‹ Empire colonial de la FranceChapitre 6 sur 16 · M AI)A<;\SC,U · texte numérisé non relu

M AI)A<;\SC,U

et votre visage. Cela est très rare cependant, car rien n’égale la sûreté de marche et la solidité de ces hommes petits, grêles d’apparence, mais fortement musclés et nerveux. Ils posent les pieds aplat et se tiennent miitnellement par le bras et par le poignet, tandis que, de l’autre main, ils serrent fortement le brancard du tllanzane; ils font corps avec celui-ci, de telle sorte que, si l’iiii ou l’autre vient à trébucher, ses compagnons le soutiennent, et c’est à peine si vous le remarquez.

Ils marchent tantôt au pas, tantôt au trot, en brisant le pas, de telle sorte ({ue vous n’êtes nullement secoué. Chaque minute, ou même chaque 45 secondes, ou à peu près, ils se relaient deux par deux, mais sans s’arrêter, d’un mouvement très doux et à peine sensible pour le voyageur. Leur allure est toujours très vive et rien ne les arrête, ni marais, ni précipices, ni ruisseaux ou torrents débordés. Arrivés sur les berges d’une rivière, ils la traverseront cn pirogne, si elle est trop profonde. S’il y a nn gué, ils (juitteront leur akanjo ou chemise, — il y a l)on temps que le lamba a été plié et serré autour des reins en guise de ceinture, — ils (juilteront le salàka ou longue ceinture enroulée autour des reins et entre leui'S jambes, et entreront dans l’eau portant le tout sur leur tête ou au liant de leur bras. Si toutefois l’eau est })lus profonde, ils retonrneront votre tilanzanc et vous feront asseoir sur le siège renversé, alin que vous soyez au-dessus de l’eau; ils soutiendront les brancards à bras tendus, et vous les verrez, pendant quelques mètres, disparaître sous l’eau qui les recouvre complètement, marcliant toujours jus<{ii’à ce <pi’ils reparaissent un peu plus loin, lorsque le niveau du sol se sera relevé. On frémit à voir cela, et l’on se demande comment il est possible qne des hommes fassent un tel tour de force. Ils le font cependant, et, arrivés à l’autre bord, s’essuient, se secouent , se rhabillent et repartent.

Ce sont de grands enfants en somme, dont on peut obtenir beaucoup, mais qu’il ne faut jamais brutaliser, (ju’il ne faut ])as menaeer ni maltraiter d’aucune manière, qu’il ne faut pas gâter non plus, et avec qui il faut une certaine fermeté.

Mais si vous êtes juste et bon, et savez au l)Csoin imposer votre volonté, vous les mèneriez au bout du monde.

Leur vie, quand ils travaillent, est très dure. Ils vous porteront pendant dixheures et plus. Ils partiront à 3 heures du matin, se reposeront une on deux heures à midi, repartiront ensuite jusqu’au soir, à 4, 5 ou 6 heures. Arrivés dans un village, ils vous déposeront à la porte d’une case, la case des voyageurs, — ordiuairemeut la plus belle et la moins sale, — puis ils partiront au galo]) an ruissean voisin, se laver, se baigner, se masser (ils le font admirablement), se re[>oser. Ils reviendront ensuite ehei'cher un gîte dans des cases où ils passei'onl des heures à chanter, àl)oire, à enl(‘udre ou à conter des histoires, à s’amuser ; c’est à [>eiue s’ils s’endormiront vers le milieu de la nuit pour se lever et rcq)artir, parfois bien avant l’aube.

Au bout de buit à dix jours de cette vie, arrivés à destination, ils se reposeront

quelques jours et seront prêts à repartir à la première occasion, ou quand ils auront achevé de dépenser le salaire si pénildemeiit gagné.

Quant à vous, arrivé au gîte, vous déballerez vos provisions, vous donnerez vos ordres à votre cuisinier ou à votre boy, vous irez vous dérouiller les jambes en regardant le paysage environnant, où vous rencontrerez parfois dos points de vue simplement merveilleux, dont la seule contemplation vous paiera d’un long et pénible voyage; vous reviendrez déjeuner ou dîner, pour repartir dans le premier cas, pour faire dresser votre lit et vous coucher dans le second. Vous entendrez parfois, pendant votre sommeil, toutes sortes de bruits, le grognement des cochons qui sont vos voisins, les mouvements d’ailes d’une poule qui perche à côté et que vous avez dérangée, le pas d’un Malgache qui rentre tard, ou celui d’un chien qui se promène, les éclats de rire et les chants de vos porteurs, parfois les chants funéraires d’une veillée de mort, et les échos de l’orgie qui l’accompagne; ou bien, si vous êtes près de la forêt, au Inaiit plaintif et retentissant d’un singe hurleur, vous vous figurei'ez toutes sortes de choses, toutes sortes de dangers, seul au milieu de la nuit, avec un certain nombre do ces piastres que les Malgaches aiment tant, au milieu d’un pays désert, à 50 ou 100 kilomètres de tout compatriote... Il leur serait si facile do se défaire do vous, personne n’en sainnit jamais rien et ils seraient riches! Si seulement ils y pensaient!...

Heureusement, ils n’y pensent pas, ou, s’ils y pensent, ils noie font pas. Il ne faut pas exagérer leur vertu, ni la pureté de leurs mœurs, ni leur sobriété, ni leur amour de la justice. Mais, pendant qu’ils sont vos porteurs, vous ne risquez rien avec eux, ni vous, ni vos bagages. Bien plus que cela, les porteurs à qui l’on a confié des dames-jeannes remplies de vin ou do liqueur, des caisses pleines de provisions, ou parfois d’espèces monnayées, des ballots de inarchamlises do valeur, vous rapporteront le tout intact. Et, pour vous prouver leur fidélité, si parfois une dame-jeanne vient à se briser, ils vous en apporteront le goulot! Ils tiennent à riionneur de leur corporation!

Seulement ne vous défiez pas d’eux ostensiblemeiit et ne jouez pas au plus fui avec eux. On m’a raconté à ce sujet, à la mission de Tanaiiarive, un joli trait qui vaut d’être rappelé. C’était au commencement do la guerre de 1883. Les Pères devant quitter Tananarivc avaient une certaine quantité de piastres à emporter. De plus, au milieu du désordre qu’entraînait le départ d’un si grand nombre de Français, on ne savait pas si l’on trouverait assez de porteurs, et si surtout ces porteurs ne profiteraient pas de l’occasion pour piller les vazaha. Cependant le Frère chargé d’organiser le convoi mit simplement l’argent dans une caisse de fer-blanc qu’il confia à un porteur. 11 retrouva la somme intacte à Tamatave. Un commerçant de Tananarive jugea pins babile de dissimuler son argent dans des caisses de provisions, bien au fond et parfaitement caché. 11 n’en retrouva pas une seule piastre !

Aucim genre de voyage ii’esl si agréalile ([uc le voyage eu lilan/aiie. Conroi'laldeuient assis sur

une toile tendue, les coudes reposant sur les inoiilants, et les ]>ieds sur le petit support luoltile (pii leur est destiné, la tête recouverte du cas([ue colonial et, au liesoiu, abritée par un épais parasol, vous pouvez parler, regarder, lire, écrire même. Le jiaysago est ordinairement lieaii, parfois très accidenté. Vous pouvez jouir de tous les accidents de la route, oliserver toutes les curiosités, noter tous les détails. Vous pouvez même, si le cœur vous en dit, dormir, mollemcut balancé par le pas rvtbmé de vos porteurs et sans le moindre danger de ebute. (Quelle différence avec nos voiluri's de clicmiu de fer, meme les })lus luxueuses, où vous êtes enfermé dans un espace restreint, où vous êtes aveuglé par la poussière et parfois par la fumée, où vous ne pouvez rien voir que par une croisée }dus ou moins large, où vous u’êtes en somme guère plus qu’un simple colis numéroté, à cette différence près, qn’après une journée ou une nuit de voyage, vous serez harassé, éreinté, courbaturé! Vous pouvez, au contraire, rester Imit jours et plus en fdanzane : vous serez cerlainenumt fat igné, nullemeut brise, et , s’il le fallait , vous pourriez continuer buit jours encore. Non, il n’y a aucun autre moyen de locomotion ni si agréalde, ni moins fatigant, et je m’étmine qu’il ne se soit pas encore rencontré un original à Pai'is pour avoir huit porteurs malgaches et un iilanzane. .le ne sais pas si la police le laisserait faire, mais je lui promettrais nu franc succès et des imitateui'S.

