‹ Empire colonial de la FranceChapitre 4 sur 16 · I. A i!Vi; iiu coM.Mi.iîci;. - iamviavi · texte numérisé non relu

I. A i!Vi; iiu coM.Mi.iîci;. - iamviavi

•les blocs (le corail de la jtoinle Ilaslie et on inodilia ainsi le conrani (|ni ra[)ideinent rongea le C(')lé nord de la P(»inle. Une parlie d(‘ la pronnnuab' a d(‘jà ('K' eniporlc^e et l’on a dn ])rot(''ger le reste par des fascines et par une lip’iie de fnlailles remplies de sable. Kt cepcnidanl,

eombien celle jn'oine- | flp

nade serait a‘j'r(''abb', .ji®

le soir, pour pr(‘iidr(‘ le Irais el r(‘S])irer l’air dn laroe ! combien ello

serait belle ('‘U'alcment,

rappelant ce (pie nos villes d’eaux, O II celles d’Irlande ou (1 ’ A U O’ 1 e -

terre , i-euferment de plus remar- (pial)le !

IjC cimeliè'i'e, jadis en dehors de la ville, vers 1 exlnmdle OuesI, se trouve d(i‘ja environné d’babilations. Ce qui vous frappe d’abord, ce sont les lonpaies lig'ues de croix noires (pii manpienl les lombes, hélas! si nombivuses, ou reposent les victimes des deux i^uerres de 188a-1885 et de 189.). (.e ne lureni point les balles malgaches (pii les InèrenI, ces soldats de France, au moins h' |dns piand nombre d’enire eux, mais la lièvre el la dysenterie el rinaclion lindonyme sur ce rivage malsain. Ils n’en sont pas moins des viclimes de la diseijdine H dn palriolisme, morts là-bas poni' nous eoii(|uérir Madagascar, el e est bien le moins ipie nous allions les saluer dans leur dernière demeure el, si nous sommes croyanis, dire une

liiics de Tainalaec .

Dans le sable.

prière sur leur lombeau. A eux, el aux luissioiiiiaires ([iii reposent à loin- côlé, nous dcYOus ])icu ce souvenir.

A 12 ou 15 kilomètres à l’Ouest, se trouve bkiralatc, cette forteresse hova que nous ne pûmes ]>as prendre en 1883-1885, et cpie nous dédaignâmes eu 1895. Ce n’est guère qu’un marais infect aujourd’hui et un souvenir déjà lointain, tellement la grandeur passe vite...

Il pleut beaucoup et souvent à Tamatave, ]dus de IGO jours par au, et pendant tonte la durée de raunée. Cela est vrai, du reste, })Our toute la côte orientale, de j)bis en plus, à mesure (pi’on s’éloigne des extrémités pour se rapprocher du centre. De telle sorte que la division classique de l’année, eu saison sèche et eu saison des plaies, n’existe que pour les hauts plateaux, pour le N(jrd et le Sud et pour la côte occideîitale de Madagascai', nnllement pour l’Est, l^a raison en est toute naturelle. Les vents soufllant généralement des régions chaudes de l’océan Indien arrivent chargés d’eau et, venant sehriser contre les gradins successifs de la première chaîne côtière, s’y refroidissent et s’y condensent.

Et cela produit îles orages épouvantables, de peu de durée ordinairement, mais dont pci'sonne ne ])cut avoir une idée s’il ne les a vus, ou s’il ne les a subis. Dans un ciel serein apparaissent tout à coup de gros nuages noirs qui grossissent a v ue d œd, se rajiprochent, se rejoigneid et vous enveloppent do toutes parts. L’air devient extrêmement lourd et l’atmosphère chargée d électricité. Les éclairs se succèdent sans interruption et aussi les roulements de touiierre. On dirait nn gigantesque embrasement accompagné de décharges géantes. Puis, tout à coup le vent s’apaise., le calme se fait et la pluie tombe à tori'ents, à peu près comme si vous étiez au-dessous d une cataracte. C’est inut de de vouloir vous abriter ou vous couvrir, si vous êtes dans la canqiagne. En un instant, tous vos habits sont traversés et vous grelotteriez de Iroid si l’eau ipii ruisselle de jiartout sur vos épaules, sur votre dos, sur vos bras, sur vos jambes, n’était pas tiède. Laissez passer. Dans nn quart d’heure, ce sera fini. Vous en serez quitte pour vous changer en rentrant et peut-être pour un accès de fièvre. Mais vous aurez vu nn orage tropical.

De Tamatave à Andevoranto

La côte est sullisamment riche et fertile entre Tamatave et Andevoranto, et do très lielle apjiarence; il n’v a plus de palétuviers, mais on y rencontre, par contre, au milieu de la brousse, des liouquets de fihios i[ui lui donneut un aspect particulier. Puis, comme cette plaine est riante et d’agrèabh* aspect, surtout quand on la

pai'couri poui' lu preiuiùro fois, avec l’Océan doiil vous cnioudoz la voix uiiiforino cl puissanle à colc do vous, doiTicro ce hoinpicl d’arhi-os, ou ])arfois à vos jdods; UM'c, sur voli'o di'oilc, c(éle lii^'iie do la^'uuos (|ui coustilueul autant de lacs Iransparonts au delà dos(piols se drosse la inonlagiui couverte de verdure; avec sou sol inanielouué ('t ses riches hovnpiets d’arhrf's d(^ toutes sortes dont ([neh[nes-uns sont de véritahles rourr('‘s; avoir de iadhes échappées et de inao-nilhpies points de vue, d(“s inonlicules, des replis de terrain, nue cr(Me hasse recouverte de hois, une vallée [leu [)i'ofonde on il scinhhr <pi’il v a un ruisseau, une prairie phnne de fraichenr avec son sol garid d’nne h(‘rhe hasse ('t assez épaisse ; nue sorte de vaste parc aiii^'lais né^'liyé ! . . .

C’était vi'aiinent jadis nnvéritalilc plaisir de parcourir cette l»elle plaine, tran- (pulleinent assis sur son tilanzane, l’œil ravi par tout ce (pi’on voyait et l’esprit énuuTeillé.

Anjonrd’hni, tout (h'vient jdus eoinniode et |dns prosaï([uc.

C’est d’ahord le cinunin de fer, avec ses jolii'S voilures neuves et légères que l’on prend à d'aniatave pour Ivondrono. Il u’i'st inauguré ([ue depuis peu, mais il fonctionne régulièrement, sans s’étre enc(»re ]>nyé le luxe d’un accident, et puis il ra])[)ortera heaucoup à ses aclionuaires, si toutefois h'S vovageurs ne lui inampient pas. Car l'on paie 8 francs pour un parcours de 12 kilomètres. Il n’est pas ultrarapide, ])uis({ii’il met 20 minutes pour faire ces 12 kilomètres, mais sou parcours est si joli le long de l’Océan.

C’est ensuite le hateau, un joli petit vapeur à deux hélices et à faible liraul ipii bientôt, quand le percement des Pangalaues sera fini, vous déposera à Mahatsara, au commeiicemeut de la roule de Tauanarive, ou à Aiiiveraiio, à la gare terminus du chemin de fer.

M VÜAGASCAI!,

Gare de l'amatuec.

Les 'Pangalanes ; Je canal en voie de percement a Tanifolsy .

Ou UC peut eucoro aller sans rompre charge que jusqu’aux deux liers (le la route de Taïuatave à Audevorauto. Ou fraucliit alors les deux paugalaiia restant sur un dccauville où circulent des voitures à mulets; on monte sur nue nouvelle embarcation et ou atteint ainsi Audevorauto.

