‹ Empire colonial de la FranceChapitre 7 sur 16 · OG · texte numérisé non relu

OG

scmhlées catliüliqncs ([ui s’élaieiil formées peu à peu, en dehors de radiuiiiislratiou liova, sous la seule influence des Missionnaires, et (jui étaient en train de devenir des Chrétientés ferventes, en dépit de leur ignorance encore très grande, de leurs

Missions catholiques. — Une classe d’élèves indigènes.

faildesses trop noinbrcnscs, de leurs défauts de toutes sortes. La Mission du Betsi- Ico promettait l)eaucoup, et, en dépit des mauvais exemples, surtout d’indiflerence et d’incomlnite, (jue nos représentants et nos compatriotes de tonte sorte ne lui donnent (pic trop, je crois (|u’elle donnera qnehjue chose de ce qu’elle promettait.

Ici, comme })arlout, mais pcnt-ctre avec une acuité plus grande ([u’ailleurs, s’est posée, après la conquête, la (jueslion religieuse, venant de ce fait que les Catholiques, triomphant avec la France, prétendaient hien n’étre plus les parias et les jicrsécutés d’autrefois, et que les Protestants, étant vaincus avec les Ilova, voulaient néaumoins conserver le |dus possible de leur situation privilégiée et, pour cela, se faire couvrir par leurs coreligionnaires de France. Mon opinion est très arrêtée à ce sujet et basée sur une certaine étude de la question. Mais peut-être mes aflirmatious seraient-elles sus}»ectes, ipiclque soin que j’apporte à ne rien exagérer et à être toujours sincère dans tout ce ipie j’écris, et réservé jus([u’à l’excès, ([uaiid il s’agit d’adversaires. Aussi me boruerai-jc à douiier les appréciations d’un voyageur, d’un des directeurs du Comptoir d’escompte de Madagascar, ipii visitait le Betsileo alors que les dil’licultés étaient le plus grandes.

« L’école et le teni[ile, éerivait-il à ce propos dans son journal iniinie, sont facteurs de grandes diseussions à Madagascar en général, et dans le Betsileo en partienlier. Nous avons eu à Airdjositra un exemple île ees regrettaMes ipierelles religieuses dont le résultat le plus net sera, à mou avis, le discrédit jeté, dans les esprits des indigènes, sur toute religion clirétienne, catlioliipie et protestante.

« Les PP. .lésuites étaient, dans rimmense majorité des villages betsileo, les seuls missionuaires français. A côté d’eux, îles Norvégiens et des Anglicans. Qu au nom du l'espect des droits aeipiis on ne molestât pas ces derniers, je 1 accorde, mais il fallait rester inllexilile sur deux points : exiger îles Norvégiens et des Anglicans le res[)ect de la France et sévir, par expulsion ilu [>ays, lorsqu’il était nécessaire. \b)ilà le premier [loint, le second étant : à aucun prix ne lavoi'iser rétablissement de missiojmaires français protestants dans le pays. Or, sur le premier point, on a été d’abord excessivement faible et indulgent, et de cette indnlgence ou a dû passer à la rigueur en présence de laits indiseutables de propagaiidi' aiitifrauçaise, et, par faililesse encore, pour bien piniivei' que les sympatbies confessioiiiielles u’avaient en rien dicté ces mesures de riguimr, on a ap[)idé la société des Missions évangéliques de Paris àpiendre la succession religieuse des Protestants étrangei's.

(( La faute a été aggravée ])ar le soin pris de pousser les Proleslants de laçon à leur donner, jiar faveurs ollicielles, les mêmes élémeuls d’action que ceux que la Mission des PP. .lésuites lient des aumônes des Catholiques, et cette faute se double d’une injustice, les Protestants n’étant, en somme, qu’une faible minorité en France.

Par ces manœuvres maladroites, ou a obtenu le résultat suivant : développement très grand, chez les indigènes, de sce}itieismc à l’égard îles religions vazalia et retour aux pratiques superstitieuses anciennes qui sont un retour à la liarbarie.

Si c’est là le but ipi’on cliercbait, il est admii'ablemcnt atteint, mais il est déplorable, au point de vue simplemeut civilisateur et humain, autant qu’au point de vue religieux »

Ecole des sœurs. — Jditanarive.

.MADA(;\SC.U1.

Qu’oii étende ces a}»pi'éciations à toute l’ile de Madag'ascar, et en particnlier à riinerina, et Ton aura le véritable aspect d’une question que d’aucuns ont embrouillée à plaisir, mais qui, dans son ensemble, est très simple.