Ajoutez ipu' cela ne coùti' ]ias très (dier, 4 francs par jour l't par liomme pour un long vovage; d(‘ 2r) à 30 francs par mois pour des porteurs (pie l’ou garde à domicile: il ne vaut pas la jieiiie de s’eu jiasser.

Seulement, pour avoir d(' tels [lorteurs, il faut s’adresseï' à des llovaou à des Bct-

sileo. Les gens île la côte ne portent pas, ou ne porlent (pie })eii et mal. Ceux de Fort-Danpliin, par exeiipile, aecejiteront tout an pins de vous porter en plaine, jamais pour gravir une montagne on pour un long voyage.

Empierrement de la route de l’Est.

La première partie du viyyage, de Mananjary à Tsaraliafatra, pendant une soixantaine de kilomètres, [leiit se faire par pirogue on en filanzane. Nous prendrons le premier moyen, (pic nous ne pourrons guère empliiyer par la suite. Ce sont nos porteurs rpii seront nos pagayeurs, et ils nous conduiront sur la rivière, malgré le courant, malgré les rochers ou les obstacles que nous rencontrerons assez nombreux, après la première pai'tie de la route, malgré le vent du large qui est assez sensible au départ et qui pourrait nous faire courir un danger sérieux au moindre faux mouvement, avec une adresse, iin ensemlde et une vigueur remarquables, causant, riant, interpellant les gens des pirogues que nous rencontrons sur notre route ou qui marebent sur les rives, surtout chantant.

Rien n’est curieux comme les chants malgaches, à peu près partout les mêmes. « La phrase musicale, écrit <à ce propos le P. Colin, (pii les a étudiés avec soin, et en a puldié nn recueil, le premier (pii ait encore paru, est simple, facile, courte, souvent syncopée; dans les broderies ou l’emploi de variations, elle ne s’écarte guère du sujet. Comme dans les mélopées grecrpies, arabes et orientales, la dernière note finit sur la fondamentale ou liien sur la seconde, la tierce, la dominante ou la septième. Le mode majeur est fréipiemment emjdnyé ; le mode mineur, très rarement.

« Tous les voyageurs ([ui sont montés à Tananarive ont élé frap[)és par le chant des porteurs ramant en cadence sur la rivière l’Iaroka. L’un d’enire eux, le plus artiste de la bande, tire d’abord son sujet des circonstances; il manie tour à tour le ridicule, le sarcasme, la flatterie, énumère les villages des étapes, célèbre le menu d’un bon dîner, fait l’éloge du voyageur, c[ui souvent n’y comprend goutte ; et, dans le refrain, ses camarades approuvent avec ensemble. Souvent, vers la fin, la voix du soliste languit, le chœur traîne et chante plus doucement, le mouvement cadencé des lames s’affaiblit. Est-ce manque d’inspiration chez l’improvisateur, fatigue physique ou effet voulu Je l’ignore. Mais soudain le troubadour élève la note : probablement il reprend courage. Le chœur répond avec un nouvel entrain sa monotone ritournelle, et la pirogue glisse, vole sous l’effort plus vigoureux des rameurs.

« Toutes les fois que le chant a le rythme de la poésie, la mélodie est naturellement rythmée. Dans la prose, la mesure se déduit des battements de mains qu’exécutent le chanteur et les assistants, ou de la cadence des rames dans la mélodie des piroguiers, ou bien du temps fort de la note principale...

« Le fond dos airs malgaches est le plus souvent lascif, soit ouvertement, soit par allusions pins on moins voilées. Chez ce peuple , l’idéal ne s’élève «“uèro au-dessus des

sons.

« Letimbro delà voix est très ordinaire. Celle de la femme est grêle, gutturale, criarde; celle do riiomme, nasillarde, faible, [)eu étendue ; l’o-

Hn foret.

reille n’est pas juste ou, en tout cas, se contente toujours d’un à peu près quelconque.

« Les graves défauts que nous venons do signaler, conclut cependant le P. Colin, sont compensés par d’iiourenses ([iialités que nous nous faisons un devoir de reconnaître. L’indigène a nn goût inné pour la musique, apprend facilement, chante assez juste, est souple entre les mains du maître ; })lein de patience, il vient à bout d’une dilTiculté et, sans aucune notion de solfège, exécute en masse, sinon parfaitement, du moins passablement, les œuvres de nos grands compositeurs.

« A la cathédrale catholique de Tananarive, le peuple tout entier exécute, aux jours de fêtes, une messe en musique à voix inégales. De leurs places, femmes et tilles chantent à la partie de soprano, garçons de huit à douze ans à l’alto, jeunes gens et hommes an ténor et à la basse. A vrai dire, l’exécution laisse à désirer à cause du timljre des voix, du manque d’attaque et d’ensemble, surtout à cause des parties qui sont disséminées nn peu partout. Mais, entendue à distance et fondue par les jeux d’un grand orgue, cette masse de 800 à 1.000 voix produit un effet imposant et donne bien l’idée des réelles ressources qu’offre le musicien malgache. «

Ce qui est plus harmonieux, plus flexil)le, plus doux et plus agréable à entendre que les chants malgaches, c’est leur langue, de tous points remarquable.

(Mie de fois on m’a demandé, que de fois on a demandé à tous ceux qui ont séjourné à Madagascar : Quelle langue }>arle-t-on là-bas? le français ou l’anglais?

On n’y parle ni le français, ni l’anglais, on y parle le malgache.

Avant notre conquête, les deux Missions, française et anglaise — ou, si l’on préfère, caîholicpie et protestante, car les deux appellations ont toujours été S}nionymes, — avaient enseigné leur langue resjiective dans quelques-unes de leurs écoles, à la Capitale, à Fianarantsoa, à Tamatave, etc. Mais le })cuple partout parlait le malgache, et j’espère bien (|ii’il continuera à le parler longtemps.

Depuis, l’anglais a beaucoiqî perdu. Sa connaissance ne présente pins à Madagascar aucnne utilité, les Anglais qui y résident sachant le malgache ou le français. Le français, an contraire, a beaucouj) gagné, par suite de la vive impulsion inqu'imée à sa diffusion.

• Est-ce complètement sage?

On’il faille l’enseigner, d’une manière suffisamment complète, dans quelques écoles où se formeront des interprètes, des administrateurs indigènes, des employés de commerce, tons ceux en nn mot qui devront entrer en contact suivi avec nous, cela est évident. Mais aller plus loin, vouloir que tous les Malgaches sachent le français et prétendre qu’ils seront Français dès qu’ils parleront notre langue, est-ce bien cerlain? Ce qu’il y a de sûr, c’est ipi ils liront nos livres et nos l)rochures, surtout les }>lus délétères, au point de vue moral et au point de vue social; c est (|u ils liront nos journaux, surtout les plus dangereux; c’est (pi’ils s’initieront a nos

divisions, à nos faiblesses, à nos vices. Et tout cela ne pourra que leur nuire, que les détacher de nous, (pie les préparer au mécontentenient , à la désaireclion, au niaiapie de confiance et, (jui sait?... peut-être à la révolte. Mieux vaudrait obliger nos administrateurs à savoir tous le malgacbe, car à cela, il ii’y aurait que des avantages et nul inconvénient.

Quoi qu’il eu soit, il serait vraiment dommage (pie le malgacbe dispariit et même devînt un simple patois, réservé aux seuls ouvriers et aux seuls babitants des campagnes. 11 mérite mieux (pie cela, car il s’eu faut (pic ce soit une langue barbare, pauvre ou irrégulière.

C’est, au contraire, nous l’avons déjà dit, une langue très douce à la pi'ononciation et très agréable à entciidre. Aussi l’a-t-on surnommée l’italien de riiémisplière austral.

C’est une langue très riche, mais dans le seul ordre malériel et pbysi(pie. Les Malgaches, ii’ayaut eu clfet ni philosophie, ni sciences, ni arts, ni cullure intellectuelle d’aucune sorte, ne peuvent avoir de termes pour exprimei' des idées ([ui, [)Our eux, n’existent pas. IMais, pour les choses matérielles, ils ont une foule de mots pour rendre toutes les nuances de la pensée.

