures se Amendent généralement 0 fr. 20 le mètre. Quand le planteur possède déjà une vanillerie, il prélève sur les vieux plants des boutures de deux ou trois mètres afin de rapprocher l’époque du rendement qui commence généralement à la troisième année. Ceux qui les aeliètent n’utilisent pas que des boutures de 1"*,50.
A peine en place, le vanillier implante scs racines non seulement dans le sol, mais dans le tronc et dans les branches des arbres qui lui servent de tuteur. La croissance est très vigoureuse et il faut rabattre les lianes pour les obliger à lleurir.
Le vanillier, comme le café de Libéria, fleurit simultanément aA^ec la fin de la cueillette, c’est-à-dire vers le commencement d’octubre.
Comme la disposition des organes de la fleur rend difficile la fécondation naturelle, il est nécessaire, pour que cette floraison porte ses fruits, de procéder à la fécondation artificielle.
Dès que la période de la floraison commence, des travailleurs, généralement des femmes ou dos enfants (ce que l’on appelle des « petites mains ») passent dans les plantations en examinant attentivement chaque pied. Cette visite doit se faire le matin entre 6 lieurcs et 11 heures. Chaque Imuton qui s’est ouvert aux premiers rayons du soleil ne relient l’opérateur qu’un instant. Avec une sorte d’aiguille en bois, il écarte le labclle de la fleur et met en contact l’aidhère et le stigmate en opérant une légère pression avec le pouce.
Puis il fait sauter avec les ongles la moitié de la corolle et la jette dans un petit « couffin » cju’il porte sur le dos.
Ce fragment de corolle est une pièce à conviction qui permet au planteur de contrôler le nomljre de fleurs fécondées chaque jour et de former une évaluation approximative de la récolte future.
Cliac[ue pied de vanillier peut porter de 60 à GÜ fleurs, mais on n’en féconde jamais plus de 30 à 40.
Deux fois par semaine on fait le contrôle du coulage et de la pourriture, et ocs opérations, concurremment avec celle de la fécondation, se poursuivent pendant les
mois de septembre, octobre, novemlire et (]cccm])re et dans les hauteurs de l’ilo jusqu’au 20 janvier.
Lorsque la maturité approche, il faut repasser dans les vanilleries et chaque pousse est })oinçonnée aux initiales ou d’après la maiapie du propriétaire.
Enfin la cueillette, qui commence en mai et finit en octobre, se fait avec les plus grandes précautions. Le garde champêtre y assiste. Le poinçonnenr prend en note le nombre de gousses récoltées par pied ; les travailleurs sont fouillés à la sortie et ils ne peuvent opérer qu’en file indienne sous le regard des surveillants.
Ces précautions ne paraîtront pas exagérées si on veut bien songer que la vanille préparée’ vaut 50 fr. le kilogr. et la vanille verte de 12 à 15 francs. Si minutieuses qu’elles soient, elles ne parviennent pas d’ailleurs à garantir les propriétaires contre de nombreux vols de cette précieuse denrée. — On me citait l’exemple d’un receleur du quartier du Baril, en prison à l’époque de mon séjour à la Réunion, qui avait gagné plus de 400.000 francs en préparant de la vanille dérobée.
Jusqu’à ces derniers temps, en effet, la préparation de la vanille constituait une industrie tout à fait spéciale.
Nous avons vu que cette culture était surtout répandue parmi la population créole. Beaucoup de ces petits planteurs produisent une quantité insuffisante pour la préparer eux-mêmes et quant aux grands propriétaires, jusqu'à ces derniers temps, ils préféraient se décharger de ce soin sur les habiles spécialistes qui se sont formés à la Réunion pour la préparation de la vanille. Dans certains villages presque tous les habitants sont préparateurs et un parfum pénétrant révèle leur industrie à plusieurs centaines de mètres à la ronde.
Ces préparateurs prélèvent généralement pour leur rémunération un tant pour cent sur la vanille. Ils font comme les usiniers pour les cannes de planteurs.
Les procédés de préparation sont simples mais ils exigent beaucoup de soins, de propreté, de tact et de temps dans les manipulations.
En voici une explication sommaire.