Avant la conquête, les Missionnaires catholiques avaient travaillé })our la France, en meme temps que pour leur foi; les Missionnaires protestants — aussi bien les Quakers américains et les Luthériens de Norvège que les Indépendants ou les Anglicans anglais — pour l’Angleterre. Qui oserait le leur reprocher?

Après la conquête, la situation était changée. Il ne fallait persécuter persouiie, il fallait laisser la liberté à tous, même aux Anglais, à la seule condition de respecter l’autorité définitivement établie de la France. Mais était-ce trop demander d’un gouvernement français, après les services rendus, après les persécutions supportées à cause de lui, après uu double exil, parce qu’on était Français, pendant les deux campagnes de 1883-1885 et de 1894-1895, après avoir tout fait pour aider à sou établissement et empêcher Madagascar de devenir anglaise, était-ce se montrer trop exigant que de demander à la France la liberté complète et, avec la liberté, un peu de bienveillance? Si on avait accordé cette liberté, si on y avait joint cette bienveillance, si l’on n’avait pas commis cette faute polititpie énorme de laisser des Missionnaires protestants français aller à Madagascar, couvrir leurs coreligionnaires anglais, et compliquer étrangement la situation, peu à peu les Malgaches fussent allés aux Missionnaires catholiques, fussent venus à nous; peu à peu les Missionnaires étrangers fussent partis, et, dans moins de vingt ans, — je l’allirme sans hésiter, parce qnc c’est la vérité, et aucun de ceux qui ont connu l’ancienue situation no me démentira, — toute bile eût été catholique.

Au seul point de vue politique, il est incontestable que cela eût mieux valu pour la France.

Avant notre complète, les Ilova exploitaient indignement les Betsileo et nulle part leur administration ne fut plus oppressive et plus arbitraire.

La situation était doue exceptionmdlement bonne pour nous dans ce pays désolé et ruiiK' par eux, au milieu de ces populations dociles et souples, qui détestaient leurs op})resseurs et étaient prêtes, par avance, à accepter comme des libérateurs ceux qui viendraient les déliarrasser d’un joug odieux. Et cela d’autant plus que la France était représentée depuis longtemps parmi eux par un homme juste et bon dont ils admiraient les (pialités et appréciaient le caractère, le D‘' Besson, et par un corps de Missionnaires dévoués qui les avaient toujours défeudus, et, par surcroît, avaient toujours marché d’accord avec le Résident français, tandis que tous les Missionnaires protestants s’étaient gravement compromis, nous l’avous déjà dit et tout le monde le sait, en faveur des Ilova et de l’Angleterre.

11 u’y avait doue qu’à cueillir le fniit mùr, et le Betsileo devait être tout naturellement le paidisan le plus dévoué do l’influence française, le pins solide

l'iœ "cncrale de Fianarantsoa .

a])})ui de noire dominalion, el , en cas de danger, un refuge assuré.

Cela est si vrai que, malgré la politi([ue néfaste de M. Laroche, alors que Ionie l’ile était en feu, le Betsileo nous l'esiait seul fidèle, oasis de paix et de trauipiillité au milieu de ce vaste incendie (jni, im moment, compromit l’aveuir de notre nouvelle colonie.

Depuis, plus d’une laute a été commise. Par suite de je ne sais quelle direction, l’Administration s’est départie de sa bienveillance ancienne, et notre joug s’est parfois fait durement sentir aux Betsileo, soit pour la [terceplion des impôts soit })Our les prestations. Mais ces fautes peuvent éire réj)arées, et avec une administration sage et bienveillante, on peut faire du Betsileo la plus tranquille, la plus riche, la plus sûre «les provinces de Madagascar.

L’Imerina et Tananarive

Fianarantsoa est située dans une gorge assez large et sur deux hauteurs en forme d’Y «jui occu|»ent le milieu de la gorge. Les deux montagneltes douueiil l’illusiou d’un Tananarive minuscule, illusion «[ue les Mova ont complél«'‘e en cr«‘ant

- iOO -

Cathédrale de Fianarantsoa.

im petit lac an bas de la plus petite colline, pour figairer le lac do la reine, à Tananarive. Les cases malgaches couronnant la pins grande liantenr viennent s’égrener sur la seconde pente (pii se poursuit doucement vers le Nord et sur lafpielle sont installées les principales constructions européennes, l’église, la résidence et les écoles catholicpies. les maisons des colons. Le long de la route de Tananarive, à peu de distance de la route, vers l’Est, le plateau de Tsianolondroa oiïre un vaste emplacement pour une ville future.