C’est vérilal)lemeut un beau travail que ce percement des Paugalanes, et il est appelé à rendre les. plus grands services, non seulement entre Tamatave et Mabatsara, mais encore plus loin vers le Sud, quand ou se décidera à l’y continuer. Ce sera un canal intérieur de 450 kilomètres do long, depuis Tamatave jusqu’à l’em- Ijoucbure de la rivière de Matitanaua, à une cinquantaine de kilomètres de Farafaugaua, c’est-à-dire sur toute la [lartie la plus riche et entre les points les })lus importants de la côte. Grâce à lui, un cabotage actif pourra s’établir dans toute cette région, eu dépit de la boule très pénible de l’océan indien et des coups de vents très fréquents de ces parages, et l’on pourra péuélrer facilement auprès de villes importantes dont les barres de leurs fleuves rendaient jus([u’ici l’accès si dangereux. La dépense totale du travail a été évaluée à une douzaine de millions et la compagnie qui, à ce moment, achève le canal Tamatave-Audevoranto, a la concession éventuelle de son prolongement.

C’est un phénomène très curieux que l’cxistcnce de ce chapelet de lagunes longeant l’Océan an nord et an sud do Tamatave, depuis la pointe à Larréc, en face de Sainte-Marie, jns(]u’an 25', c’est-à-dire sur tonte la paiiie de la côte qui reçoit le choc du grand courant de l’océan Indien.

Assez étroites en certaines ]»arties pour qu’une pirogue ait de la dilTiculté à y passer, largos ailleurs de 200 à 300 mèlres, et formant des lacs (pii ont plusicui-s milles d étendue, ces lagunes sont séparées de la mer, tantôt par une bande de sable de (jncbpics mètres de largeur scnlemcut, d’autres fois par une plaine mamelonnée et cmbi-onssailléc qui mesure plusieurs centaines de mètres ou même }d U s i e U r s kilomètres.

Elles sont distantes les nues des autres et ne communiquent pas entre elles

sur une

(lo[)uis leur exi réinilû iicu'd jns(|u’à d’aiualave. Mais au-delà, y(U's le Sud, loiig'ueur lolale de 485 kilonièlr(‘s, (dies d('^■iellnelll, uoiuhreusc's et li'ès ra[)[)roc liées.

Vé^cUUion tropicale. — Iloate de Tainatavc a Andcvoranio .

Toutes ue sont pas uavig-aldcs eu tout lemps. Qucl([ues-uiics , peudaut la saison sèclie, conticuuent surlout de la vase et deYieuiiciit alors des foyers de llèYre. Les 21 istliiues qui les séparent — Aiupanaiana., (nic Von cnlcvc, eoiuiiie les appellent les Male'aelies, qui les fraueliisscut eu Iraïuaiit sur le sol leurs pirog-ues retirées préalableuicnt de l’eau — atleiiidraieut réunis 40 kiloiuélres de longueur, c’est-à-dire la onzième [lartie de la lougueur totale; les uns u’ont <pie quekpies centaines de mètres, les aulri's 2 ou )> kilomètres; un seul, celui d(‘ Vorogontsy, au sud de Vatomaudry, eu a 8.

La formation de ces lagunes est d’explication facile.

Les rivièi'cs de la partie orieiitale de ^Madagascar sont, à une ou deux except ions ])rés, assez courtes, et, desceudaiit de pentes très rapidi'S, n’ont (pi’un petit nondin' d’alllnenis peu coiisidéraliles : elles ne présmitent donc qu’un faible débit pendant umi grande [lartiede raiinée. A la soi'tie des luoiilagiies, elles Yieniient butter sur nue plag(‘ étroite, contre le courant de l’océan Indien ipii tend ainsi à ensabler leurs emlioncliures. Onand la masse d’eau est considérable, par exemple pendant les

crues, elles s’uuvreiil un chenal à travers les sal)lcs. Mais, eu dehors de là, cette passe inonientauée se rerermaiit très vite ou chaiig-eaut de place, elles u’out pas de déhouché fixe et [»ermaiieiit ; elles ])reuiieul sur la })lage nue largeur et uu développement qui trompent sur leur importance , et elles envoient , parallèlement an rivage, vers le Nonl et vers le Sud, des l)ras (jui, se réunissant parfois entre eux, forment les lagunes de la eôte orientale.

Quand le percement des Pangalanes d’Ivondro à Andevoranto sera terminé, les bateaux ne feront qne j)asser à Andevoranto et remonteront jnsqu’à Mahatsara où commenee la route de Tauanarive. Plus tard, le chemin de fer aboutissant, non pas à Mal latsara, mais à Anivorano, les bateaux changeront d’itinéraire et se dirigeront vers ce point.

Cette région est donc appelée à se modifier en quelques années et il sera prudent de n’y entreprendre que du provisoire.

Nous voici à Andevoranto (pie nous visiterons sous la direction du plus aimable et du plus instruit des cicerone , le commandant Mondon son administrateur et le frère de l’explorateur bien connu de l’Abyssinie. Nous ne pouvons lui cacher notre étonnement et notre admiration à la vue do tous les changements qn’y a amenés notre occupation. Au lieu do l’unique et longue rue, bordée de part et d’antre de cases en bois repoussantes de saleté qui constituaient l’Andevoranto d’autrefois, nous nous trouvons clans une véritable petite ville, propre, coquette, entourée de jardins bien cultivés, avec des rues numérotées à l’américaine, en attendant des noms glorieux.

Tout n’y est pas parfait cependant et il reste encore du mal et du bien à en dire : de sa population très corrompue, très ivrogne, très paresseuse, et où les elforts d’aucune Mission, ni catholique, ni protestante, n’ont abouti à un résultat sérieux ; de sou climat, rendu encore plus fiévreux par le voisinage des marais qui l’cnvirouneut, et qui cependant n’est pas aussi mauvais qu’on veut lûen le dire, ui aussi chaud qu’on pourrait le croire, puisque le thermomètre n’y dépasse pas 34“ aux mois les plus chauds de l’aunée, janvier, février et mars, et qu’il y descend souvent au-dessons de 20“, de mai à octobre et cpie, d’autre part, sauf la fièvre paludéèniie , il n’y a ni endémie, ni épidémie. Quant à son avenir, s’il est encore très incertain et sujet à bien des vicissitudes, la fertilité dos environs permet cependant de l’entrevoir avec confiance.

Pour aller à Mahatsara, le commandant Mondon met gracieusement à la disposition de tous les passagers sa flottille d’Andevoranto : une chaloupe à vapeur et uu chaland. Les voyageurs prennent place sur la chaloupe, leurs porteurs iialigènes et leurs domesti({ues sur le chaland que rcmoripiera la chaloupe. Et, en avant ! Dans deux heures ou sera à Mahatsara.

Ce ii’est ni brillant ni très confortable, mais c’est mille fois mieux qu’autrefois.

et, — (lélail (‘xlraoidiiiaire poui- nu service de 1 adiniiiishatioii française, — cela ne conte rien.

n serait très agréaljle de renioiiler l'Iaroka, ce llenve (’iranc-e aux eaux noires et [)aresseuses , souvent encombrées de plantes a(piati(pies, aux rives plantureuses en ap[)arence, on l’on aperçoit çà et là de l'ielies cliani|)S enitivés et des exploitations

d’aspect prospère; pins aî4'réal)le encore de rep-arder les inonticnies inainelonnés et iri'épnlièrenient disii'ibncs de tons les côtés, (pie I on

aperçoit avant d’arriver à la p-rande foret; de compter les nomlirenx cours d’eanx ipii serpentent entre ces mamelons; de contempler la pervenebe bleue de Madaj^-ascar, cpii ne se trouve que dans cette zone, le longoso ipii ressemlde beaucoup à notre canua et encondiro les cbcniins, le fantaica ou roseau malgache, dont on se sert pour les (doisons des maisons (>t ipii, autrefois, était une divinité indioéiu', et surtout le ravinahi ow arbre d(‘S voyai>'enrs, le raphia et le hanihoa.