On échaudé la vanille verte en plongeant pendant une minute dans un réservoir d’eau chauffée à 90“ une cuve en cuivre contenant les gousses enveloppées dans un feutre.
Cette opération amène une première évaporation et la gousse verte, très ronde, rigide et eontenant beaucoup d’humidité, en ressort légèrement réduite, assouplie et tirant sur le jaune.
On expose ensuite les gousses au soleil pendant (mit jours, sons une couverture de laine.
Les vanilles sont ensuite rangées sur des claies disposées à l’ombre d’un bâtiment permettant à l’air de circuler librement.
M \DAr,ASOAH.
L’évaporation achève de s'y produire Icntcincnt suivie d’uue fermeutatiou qui développe l’aroiue. 11 faut plusieurs sciuaiues pour que cette préparation s’achève pendant lesquelles il faut couslamment surveiller la marche de l’opération, retourner
les gousses, les essuyer, isoler celles qui se gâtent, etc.
A côté de ces deux cultures, qui sont les principales, l’une, la canne à sucre, par son étendue et l’autre, la vanille, par sa valeur, et en y ajoutant les vivres, il faut mentionner encore parmi les productions de Bourbon le café, les essences, le tabac, le thé et parmi les industries agricoles, la fabrication de la fécule de manioc. Le café, qui a joué un rôle si considérable dans l’bistoire de la colonie, et dont la vieille réputation est si tenace qu’il n’est pas un épicier qui ne fasse à sa devanture un fallacieux étalage de « Bourbon », arrive à peine, depuis quelques années, à suffire, aux besoins de la consommation locale. A Saint-Denis le café rond vaut couramment 4 fr. le kilog. Ce ne sont pas là des prix d’exportation aux cours d’aujourd’hui. Cette disparition du café tient à plusieurs causes. D’abord les destructions des plantations qui furent faites au moment de la grande vogue de la canne. Puis la maladie, vastatrix, sorte de champignon qui, en attaquant
la feuille, finit par faire périr l’arbuste, comme le mildesv de la vigne avec lequel VhemUcia présente d’ailleurs des analogies puisqu’elle est d’origine cryptogamique. Cette maladie se traite par les sulfatages.
Cependant, depuis que la main-d’œuvre pour la canne se fait de plus en pins rare, plusieurs propriétaires se sont remis à faire des plantations de café.
La pointe de Saint-Joseph.
On rencontre à la Béunion trois variétés de café, le café rond, le café pointu, dit Leroy et le Liberia.
Le café fut importé d’Arabie. Les plus grandes précautions avmient été prises pour en favoriser la reproduction et la peine de mort décrétée contre les noirs qui tenteraient de dérober les graines des plants de caféiers. Sous l’empire de cette législation draconienne pour les esclaves des plantations, on découvrit que des noirs marrons, réfugiés dans les forêts de l’île, se régalaient avec les produits d’un arbuste sauvage qui n’était autre qu’un caféier indigène. La culture, grâce à cette
découverte, })ril mi rapide développement et donna, dans les parties laisses de l’ile, un café rond qui est celui ([ne l’on désigne communéiiicnt sons le nom do cale Bourbon. Le café Leroy, [»lns [)ointn, préfère les régions [)lus élevées de l’ile. 11 se rapproche davantage du type du café sauvage. 11 semlde que sa conformation tienne à ce fait, qu’ayant, sons une tem[)ératnre pins douce, un développement pins lent, le grain ait le temps de s’allonger davantage.
Quant an café Libéria à gros grains, originaire de la cote de Guinée, il est d’une importation pins récente. (3n le cultive à la Uénnion à raison de sa robustesse, qui lui permet do résister beaucoup mieux aux atta([ucs de V /ie//u'leia.
C’est la principale qualité qui le recommande car l’irrégularité de son grain et surtout une certaine amertume dans sa saveur font coter cette variété beaucoup plus bas que les deux autres.
Les réceidos plantations de café faites à la Réunion pourront, lors([ii’elles seront toutes en valeur, fournir un nouvel appoint à l’exportation. 11 est douteux toutefois que File retrouve jamais les bénéfices que cette culture lui a valus jadis.