La route entre Fianarantsoa et Tananarive est une des plus belles de celles que nos officiers ont construites à Madagascar. Largo de 5 à 6 mètres, Iiordée de fossés, avec des ponts sur les rivières, — quelques-uns de ces ponts sont très remarquables, — elle se prolonge 260 km. plus loin vers le Sud, jusqu’à lliosy et Bitsoka, et se relie à tout un réseau de routes

muletières avec chaussées, ponts et ponceaux, qui font communiquer entre eux les cantons et chefslieux de canton de la province.

L’aspect du pays no se modifie pas beaucoup à mesure que l’on s’avance vers le Nord, si ce n’est qu’il devient plus sain vers Ambositra et l’Ankaratra, que les villages deviennent de plus en plus rapprochés et surtout dus considérables , à mesure que l’on s’approche de Tanaua-

rive.

Rien ne serait intéressant comme de s’arrêter le long de cette gmiido route de plus

de 400 km. de

Amboh'jnangn .

Ancienne résidence de la reine Ranavalo III. lo'f^L 'Ic Fia-

l'ANANAItlVE VU DU LA liOUTlî DU ,-\1AJUM:,'

nai’tUitsou u 1 aiiaiiarivo, pour sc rendre compte de la coiifi^’uratiou [)liysi(pie du grand plateau central, (pie l’on parcourt ainsi dans la pins g’rande partie de sa long-neiir, pour voir les nombreuses vallijes et les torrents ipii le sillonnent; les immenses blocs de granit ipie le dépouillement des terres environnantes, sous I action incessante des eaux de [duie, a laissé découverts comme autant de témoins muets et immuables d un passé disparu; les montagnes très accidentées, d’aspect fantasti(pie souvent, avec leurs lianes abrupts et dénudés, les boiapnvts d’arbres ou d’aloès géants ipii parfois les surmontent, les villages d’ordinaire ruinés ipii, ailleurs, dominent leurs cimes; les fossés profonds ipii entourent ces

villages et ipic coupe une étroite tranchée liarrée }>ar nn énorme bloc, une pierre ronde roulant sur elle-même comme une gigantesque meule de moulin; les vallées ordinairement cultivées en rizières, ([ni s’étagent aux lianes des collines, en gradins verdoyants; les tanety on [dateaux dénudés; les tombeaux, prcs([ue uniformément des cubes de maçonnerie recouverts d’une large dalle et snrinontés d’une [lierre levée, ([ni s’échelonnent le long des chemins; les sentiei’s qui gravissent le liane des montagnes et ([ue parcourent [(arfois de longues théories de iMalgaches revêtus de Idanc, un sohika on dn liois sur la tète, et se rendant à un marché en plein air que l’oii aperçoit au loin dans un coin de la montagne, à l’approche d’un village; tout un pays nouveau, curieux, fautasti([ue, très ensoleillé, nu et cependant attirant, pauvre et dont il semble ([u’on [lourra tirer beaucoup, étrange et que l’on croit reconnaître, ca[»tivant et absorbant dans son ensemble.

On aimerait à s’arrêter et à assister à ces funéi'ailles ([ni se célèbrent dans

Il II des villages de la route, à cette veillée des morts où les cris, les pleurs, les com}>limeiits de coiidoléaiice, alternent avec les tournées de rhum, les excitations de l’orgie, et (pu, malgré tout, sont impressionnantes; à cette interminable procession de lamba blancs emportant le cadavre an loin, sur la montagne, dans le tombeau de famille, cpii n’est antre, parfois, <{n’nn gigantes<|iie nid de vautours taillé dans le roc, an sommet d’une falaise de rochers, où l’on n’acccdo que par un échafaudage géant .

On aimerait à s’arrêter aux endroits les plus connus et les plus importants de la route, par exemple à Ambositra, cette charmante oasis, située à moitié chemin entre Fianarantsoa et Tananarive, dans un pays relativement fertile, probablement très riche en mines, surtout de cuivre, et vraisemblablement destiné à un grand avenir. Le thermomètre n’y dépasse jamais et souvent, pondant la saison froide, il s’approche de 0®. L’air y est moins humide qu’ailleurs, et, plus qu’ai Heurs, l’Eurojiéen peut y vivre et y travailler.