Ilimi n’est beau en elfet coinnu' l’arbre des vovap-mirs aperçu ainsi de loin, ses oraiides feuilles de jilusienrs mètres de loiio dis|)osé('s b‘s unes à ci'ité des auli‘(‘s en immenses éventails ajourés par le vent et se déhudiant sur un eiel d nm‘ pnl'f'té [larfaile, ^ravissant les pmiles des vallées ]iar petits groupes, lèvent s(' jouant dans son feuillage. Il est très utile aussi, surtout pour son tronc, ipie le Malgache eiiqdoie dans ses conslnietions, et ]iar les côtes de ses lenilles, dont il se sm l pour le (dayonnage et h' plancher de si‘s cases.

I.e l'ajihia, (pii présente assi'Z la forme d’nn énornii' phénix, pri'diM'i' h's midi'oil s Innnidi's (à réussit snrioni an fond des vallées. Il est utile par la libri' de ses feuilles um' les indigi'nies ellilent (jiiand elh‘S sont micore Idamdies et sor-

laiit à peine du cœur de l’arlire. Très adroileiuoul les femmes fout une iucisiou au milieu de clia([ue brin de feuille pour séparer la jiarlie extérieure, seule utilisable, de la partie tendre qu’elles rejettent, et cette pellicule séchée à l’ombre foi'iue ces liens <|ue nos jardiniers et nos vigaierous emploient pour attacher leurs plantes ou leurs vi^aies. Ou eu exporte de grandes (piautités tous les ans. Sur place, les indigènes s’en servent pour tisser leurs rahanes.

Ibdiii, à côté de ces deux palmiers se trouve le bambou, qui constitue de délicieux petits massifs, poussant d’abord droit comme un cierge, et courbant ensuite sa tète eu une gracieuse parabole, comme s’il llèchissait sous sou poids. Ou s’eu sert de deux maiiièi-es, ou bien eu l’écrasant et eu le tressant eu forme de damier poulie revêtement extérieur des cases, ou bien pour porteries paquets.

Il serait beau de voir tout cela et de remonter jus(|u’à rimeriiia, sur cette route si souvent décrite de Mahatsara à Tananarive. Mais puisque nous voulons surtout étudier Madagascar, mieux vaut pousser plus avant vers le Sud, jusqu’à Fort-Dauphin, poui- de là revenir à la Capitale par Fiauarantsoa.

D’Andevoranto à Manaiijary.

Andcvoranlo. -- lAnbarcadcrc sur l'Iuroln.

Le service maritime de la cote orientale de Madagascar est à la fois très cher

et insulUsamment organise. Les paquebots <les Chargeurs Iti'mnis, venant dn Caj), ne s’arrêtent (pi’à Fort-I)an|dnn, Mananjarv, Valomaiidrv et Tamatave. De jdns, leurs escales n’ont rien de fixe et ils n’acceptent pins, depuis LSDl), (pie des passagers de pont et de troisième classe.

La Compagnie PcninsnIaii'C Ilavraise qui avait pris, ])endanl (pie d’ani res sollicitaient de l’administration nn contrat et une subvention, l’initiative de faire, sons sa seule responsabilité, nn service régulier et mensuel snr tonte la cote Lst, et ([ni y avait envové dans c(' dessein nn de ses vaisseaux, /c Tajua^ x a r(moncc.

La Com|»agnie auxiliaire de c(donisation de Madagascar l’a renqdacc. Un bateau pai't 1(‘ 15 (!(' cinupie mois de Diego-Snare/; et arrive le 27 à Fort-Danphin, après se[)t escales int(‘rmédiaires ; il en rejiart h' 20 pour rentr(‘r à Diego-Siiarcz le 5 dn mois suivant, ajn'ès senhmient (piatie escales. Dranconp d(' points d(' la c('ile sont donc négligés, (jii’il sci'ait c(q)endant utile de dcssei'vir, (>t surtout le fivt cl les

frais (la passage sont trop chers. (20 francs la tonne et 60 francs nn l)illct de cabine de Diego à Voheniar ; 40 francs et 300 francs jnsqn’à Fort-Dauphin).

En dehors de ces services, et de celui des paquebots anglais de la Castle Line, ([ni ne touchent plus qu’à Mananjaiy, Vatoinandry et Tainatave, il n’y a sur tonie la côte que des chalands et qnehpies voiliers très irréguliers et, en soinnie, peu prati(|ues. Rien, en elfet, n’est dur et niôine dangereux comme ces parages de l’océan Indien, où la mer, si souvent démontée, n’est jamais sure, où les barres (|iii ferment les em])onchures des rivières sont extrêmement dilFiciles à franchir, où lies coups de vents, des raz de marée, des cyclones parfois, peuvent si facilement vous surprendre. Aussi serait-il utile d’avoir an pins tôt, le long du rivage, en attendant ([ue le canal des Pangalanes soit prolongé juscpie vers Faranfaghana, on qu’une voie ferrée, dont le parcours sera féerique, la longe du Nord an Sud, une route continue que des voitures puissent suivre, d’abord de Tainatave à Mananjary, puis, plus loin, jusque vers Diego-Suarez et vers Fort-Dauphin. Des travaux ont été faits, l’ancienne [>iste malgache a été en maints endroits rectifiée, débroussaillée, élargie, en particulier entre Andevoranto et Mananjary, une route carrossable a été créée par endroits, mais elle n’est pas encore continue et elle est coupée par trop de rivières que ue traverse aucun pont, [)onr qu’on puisse la parcourir autrement ([u’eii ülanzane.

En attendant, rien n’est plus agréable que le voyage en paquebot le long de cette côte vraiment magnifique de végétation et d’aspect, avec sa jdaine verdovante et luxuriante; avec ses monlagnes boisées que domine à l’horizon un véritafde chaos de sommets enchevêtrés et de pics géants; avec ses rivières et scs lagunes ressemblant à autant de lacs tranquilles le long du rivage; avec les torrents qui descendent des montagnes et que l’on a[»erçoit de temps en tenq)S comme un ruban d’argent scintillant sous les rayons du soleil; avec, au bord de chaque rivière, un village , malgache que des habitations de l)lancs, pins brillantes et })lns coquettes, refoulent souvent vers l’intcrieur; avec cette population hétéroclite de créoles, de Français, de Chinois, de Malgaches, de toutes les races et de toutes les couleurs, à qui l’éloignement donne du relief, que vous apercevez parfo.is au bout de votre lunette, que vous voyez agir, parler, s’agiter comme un monde de fourmis, au moyen du télescope autrement puissant de votre imagination. On désirerait pouvoir visiter chacune de ces villes, parcourir chacuue de ces exploitations, remonter en [)irogue chacune de ces rivières, sonder chacun de ces re- ])lis de terrain, où peut-être il n’y a rien, mais qui, de loin, vous paraissent si mystérieux; étudier en détail tout ce (pii a été tenté depuis vingt ans par nos com- [latriotes de Bourbon, par les créoles de Maurice, })ar ([uehpies colons français de France, sur cette ]>artie de la côte malgache, surtout dans les environs de Mahaiioro, de Vatoinandry et de Mananjary.

|{AVi:\Af.A. AIUJIM'S DU VOVAGEUD.