11 ne leur manque (pi’uue chose, une liltéralure écrite. Mais ils ii’en ont pas, l’écriture ne datant que de ce siècle, et c’est vraiment dommage, car ils cxcelleiit eu certains genres, comme dans l’apologue, les proverbes, les charades, etc.

En voici un exemple, la fable de la Poule et du Pupungo (milan).

(( On raconle qu’aiitrefois, la Poule et le làqiango étaient liés d’amitié et s’aimaient licaucoup ; un jour, la Poule, ayant son lamba (aile) déchiré, s’adressa au Papango en ces termes : Prétc-moi une aiguille pour coudre mon lamba, et en môme temps elle se pâmait de douleur et couvrait une de ses pattes avec son aile.

« Le Papango lui donna une aiguille, mais qiiaud elle eut fini de s’en servir, elle la perdit. Elle se mit alors à chercher l’aiguille et pour cela picota, picota... — Le Papango survint et lui demanda ; Où est mon aiguille? — .Je la chei'cbe, répondit la poule, car je l’ai perdue et no la retrouve pas, et, en disant cola, elle continuait de }>icoter.

« Le Papango, en colère, s’envola et, tout en volant, demandait : Mon aiyuilic! mon aii-’iiille!

(( La Poule, prise par la peur, lui dit alors : Je la eberebe, attends un ]>eu.

« IjO Pajiango ne siqtporta pas cela plus longtem])s et se mit en devoir de s’(un- [)arer cluupie jour des petits de la Poule, jusipi’à ce (pi’elle lui eût rendu son aiguille, mais jusipi’ici la Poid(' n’a pas encore retrouvé l’aiguille. »

Le Malgache aime beaucoup à parler. Il aime à faire de longs discours et il ne les fait pas mal. Il n’est ni précis, ni concis cl- ne va jamais droit an but. Mais il lU' le perd [»as de vue non pins, à travers les digressions (pi’il an’eclionno et des déve-

ilADAGASCAlU

loppements qui semblent des hors-d’œuvre, et il y arrivera toujours. Sa parole est vive, imagée, poétique, pleine de couleur locale, de chaleur, de conviction, alors même qu’il ment impudemment et, certainement, ses « kabary » publics — il y eu a partout et à propos de tout, — sont plus ordonnés et plus calmes que les séances de nos Chambres. L’orateur est toujours écouté en silence. A-t-il fini de parler, son adversaire commence par le complimenter, par entrer dans ses vues et paraître lui donner raison, pour le combattre ensuite et conclure contre lui. L’auditoire donne toujours la même attention et le même silence. Ces discussions seraient un moyen sur d’arriver à la vérité, si on la cherchait. Mais tout cela n’est que pour la forme, pour l'amour de l'art, dirait-oii chez nous; on fait, le parti des auditeurs est pris d’avance, et c’est toujours celui du plus fort, seigneur, gouverneur ou administrateur, qui l’emporte et auquel tout le monde finit par souscrire.

La Forêt.

E Madagascar nous n’avons vu jusqu’ici que la ceinture de plaines étroites et sablonneuses qui longent la côte orientale du Nord au Sud, et c’est à peine si, de temps à autre, nous avons entrevu quelque coin de montagne et quelques lambeaux de la grande forêt malgache. Nous allons maintenant pénétrer dans l’intérieur de file; nous allons gravir les pentes de l’une et l’autre arête faîtière, et traverser cette forêt, sur laquelle beaucoup de fortunes se sont déjà édifiées en espérance, qui se réaliseront peutêtre un jour ou l’autre, mais qui, en attendant, n’ont guère amené que des mécomptes.

Sur les plaines basses et étroites de l’Est, sur celles plus larges de l’Ouest, il y a peu de forêts au sens propre du

r n- I r ^ luot, luals seuleuient des bouquets plus ou moins étendus Le télégraphe en foret. i i

d’arbres tropicaux, orangers, citronniers, cocotiers, manguiers, pandanus, plantes grasses, très nombreuses et très belles, sur la côte orientale; de palétuviers, à l’Est et à l’Ouest, dans la moitié se})tentrionale des deux côtes; de tamariniers relativement abondants et formant de beaux bosquets, à l’Ouest, de lataniers, de baobabs, de raphias dans les parties humides, des lambeaux de forêt épars, et non une forêt continue courant le long de la mer.

La forêt proprement dite n’existe pas non plus sur les plateaux, c’est-à-dire sur lapins grande partie de l’île, en particulier au pays des Hova et des Betsileo. Des nombreuses petites forêts qui autrefois couvraient peut-être le pays, il ne reste plus aujourd’hui que quelques rares lambeaux, groupes isolés se découpant çà et là sur l’horizon au sommet des montagnes, auxquels s’ajoutent quehjnes arbres, surtout des lilas de Perse, récemment plantés, aux alentours ou à l’intérieur de certains villages.

Au Sud, ou a découvert récemment, an delà de l’Oiiilaby, la forêt Antandroy et Mabafaly (pii ne contient guère que des arbres épineux aux formes étranges et souvent fantastiques, des nopals, des cactus, et le fameux arbre à caoutchouc.

La véritable forêt se trouve à l’Est, tout le long do la côte, sur le versant oriental de la première arête faîtière, depuis le- nord de la baie d’Antongil, où elle vient affleurer au rivage, jus([ue vers Fort-Dauphin, où elle se rapproche de nouveau de l’Océan. Sa longueur est donc à peu près celle de Madagascar, i .500 kilomètres environ, et sa largeur, du reste très irrégulière, peut atteindre 100 kilomètres par endroits, 10, 20, 40, 50 ailleurs.

Le sol en est trop montagneux, les pentes très raides, les gorges très profondes et sillonnées de nombreux torrents, qui y prennent naissance et se dirigent vers l’Océan Indien. Le sol est toujours composé d’argile rouge, au travers de laquelle émerge souvent le granit.

C’est là que se rencontrent les fougères arborescentes, splendides parasols de verdure, s’élevant à 10 et 12 mètres de hauteur, et s’é[)anouissant en larges feuilles de plus de 2 mètres de longueur; c’est là aussi que l’ou trouve de nombreuses et riches orchidées, là égalemeut la patrie des Makis, en particnlier du Babakoto, si célèbre dans les légendes locales, de \ Amhoanala on singe hurleur, etc.

Ses essences caractéristi({ues et prédominantes sont les essences rares qui n’existent pas sur les hauts plateaux, l’él)ène, le palissandre à veines noires, le bois de rose, des bois ressemblant au bois de teck, et une foule d’autres variétés, lourdes, dures, résistantes et très propres à toutes sortes de travaux.

Au delà de la grande forêt, se trouve, depuis le lac Alaoira, au Nord, jusqu au sud du pays des Tanala, une vaste dépression de terrain de 500 à 700 kilomètres de long et qui comprend la vallée du Mangoro, celle de Manaujary et celle de la rivière Matitanana. Les essences y sont les memes qne dans la grande forêt; mais les arbres ne garnissent plus que les pentes ou les sommets des montagnes, tout le reste du pavs ayant été déboisé et chAasté par l’incurie des habitants.

Plus loin, sur les pentes delà seconde arête faîtière, en beaucoup d endroits et en particulier sur la l'outo de Tamatave à Tananarive, il y a comme une seconde forêt, beaucoup moins large et moins éjtaissc que la première, avec des espèces

lég’ères spéciales, bien inférieures à celles de la zone précédente, mauvaises pour le travail, ou du moins demandant à être coupées à une saison déterminée.

C’est, du reste, une remarque générale ({ue plus on s’approche du centre de l'ile, moins les essences dures et précieuses abondent, pour faire place à d’autres plus légères, d’une venue plus raj)ide, et partant moins utiles.

Maintenant, que vaut cette forêt?

Beaucoup par les richesses qui y sont amoncelées.