On aimerait à se rejeter sur la gaucho et à })arcourir le si intéressant plateau d’Aukaratra, où il y a beaucoup de mines, avec des eaux minérales probablement très riches, par exemple, celles, déjà exploitées, d’Antsirabe; avec une pO}mlation que nous avons eu do la peine à soumettre, mais qui présente de la ressource et est travailleuse; avec des pâturages très étendus, de riches vallées, un sol })lus fertile (|ue dans les autres parties des hauts plateaux, un climat aussi saiji et aussi habitable (|ue celui d’Ambositra.

Mais le temps nous presse. Il faut nous bâter, parcourir au galop de nos porteurs les villages de plus en plus nombreux et de plus en plus considéraldes qui maiapient le centre de l’Imerina, et arriver enfin, vers la tombée du jour, en face de la capitale de Madagascar, de la célèfire ville do Tananarive.

C’est une ville très curieuse que cette ville de Tananarive, très curlenso surtout autrefois, avant ipie nous ne l’eussions changée et améliorée.

A la seule exception de la longue voie qui allait de l’Est à l’Ouest, traversant la ville dans tonte sa largeur, large, tortueuse, mal pavée, pendant 200 ou 300 mètres, et couverte ensuite de rochers, coupée de ravines et escarpée comme un sentier de montagnes, on n’y voyait aucune rue, mais seulement des sentiers tracés au hasard des besoins, courant sur des rochers, bordant des précipices, avec des gradins et des rampes fantast icpies, larges parfois d’un mètre et même moins; et partout, dans toutes les direct i()us, alfectant toutes les formes et toutes les grandeurs, sans autre uniformité que leur uniforme couleur rouge et leur orientation constante vers l’Ouest, un amas indescriptible de cases, au milieu desquelles émergeait ici et là une grande et l)elle maison, une église catholique ou un temple protestant, dévastés surfaces couvertes de rochers ou de ruines de toutes sortes, d’arlu'cs, de cactus, de plantes grinqiantes; puis les deux places également ravinées

(rAudohalo on dos Proclamations, an centro, et do Maliamasina, lo champ do Mars malgaclic avec la pioi'ro sacrée do la Reine en son milieu, avec lo lac et l’ilot Nosy, à droil(', dos rizières an-dolà, on face et à ganclio, nno liante montagne en

forme de ballon, large, ravinée et déserte ; enfin, an N. -O., l’amas indescrijil iblo do terres et do cases on bambon convoi-li's do paille qui conslitnaimit lo Zoma.

Malgré tout, elle avait grand air ([nand vno, de rOnost, dos dignes do l’Ikopa, elle se présentait devant vons, comme nn immense amplii-

tbéàtro, pittorosqnomont étagée sur les lianes de Tananarive. - La ville haute. scs trois collines que conronnaiont, visibles de tons les points do l’iiorizon, le palais do Reine avec sa grande terrasse et ses liantes arcades, et, à ganclie, le palais dn Premier Ministre que distingnaient ses ipiatre tonrs carrées et son dôme central. droite s’étendait le riche quartier malgache, bordé par d’abriqits escarpements qui terminent la montagne. T)n côté Nord, et à ganebe, se développaient, moins accidentées et plus basses, les deux autres collines, l’nne dans la direction O. -N. -O. avec le palais de la Résidence française, et l’antre vers le Nord, pour s’inlléchir ensuite vers le N.-t)., avec les belles maisons et les résidences de Faravohitra, appartenant surtout aux Anglais.

A mi-côte ifi, an centre de ce grand aniphit héàtre, entre vous et h's deux palais se trouvent les bâtiments de la Mission catlndiipie d’on (''inergent les deux tonrs de la Cathédrale.

MADAOASCAK.

Va

- lOG -

Place Jean Lahorcle apres

Enfin an sud et à l’est de Tananarive, mais nn peu en dehors, comme pour l'encadrer, vous voyez d’nn coté le palais de Radama P'', tout en bois et très original avec ses trois pavillons et ses varangues, an centre d’nn plateau nivelé, plus étendu encore f[iie la place de Mahamasina; et, de l’antre, sur nn sommet très élevé (1.403 mètres) les coupoles de l’observatoire d’Amhohidempono.

Jm place Jean J^ahordc néant l’occtipalion française.

% transforinalion.