.M VDAGASCAn.

C’est là, en (‘H'el , iwi Siul (l’Amlevoranlo, (|ue SC sont- ])ortés, cl (|ne doivent de préférence, an moins pendant l('S pr(nni(‘rs temps, continuer à s(‘ porter les premiers (‘(Torts d(‘ la colonisation. Le ]»avs est ass(‘z peipdé pour fournir nm‘ main-d’œuvre, sinon ahondante (‘t réonliére, au moins suffisante et à 1)011 compt)';dc pins, pTàce au voisiiiaj^’e de la mer et aux nondiri'ux cours d’eau (pii le traversent et (pie l’on peut remonter eu piropiie à f[uel(pies heures de distanc(“, il l'st pins accessihh' (pie d’antres parti(‘s; surtout, il est plus fertile ([ue

d’antres cantons et, ([iioiipie moins sain et plus

Jj( (/es Itin'citd la .

chaud, siiHisamment hahitahle.

Vatoinaudrv a d''‘jà um‘ c(‘rtaine import:inc(‘. C’(‘st là (pi’ahonlit la route la pins courte d(‘ Tananarive à la ni(‘r, là, par conséipient , (pie l’on d(‘har(pie une p,’raude ])iu't ie d(‘S nnir(diandis(‘S pour la Capitah', en fait, pres(pie tontes h‘s marchandises lourdes : vins , fariiu'S, ele. ..Vnssi son monv(‘inent (•ommercial (‘sl-il consi(h''rahle, d(‘ jilns d(‘ un million (‘ii LS97, et de un million l't demi (‘ii LS9S. Vatoinandrv occupe donc, jmnr h' trafic, le sixii'ine raiu;' parmi h‘S ports d(‘ Madapaiscar, apri'S Tamatav(‘, MajniiL;'a, Dii'c-o-Snari'Z, Nosy-B(‘ et Manaiijaiy.

Mahanoro, ipii (‘st à ))à niill(‘s pins loin, ii’a pas la niém(‘ importance ; c’est C(‘jiendaiit un cent re animé (‘t relal ivi'iiu'iit important d(‘ colonisation, (‘ii niiMne tcnijis

qu’un point de rolàclie pour les iiaA’iros. C(' cpii, j)lus tard, pourra lui donner de l’essor, c’est le A'oisiuage du Maugoro, le plus grand des fleuves de la cote orientale de Madagascar.

Puis vient Maliela, autreFois })lus connue qu’aujourd’liui, et qui restera surlout célèbre parce que c’est là (pie M. Jean Laborde fut jeté par la tempête eu 1831 et recueilli })ar M. Delastelle; de là qu’il })artit })Our Tauanarive où il devait bientôt acquérir la situation pré})Oiidérante et y exercer la souvei'ainc influence que tout le monde connaît.

Mauaiijarv est sans contredit la première ville de la côte Est, après Tamatave. Elle est le }>ort de Fianarautsoa et du Betsileo, comme Tamatave est celui d(^ Tauanarive et do l’Imerina. Elle est le centre d’un mouvement commercial important et d’uii mouvement de colonisation supérieur à tout ce qui a été entrepris ailleurs. Sou climat ii’est pas mauvais et sa population, surtout celle du Sud, est mie des plus laborieuses de Madagascar. Autant do raisons sérieuses pour aun'urcr en sa faveur d’un brillant avenir.

C’est de lioiiue heure que le [laquebot arrive eu vue de la ville. Nous mouillons eu pleine rade, à une assez grande distance du rivage. Des chalands })ontés viennent nous prendre, violemment agités [lar la houle du large, et bientôt par le mouvement do la barre qui ferme la l'ivière de Maucanjary. La brise est très forte, et ce n’est pas sans une certaine appréhension, que l’on se sent ainsi vivement liallotté an-dessus de ces vagues désordonnées, qui vous donneraient, n’était la splendeur du ciel et de la lumière, l’illusion d’iin orage.

Eiifin nous Amici en sûreté, les pieds sur la terre ferme, sur une bande do sable qui s’étend à gauche de la ri- A'ière , et où se trouA'ent d’abord quelques habitations européennes qui forment la ville Vazaha, puis plus loin et nettement séparé d’elle, le village

indio’ène.

r|yi, Ce n’est point là ce-

pendant que les traitants

ont établi leurs magasins, mais à 15 milles au-delà, au A’illage de Tsiatosika, où il y a beaucoup de vie et de mouvement, et qui })Ourrait bien deA^enir plus important que Mauanjaiy

Préparation du raphia.

Lit réÿioji des raphias.

liii-mcinc, avec la(|iielle la relia la rivière. Car il ast [)laaè au aaiili'(‘ da la contrée, au milieu des entreprises de euk)uisatiou et eu l'elatioii, par sou lleuve, d’un aùté, avec la mer par des emliarejdions d’un certain toimage, el de l’autre, }»ar de fortes pirogues remoulaiit jusipi’à GO kilomètres au delà, vers le cœur du pays.

Nous ne dirons rien ici du commerce de Manaiijarv <pii coiuiikuicc cepeudaut à être important, à peu près de “2 millions de francs. ÏNlais, à cause des diverses entreprises agricoles (pii se sont créées dans la région, peut-être la moment est-il arrivé de dire uii mot de la colonisation à Madagascar.

Parmi les ex})loitatioiis agricoles (|ui se succèdemt le long du fleuve de Mananjary, ])lusieurs j)araissent en pleine prospérité, on, tout au moins, alin de no rien exagérer, sont |)l(“iiu's da [)romesses. La vanilk', la café lilxu'ia, k" cacao v tiennent fort kieu.

C’est ])ar le cak"' (pi’onl commencé tous las colons da Maiiaujary et d’ailkuirs, et c’est sur k' café (pu* tous compteut, poni* faire k*ur fortum*. Après l’écliac du café ai'akica de llourkoii, on s’(*st rakattu sur la calV* likaria. Réussira-t-il? Ou ])eut l’espérai'; mais la jireuvi* u’(*u est pas encore faite, ni k‘s essais ass(*z pridoiigés, ])our (Mrc* coiicluaiils. L’arakiaa lui-imuua, il va 20 ou 25 ans, poussait très kiaii; puis, après (piakpies aiiué(*s, il (k''p('*rissait et davmiait la proie da riiaiiiik'ïa vaslalrix. Le likeria se coui[)orlci'a-t-il pas mieux? On l’espère. .Mais la sol n’asl pas

Irès riche et rien ne prédispose niie piaule aux parasites comme le mampic de vi- ^'ueiir.

Une antre diflicnllé pour la culture du cale, c’est la ])aisse constante de sou ]u-ix. Le café de Nouvelle-Calédonie, <pu cependant est nu café de luxe, ne rapporle g-uére actnellemeul à son })i“opriétaire <pie 1 IV. 50 le kilogramme. A ce taux, sa culture u'est plus rémunératrice. Ouel sera donc la valeur du lil)éi‘ia, de (pialité notahleuient inférieure ? Bientôt, il aura de la ]>eine à trouver même des acheteurs n’importe à quel pidx. Un de nos meilleurs colons de Vatomandry m’écrivait dernièrement ([ii’an jonrd’hni le café n’était pins ([u’nii placement de ])èi‘e de famille, voulant dire jtar là (pi’il ne rappoi'tait plus (pie 3, 4 on 5 %. Dans ces conditions, ou fera le ])lacement de père de famille eu actions de chemiu de fei-, et l’ou n’ira point coloniser sur les rivages de Madagascar.