Nous ne parlons pas ici des orchidées ou autres plantes rares qu’on peut y rencontrer ; nous no parlons pas non plus du miel et de la cire que l’on y trouve en très grande quantité et qui ont alimenté pendant longtemps une exportation assez importante, mais qui diminuent rapidement, les indigènes détruisant les ruches pour en recueillir les produits; nous ne dirons rien non plus des lianes à caoutchouc si riches et si }»récieuses et qu’il faudrait cesser de gaspiller, comme les Malgaches l’ont

Dans la forêt

constamment fait jusqu’ici, qn’il faudrait au contraire conserver avec soin et replanter. Mais la forêt de la côte Est renferme en très grand nombre les essences les plus précieuses, les bois riches et rares de menuiserie et d’ébénisterie , des arbres séculaires dont l’exploitation nous rendra les plus grands services , quand elle pourra être faite sagement , méthodiquement et économi(pmmcnt. Et cependant, jus(pi’ici , personne ne s’est enrichi dans l’exploitation de la foret, pas plus M. Marchai à Eort-Dau]>hin ou M. Maigrot

Exploitation de la forci

de Croix-J'aUon. ■ — Le sciafsc des bois à la main.

dans la Itaie d’Aulongil, cptc ceux

qui les avaient précédés ou les ont suivis, et nous conliiiuons à voir ce })liénoméne curieux d’un pays où les plus l)caux ai-bres alioudent, qui bâtit sur la côte, à Diego- Snarez, à ’^ramalavo, à Maiiaiijary, ses habitai ions eu bais, cl ipii en fait venir les matériaux de Norvège!

Cela ne doit pas durer.

La faute en est sui'tout à rinsulTisance des movens de transport et à celle des voies de communication (pii ne permettent pas encore nu charroi régulier. Mais la faute en revient également à notre manque d’iiiilialive.

Deux essais d’exploitation m’ont été signalés, ([u’il serait heureux de voir réussir, parce que précisément leurs auteurs ont donné iiii exemple méritoire d’initiative, celle de M. Edouard Ijaborde, à l’est du cap iMasoala, vers la haie d’Aulongil, et celle du vicomte de la Croix J^aval, dans son doiiiaiiie de Croix-^’allou, en Iiueriiia, près d’Aiijorobe.

Le mode d’exjiloitation employé par M. Laborde est reiuaripiable surtout }>ar sa siuqdicité. Aju'ès avoir acipiis une surface de forêts considérable, où il y avait nue grande (piaiililé de beaux arbres à exploiter, il a ajipris aux Malgaches à se servir de la scie de long; il les fait ti-availler à leur compte sur sa coiieessioii et il leur

achète, pour les revendre à Tamatave, les madriers qu’ils ont ainsi préparés. La grande difliculté, c’est d’attirer et de garder les ouvriers. Et quoique M. Laborde connaisse les Malgaches et leurs usages , ayant vécu avec eux pendant près de trente

Exploitation de la forêt de Madagascar.

ans, la main-d’œuvre lui manque et il va être obligé de recourir à des scies mécani-

— Domaine de Croix-Vallon. — Le transport à bras d'hommes.

Le commandant de la

Croix-Laval Ini, a organisé son exploitation sur une vaste échelle. Vers la fin de 1898, il aclietait à 87 kilomètres de Tananarive, sur la route d’Ainbatondrazaka , dans le voisinage d’Anjorohe, une propriété de 5.200 hectares, comprenant 1.500 hectares de forêts, 600 hectares de terres de culture, dont 150 en rizières, le reste

en pâturages.

Son bnt est d’y fixer un nombre considérable de familles malgaches et d’y créer un vrai centre de colonisation, en même temps qu’une exploitation agricole modèle. Pour l’atteindre il n’a pas craint d’aller lui-même tout organiser sur place et d’y consacrer plus de 500.000 francs. Déjà il a reconstitué deux grands villages ou se trouvent réunis 700 Malgaches, et rien n’a été négligé pour les j retenir : constitution olTicielle du village avec son conseil ou fokon’olono, case et terrain donnés à chaque famille, écoles et autres avantages communs, salaire souvent assez élevé et régulièrement pnyé, primes, gratifications, distribution de riz, etc., etc.

« Deux choses principalement nous ont valu la confiance des indigènes, a-t-il pu écrire, non sans une légitime fierté:

(( 1“ Depuis le mois de juin 1899, pas une promesse ne leur a été faite qui n’ait été scrupuleusement tenue : c’était nouveau pour eux.

« 2" Pour toutes les décisions importantes qui les concernent, ils sont réunis, ou leur fait un kabary, leur fokon’olono est consulté...

« Dès le mois de seplembre, conclulil, Croix-Vallon jouissait dans le monde indigène d’une excellente répulatioii. »

Quant à l’exploilation forestière , c'ilc vise à être très complèle et P'ès importante. Elle compte eu ce moment un personnel de 12 Européens et de 3o0 indigènes environ et se compose ;

1" Des clianliers eu forêts pour l’eiil retien des chemins, l’abalagc et la préparation du bois, le travail des fourneaux à charbon, le lotissement des produits accessoires, la reconstitution de la forêt;

2“ De l’usine avec ses scies de long pour les pièces de grande dimension et la préparation de grumes pour la scierii' mêcanlipie; de trois scies mécaniques circulaires, une grande et deux petites, de macliinesonlils (In genre le plus perlée,lionuê, ralioteuses, toupies, tours à bois, pour le rabotage,

— so-

le liouvctage, le rainage, le tournage, etc., le tout actloimé par deux chaudières du type Delauuay-Belleville, de 16 chevaux; d’un atelier coniplet d’éhénisteric, d’uu atelier de charroniierie et d’une forge;

3“ Dhiii dépôt à Tananarivc [»our les l)ois ouvrés, le charbon et les autres produits, et d’uu atelier de montage, de vernissage et peinture des meubles et voitures construits à Croix-Vallon;

4“ D’un matériel déjà considérable et d’une nombreuse équipe de bœufs pour le charroi, dans les limites du domaine d’abord; puis, quand l’état de la route du Nord le permettra, de Croix-Vallon à Tananarive, de tous les produits de l’exploitation.

A tout cela, on ajoutera incessamment :

1" Une installation pour le sciage

du bois ;

2“ Une succursale plus proche de Tananarive pour la fourniture des grosses ]tièces de charpente.

Cette usine rend déjà les plus grands services. Avant notre arrivée en Imerina, les Ilova ne connaissaient pas la scie, i)as même la scie de long de nos Au- ,

'■ Fabrication du charbon de bois.

vergnats ou de nos Limousins. Ils feudaicut leurs

planches et les é(piarrissaient à la hache, alnmaid ainsi les plus beaux arbres pour en extraire très peu de Ijois de ti’avail, et ne fournissant en somme que des pièces mal dégrossies, iri'égulières et ordinairement creusées en dedans par

les porteurs (pii en exiravaieni les cojieaux iR'cessaires à faire cuire le riz. Aujourd’hui, ou a de helles planelies , hieu droites, bien r('‘”iilières, hieu Iravailliies, à un prix lià'S inférieur et deiuaiidaut, pour eu lirer [»arli, une main-d’œuvre beaueou[t moins considérable.

De la Salubrité

Parmi toutes les ipiestioiis ([ue vous posent les i^'cus devant aller à Madagascar, une des premières et des plus impoitautes est celle relative au climat.

L’ile est-elle habitable? Peut-ou y vivre, y demeurer, y conduire sa femme et ses enfants? Peiit-ou s’y baltituer, y travailler, y rester? Quelles maladies at-oii à y craindre? Quelles précautions faut-il prendre?

Depuis longtemps, Madagascar avait mauvaise réputation pour sou insalubrité, lorsrpic cette réputation fut singulièrement accrue par l’excessive morbidité et la non moins excessive mortalité do la dernière campagne.

Un pays ipii, en quebpies mois, a tné G. 000 malbeurenx, sur un elfect if d’environ 28.000 bommes; un pays dans leigiel, pendant cette campagne de buit mois, à })cu près tout le luoiidc a été atteint, et où le plus grand nombre ont dû être rapatriés avant la Un, beanconp jionr venir mourir en France, ne jieut être (pi’un pays excessivement meurtrier. Ses ciites, en particulier, doivent être un foyer pestilentiel. De cela tout le monde est convaincu. Et tout le momie croirait également volontiers, par une de ces opposilious si fré([nentcs dans les choses insnirisamment connues, que les liants plateaux sont à peu près indemnes de toute alTcction morbide.

Ce sont là des exagérai ions qu’il importe de détruire.

On resterait dans le vrai, en s’en tenant aux allirmatious suivantes :

A part la fièvre et l’anémie, les antres maladies (jni existent à Madagascar, ne sont ni très nombreuses, ni très dangereuses, bien moins nomlireuses et bien moins dangereuses, en tout cas, ([ue les diverses alfections (gii, à tout instant, menacent ou empoisonnent notre vie en Euro[)e.