Ail joui'd’liiii, liieii des eluuigeiiieiils se sont jirodiiiis, jiour le mieux assurément, car si le pillores(|iie y a perdu, tout le l'osle y a g'ai^’iié. lAi lail , Tauauarive a été transformée et est devenue presque nue ville moderne. Il u’y a pas encore d’éleetrieité : cela viendra, et laqiidemeut. 11 u’y a pas encore de conduite d’eau, et cela est urgent. Mais un système d’égouts a été inauguré qui achèvera d’assainir une ville iléjà très saine }»ar sa situation. Mais des jilaces ont été aménagées an lien des cloaques ravinés de jadis, par exemple la place .lean-Laliorde — l’Andohalo d’autrefois — avec son kiosipie à musique très gai et très élégant au centre; avec ses trois terrasses reliées entre elles par des escaliers et entourées d’une lialustrade en briques; avec ses talus gazonnés et ses cliemins qui serpentent partout an milieu des corbeilles de ileurs ; avec les deux rues contournant la place et sur les([uelles ont vue les pins jolies constructions de Tananarive : le cercle français, les bureaux de l’état-major, la maison du Gouverneur général, l’InMel des Postes et télégraphes, le trésor, etc. Telle la place Flacourt, on l’on a installé le nouveau Zoma, et l’ancienm' place Mahamasina, aujourd’hui place Richelieu, avec sa piste à Incyclettes très fré- ([iientée, même par les Malgaches. lAdln des voies larges, pavées, avec des pentes praticaldes, avec des caniveaux de chaque ci'hé, ont l'oiiqilacé les anciens casse-cou. A signaler en particulier la gi'ande rue qui, partant de l’extrémité Est de la ville, la parcourt dans tonte sa largeur jnsipi’à la Résidence (avenue de France) et au Zoma, avec divers embranchements adroite ('t à gauche pour la relier aux divers quartiers; ou bien encore, très bien aménagée avec sa chaussée un [»eu au-dessus des

Tananarivc. — Le théâtre et le carrefour des ijuatre c/iemins.

rizières eiiviruiiiiaiites , et suivant les sinuosités du soulèvement sur lequel est Initie Tauauarive, la route circulaire qui devient nn endroit déjà très fréquenté par les cyclistes et les cavaliers, et qui le sera Inentùt par les voilures.

Evideininent Tananarive n’a [>as encore licanconp de monuments. J'dle vaut cependant la peine d’être visitée avec soin.

Nous avons déjà nommé le palais de la Reine et celui du Premier ministre.

Bâti en bois ])ar .lean Labordc,

Les digues de l lhopa. Retour de l abattoir de 1 ananarive.

î.’lKOI'.V KT LA l’L.VlAK Dli TANAAAlilVE VUb

Tnnanarive et la plaine eus du Rova.

OU 1840, ol rovèlii, on 18G8, par rAnglais Camoroii, d’iiiio Iriple i'ang‘('0 d’arcadoson ]»iorros siipcrposôos, avoe lotii's aux angdos, lo promior, do près, ost massif ot écrasé ; d(^ loin, la vue on a j^'i-aiid air. .V ^.l'auclio dans la mémo oiu-oinlo, ost lo palais d’ari^'md ou Tranovola, ainsi noniiné à eauso d(‘ fpi(d(pioa ornonionis d’ai'L>'ont qni on uiarcpiaiont la loilnr(' (‘t los angdes de la façade. C’est une maison on bois. Ses mnrs soni lapissGs d’imagos d’I^pinal ro])i-ésonlant los grandes balailles de Napoléon Il avait étébàli, avant Labordo, par lo cbai'pcnl ier IVancuis L(‘ Gros, el c’(‘St là qu’liabilait la Hoine. Plus loin an Sud, ost le [>alais do Mananipisoa, qui conlonait los ricliossos des rois ot dos reines de l’Imerina dojuiis Andrianampoinimerina, j)uis l’anciouno cliapolle dn palais, une véritable cbapelle métbodislo dn pays do Galles.

Le palais du Promior Miidstre, construit par l’Anglais Po(d, ost curieux, massif ot de mauvais goût. C’('sl là qu’on a caserne le 13® l'égimonl d’infanlerio de marine.

La Calbédrale calboli([no ost en bas do la place Joan-ladiordo, un pou on retrait et à gauebo. Elle mérilo une mention spéciale. C’est on 1870 que la construction on fut décidée. Le père Ailloud vint en Franco, ajn’os la guerre, (bmiaiidor à ses compatriotes l’argent nécessaire pour la bâtir, le P. Aljdionse Taïx, aidé par le F. Gonsalvion, en drossa les plans et doux frères .lésuilos ou dirigèi'ont la construction qui fut exécutée oxclusivomont }iar des ouvriers malgaches. Toud^s los jiierres on ont été apportées sur los épaules, ou, plus exactemeut, sur la létc, par un rudimentaire escalier construit à cotte lin, de la maison dos Pères à la place Mabamasina, an milieu des rocliei'S ot des cactus, à travers lo contre do la C(»llino. On mit dos années à l’acliever. Le F. Laborde y trouva la mort. Mais on arriva tout do mémo à voir la Un de co travail que l’on peut bien appeler gigantesque, si l’on considère les conditions dans lcs([uollos il fut elTectné.