On aurait donc toi't de trop escompter la réussite du café, et surtout il faudrait se garder, à tout prix, d’en faire la liase uniipie d’une exploitation agricole.

T.a vanille, au contraire, sera rémunératrice. Car son prix est très élevé. De plus, elle réussit sur jiresipie tous les points de la tOte Est. On fera doue bien (l’eu entreprendre la culture, là où le terrain est favorable et où l’on a les sonsbois nécessaires. A une condition cependant, c’est qn’on sache la faire, car elle est très délicate et très dilTicile. Il faudra également se préoccuper de la baisse des pi'ix. L’usage de la vanille est eu somme très limité, et il ne faudra pas en augmenter outre mesui'c la production pour que le marché eu soit encombré. Les prix tfjiulieront alors très vite et les gros bénéfices disparaîtront.

Le cacao réussit également, et donne de bous rendements.

Depuis quebpic temps, eu face des prix de plus eu plus élevés qu’atteint le caoutchouc, et des demandes de plus en plus considéralfies de l’industi'ic, ou en a planté partout. Ou a choisi de préférence, sur la côte Est de Madagascar, et en particulier à Mananjaiy, le Manibot Glaziovii. Bien des fortunes se sont édifiées, en espérance, sur les grands rendements et les prix élevés de cette nouvelle culture. Peut-être faudra-t-il eu raliattre, et déjà l’on commence à se décourager, sinon à craindre, et avec raison. Le Manibot, en effet, exige un climat sec pendant an moins sept on huit mois de l’année. Sinon, il pousse très bien, mais ne donne que peu de latex. Il ne paiera donc pas sur la côte orientale, où il pleut plus on moins tonte l’année. M. Edouard Laborde m’a affirmé ipi’il existait une antre espèce de Manibot dit de Céara^ très productrice de latex; (pie l’on avait planté le manibot de Ccylan, très pauvre au contraire, et que là serait la raison des échecs. Cela peut être vrai. 11 recommande également la culture du Sapinin de Golonilne. H croit aussi tpie le CctstiUon ûle.ricana ])Ouri‘ait donner de lions résultats un peu [lartout, et VHevea^ dans les bas-fonds les pins fertiles.

Quant au Manibot, le mieux serait de le réserver pour la côte occidentale, et

pari iciilièrciuctil [)Oiir la [)arlie méridionale de eelle e(Me, où la saison sèelie se prolonge pendani la pins grande partie de l’année. Siirlonl, l(‘S jardins d’essai de Tamatave, de Fort-Dauphin et d’ailleurs, devraienl se livrer à des éludes méthodiques et suivies pour déterminer (pielles espèces de caoulehoue, (‘I, eu général, quelles autres eidti.ires auraient h^ plus de ehanee de réussir à Madagascar. Ce (pii coinjirometen elTet le plus toute nouvelle entreprise, ce sont h‘S erreurs initiales, ce que l’on appelle « les écoles », et l’Admiulstration devrait loiil Taire pour les é|)ai'giier aux coloiis de la premièi'c lieui-e. De plus, rien n’est dlTlieih' et délicat eoinnie l’introduetioii de nouvelles piaules et de nouvelles cultures dans des [lavs où l’on ne sait pas encore eoinmeiil elles se eonqiorteront. Tant de eireonslauees peuvent, en elTet, iidluer sur leur eroissanee et leur rendement, ([ue l’on ne saurait exagérer les études préliminaires. Or, ees éludes et ees expériences, (pii pourra les Taire, si ce n’est rAdminisI rat ion dans ses jardins d’essai?

Jmi al I endani , les colons agiront sagement , tout en TaisanI (pi(d(pies essais partiels, de liaser l’avenir de leurs entreprises sur des cultures eonuues et à rendement certain.

La pi'cmiére à eonseiller sci'ait eelle du riz.

Le riz a Tait la Tortnne de notre Cocliincliine ; il est en train d’assnrer le dévelop- [lenient économi(pio et l’avenir dn Tonkin ; il n’y a guère de donte qn’il ne rendit les pins grands services à Madagascar, qui en exportait jadis de grandes ([uantités à la Réunion et à Manrie(x Or, anjourd’hni, l’ilc ne snllit pins à sa cons(mimation, et

llcpiciua^c du riz.

c’csi rinde anglaise (|iii alimente la Réunion. D’où vient ce délieit? uniquement de l’élat Irouhlé du pays, des guerres et des révolles (pri s’y sont succédé.

Ces guei'res et ces révoltes sont terminées anjourd’lmi. Déplus, lesMalgaclies savent cultiver le riz. Pour- ([uoi uo pas proliter de toutes ces circonslaucGS si favoral)les pour eu douLder, pour en tripler la production? 11 y a encore un peu partout, mais eu parlicnlier sur la cote orientale, des vallées en grand nombre, qu’un peu d’initiative changerait immédiatement en rizières fertiles, au lieu d’infects marais qu’elles sont aujourd’hui, peut-être dans la proportion de dix à un. Pourquoi ne pas le faire? Le riz ainsi obtenu se vendrait sûrement, d’abord à Madagascar où l’on en maïupie, puis à Maurice et à Bourbon, puis au Transvaal.

On réussirait donc par la culture du riz.

On réussirait également, et peut-être plus brillamment encore, par l’élevage.

Défonçai^c de la rizière.

Les Malf^ac/ies font de eéritahles murs avec les mottes de terre pour la fertiliser en lui faisant prendre le soleil.

Une riz-ière “ défoncée ”.

Nous ne parleruiis pas ici du mouton, car on n’a pas encore trouvé l’espèce à laine qui convieune à Madag’asear. L’AdiuiiiislralIon l’a essayé, mais d une maulèi'O lûen administrative et Ideii française. Elle a importé en Imerina, p(jur l y acclimater ou, suivant soji expression, pour arriver, ])ar des croisements successifs, à procréer nue race malgaelie, de tonies les races la moins propre à cela, une race de luxe et rniic des plus délicates, celle de Rambouillet, que nous n’avons pas réussi a acclimater eu Ali>’érie.

Nous ue parlerons pas non plus du clieval (pii réussit eepeudant parfaitement sur les liants plateaux, et dont l’élevage restreint pourrait donner de réels lieneiices; ni du mulet ipn ce|iendaut serait si utile pour les transports, aussitôt ipielelat des roules permettra le charroi; ni des divers animaux de basse-cour qui ))euveiit ajouter aux liénéfices d’une exploitation, mais no sauraient en faire le fond.

Mais il est un animal qui existe à Madagascar, (pii y réussit très liieii, dont la vente est assurée, dont il serait facile d’améliorer la race, dont, par suite, on ne saurait trop recommauder l’élevage, le bœuf à bosse ou zébu.

Aussitôt après la conquête, onparla d’établir de grandes usines de eouservesdaus notre nouvelle possession, et des eompagnies se formèrent pour l’importatiou des bœufs dans rAfri([ue du Sud. Pour les favoriser, l’administi'al ion, à nu eertain moment, abaissa à un prix infime le droit de sortie des Iiêtes à eornes. Des circulaires furent lancées en France ipii montraient, dans la gi'aiide île alrieaine, un réservoir inépuisable de bauifs, et en portaient le nondire à dix millions. Puis, tout à coup, l’on s’aperçut (jne leur nomlu'e était insnnisaut, (|ue la perlurliatiou amenée par la guerre et par la révolte ([ui la suivit, eu avait fait périr nu grand uondu'e, ([iie des licsoins nouveaux avaient été créés (pi’il faudrait satisfaire, (le telle sorte (pie Madagascar, bien loin de pouvoii' faire des conserves, ou de pouvoir cx[)orler des liceufs en ipianlité, n’en possédait pas assez pour sa consommation locabg à ce point que les prix, extrêmement lias au déimt, de 15 à dO ou 40 francs par tôle, s’étalent élevés à 150 et 250 francs.

