‹ Empire colonial de la FranceChapitre 5 sur 16 · GO · texte numérisé non relu

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^■illc actuelle ; sur le({ucl ciiriii se trom-ieiit aujourd’lmi la Résidence de France et les maisons des (jiielques Européens établis dans le pays. Le village malgache est en contre-bas du plateau, abrité des brises violentes qui soufflent à Fort-Dauphin les trois-quarts de rannée. Ce (pie l’on y remarque tout d’abord, si l’on n’est pas habitué au pays, c’est la petitesse de scs maisons aux murs et aux toits en paille gi'isàtrc, et qui sont de véritables demeures lilipntiennes, où l’on peut à peine se tenir droit, (pi’nn seul lit remplit et où l’on ne tiendra à deux, étendus dans son faulenil, qu’en ménageant l’espace, lien est du reste ainsi partout dans le Sud-Est.

Les distractions ne sont pas très nomlirenses à Fort-Daupliin. Mais allez voir le Vicaire Apostoli({uc de Madagascar sud, M®" Cronzet, un homme charmant qui plaît à tout le monde, ({ui, en particulier, avait fait la conquête du général Gallieid lors(pie celui-ci lit naufrage eu face de Fort-Dauphin, et (pii met an service de la IMission à lui confiée tontes les facilités (pie lui assurent la donceur de ses manières, la sûreté de ses relations, rétendue et la largeur de son esprit. Ne manquez pas d’aller causer avec lui, si jamais vous passez à Fort-Daïqdiiu, et il vous dira l’émotion ressentie par lui-mème et pai‘ ses confrères de la Congrégation de Saint-Lazare en abordant, il y a ([iiclques années, sur nue terre évangélisée autrefois par les premiers lîls de saint Vincent de Paul; il vous dira aussi les difficultés àajiprocher les indigènes demeurés aussi sauvages que leurs ancêti'cs du dix-septième siècle, et eiitin ses espérances de succès basées sur l’éducation des enfants, seuls suffisamment malléaldes pour recevoir rempreintc de la civilisation et de la religion. Il pourrait vous dire aussi une autre cause de dillicnltés })lus pénibles à son cœur de Français et plus difficiles à sur-

cüloiis, oniciers, marnistrateurs. Mais, de parlera pas, à moins d’aconliaiico la plus alisobien que des plaintes ne peuvent remédier au mal, et que souveut elles présentent les plus U-rands inconvénieuts.

Et il a raison, car s’il y a un moyen d’atténuer, sinon de guérir le mal, ce ne peut être que la bonté unie à une indidgeiice et à une patience inaltérables.

Allez voir également le jilus ancien des colons du pays, iM. Marcbal. 11 vous eu contm'a l’Idstoii'c' et vous dira toutes les péripéties d’nn commcrçanl infatigable (pii a lini eiifiu pai- réussira force d’elforts, et également par suite do la découverte d(‘ l’arbre à caoutcbouc. Ce n’est pas lui ([ni le découvrit, ni à lui (jue les indigènes rapportèrent tout d’abord, puis([ue le premier écliaiitillou eu fut vendu, le 7 juin 1891, à Tsivory, à M. Monin, em- Leurs chapeaux.

[doyé de MM. Saint-Pern et Desjardins. Mais

coniniG il avait de l’argent disponible, il [uit en acbeter ra[)idement, 5 [daslies les 100 livres, une grande quantité (pi’il revendait 28 [liasti'cs livralde à liord. Comme, de [dus, il u’avait jamais tronqié un ijidigène, et ([ue les ollVes angmentaieiit rapidement en l’absence de navires ([ui [uissent en déliarrasser la [dace, on consentit, fait peut-être uni([ue à Madagascar, à lui eu donner à crédit, jns([u’à l’arrivée du premier vaisseau. H réalisa ainsi en ([uel([iies niois un fortune très considérable.