Un produit plus intéressant pour l’avenir serait incontestablement le thé. Comme le café, cet arbuste croit lui aussi à l’état sauvage dans la colonie, dont le climat et les variations d’;dtltudes paraissent réserver à cette culture un habitat au moins aussi favorable que Ceylan. A Maurice, (|ui ne réunit pas les mêmes avantages, car les altitudes n’y dépassent pas 700 mètres, un jardin de tlié a admirablement réussi à Curepipe, qui constitue par son altitude à peu près le seul point de l’île où cette culture soit possible.
A la Réunion, d’immenses espaces s’offrent à une altitude où n’atteint pas la culture de la canne, et qui conviendraient admirablement à celle du thé. Le Crédit Foncier Colonial en a fait l’expérience sur une petite écliellc. Les résultats ont été excellents. Mallieureuscment, là encore, il faut une main-d’œuvre très bon marclié pour la cueillette; on peut y enq)loyer des (( petites mains », mais elles lont défaut aux planteurs de la Réunion dans la môme proportion, et c’est logique, ([uc les « grandes ».
Dans l’état actuel do la population bourbonnaise et étant donné ses mœurs, on [)eut citer une autre culture ([ui présente déjà, et pourrait surtout présenter de très c:rands avantau’cs : c’est la culture du tabac. Le tal)ac vient admirablement à la Réunion. On peut y faire doux coupes par an et récolter 4.U00 kilos de tabac en feuilles à l’hectare. C’est une culture qui plaît aux créoles. Autour de leurs cases, le tabac voisine avec la banane, le manioc, les légumes, etc. Si le planteur-usinier éprouve des dillicultés à produire de la canne sur ses terres et à en acheter aux voisins il n’en aurait aucune à se procurer du tabac s’il voulait eu préparer, au lieu de fabriquer du sucre. Malheureusement le manque de déboucliés s’oppose à la grande extension de cette culture. On fiune beaucoup à la Réunion, mais malgré toute leur bonne volonté, les habitants ne sont vraiment pas assez nombreux pour assurer un
grand avenir à la cnltnro du tabac et aux industries qui s’y rattachent. Le surplus de la production actuelle s’écoule à Maurice et à Madagascar. C’est encore peu de chose.
Pour que la culture du tabac puisse prendre de l’extension à la Réunion, les planteurs attendent que la Régie veuille bien accepter leurs tabacs. Ce serait assurément une grande ressource pour la colonie. Mais en attendant, pourquoi les producteurs ne clierclient-ils pas un débouché sur un marché étranger libre? Cela vaudrait mieux que de ne rien faire. Malheureusement l’esprit d’initiative commerciale manque un peu à nos compatriotes de Rourbon, et si l’un d’entre eux en manifeste, ce sont alors les capitaux qui lui font défaut.
A côté du tabac, mais avec un autre genre d’arome, il faut citer les essences. La culture du géranium, qui avait pris une certaine extension à la Réunion, est aujourd’hui en plein déclin, tant par suite de la question toujours la môme de la maind’œuvre que de l’avilissement des prix engendrés par la concurrence de l’Algérie et des autres pays producteurs du bassin de la Méditerranée. Seule la fabrication des essences précieuses telles que l’ylang-ylang, le vétiver, etc., continue à faire l’objet d’une certaine exploitation.
Nous aurons terminé enfin cette esquisse des principales industries agricoles de la Réunion en disant qu’il y existe trois usines pour la fabrication de la farine de manioc.
Le manioc est une des cultures de rotation de la canne à sucre et vient bien d’ailleurs dans toutes les parties de l’île. Son rendement est considérable : de 25 à 30.000 kilos^r. à l’hectare. Malheureusement les féculeries de la Réunion ont à lutter, sur le marché métropolitain, contre la concurrence des pays à étalon d’argent
et notamment de Singapore.
Non seulement en effet la maind’œuvre est abondante à Singapore, mais encore elle est payée avec une monnaie qui a subi, par rapport à l’or, — qui détermine les cours de la marchandise, — une dépréciation d’environ 50^.