1^11 outre, de ces maladies beaucoup ne sont ([n’une exception, et ne sont pas très à redouter; beaucoup ne frappent (pi’une catégorie de gens dans des situations déterminées, comme la syjdiilis, la lè[»re, et les diverses maladies de la peau; ipichpies-unes })euvent sûrement être jiréveuues, comme la variole.

Eestent, en définitive, la fièvre et l’anémie ([ui en est la suite.

Somme toute, le climat de Madagascar est relativement sain. Et, avi'c ([iielques précanlions, l’usage de la ([uiniue préventive, une nonrriture saine, une

MADAGASCA It.

bonne hygiène el une vie très réglée, on peut y vivre de longues années prescpic sans lièvre.

Madagascar est donc très habitable, et son climat est meilleur que celui de la pliq)art de nos aulres colonies, rindo-Gliine, le Tonkin, la côte d’Afimpie; meilleur (pie celui de l’Algérie il y a 30 ans, ou de la campagne romaine; à peine ]ilns liévrenx ([ue certains cantons de la Basse-Bretagne ou du centre de la France.

Montage des fermes d'une charpente à bras d'hommes.

Cela est vrai surtout des hauts plateaux, un peu moins de l’Ouest, moins encore du Boïna et de l’Est.

En tout cas, même la considération de la fièvre ne doit sérieusement ai’rêter aucun immigrant. .J’oserais seulement conseiller, après le TF .Jaillet, surtout à ceux qui veulent s’étalilir sur les côtes, de ne pas y aller au commencement de la saison des pluies, mais d’attendre de préférence la saison sèche, c’est-àdire mai ou juin, })onr s’acclimater plus facilement.

Je conseillerais aussi une sélection rigoureuse, car tous les tempéraments ne sont pas faits pour les pays tropicaux.

Qu’uue jiersonue déjà anémiée ou dont le système nerveux est débilité, ou qui a une maladie de foie, etc., n’aille pas à Madagascar.

Qu’on n’y aille }>as non plus après un certain âge, 45 ou 50 ans, par exemple, alors (pie les forces commencent à baisser, et que nous sommes moins propres à nous faire à une nouvelle vie et à uu nouveau climat.

l^uriii je désirerais (jue le plus graïul nombre des colons, je dirais volonliers tons, rnssent mariés et emmenassent leur famille, et eela pour de mnitiples raisons :

De dignité et de moralité ([ne tout le monde e(tnrprendra;

De soins, de bien-être, de [)réeantions, ([n’nn liomme seni négligea trop souvent et que sa femme preWoira pour Ini;

De trampiiilité, de ]'e[(OS moral, de soutien et d’alfeelion inulnelles, de fortes et saines joies, (pie proenre la vie de liimille et ([ni ont tant d’inllnenee sur la santé.

Si l’on s’en tenait à ees eondilions, le S(\jonr de Madagascar serait [dnt(jt agréable et nnllement dangereux. On s’y lialiit lierait même assez vit(>, non senlemeiit sur les plateaux, on le Framgiis peut très bien faire sonebe, eoinine il l’a fait- à Bonrl)on et à Maurice, mais aussi sur les C(')t(‘s on l’on trouve déjà nn grand nombre d(^ lilanes établis de|>nis de très longues années. In, 20, nO ans, et pins, et se poitant relativement bien. .

Sans doute, on n’éeba[i|»era [las eomph'leniont à la tièvre, surtout [lendant la saison des pluies, c’est-à-dire dcMléeembro à mai, on, [»onr |»arl(‘r[dns exaetennnit, an cominencement et à la lin de la saison des [dnies, car (die existe [larlont, sur les plateaux de l’intérienr aussi bien, ([iioiqne à nn degré moindre, ([ne sur les côtes, à Tananarive, à Fianarantsoa, à Anibositra, comme à Tamalave on à Majnnga. Elle atteint les indigènes, snrtonl, d(‘ l’intérienr, aussi bien ([iie les Enro[)éens, de. telle sorte qn’on lui [laiera, [»onr ainsi dire néeessairement, son trilnit, ([iiaiid on arrivera, (^n même ([nand on ira des eûtes dans l’intérieur, et réei[)ro([nement.

Mais ees accès ne deviendront généralement graves, n’al teindront la foriiu' d’accès pernicieux que rarement, en ([n(d([iies endroits des côtes, à Tamalave, [lar exenqde, sur des lenqiéramenis usés on chez des [lersonnes im|)rndenles on adonnées à des excès. En dehors de là, l(‘s alla(|iies seront bénignes; les accès, [léiiibles et se [irésenlanl sons tont(‘s les formes, ii’offrironl [»as de danger et céderont à nn traitement relativement facile et ([m'toni le monde connaît.

Pintades sanvaiscs.

Les

Tanala d’Ikongo

La route de Manaiijary à Fianarantsoa a le grand tort do laisser sur la gauche deux peuples que nous uo pouvons nous dispenser de signaler, et dont nous devons au moins dire quelques mots, les Baraet les Tanala d’Ikougo.

Rien ne serait intéressant comme d’aller sur place, jusqu’à Iliosy, la capitale des Bara, étudier les mœurs, les usages, les dispositions des diverses tribus connues sons ce nom et plus ou moins semblables, dont on a dit tant de mal, qui, autrefois, semaient la dévastation chez tous leurs voisins, en particulier chez les Betsileo, que les Hova ne purent jamais soumettre, si ce n’est nominale ment, et que nous-mêmes ne sommes pas encore parvenus à pénétrer. Ce sont de beaux hommes, de taille élevée, très méfiants, grossiers d’aspect et d’extérieur, avec un énorme chignon sur la tête et, tout autour, des boucles de cheveux enduites de cire, de graisse et souvent de terre blanche, qui leur donnent un pou l’aspect de notre gâteau Saint-Honoré; avec, pendu au cou, un os blanc, légèrement convexe, de la largeur d’une pièce de 5 francs, et qui est un talisman auquel ils attachent la pins grande importance ; avec leurs fusils aux crosses ornées de nombreux clous de cuivre, toujours brillants, et leurs sagaies polies et étincelantes qu’ils ne quittent jamais. Ils n’aiment pas la cnlliire, ni le négoce, ni rien de ce cpii demande un clfort. Onehpies marchands de détail, Ilova et Betsileo surtout, se sont introduits

Dijférentes coifj'ures des Baras,

clicz eux. Mais à uii aclial proprcnieut dil, ils prélèreiil encore l’écliaiige de leurs [)roduits, paddy, Iruils, légumes, volailles, œufs , contre une bouteille de rlmiu, un fusil, de la ])oudre ou un ai'ticle de ])imbeloterie. Nos j)OSlcs ont fondé des écoles où ils se sont élaldis; mais c’est avec j»eiue (pi on |)eut décider (pielipies eid'anls à les fréipienler. Et c’est dommage, car ces enfants ne mampient pas d’intelligence, sont très dociles et apprennent reinanpialjlemeut le français.

Le pays est très accidenté. Coigié du Nœ'd au Sud [lar la grande arête faîtière, énorme muraille brisée d’où jiointent ici et là des jiies très éic'vés, il se termine vers rOiK'st par cette vaste steppe dénudée et dései'te ( pie l’on appelb' le plateau d’Ilorombé et renferme rénorme massif de l’isalo, ipie recouvrent de nomlireuses forêts. Il y a partout des bois de prix, mais dilUciles à cx[»loiter, et des lianes à caontcbonc qui pourront devenir d’une grande ressource. Il y a aussi, au milieu des foi'éts dévastées, de nombreuses clairières où l’on pourrait entreprendre des cultures abritées, café et autres. Le sol est relativement fertile, parfois très riebe et couvert d’excellents pâturages. 11 y a [leii de riz, les Bai'a b' cullivaut fort mal et se contentant de faire piétiner les rizières par les iHUufs; mais il y a beaucoup de manioc ipii est pour eux ce ipi’est la pomme de terre pour les Irlandais; il y a également des patates et des haricots d’une excellente (pialilé, et beaucoup de bœufs ipii constituent en fait la seule richesse du l»ays, et (pic l’on pourrait facilement mnlli[>lier. A signaler, à un endroit appelé Analavoka, l’exist(Mice d’une terre, mallienreusement de peu d’étendue, composée de sable et de sel, ipie les indigènes recueillent pendant la sécheresse, et dont ils se servent pour saler leurs aliments.