Dcqmis, ce commerce a considérablement baissé, [lar suite de l’état troublé du pays, et [lar suite égalemeni de l’incurie des indigènes, ([iii tuaient la [dante |)otir en extraire tout le latex. D(‘jàilfaut aller birt loin dans l’OuesI, cliez les tribus sauvages des Autaiidroy, [lour eu trouver : et les indigènes qui ont a[»[»ris àeiiconnailre la valeur, out[)rofité de la coucurrenee acliaruée des traitants, pour le vmidre au-dessus du prix courant aux exportateurs, ([ui ne s’en tii'cnt ([u’en surfaisant à leur tour le prix de leurs marcliandiscs de troc.

cbauds, admicela il ne vous voir eu v(jus la lue, sachant

Ou aurait tort, du reste, de faire fond sur l’arbre, ou plutôt sur les arbres à caoutchouc du Sud, sur Vintisi/ (pii pousse à l’ouest du Maiidrere, aussi bien que sur V hazondrano, qui pousse à l’est, car ils vieuueiit trop leiitenieiit, u’arrivaut à leur croissance complète qu’au bout de vingt ans; ils doiiiieiit trop peu do latex, moins d’un demi-kilogramme, et il est à peu près impossible de les conserver api'ès une ou deux récoltes.

M. Marchai vous conduira également au jardin d’essai qu’il a établi depuis plus de vingt-cinq ans à Nampoa, et vous en fera les liomieurs avec une science du pays, de scs besoins et de ses ressources, ipii n’a d’égale que son inépuisable bienveillance. Avec lui, vous admirerez les richesses qu’il y a réunies, les essais nombreux qu’il y a tentés, les succès qu’il y a obtenus, et vous le féliciterez cliaudcment de ce fiel exemple d’iultiativc privée, en même temps que vous vous réserverez de conseiller aux futurs colons de Fort-Dauphin d’aller voir Nampoa et d’y étudier sur jdace, les cultures qu’ils doivent entreprendre et aussi celles qu’ils doivent éviter.

En filanzane.

Nous devrions, pour bien connaître l’île, poursuivre notre route par le Sud, jusqu’au cap Sainte- Marie, et de là jusqu’à Tulear et Majuuga. Mais aucun service n’existe sur cette cote désolée , sauvage, inhospitalière, dangereuse et très peu fréquentée. Une ligne de dunes s’élevant, d’une masse, jusqu’à la hauteur de 140 mètres , avec une inclinaison de plus de GO", une plage de 2

à 3 mètres de large, avec des bancs de roclicrs s’étendant cà fleur d’ean à une grande distance du rivage et continuellement battus par les flots toujours agités, des lits de fleuves où il n’y a point d’eau, nulle trace d’habitation, le rivage le plus triste et le plus désolé que l’on puisse rêver, et une mer où il n’y a rien, ni vaisseaux, ni ports, ni embarcations d’aucune sorte, rien (pie la solitude et le bruit des vagues se brisant sur les rochers et le ressac de l’Océan toujours en fureur, voilà le spectacle que vous offre la laffe Sud de Madagascar et, également, la C(')te Sud-Ouest, jus(pi’aux environs de Tulear.

Triste et désolée également à peu près toute la vaste région ([ui s’étend à l’ouest du Mandrere et au sud de l’Onilaliy ou rivière de Saint-Augustin, et (pii est habitée par des tribus sauvages, guerrières et pillardes, toujours eu guerre les unes contre les autres, miséraliles au delà de toute expression, vivant surtout de vol et do rapines, que Fou nomme les Antandr(qy (qui balùtent dans les liuissons), les Mahafaly (qui rend heureux), et les Masikoi-o (habillés de joncs). « H n’v a presque pas d’eau dans le pays et ces malheureux, raconte dans la relation d’un de ses voyages M. Alfred Graudidier, passent souvent des mois entiers sans en boire une goutte. 11 y pleut du reste très peu, et quelquefois pas du tout [icudant une année entière et pins. La nourriture ordinaire des habitants se compose de ligues de Barbarie, d’un peu de millet ([u’ils font cuire, ou même broient cru sous la dent, de ([uehpies haricots malgaclies, et d(' citrouilles ou courges, qu’ils laissent mûrir outre mesure ou meme [lourrir, atin ([ue la pulpe se li(piélie et leur serve de breuvage. »

Ils ont une manière liien à eux de cueillir les tigues de Barbaiie; ils h'S piipient de leur sagaie, — cette sagaie dont ils ne se séparent jamais, pas plus, du reste, que do leur fusil — pour les détacher du Imisson épineux dont on ne pourrait impunément s’approcher, les l'oulent sous le sable pour leur enlever les soies barbelées dont elles sont recouvertes, les pèlent avec le fer de leur lance, et les mangent, ou crues ou cuites sous la cendre, (pieh[uefois dans l’eau. Eu voyage, ils vous les offrent ainsi préparées avec plusde grâce et de ju'oprelé (ju’on n’en attendrait d’eux.