Cette question du change permet, en passant, d’indiquer un des éléments les plus importants do la prospérité des colonies d’Asie, dans lesquelles il serait facile, au point
NcUoi/age des racines de manioc.
de vue économique, de faire rentrer la Réunion et Madagascar.
A la condition d’avoir des exportations supérieures à leurs importations, ces pa}'S ont tout intérêt à recourir à l’étalon d’ar<xent plutôt que d’être soumis à l’étalon d’or. Pour leurs transactions intérieures, en effet, la valeur de l’arg-ent a à peine diminué, tandis qu’au contraire, dans les transactions extérieures, elle a suin une dépréciation qui est aujourd’hui de 50 La roupie de l’Inde qui vaut nominalement 2 fr. 50 (‘2 scli.) — et quf possède efTcctivcment cette valeur dans les relations intérieures — ne représente plus que 1 fr. 75 quand il s’agit d’effectuer un paiement en Europe.
Dans ces conditions le pfanteur qui vend sa marchandise au cours de l’or a tout intérêt à payer sa main-d’œuvre en argent, monnaie dépréciée mais (pii conserve sa faculté d’achat pour les opérations intérieures, sauf pour les marchandises d’importation.
Ce système avantageux pour le planteur qui habite fa colonie est au coidraire onéreux pour les fonctionnaires européens et tous ceux qui ont le désir de dépenser hors do clicz eux le revenu de leurs propriétés. Cas fréquent parmi les créoles. Car alors le chanere se retourne con-
tre eux. C’est d’ailleurs ce qui explique la démonétisation de la roupie qui avait été jusqu’en 1877 la monnaie légale de la Réunion et qui fut remplacée à celte épœpio par la monnaie fran- (^aisc. Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que prcsipie simultanénnmt dans l’ile voisine, à Maurice, la monnaie de l’Inde était substituée à la monnaie anglaise (la 1/2 ronpie correspondant d’ailleurs au shilling) do sorte que tandis que chez nous la baisse de l’argent entraînait l’établissement de l’étalon d’or, elle J)ccaiua^c du Tapioca
Fahricalion du Tapioca. - - Le ràjjagc du manioc.
— l'JO —
provoquait au contraire chez nos voisins une opération absolument inverse.
Aujourd’hui la roupie non seulement est la monnaie courante, l’étalon légal de l’Inde, de Ceylan, de Maurice, mais on la retrouve encore à Anjouan, protectorat français, et le gouvernement allemand a fait frapper à l’efligie de Guillaume II, pour les possessions de l’Est Africain, des roupies qui, même à Zanzibar, se mélangent indistinctement dans la circulation avec les roupies de l’Inde.
La roupie a d’ailleurs cet avantage de s’adapter aux systèmes monétaires differents de l’Angleterre, de la France et de l’Allemagne. La pièce de 2 rs. corres})ond à notre écu de 5 fr. et représente en même temps 4 shillings ou 4 marks. Il semble donc qu’au lieu de nous tenir en dehors do cette grande unité monétaire qui existe entre les diiférents pays baignés par l’océan Indien, nous aurions tout intérêt à y rentrer en faisant fabriquer pour la Réunion et Madagascar des écris de 2 rs. au lieu d’y importer des pièces de 5 fr.
Peut-être môme serait-il possible de faire entrer la piastre indo-chinoise dans ce système.
Mais revenons à la Réunion. Il est aisé de déduire les avantages que présenteraient cette réforme monétaire. Si l’immigration indienne était reprise, au lieu de payer les coolies en monnaie française, c’ost-è-dire en or, les planteurs les payeraient désormais, comme à Maurice, en roupies, où, du fait de la conversion, on a réalisé une économie de 50 % sur les salaires.