Le dimanebo, la Cathédrale se renq)lit do Malgaches on habits do bMo ol c’est un vrai spectacle (pie cos trois nefs, non [>as noires, mais blaucln^s (b* monde, car b's Malgaches, inénio ceux (pii veulent nous imiter, j('ltmit encore voloiil iors, par-dessus

nos habits européens, le laniba blanc. Aux premiers rangs se trouvent les Vazaba, ollieiers ou colons, bommes ou femmes; puis les indigènes de marque, hommes on

lemmes également, faisant iin peu trop assaut d’élégance, aimant un peu trop à regarder et même à être regardés, suivant cependant, dans rcnsemble, avec soin et intelligence, les diverses céi'émonies du cnlte, et montrant ainsi qu’ils ont été Inen foi'inés et pins instruits c[u’on ne pourrait le penser, prenant part aux chants beaucou]) mieux et avec beanconj) ]»1ns d’(‘nseml)le qu’on ne le fait dans la plupart de nos

éi^’liscs de France, et écoulant avec une attention vrainient soutenue et frappante, les instructions (pi’oii leur fait, aimant Ijeaucoup les longues cérémonies et ne paraissant jamais s’y ennuyer.

C’est un spectacle surtout (pie la sortie de la messe, les vazalia et les riches malgaches partant les premiers, el, montant dans leurs fdanzanes ([ue leurs [lorleurs avaient rangés le long de la fa(;ade de la cathédrale ou sur les C('»lés de la place, comme se rangent les éipiipages, devant nos églises do Paris, puis, la multitude déhouchaut du portail grand ouvert, rieuse, gaie, pleine d’entrain, remplissant et encombrant lncnt(Jt la jilace du parvis, le bas de la place Jean-Laborde et toutes les rues environnantes, et, pendant ce temps, les enfants des Frères et des Sœurs continuant sous les voûtes de l’église un dernier cantiipie ipic soutient et dirige la voix puissante do l’orgue.

Cet orgue a une histoire ipii montre, aussi bien (|u’aiitro chose, et les mille et une ressources ipie doit posséder un Fi-ançais en Imerina, et les inconvénients de n’avoir que des porteurs pour alh'r de la ciMo à Tananarive.

Le P. Colin l’avait fait construire en France, et eu avait lui-même surveillé l’expédition. Sachant bien cpi’il n’anrait personne |»our le remonter une fois arrivé à Tananarive, il l’avait fait emballer en sa jirésence et était |»arti jdeinemmit rassuré. Seulement voilà (pi’à Tamatave on trouva certaines caisses tro|» lourdes, (|nehpios autres pas assez solides, ou pas assez à l’abiâ de l’eau, et l’on bouleversa tout pour mieux faire. De telle sorte fjue le P. Colin, qui était un organiste, mais non un facteur d’orgues, se trouva à Tananarive, eu présence d’nn amas de tuyaux, de leviers, de languettes, etc., dont rien ne lui indi(piait la place.

Un moment, il désespéra de s’en tirer et telle pièce lui [irit buit jours à placer. 11 réussit cependant, se jurant bien toutefois d’aller une autre fois à Tamatave recevoir et expédier les pièces du prochain orgue qu’on lui exjiédierait de France.

Un autre monument do Tananarive très beau aussi, de très grand effet, et construit également par des ouvriers malgaches, sous la direction de M. Jully avec la ('(jllaboration de deux ou trois soldats de rescorto du Résident et d’un menuisier fram;ais, c’est la Résidence de France, située au centre de la ville basse, eu face de la place Flacourt et du Zonia aux([uels la relie l’avimue do France, et commandant, vers le Sud, de magnifiques jardins, le lac et la [ilace de Mahamasiiia. C’est un vrai palais princier, à double étage, en briques encadrées de pierres. La fa(;ade du Nord, celle ipii donne sur l’avenue de France, est sévère et l'osscmble à un palais administratif. Celle du Sud, au contraire, avec sa verandah, (jue soûl iennent des colonnes cannelées de style dorique, rapjielle un riche château de plaisance.