Eu fait, on aurait dû le prévoir, et c’est ce (pie nous avions toujours dit. Madagascar n’a pcul-ètre jamais pcissédé plus de deux millions de bêles à cornes, mais elle peut en nourrir un nombre bien supérieur, et il v a cerliliide de gains eoiisi-

Le ba'uf a bosse de Madagascar.

i\l \D\ GASC.^ II.

Dressage des bœufs de labour.

(léral)les pour <pii voiulra s’cn occuper. Leur oiitretieii coûtera très peu; le fumier (pi’oii eu relirera sera Irès utile; la consommation locale en demandera un nond>re de plus en plus grand; l’exportation vers Maurice, vers Bourbon, vers l’Afrique du Sud surtout, et au besoin des fal)rique& <lo conserves, garantiront pour longtemps uii écoulement assuré. Sans hésitation donc, l’élevage est à conseiller dans les plaines inlialjitées et parfois très fertiles de l’Ouest, pour les grandes entreprises; dans des conditions plus modestes, pour ceux qui veulent en même temps faire de l’exploitation agricole, sur les contreforts orientaux des deux arêtes faîtières, au pays des Tauala, dans les environs de Vobemar, chez les Antsibanaka, chez les Betsileo et les Bara.

Aux cultures signalées on pourrait en ajouter d’autres : le manioc, qui réussit partout, mais tout particulièrement sur les premiers contreforts des plateaux, et que l’on pourrait utiliser, soit pour l’alimeutatiou locale, soitpour la confection du tapioca; la patate, pour engraisser les bêtes de l)asse-cour; le cocotier, qui vient très bien au N.-E., surtout au N. -O., et qui promet un grand rendement; le tabac, princi- ])alemcjit dans les basses vallées; le gii'oflier, qui pourrait faire la fortune de Sainte- Marie et du rivage 0})posé, si l’on était sûr d’avoir assez de bras pour le récolter; V arachide et autres plantes oléagineuses; la ramie, le raphia, le chancre dont on peid toujours tirer parti; le coton, que les indigènes cultivaient autrefois avant l’introductiou des cotonnades américaines, pour en tisser eux-mêmes leurs lamba, ([ui réussit très lûeu et dont ou pourrait reprendre la culture soit pour l’exportation en France, soit pour la coiisommatiou locale ou pour des faljriques de tissage, si l’oii avait une main-d’œuvre sulïisante; le ver à soie surtout, soit le ver à soie de Chine, importé autrefois par Jean Lal)orde et (pii donne jusqu’à huit récoltes par an en îmeriua, soit, sur les hauts jdateaux, et particulièrement au pays des Bara, les boudiycicus indigènes (pii se nourrissent sur des arbustes locaux, comme par exemple l’embrévatier, et fournissent une soie moins brillante (pie la nôtre, mais incomparablement plus solide et plus duralde.

Un fait domine tout : par sa situation géograpbicpie, Madagascar comporte, sur

ses rivages et dans ses vallées, toutes les cultures iiilertroj)icales, et sa coufig’uratiou physi(gie permet, par la hauteur et la fraîcheur relative de ses })hiteaux, d’y essayer racclimatatioii do certains des produits de nos régions teiu])éi'ées. Or, panui tous ces produits, il ue |»cut luaiupier de s’eu trouver qui [)rospérerout, cl. dont l’écoidemeiit, sc ti-ouvaiit assuré par les besoins d(3 nos [>ays d’Europe, garantira le succès de la colonisai ioii.

Mais trois autres questions domiiieut ce grand problème de la colonisation :

1“ Les voies de comuiuidcation ;

2° La main-d’œuvre;

3“ La nature du terrain.

Que peiiser d(^ chacune de ces trois questions?

Les voies de communication sont encore bien imparfaites, même sur la côte oi'ientale. Mais il y a l’Océan qui permet d’atteindre, avec plus ou moins de facilités, les endroits les }»lus importants ; il y a les Pangalanes dont on devrait bâter le creusement ; il y a ensuite les rivières qui sont malheureusemeut coupées de rapides ou de rochers, mais dont ([uehpies parties sont accessibles à des chalands, ou à des pirogues; il y a les anciennes pistes malgaches (pii ont été élargies et arrangées en maints endroits, au point de devenir |)raticables pour un charroi rudimentainy qui le seront de jilus en plus, à mesure (pic les travaux seront continués. De telle sorte qu’à une faible distance d(‘ la mei', à une jonrnée (le marclie et un peu au delà, surtout le long des fleuves, une exploitation agricole peut être facilement accessible.

La main-d’œuvre présente de [dus grandes diflicultés. Ces dillicultés cependant ne sont pas insurmontables, et, si l’on en excepte le Betsileo et rimerina, dont les habitants offrent })Our le travail des ressources (pic généralement ou ne trouvera pas ailleurs, c’est encore, de tout Madagascar, le versant oriental qui est le jdiis favorisé.

Ou ne peut guère compter cependant sur les Betsimisaraka , sur ces Betsimisaraka ([iie nous avons rencontrés partout depuis le nord de la baie d’Anlongil, sur une étendue apjiroximative de àaO kiloniè-

Dressaf^e des bœufs de labour; l'nnimnl est rendu docile par un anneau de fer (lu'on lui /lasse dans te ne:.

1res el une larg-cur moyenne «le 50 à 60 kilomèii'es, dans tontes les vallées courtes et fertiles qui s’appuient snr la première arête faîtière et descendent vers roccan Indien. Ils ne sont pas porteurs, cela leur j)ermetti'ait de se livrer à la culture; et, comme leur }>ays, sans être très })euplé, l’est ce})eudant })lus que la cote occidentale, il n’v manque pas d’iiommes forts et rolmstes, qui pourraient fournir une main-d’œuvre très sulTisaute, s’ils étaient travailleurs, et surtout s’ils étaient assidus à leur travail et lidèles à leurs engagements. Mais c’est })récisément ce qui leur manque. Ils savent travailler et, quand ils sont à la Lesogne, ils s’acquittent sullisamment de leur tâche. Mais ils sont essentiellement inconstants et capricieux. Ils travailleront fort bien pendant 28 ou 29 jours; une idée leur passera par la tête le trentième, et, (pielque besoin que vous ayez d’eux, quelque promesse que vous puissiez leur faire, ils vous abandonneront à l’improviste et ne reviendront qu’au bout de })lusieurs mois, si même ils reviennent jamais, quand la faim les ramèuei’a. Avec cela, eommeut diriger une exploitation agricole?

Doue, il faudra chercher ailleurs des travailleurs.

On en trouvera chez les Antaimoro du Sud-Est surtout et les tribus voisines qni s’étendent depuis le sud de Manaujary jusque vers Fort-Dauphin. Ceux-là en elfet tranchent complètement sur les autres habitants de Madagascar. Beaucoup veulent voir eu eux des descendants d’anciens immigrants arabes. Cela est possil)le. Quoi (pi’il eu soit, ils sont sobres, sérieux, travailleurs, économes parfois jus(pi’à l’avarice, de mœurs meilleures que les autres Malgaches. Ils sont assez uombreux, leur pays ayant une population presque aussi dense (pie celle de l’imerina. Ils émigrent sur toute la côte orientale, pour des eampagnes de travail, et particulièrement pour la construction de la route de Tamatave à Tanauarive, comme le font nos habitants du Centre, de la Haute-Auvergne, de la Corrèze on de la Creuse, etc. Autrefois, ils allaient jusqu’à Diego-Suarez et même Majunga. On peut donc compter sur eux, surtout pour les travaux entrepris sur place, en }tarticulier entre Manaujary et Farafangana, si l’on sait les employer et les garder c’est-à-dire si l’on est juste, ferme, bon et jamais brutal.