Et cette économie ne se répercute pas sur les engagés. 11 faut tenir compte que ceux-ci sont logés, nourris et qu’ils reçoivent les soins médicaux gratuits. A la Réunion môme, les planteurs accordent à leurs engagés deux « rechanges » par an. — Leurs besoins d’argent sont donc très limités. Et puis l’Indien thésaurise. 11 amasse l'argent qu’il gagne et il l’enterre. On estime que l’Inde anglaise recèle dans son sol des trésors monnayés en valeur au moins égale à l’argent qui circule dans le monde. L’engagé ne fera donc aucune difficulté pour recevoir une pièce de 2 rs. à la place d’une pièce de 5 francs. 11 enfouira cet argent, le mettant de côté pour l’époque où, son engagement terminé, il retournera dans l’Inde, ou pour acheter de la terre, s’il préfère s’établir dans la colonie. Il ne laut pas perdre de vue non plus, qu’une partie assez importante des importations de la Réunion et de Madagascar est tirée des pays à étalon d’argent, notamment le riz, le grand produit de consommation, qui vient de l’Inde, de la Rirmanie et de la Cochinebine. Pour ces exportations-là également les cours pourraient s’établir suivant la valeur fictive de la roupie.
Le change est ce qui sauve l’île Maurice des effets de la crise sucrière. Pourquoi ne serait-il pas également un élément de prospérité pour la Réunion et Madagascar? Quant aux fonctionnaires atteints par cette mesure, qui déprécierait leurs traitements, il suflirait d’élever leurs appointements.
Eullii il est une autre rérorme qui exercerait une heureuse innuence sur le développement des cultures que nous avons signalées plus haut. Ce serait l’exonération complète des droits de douane qui pèsent sur certains de nos produits coloniaux — notamment le cale, le thé, la vanille, le cacao, etc. — à leur entrée dans la métropole.
Puisque le rég-ime douanier de 1892 assure aux marchandises françaises l’entrée en franchise dans toutes les colonies où il est appliqué, ce qui prive les budgets locaux de leur principal élément de ressources — • les droits de douane — pourquoi le même traitement serait-il refusé aux provcnauces coloniales?
Môme s’il est impossible de procurer à la Réunion la main-d’œuvre dont elle a besoin pour les cultures d’exportation, ou de la doter de certaines mesures éeonomiques qui rendraient ces cultures rémunératrices il ne faudrait pas pour cola désespérer do l’avenir de notre vieille colonie du Pacifnpio ou la considérer comme un élément insignifiant de notre empire d’outro-mor.
Bourbon est mieux qu’une relique précieuse de notre brillant passé colonial.
Elle est autre chose qu’un pur joyau de la nature. Son sol fertile suiïira toujours à nourrir la population créole qui s’y est formée et qui peut se développer librement.
Avec ses variations d’altitudes et, par suite, de climats, la Réunion peut faire produire aux cultures vivrières non pas seulement de quoi satisfaire à ses besoins mais encore à ceux de ses voisines, Maurice et Madagascar.
Avec ses sanatoria et ses sources d’eaux thermales , analogues à celles de Vichy à Salazie et à Cilaos, sulfureuses dans le genre des eaux de Barèges à Mafate, ferrugineuses au Bras Cabot et à la Plaine des Palmistes, notre colonie, à la condition de faciliter les moyens d’accès vers Salazie, et surtout vers Mafate et Cilaos, peut devenir un grand centre de refuge pour tous les blancs de l’Afrique du Sud.
Pour les colons de Madagascar, son rôle, à cet égard, est appelé à rendre des services considérables. Tous ceux que les travaux de mise en valeur de la grande île auront anémiés trouveront dans un séjour à la Réunion les mêmes avantages que dans un retour en France. Et combien qui, hors d’état d’entrepreudre ou de supporter le long rapatriement, seront sauvés grâce à Salazie, à 48 heures de Tamatave !
iVvant que, grâce aux chemins de fer, les hauts plateaux de l’Imérlua ne soient devenus d’un accès facile, avec les sanatoria de la Réunion, les futurs colons de
Madagascar ont à portée de la main nn climat réparateur qui leur permet d’aller tenter hardiment la mise en valeur de la côte, riche mais fiévreuse, de la grande île.
La hère devise de file de France était « Stella clavisque )naris Indici ».
Depuis l’ouverture du canal de Suez, Maurice n’est plus la clé de l’océan Indien; mais si elle ne reste toujours l’étoile on peut dire, en poursuivant cette métaphore, que Bourbon, dans l’harmonie de notre empire colonial, est une planète précieuse auprès de ce grand astre levant : Madagascar.
Ch. NoUFFLAfill.
MAYOTTE
ET