L’intérieur est encore plus remaripiable ({ue l’extérieur, avec son grand salon de réception entrecoupé de cidoniies à chapiteaux assyidens et terminé par une charmante tribune pour l’orchestre ; avec sa salle à manger ipio rehausse une grande

MA DAOASCAIl.

Observatoire des PP. Jésuites à Tananarive.

tapisserie des Goljeliiis; avec les boiseries du plafond et les lambris colorés, formant lin ensemble dn pins liel effet ; avec le cabinet de travail dn Gouverneur, très gai, très éclairé, et on se trouve un bureau artistement travaillé et exécuté par les seuls ouvriers malgaches; avec ses appartements particuliers très riches, très lieaux, et surtout jouissant de la plus remarquable des perspectives.

Bientôt, en face de la Résidence, à rextrémité de l’avenue de France, se dressera le monument commémoratif de l’expédition de 1895, un beau bronze symbolique, représentant nue France de grandeur naturelle avec un femme indigène implorant sa protection.

11 y a de nombreux établissements d’éducation à Tananarive, par exemple le collège d’xVmparibe, ipie les .lésnites bâtissent tout à côté des jardins de la Résidence et en bordure de la })lace Richelieu. Ou bien les écoles des Frères, si nombreuses et si bien tenus, avec leurs ateliers d’où est sorti ce plan en relief de Tananarive, si remar(|ualde par son absolue fidélité, et que tout le monde a remarqué à l’Exposition. Ou encore les diverses écoles des Sœurs de Saint-Joseph de Cluuv, avec leurs ateliers de broderie, de dentelles, de coulure, de repassage, et surtout leur fabrique de tapioca. C’est la première établie à ^Madagascar et c’est là une initiative qu’il convient de signaler. De même, à droite et à gauche du Palais de la Reine, l’école industrielle, si curieuse à voir, et où l’on vous montrera toutes

sortes d’ateliers, depuis la tannerie et la grande poterie jusqu’aux produits les plus artistiques, eu soieries, ébéuisterie, serrurerie, etc. Cette écolo rendra les plus grands services, si l’on sait la maintenir dans la voie éinineminent pratique que lui a tracée son Idndatenr M. Jully, et ne pas vouloir la modeler sur nos écoles des Arts et métiers; si l’on vent continuer à y enseigner et à y exécuter les travaux utiles à Madagascar, et non ceux qni conviennent en France, à un jiays, à des liai)!- Indes, et à une civilisalion toute différente.

Les cours y sont suivis avec assiduité et les progrès réalisés rapides.

Ce qui, cependant, y attire surtout l’attention et intéresse vivement le visiteur, c’est la production de la soie d’araignée que vous voyez se développer, se dévider, peigner, teindre, tisser devant vous. 12 on 24 araignées, — lîalabe^ comme disent les Malgaches — , sont emprisonnées dans une petite guillotine en hois ([ui leur serre la taille et les rend immolnles, pendant (pie leurs fils réunis s’enroulent sur le dévidoir jusqu’à complet épuisement. On les remet alors an parc, c’est-à-dire sur un treillage de ficelles, on elles se refont rapidement pour une nouvelle opération, et ainsi de suite pendant 4 on 5 fois. Elles menrent alors, ajirès avoir donné 4.000 mètres de til.

Ce fil est extrêmement ténu, élastique et tenace. Il pourra donc former des étoffes très souples, très fines, d’nne solidité exce})liounelle et d’une couleur merveilleuse, celle de l’or le })lus [>nr, si toutefois il ](ent supporter le lavage.

La difficulté la plus sérieuse consiste dans l’élevage de celte araignée, ([iii se reproduit très peu, est très difficile pour la nourriture, et ne réussit ([lie dans qiiel- ([ues endroits [irivilégiés.

Le mérite de celte découverte revient au Père Camhoué qui, il y a quelques années, avait deviné le parti ([ii’on pourrait tirer de l’araignée séricicole et l’avait fait connaître [»ar des communications (officielles. H avait même essayé de tirer parti de sa découverte. C’est à M. Jully cependant qu’était réservé de trouver le moven pratique de le faire.