Pendant plusieurs heures, en s’enfonçant dans rintéi'ieur, on ne rencontr(^ pas une senio habitation et l’on s’imaginerait être dans un pays complèt(MniMil inhabité. Les villages no sont, du l'Cste, ([u’nn assemidage de sept à huit linth's de bois, très petites et à peine assez élevées pour (pi’un liomine de tailh' ()rdinair(‘ puisse s’y tenir debout. Elles sont faites de planches juxtaposées et retenues enlr(' deux tiges de bois longitudinales, do manière (pi’on p(mt les faire glisseï-, ou même les enlever, pour voir ce ipii se passe à l’intérieur. C’est ce (pii arriva à M. Grandidier au cours do sou voyage eliez les Aniandrov, lors(pi’il fnl reçu an villag(‘ (In roi. Bienl(')l il in' resta plus de la hutte oii il avait él(‘ hébergé (|iie les monlants et le toit.

Inutile donc d’aller visiter ces régions désolées et ces tribus peu intéressantes. D’autant plus qu’un tel voyage ne serait pas sans danger sérieux au milieu de ces pillards, encore incoinplètement soumis. Mieux vaudra reprendre le bateau pour Mananjary, d’où nous continuei’ons notre route dans l’intérieur, vers Fianarantsoa et Tananarive, pour faire à la fois le })lus instructif et le plus agréable des voyages.

C’est toute une affaire que de préparer un départ à Madagascar. On ne trouvera presque rien sur sa roule, si ce n’est du riz — et encore pas partout, — des Amlailles et des œufs quelquefois, de la viande, si, par hasard, on vient de tuer un bœuf, à l’occasion d’une fête quelconque. Si l’on veut avoir tout le reste, il faut l’enqiorter, des conserves, du pain et du biscuit, du vin, du café, etc. Il faut également se munir de tout ce qui est nécessaire pour cuire ses aliments, comme aussi pour le coucher, pour la toilette, etc. Et tout cela auquel nous ne songeons pas en France, le trouvant si facilement à notre portée, demande du soin, du souci et... des porteurs. Il faut aussi un cuisinier, car il n’en existe pas sur la route, et un domestique personnel si l’on ne sait pas s’en passer. Il faut enfin huit hommes pour vous porter vous-même.

Cela constitue au minimum douze porteurs par voyageur, et, pour peu que les bagages augmentent, quatorze, seize ou vingt. Chaque porteur ne prendra guère plus de 20 ou 24 kilogrammes, divisés eit deux paquets d’égal poids et solidement attachés aux deux extrémités d’uu bambou, qu’il portera sur son épaule. Avec cette charge, il vous suivra, quand il ne vous précédera pas, à chaque relai, faisant avec vous 40, 50, 60 kilomètres par jour. S’il allait à petite journée, et, cessant d’ètre borojana, ou porteur de voyageurs, devenait porteur de bagages, sa charge pourrait atteindre 40 kilogrammes, mais alors il irait deux fois moins vite. On ne pourrait donc se servir de lui que pour les bagages non personnels, dont on peut se passer jusqu’à l’arrivée au terme définitif du voyage. Le premier porte la valise dont vous aurez besoin à l’hôtel; le second tient lieu de fourgon, ou même de train de petite vitesse, ampiel vous confiez vos grosses malles.

Cette troupe de porteurs est sous la conduite d’un chef ou commandeur avec qui vous traitez.

Vous n’aurez qu’à vous louer d’eux : ils seront gais, pleins d’entrain, toujours prêts à vous rendre service. Quand vous traverserez un ruisseau, s’il fait chaud ou s’ils pensent que vous avez soif, ils iront puiser, au-dessus du courant, un peu d’eau, dans un verre qu’ils auront auparavant lavé avec soin, et ils viendront vous l’offrir. Ils vous présenteront de même des fruits sauvages, s’il s’en trouve sur la route, ou des fleurs s’ils s’aperçoivent que vous les aimez, ou tel autre objet qu’ils s’imagineront devoir vous faire plaisir.

Parfois, — cela m’est arrivé, — leurs pieds glisseront dans la boue et les brancards de devant de votre fdanzane iront toucher lerre, et peut-être môme vos mains

I OlilVl’ I)'aNAI>AMAZAO l'ItA.

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