Le problème de la main-d’œuvre n’est donc pas insoluble sur la côte Est, et en particulier vers la partie méridionale de cette côte.

Que jtenser du sol ?

Sans vouloir remonter aux discussions soulevées à ce sujet par les 0})timistes et par les antres, ou jieut constater en général que l’étude plus attentive et }dus détaillée de la grande lie, encore à l’heure actuelle insuffisamment connue, nous a ramenés à nue conclusion moyenne, ipii, ici comme en beaucoup d’autres choses, est l’expression do la vérité, et ([ui est la suivante : Madagascar est si grand qu’il y a un peu de tout dans ce petit continent, des zones rielies et fertiles, et d’aidres (pii paraissent arides; des contrées largement arrosées par des pluies

fi‘é(jüeiites et abondaiilos, el d’aulfcs désolées jiar ime sécheresse extrême; «les terres basses et propres à tonies les evd lares iiitertro})ieales , et des plateaux élevés, où la teui])ératur(' devient modérée, el (pii pourront peut-être se prêter à des eullures européennes. On [lent dés maintenant s’établir sur la côte Est, surtout vers le Sud; ou peut s établir vers le nord et vers le sud du plateau central, vei's le lac Alaotra et le Belsileo; on jieut s’établir vers le N.-O., et bientôt on le pourra dans les [daines éleiidiu's el l'erliles de l’Ouest. C(‘ u’esi donc [»as la terre et une terre sufiisammejit i-icbe (pii, de longtemps, mampiera à nos colons de Madagascar. lA maintenant revenons à notre récit.

De Mananjary à Fort-Dauphin

A Mananjary, une remanpie se présente à uoli'C es[»rit ([ue nous entendons répéter pres(|ue [larlmil depuis noire arrivée, (pii s’a[)pli([iic ailleurs, mais qui n’est nulle part aussi tangible, et (pii est tro]) inqiortaule [lonr (|iie nous la [lassious sous silence. Elle a trait à la division, tout entière artilicielb', el nullement etbnogra- [iliique, (pie l’on a faite de l’ile do Madagascar.

Une fois, eu effet, le [irincipe admis de laisser à clnufiie trilm son autonomie, de telle sorte (pi’ellc se gouvernât ellemême sous la surveillance et la direction d’administrateurs français, fallait-il au moins faire correspondre les divisio ns a d i u i n i s t r a t i e s créées [lar nous avec les teri'itoires de ces diverses tribus, el établir autant d(' [irovinees , [>ar exempb', (pi’il y avait de tribus distinctes. An lieu de cela, on a fait nu [len pour Madagascar ce ([lie la (âmveiition lit pour la France, (piaud elle J. CS impôts en nature. — fui corece. Sllbsllllia les (bqiar-

toincüts aux aiicioimcs provinces. Ou a })i’is une partie de son territoire à une trihn et une partie à une autre pour créer nue province, en sorte que ces pro- A Îiices n’oiit }tas d’uiiilé el linograplii(pie, et souvent mêine pas d’nnité géographique.

Ainsi, par exeuqde, la province de Manaujary comprend, an point de vue géograplii(pie, deux zones, très distinctes d’altitude et de climat : la zone côtière, au climat chaud et humide, et la zone intérieure, montagneuse et forestière, moins chaude et avec des écarts de température plus marqués. De [)lus, la seconde de ces zones est habitée par les Antanala, une tribu très à part, que les Ilova ne parvinrent jamais à soumettre conq)lètement , et (pii ne se fond pas avec les peuplades voisines, tandis que la région côtière elle-même comprend deux tribus également très dilfércntes runc de rantre, les Betsimisaraka, et les Antaimoro. A tout point de vue, ou a fait uné mosaïque et elle n’est

Foiiÿères arhoresceiUrs.

pas réussie , un vrai manteau d’arlequin.

Enfin nous ipiittons Mananjary. La houle est très forte, le paquebot roule et tangue à plaisir,

et les passagers sont

malades, partant, de mauvaise humeur et peu disjKisés à causer. Regardons, an moins, et tâchons de lier conversation avec les officiers du bord, avec ceux (pii connaissent le mieux

ces parag-es, cl eu [)articiilicr avec le eoiumandaiil X. Ce ne sera pas dilTieile, car il esl Irès aimable, très eonimuiiicatif, né nalil' de Marseille, et il n’a guère, lui non pins, à choisir ses compagnons, s’il ne venl pas resler oltstinéinent boiiche close.

Accoinlés avec lui, sur sa passerelle, lions dominons la rive ([ni s’éloigne et (pie, tonrnant droit an midi, nous longerons bientôt sons nn soleil ardimt, tempéré par nue brise pres([iie violente , et dont nous abrite benrensement la doidile lente dn [)a(piebot.

A (piel([iies milles à droite se déronle la côte malgacbe, couverte de verdure et d'im asipect enchantenr. Trois zones allant de l’I^ist àbOnest s’étao'cnt en face de nous, très diHVrentes, mais tontes les trois s[dendi(les : la zone côtière, large de 8 à 10 kilomètres, liasse, sablonnense, mai'écageiiso , en [lartie couverte de forets, assez [irodiictive et moins insalnlire (pi’on ne l’a écrit; la zone moyenne, variant entre 100 et 200 mètres d’altitndc : c’est là ([lie sont les terrains les meillenrs [)Onr la colonisation, et il y fait moins cliand ([lie snr la côte. Au delà s’étend un troisième [(allier (rune [(rofondenr à peu [)rès égale et d’une altitude moyenne de 400 mèti-es, le pavs des [(àturages et des forets.

Et le même paysage se continue [(cndant , , " A , . l)atts la ÿra7t(lc furet.

(leux jours et deux nuits, avec, à l’arrièrc-

[dan, les mêmes montagnes boisées ([ui se ra[i[)rocbent de [dus eu [dns d('

l’Océan, à mesure ([ne l’on avance vers Fort-!)an[diin. Voici, à une assez faible

distance de Mananjaiy, le Faraonv, dont la Com[iagnie auxiliaire de Madagascar |)ré-

tendait faire, à [leu de frais, nu [uirt excellent ([ni serait b' point de dé|)art d’nm' roule

à [(éage, on môme d’nn (diemin de fer vers Fianaranisoa et, de là, vers Amhosiira cl

d’ananarive : le chemin do I'(t serait excellent, mais h‘ ])ort semlde avoir éô'

surlait, si l’on s’('ii ra[)[)oite aux sondagi's récemnieiit (dr(*cln(''S [lar h' Fahcrt.

Voici ensuite .Maiiakara et, un [(cu [dns loin, avant d’arriver à barafaiigaiia, Nosy-

F<dy, où l’on dit ([ii’il y a de bons moiiillagi'S faciles à ti'anslbrmer mi abris sùrs.