11 serait très intéressant également, refaisant en sens inverse le v(5yage qu’effectuait, au mois d’aoùt et de se|)tembre 1897, M. Guillaume Graiididier, d’aller d’ihosy jus(pie chez les Autanosy émigrés, cette ti'ès inléressanle fraclion

des Autanosy de Fort-Daupbin,

Guerriers liants. {Phot. du C* Dehon.)

(}ui préférèrent qui lier leur pays lorsque les Ilova s’eu ciuparcreut, plutôt que de se souiuelli-e à leur joug-, et allèrent s’élaMir au nord du cours moyeu de l’Oiiilaliy. Ils J YÎveul divisés eu une ti-eutaiue de g^ro^pes, g-ouverués chacun parmi chef, (pii prend le liire de roi, sauf un (pii est eu répiibli(pic. Nous pourrions espérer d’étre nous aussi, cluujue soir, peudaut un mois, l’iiôte d’iiu souverain nouveau et, (pioique (piehpies-uus d’eulre eux u’aieul jamais vu de blancs (avant M. Graudidier), (rèlre accueillis partout avec une grande coi‘dialité!

Il sérail encore plus intéressant de pousser jusqu’à Tulear, ce Tulcar qui revient si souvent dans l’bistoire de Madagascar, et ipii paraît destiné à un grand avenir, soit par la valeur de sou port (|ui est un des plus sûrs et des plus faciles de Madagascar, soil par le voisinage de l’Afrique du Sud, dont il deviendra l’entrepôt uatu rel, soit jiar la fertilité des jiays euvirouuauts, déjà connus par leurs boeufs et (pii u’atteudeut, pour récompenser le colon de ses efforts et de ses avances, que la I rauquilllté.

Le temps nous maii([ue pour faire tout cela ; mais, au moins, devons-nous aller au pays des Tauala voir le fameux plateau d’ikougo, cette forteresse naturelle que les Ilova ne purent jamais prendre et dont nous-mêmes ue parvînmes à nous emparer, le 14 octobre 1897, (pie par surprise et au prix de pertes cruelles.

Les Tauala, ou mieux Aiitanala — baliitants de la forêt — se divisent en deux portions liien distinctes : les Antanala du Nord ou d’Ainbohimanga ipie les Hova avaient conqdèlement soumis, et qu’ils exploitaient à peu près à l’égal des Betsileo, qui, du reste, n’offreut rien de liien particulier, et riiidomptable tribu des Antanala du sud ou d’ikongoqiie les Ilova au contraire ne purent jamais séduire ou gagner. « Les Tauala ne peuvent se rendre sur vos marebés sans être volés et trompés j»ar vous, répondit un jour leur roi à un des envoyés bova qui lui demandait de permettre à leurs marcliands de s’établir sur son territoire; comment voulez-vous (jiie je vous autorise à venir leur enseigner ces deux vices ? » ; qu’ils ne jmrent jamais soumettre non plus, car (piatre fois ils éebouèrent dans leur entreprise contre la fameuse acropole Antanala, sous Banavalona T’' et Radania IL Deqmis, ils les laissaient trampiilles, es})érant bien, un jour ou l’autre, semer la désunion parmi leurs chefs et obtenir enrm, ]»ar la trahison, ce que la force n’avait pu leur donner.

La crainte avait rendu les Tauala mériants à ce point qu’ils ne voulaient avoir ancnn rapport avec aucun étranger, qu’ils ne voulurent jamais recevoir aucun Missionnaire et surtout permettre à personne qui ne fût pas Antanala, d’approcher du célèlire Ikono-o.

Vers 1880, le Père Abinal ht tout pour aller les visiter. Ses guides l’égarèrent volontairement; il fut rejeté bien loin vers le Sud-Est et dut rentrer chez les Betsileo, brisé de fatigue et iirùlé par une fièvre si intense qu’il faillit en mourir. Si le docteur Besson fut plus heureux en septembre 1890, ce ne fut (pi’après deux premiers essais

infVuclueiix, parce (pie le vieux roi Ratsiandraofaiia malade avait besoin de ses l'eim''des, et surtoiil jiarce ijiie lui-môiiie consenlit à (b'veidr IVin-e de saiiod’un de ses lils.

« Voiidi'ais-je vous ])ei'melli‘(' de luonler à Ikoiipo, lui avail dil le vieux roi liiiiiiêiue, lors de sa seconde excui'sion, (pie mon jionple s’y opposcrail, m’accusant de livrer à des élranpers le secret de son iiKb'pendance et d(‘ sa lil)ert(d »

Mènu' sa la'cejilion par Hatsiandra(d'ana élail di^'jà une gi'ande faveur.

« Le roi vous a reçu avec joie, lui dit dans un grand kabai'v }mblic, le chef llatsiaudravalia , commandant supérieur des Tauala en cas de giieriw', parce (pie vous êtes Français, car il sait ([ue ni vos jières ni vous, vous ue nous avez jamais fail la guerre. Ce[)endaul, notre peuple est im[uiel de vous voir dans son pavs avec une suite iioiuhreuse, car il croit (pie vous êtes les amis des llova, au milimi desipiels vous avez bâti voire résidence. A eux seuls, les llova ii’oiit |ui nous vaincre, mais nous craignons (pi’aidés de vos conseils et de votre science de la guerre, ils ii’arrivent à s’emparer (rikongo. Prouvez-nous (pie vous êtes nos amis et non ceux des llova; donnez nous de la poudre, des lialles el des pierres à fusil [(oiir lions peimettre de nous défendre, car nous redoulous toujours la[ierlidie naturelle des llova. Hieu ue mampierail, au bonlieur des Tauala, s’ils ue craignaient sans cesse de voir les llova, leurs irréconciliables ennemis, violer la foi jurée. Diti's au grand chef fi-ançais que nous avons foi en lui, et (pie les Tauala vivraient dans une benreuse sécurité, s’il acceptait de les prendre sous sa protection. »

C’étaient là des protestations malgaches. M. Besson put s’en apm'cevoir luimême eu 1896, lors de la révolte tauala, et ce fut à lui ([u’écliut le soin de les soumettre et de reprendre, cette fois en comliattaiit, le chemin de leur capitale.

Ce ue fut cependant pas sans hésitation (pie les Tauala se soulevèrent.

Ils avaient observé avec soin la révolte des llova et, plusieurs fois, avaient été vainement sollicités de s’unir à eux. Le roi était manifestement pour la jiaix, ainsi (pie ses iils, sc rajqielant les uns et les autres que l’iiii d’eux était le frère de sang de M. Besson, et restant sous l’inllueiiee de notre représentant. Mais, tro|) tiM [leutétre, au mois d’août 189G, un chancelier, M. Bertrand, et un lieulmiani, étant allés s’installer à la résidence de leur roi, on commence à craindre et à s’agiter; au mois de septembre, des moiivemeuts inusités se |)roduiseut ; des chefs viennent du Sud, et même d’Ivohihe, accroître le parti des mécoutents ; les ouvriers de la route à péage, qui passait au sud des rochers, sont disjiersés, et la décliéance du roi et des chefs restés lidéles à la France est proclamée à Ikongo. C’était la révolte. M. Besson accourut à Maromiandra où l’immensi' majorité de la population se rendit au kahary convoqué par lui , el- lui jura lidélité. Mais les groupes du plateau refusèrent de se dissoudre, déclarant ipi’ils feraient la guerre aux Français comme ils l’avaient faite aux llova, et ipi’ils liniraient par les chasser de leur [lays.

Il fallut recourir aux armes et enqiorter par la force le plateau d’Ikongo.

La (liirérence de niveau entre le rocher d’Ikongo et la vallée qn’il doinine est d’environ GOO mètres. Elle donne naissance à une sorte de muraille naturelle liante de 500 mèires, doni les lianes, presque veiiicanx, sont entièrement couverts de grands arbres, qui élèvent droit an ciel leur cime avide de soleil.

Le plateau d’Ikongo lui-méme, n’est, en qiieh|ue sorte, qu’un énorme pan de mur isolé et comme détaché de cette gigantesque arête montagneuse. 11 a la forme d’un arc de cercle, très allongé, tourné vers l’Est, et de 8 à 10 kilomètres de long. Le sol en est noirâtre, recouvert d’une couche épaisse d’humus et susceptible de recevoir, sur nue surface d’environ 5 à 600 hectares, la jilnpart des cultures indigènes, le riz excepté. Un petit ruisseau, toujours vivace, y coule du Sud an Nord, et retombe en cascades le long des parois d’un rocher gigantesque qui est comme le cheval de frise de cette immense citadelle, sorte de Gibraltar colossal. On ne peut donc le réduire par la famine et il n’y a en tout que deux points faibles extrêmement faciles à défendre, réchancrure par laquelle s’échappe en cascade, au Nord, le ruisseau d’ilavaohina, et l’espèce de soudure qui le rattache, à l’Ouest, à la montagne d’ Ambondrombe, ou montagne des morts.

Du 5 au 9 octobre, eurent lieu des engagements très vifs, qui nous coûtèrent des pertes sensibles. Mais le 10, qui était un dimanche, comptant que les Antanala ne s’attendraient pas à une attaipie ce jonr-là, comptant aussi sur leur paresse, sur le froid de la matinée, qui était très vif, et le brouillard qui était très épais, M. Besson s’avança sans bruit jusqu’au dernier retranchement et s’en empara par surprise.

Ikongo était pris et les Tanala durent se soumettre.

Ce sont do beaux hommes , bien supérieurs d’apparence aux Antanala du Noi'd, ([ui ne paraissent pas être complètement de la môme famille. Parmi eux, plusieurs ont le teint blanc à un degré remarquable. Ils ne manquent pas de grandeur et de vertus. Us sont inlelligents, pins intelligents que leurs voisins les Betsileo ipi’ils méprisaient complètement pour avoir accepté le joughova, et, jusipi’à

un ccrlain point, travailleurs. Tons sont mariés et leurs mœurs sont relativement meilleures que celles des autres tribus malgaches. Ainsi l’adultère y était-il très rare. Us ne sont pas voleurs et leur probité est d’autant plus remarquable que partout ailleurs elle n’existe }ias. Tout objet perdu est colporté de village en village, jusqu’à ce qu’il soit réclamé par son maître. Les crimes et attentats contre tes personnes y sont rares ou inconnus et la peine capitale n’a pas lieu d’y être ap-

Bœuf porteur chez les Baras.

[tliquée. Ils n’ainieiit pas les procès. Enfin ils ne s’enivraient pas anlrefois, non par vertu, mais par nianqne d’occasion.

Paysage d'imerina, les' rizières étagées.

Aspect physique de Madagascar, Le Betsileo.

Nous voici enfin dans la région des plateaux, on, pins exacleinent, sur le grand plateau central, qui n’est pas nn [)latean dn lont, (pii n’est (jn’iin ensendde de montagnes et de vallées enclievôlrées et midlijiliées à l’excès, mais (pie nous continuerons à apjieler ainsi, nni([nement pour parler comme lont le monde.

Rien n’est cnricnx comme ra[>parence pbysiipie on le système orograjdiiipie de Madagascar, et peut-être est-il bon d’en donner ici nn apeiyn.

Telle (pie nous commençons à la connailre, l’ilc eomprend ;

T’ Une eeintnrcdc plaines, basses et très étroites à l’Est, et beancoiip pins larges à rOnest. Nous venons de parcourir et de décrire sommaii ement la plaine saldonnense orientale. Laplaine oceidcntale est marquée de collines d’ime élévalion moyenne de 400 à 500 mètres, dans lesquelles on reconnaît facilement d’anciens récifs de coraux à [leine modifiés et alfcctant généralement la forme de [ibrleanx allongés.

2° An Sud, se Ironve la vasie jilaine sablonnense, on mieux le plalean Mabafaly, dont lions avons (bqà [larlé, de 500 à GOO rnèlrcs d’alliinde, li'isie, déserl, stérile, sans ean, avec une végétalion très caractéristiipie de no[ials et d’anlri'S plantes grasses, rares et rabougries.

R1ADAG.\SCAI\.

— ‘.to

3" Au Nord, im premier plateau, ]>iqué de hautes luoulagues et <pii se teraiiiie, vers le lae Alaoira, ]>ar uu col de üOO mètres seulement d’altitude. C’est là, entre les Betsimisaraka de l’Est et les Sakalaves de l’Ouest, le point de jonction naturel, (|ui a dû jouer uu rôle historique inqiortant, soit à l’époque de Beuyowski, soit de tout temps, et qui est appelé à aA'oir uue grande imporlance dans le développement de l’île.

4° Le j)lateau d’Imerina-Betsileo, qui occupe eu étendue uue grande partie de l’ile, où se trouve la population la plus dense, la plus intelligente, la plus avancée en civilisation, et celle (pii présente le }>lus d’avenir, pour ne pas dire la seule qui en [irésente.

Dans son ensemble, il olTre une inclinaison marrpiée d’Est-Ouest, sou reliord oriental s’élevant IVécpieinment à l.GOO mètres, tandis que le l'eliord occidental ne dépasse qu excejitionnellement 1 .200 mètres. Mais partout, an Nord, au Sud, à l’Est et à l’Ouest, ses limites très prononcées et ses pentes 1rès à pic, lui donnent l’ajiparence d’un immense gâteau eu cône trompié, posé sur un gigantesque plat renversé.

5° En outre de ces jùaines basses et de ces hauts plateaux de 1 .200 à 1 .400 mètres d’altitude, on rencontre, dispersés inditréremment sur toutes les parties de l’ile, au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest, au Centre, partout, des accidents éruptifs d’origine volcanique. Isolés, d’ajiparence bizarre, et ])ai fois très ini|)ortants, comme celui de la

Paysage hova. — Anihohimalaza .

iiioulag’iio (rAiiil»r(‘, an Nord, (‘I , au C(‘iil ro, riiiimeiis(' massif de l’Ankaral ra, ([ui est ]>aii()iiiss(Mnent oeeideiilal de la grande ar(‘le failière enire riineriiia et le Belsil(‘o, et eomine le cenire orogra|)lii(|ne de 1 île.

(^)nanl à l’apparfuiee du |datean eeniral, eoiisnléi'é dans son ('iiseinld(‘, ancnne deseri|)l ion ne saurai! en donner nue idée. (NesI nn amomadleineni de inonlagnes se pressant les unes eonire les an! res, sans ordr(' appareni, pèle-incl(', et, suivant la eomparaison Ijieii sonvenl r(“prise, eoininenne mer en Inrn' dont les lames immenses se serai('nt sondainemenl solidifiées. 11 y a liien eà et là ([iiel<[nes vallées très larges, (elles (pie celles d’isandra, de Betafo, de Tananarive, di* Moramanga, d’Antsilianaka, etc. ; et la pointe extrême nord de l’ile n’a pas snlii l’action de la grande érnplion granilicpie. Mais, [laiàont aillenrs, on marche des journées el des semaim'ssans trouver h' moindre plateau, même d’nn mille carré.

Je ne sais [las s’il y a an monde une antre contrée couverte d’nne pareille masse de montagnes, car jdns de 90.000 milles carrés ont été bouleversés [»ar les deux érn[»tions graniiiipies ipii semblent s’ôtre succédé à Madagascar.

An point de vue de la fertilité, des productions, de la cnltnre, le plateau central dilfère également totalement de ce ipie nous avons vu jnsipi’ici.

Les montagnes sont dénudées etdé|)onillées de[mis des siècles, si tant es! ipi’elles aient jamais été boisées. Les pluies diluviennes les ont ravagées en entrainant- dans les vallées les jirincipes nnl ril ifs. De pins, le sol n’est pas riche, car il mampie presque partout deséléments constiinlifs indispensaldes [»onr ragricnltnrc, an moinsdans nos terrains d’klnropiy surtout de calcaire, et, en beancon[) d’endroits, d’acide [diosphori- (pie. Le calcaire existe en gi'ande qnantité dans l’Ouest et dans le Sud-Ouest, mais les moyens de communications ne |termettent jias encore de le I rans[)orler. D’autres gisements de ([iialité inférieni'e ont été réccmimmt découverts dans le Betsih'o, dans l’Ankaratra et dans le dist.i'ict d’Alasora, [U'ès de Tananai'ive. D’antres seront découverts ailleurs (pii permettront d’améliorer les terres, s’ils sont suflisamimm! nombreux (d facilement accessibles.