Voici, à peu près à égale distance de l’iiii et de l’autre point, rembuuclmre de la Matitauaiia, une des principales rivièi-es do la côte orientale de Madagascar, et qui traverse, avec le Maïuorona et le Faraony, de riclics vallées très peuplées et remplies de nombreux villages. Voici Farafangana, le cbcf-lieu de la province du même nom, une des plus ricbes de toute la côte orientale, avec ses terrains généralement l'ertiles et aptes à toutes les cultures, avec ses pâturages naturels très considérables, avec sa po})ulation relativement dense (au moins 125.000 babitants) et composée de trilms travailleuses, avec de nomljreuses rizières (pi’il serait facile de multiplier et qui

Tombeau du premier ministre à Tananarive.

pourraient alimenter un vaste mouvement d’exportation, s’il y avait un port d’où l’on pût les expédier. Voici Vangaindrano, à l’extrémité du plus grand fleuve de la côte orientale après le Maugoro, le Mananara du Sud, qui atteint, par ses affluents, le cœur du l»ays des Bai'a au Nord, et le massif de l’IIorombe au Sud; puis enfin, à 40 kilomèti'es au nord de Fort-Daupbin, la baie de Sainte-Luce ou Sainte-Lucie, dont le nom est resté célèlu’e, parce que c’est là que Pronis fonda les premiers établissements français en 1644.

En attendant, le soleil monte et descend à l’iiorizon, répandant à flots une lumière éclatante ({ni éclaire et dore toutes choses, et donne une apparence de grandeur aux {dus {tetits accidents de terrain. Puis voici la nuit douce et brillante, elle aussi, de mille flambeaux, cette nuit des tropi({ues, si calme, si profonde, si reposante, si bien faite {tour la rêverie Au-dessous de nous, le bruit

de la maebiue, et, au loin, très loin, le clapotis des vagues déferlant sur le rivage

Une case muhf^avhe servant de letnple aii.r felic/iis/rs.

o'ré soi, riiua«''iiial ion sui'cxciléo so roporte à 250 ans oii aiTière, vers la première arrivée des Fi'anraïs

Etendu sur une chaise de pont, tout à fait à l’arrière, on s’endort insensiblement, J)ercé par le souffle rafraîchissant de la brise, par le mouvement de l’hèlice et par le bruit du sillag'e, ])ar le silence de la nuit, le rei^ard perdu dans riiuniensitè, et, mal-

Maison nia/f^nclic de Tanantudve.

sur cette cùl(‘, vers leur premier ètahlissemeut, vers leurs souffrances et leurs fautes, leurs succès et leurs revers.

Et de toutes ces pensées, une conclusion s<' dè^'a^'O, irrésistilbe et révélant la clarté de l’évidence, c’est (pie, toujoni'S, nous éidiouàiiK's, pai-c(' (pie nous ne connaissions pas ass(^z Mada^'ascar, son climal, ses hahilanis, s(‘s n‘ssonr-

IJnrcnu du li'h'^i-aplie à An /ozoï'ohé .

m UI.M.ASCAIl.

ces; parce que nous n’avioiis pas de plan arrêté et fidèlement suivi; parce que la Métropole ménagea trop ses encouragements et surtout ses secours, laissant la nouvelle colonie périr d’inanition; parce que les nouveaux colons, dans leur conduite à l’égard des indigènes, manquèrent de mesure, de douceur, de justice et de moralité.

On a écrit beaucoup de choses sur cette première fondation, dont personne encore ne nous a donné la réelle physionomie. 11 serait cependant très utile de l’avoir, car Madagascar est encore aujourd’lmi ce qu’elle était au dix-septième siècle, avec le même climat, le même sol, les mêmes habitants, et les Français du dix- neuvième siècle ressemldent également beaucoup à ceux qu’y envoyèrent Richelieu et Colbert. L’histoire des efforts et des fautes du passé serait une très utile leçon pour les efforts du présent, et elle pourrait nous épargner bien des fautes pour l’avenir.

C’était Pronis s’établissant à Sainte-Lucie, puis à Fort-Dauphin, Pronis un huguenot sectaire qui faisait le prêche dans sa maison pendant que le missionnaire célébrait la messe à l’église. C’était le sieur de Flacourt, un homme d’une réelle valeur, intelligent, actif, d’une intégrité et d’une honnêteté absolues, plein d’initiative et entreprenant, trop cruel peut-être dans la répression, dont la sage et ferme administration parvint cependant à réparer les fautes de son prédécesseur. C’était le désordre, l’instabilité, le découragement, l’abandon et la catastrophe finale de la nuit de Noël 1672. C’était, au cours du di.x-huitième siècle, une suite d’édits et d’expéditions, celles de Cossigny et de La Bourdonnais, entre autres, rappelant et maintenaut tous nos droits et s’efforçant do les faire valoir. C’était, en 1768-1769, M. le comte de Maudave, envoyé par le duc de Praslin, pour relever Fort-Dauphin, et inaugurant un plan de colonisation rationnel, basé sur le commerce et la bonne entente avec les indigènes, qui eût réussi si, do France, on lui avait envoyé les subsides et les secours nécessaires. C’était de 1773 à 1786, l’aventure extraordinaire du hongrois Benyowski, à qui la cour de Louis XV donna les moyens d’action que, jusque-là, ou avait refusés à des Français, qui sembla d’abord faire des merveilles, créer une capitale, Louisbourg, au fond de la baie d’Antongil, exécuter de nombreux travaux de fortifications, de routes, de canalisation, se faire agréer de tous; qui, en fait, ruina la santé et compromit à plaisir la \'\e de ses hommes, pressura les indigènes, se rendit intolérable, et reçut l’ordre de rentrer en France; qui parcourut alors l’univers pour vendre Madagascar, finit par équiper un vaisseau en Amérique et alla, rapportc-t-on, se faire tuer par une balle française sur l’ancien théâtre de scs exploits. C’étaient Daniel Lescalicr, le général Decaen et Sylvain Roux, maintenant nos droits sous la Révolution et sous l’Empire, mais chassés cnfiir par l’Angleterre. C’était le traité de Paris nous reconnaissant ces droits, et la Restauration reprenant possession de Fort-Dauphin et de Sainte- Marie en 1819 et 1821, puis, en 1829, envoyant le commandant Gourbeyrc boni-

barder Tamatave, détruire le fort de la Pointe à fairrée et s’établir à Tiutingue, en faee de Sainte-Marie. C’était le Gonvernenient de Juillet ]»araissant d’abord se désintéresser de Madagasear, pnis accpiérant, de fait, Nosy-llé, Nosy-Kornba, Nosv- Falv et, en droit, }»ar des traités avec les ebefs Sakalaves, toute la eôte N. -O. de la Grande lie, et bombardant de nouveau, d’aecord avec les Anglais, la ville de Tamatave, en 1845. C’était enfin, pendant trois quarts de siècle, pour s’emparer de la Grande lie, entre la France et l’Angleterre, une lutte d’autant plus intéressante (pie nous devions finir [lar l’emporter définitivement.

Tous ces souvenirs et toutes ees images se succèdent dans notre esprit avec un relief puissant, eoinine si les faits se déroulaient devant nos yeux, et nous cnvaliisscnt comme une olisession

Cependant l’aube se montre à l’borizon et le soleil reparaît, plein de fraîcheur et de jeunesse, émergeant du sein des flots. lai ciMe se rappi-oebc. Encore quehpics milles et nous voilà en face de Foi t-Danphin, dans la jidie rade du même nom, et assez près de terre pour distinguer les maisons.

Partout ailleurs, depuis Diego-Suarez, nous avons longé une C(')te basse, saldon-

Le général Gal/icrü en filanzanc.

lieuse et marécageuse. Ici, le spectacle change. Nous sommes en face d’un promontoire sur lequel se remanpiait autrefois le palais du gouvm'iienr hova, avec ses deux étages, avec ses galeries eireulaires en bols et sou toit pyramidal; sur le([uel longtemps auparavant, Flaeourt avait installé le fort, d’où est venu le nom de la

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