De pins, c(‘ s(d, de sa nature, est très compact. Il demandera donc beanconp de bras. Mais ces bras, on poiiriai les avoir, car nulle [>art , à Madagas-

//Il'opa à rn'c .

car, la populalion n’esl aussi (leiisc , ni aussi iuauial)le, ni aussi lahorieuso.

Uu cliaiiii'ciuejil très uct sc montre eu elTet, dès (juc l’on pénètre dans les limites du Betsileo.

Ce lie sont plus les villages clairsemés ni les maisons eu bambou ou eu roseaux, de la plaine orientale, que l’on rencontre; ce sont de vraies maisons, en bois, si elles sont anciennes, en terre, si elles sont récentes, avec un rez-de-cliausséc et uu étage, une petite croisée au Nord et une porte invariablement fixée à l’Ouest. Et ces maisons sont dispersées un peu partout, dans les vallées fertiles, à côté des rizières on du clianip de manioc, entourées d’un fossé et d’une baie épaisse de cactus, constituant ce que les Betsileo appellent le vala.

La province du Betsileo, la seconde en importance des provinces de Madagascar, présente vaguement la forme d’un rectangle allongé, entre rimerina au Nord, le pays Bara à l’Ouest et au Sud, et le pays des Antanala à l’Est. Sa superficie est d’environ 3 millions d’hectares, sur lesquels 2 millions sont cultivables et environ 30.000, situés dans quelques vallées plus fertiles, réellement cultivés. Sur ces 3.000.000 d’hectares, il y a environ 300.000 habitants, à }>eu près 10 habitants par kilomètre, inégalement répartis, laissant presque complètement déserts le plateau et les massifs que fouettent les vents de la saison sèche, tandis que certaines vallées, surtout près de Fianarantsoa et d’Ambositra, sont très peuplées.

Le Betsileo est, dans l’ensemble, notablement plus fertile que l’Imerina. Son sol, argileux avec présence de sable, est ordinairement riche en potasse, en phosphore et en liuinns, mais inampie également de calcaire.

Les 30.000 hectares cultivés le sont surtout en riz, manioc, patates, haricots, maïs, cannes à sucre, ])onimes de terre. Los légumes et autres produits de l’Europe, tous nos arbres fruitiers, surtout le pommier et le pécher, réussissent parfaitement sur tous les points de la province. L’agriculture est partout en progrès. De même l’élevage, qui donnera sûrement d’excellents résultats, aux(juels ne sera pas inutile, en particulier, la jumenterie créée à Fianarantsoa.

Le climat du Betsileo est remarquablement agréable, et, dans rensemble, très sain. Sans doute, le paludisme y sévit, comme partout à Madagascar, surtout dans certains disti icts; mais l’Européen n’y est pas déprimé par la chaleur comme sur les côtes, et, scs forces sc refaisant par un véritable hiver et la succession des (piatre sai-

sons sulTisainnieiit i l■alu•ll('‘0, il s’y pmie géiiéralciuonl hien, jteiit y rosier loiigloinps et s’y livrer à des Iravanx iiiainiels prolongés.

Foi'f^erons iudiÿcncs il Mantasoa. (Phot du CP Pritdlioniiiie.)

J.c peuple Betsileo est une des plus intéressantes tri bus de tout Madagascar par ses (pialités et par scs défauts, par son histoire (pii se résume dans une longue ex-

ploitation, et i»ar le parli ipie nous pourrons en tirer, si loutidois nous savons nous en servir. Il est liai und leiueiit patient, docile, huil, indolent, apalliique, un peu coiuine le bœuf ([U il [lossède , et auprès dii([uel il aime à vivre. Il ne inanipie pas d inlelligence, et, ([uand il veut s’appli([uer, il réussit jiresqne aussi liieu (pie h' Hova; mais sa paresse native et la lourdeur de son caractère ou de sou teinpéraïuent l’einpèclient de se dévelo[»pcr. Sa vie est généraleineut so-

La vcnlc du riz nu délai!.

lire; mais, è l’occa-

sion, il se livre volouliers, et an delà de tonte mesure, les femmes aussi bien ({ne les hommes, à d’iiilerminables or<-'ies (|ni consistent surtout à se gorger de viandes et de rlinm. Son grand bonheur est ce{(eiidaiit de vivre lraii({nille , à côté de son cham{) ({ii’il cnitive avec soin, et de ses trou{»eanx ({ni font son bonbenr, an milieu de ses enfants dont il aime à s’entourer.

Ses mœurs sont loin d’ôtrc {nires. Le mariage n’est ({vi’nne union tro[. souvent im{)arlaite, ({iii man({ne à la fois d’nnilé, {mis({ne le mari avait souvent deux on trois femmes, de stabilité, {)iiis({ne le divorce existe très fré({nent, et de fidélité, de la

{lart de la femme aussi bien ({ne dn mari. An moins, il est bon {1ère de iamille, attaché à scs enfants, très res{)ectnenx {lonr les vieillards, les rangahibe , comme on les a{i{ielle, et il a {lonr ses morts nn culte véritable. Ce culte se manifeste surtout {lar la solennité des funérailles, qui étaient d’interminables orgies, et {>ar le luxe relatif des tombeaux, établis nn {len {lartont dans le {lajs et surmontés d’nn massif en {lierres sèches de forme rectangulaire, d’environ 5 mètres de côté sur 1"',50 de hantenr, avec — ce qui est très rare à Madagascar — qnel- ({iies motifs de décorations, {lar exenqile dans la dis{iosition des innombrables tètes de bœufs ({ni les enlonrent.

Nnlle {lart {ilns ({iie cliez les Betsileo, sauf toujours en Imerina, les diverses Missions élablies à Madagascar n’avaient fait autant d’efforts [lonr s’étaldir, et nnlle {)art elles n’avaient revêtu [dns clairement cette {diysionomie {)oliti({iie on nationale dont on aura de la {leine à les dé{)onlller, les Protestants re{)résentant le gouvernement hova et l’inllnence anglaise , les Calholi({nes re{)résentant l’inflnence française. Bien entendu, l’Administration, avant notre arrivée, était {irotestante, et il n’était {las rare, le cas signalé {>ar Guide de rimmigrant (t. C, {i. 295), (( de ce grand juge de Fianarantsoa, ({ni était le fils dn gonvernenr hova et nn ancien chef de cambrioleurs à Tananarive, ({ni était Ini-méme le chef secret et rins{)ira-

Marchand es de savon et de bougies mn/gac/ies.

tour dos ravissours (ronfants ot d('S volours do nuit; oe ({ui 110 roinpôcliait pas de prêcher Ions les dimaiichos et do commoiilor dévotoiiioiit la morale do n^lvaui^ilo à Aiidranobirika, h‘ plus i^rand tonijile do Fiaiiarautsoa ».

J)o li'iir côté, les missiounairos français ii’avaioiit uullo ]iart plus soiillort et ]»lus travaillé (pio dans le Botsiloo, depuis l(S7l (|u’ils s’y étaient élahlis. IjO r(‘|)résoiilaut do la Franco ii’avait jamais cessé do les soulmiir, ot d’unir sou in-

Fro}}ia ^cs malgaches. Iluoiico, (p.i était très gTaiido,

à la Imii-, (pii no l’était }>as

moins, on faveur do leur pairie. Le peuple élail do cumr avec eux, a ce point ([ii’eii 1893, ([uand se lit l’inscription pour les écoles, les Catholnpu's seuls eurent plus d’enfants (pie tons les Protestants réunis.

On se trompe donc, ou, au moins, on exagère sérieiismmml (piand on dit « (pie les Betsileo, comme tous k's Malgaches, sont restés letichisles el adoraleurs secrels des anciens sampy ou idoles nationales »; (pie « leurs croyances clirél iennes, toutes de surface et autrefois ini|)Osées jiar le tout-puissant liras séculier de Bainilaiarivony », sont sans fondements; ([u’ils sont « le jouet d’nne foule de superstitions, croient sincèrement aux sorciers, aux jeteurs de sorts, et à une foule A'ody ou amulettes » [Guide de l'imiuig;ranf). Tout cela était vrai, ])eutétre est resté vrai pour les l’rotestants , ipii avaient le tort d’être, en effet, une église d’Ftat imposée jiar l’autorité.

Mais tout cela u’é-

tait pas vrai des as-

Changciir en plein vent.

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