Au rez-de-chaussée du Palais de la Reine se trouve le musée Le Myre de 441ers, ([ui renferme un certain nomlire de curiosités de grand intérêt, surtout d’intérêt rétrospectif, en [larticulier des spécimens d’orfèvrerie indigène, monnaies ou chaînes de cercueil, revêtues d’empreintes variées; des lamha à di'ssins originaux, trouvés dans les tomlies royales d’Ainliohimanga ; tons les souvenii's de rancienne cour Hova, curieux, fantasti([ues, et tout de même intéressants : des coiffures grotesijues, des casquettes de jockeys chamarrées d’or, sur fond de pa[)ier ronge, des chapeaux de carton recouverts de clinquants et de verroteries, panaches et lii jonx, manteaux de cuir et corsages inondés de paillettes, costumes des petits [irinces pour la fête solennelle de leur circoncision, dêfroipies de lanciers [lolonais, de hussards de la garde, de grenadiers de l’Enqiire; et aussi des jeux et des

Le palais du l"-''' loi d'imerina et le palais de lianavalo 111.

jouets eu quantité pour cette cour de grands enfants avides avant tout de réjouissances, de divertissements et de festins, et amoureux do tout ce qui brille, des boites à musique et des colificliets ; les vases grossiers eu terre cuite pour les festins d’Aiidriauampoinimerina et la vaisselle jtlate de la dei-uièro Reine; les fdauzanes on très grand nombre et dont la

Les /ilanzancs royaux du siècle.

suite marque les diverses àtapes de la civilisation hova, depids celid du graucl roi, composés de grossiers brancards eu bois lirut siqq)Ortaut un siège eu lanières de peau de bœuf sécliées au soleil, jus(pi’à celui de llanavalona 111, eu bois sculpté, doré et capitonné de velours rouge.

LTlbservatoire d’Aml)oludampona est eu dehors de la ville, à l’Est, sur la

haute monlag'ue du même nom.

Fondé eu 1888 pai‘ sou directeur actuel, le Père Colin, grâce au.v eneonragements et aux secours du Provincial (h'S Jésinles de Toulouse, et du Hésid(‘nt

d’alors, M. Le Myre de Vilers, il rendit p(‘iidanl ipielqiie temps les plus grands sei'vices, en l’énidssant les observations

Le palais d Andrianauipoinmicrina en 1799.

La salle du trône avec ses fusils de rempart, sa vaisselle plate en poterie, son chandelier en fer et le pril servant à cuire le bœuf des festins royau.v.

laites sur place et eu centralisant, de dix})oiiits dillereuts do bile, tous les reuseiguenieids météorologbpies (pi’il lit connaître dans des comptes-rendus ti'ès importants. Les Hova le détruisirent pendant la guerre; les divers instrnmeuts, Inneltt'S,

- IIR -

Tanannrive.

Le Zoma ou marché du vendredi.

télescopes, pendules astronomirpies, chronomètres, etc., en furent consciencieusement pillés, et remplacement, disputé avec acharnement, devint le pivot d’attarpie de la Ca- ])itale. C’est de là que furent tirés sur le Rova les coups de canon qui amenèrent si rapidement sa reddition.

Un moment, on songea à le remplacer parmi fort; mais finalement, l’antorité militaire, désireuse de témoigner à son directeur rinlérét (jue la France prenait à ses efforts, transporta le fort sur la colline voisine et lui rendit son emplacement. Le Père Colin a rebâti son Ohservaloire, an moins partiellement , grâce à nue allocation de 10.000 fr. et au seeoni'S de quehpies corvées f[iie lui a donné le général Gallieni, et avec l’appui de ses amis de France. Mais, celle fois-ci, la coupole lui en a été expédiée de France en huit|)ièces et a pu monter ainsi sur un chariot ]iar la route de Majunga, tandis

que, la promièro Ibis, il avait dû la coiisl mira sur place.

jVmbohidciupoua est à eiiviroii 2 kiloiii. d(' Taiiaiiarive. A une dislauee à pcui

près éi^'ale au-delà de rOI)servatoire, (pie l’on laisserait ahors à sa g’auelie, se trouve le collège, b' petit parc, le ciiuetièi'e et le lac d'iViubobipo. Ce sont là également des lieux à visiter, car ils ont leur bistoire et leur sinmirication.

Au cimetière, à gauche eu entrant , se remarque tout de suite le caveau de la Mission; puis le tomlieau de M. de Louvlères, envoyé à Tananarive, en 18G4, p(.»ur y conclure un traité, et (jui y succomba à la peine; puis une foule d’autres tombes de colons français, et surtout celles de nos soldats avec leurs petites croix de bois, rangées par longues

Fauteuils niali^aches en jonc de marais-

lignes parallèles, comme pour une revue suprême. C’est le « Souvenir français » qui les a fait édifier et c’est aux Pères Jésuites qu’il eu a confié le soin et la garde.

Puis voici la maison des Pères et, à côté, le Collège avec sa haute tour carrée d’une quinzaine de mètres, toute eu terre, et cependant très solide. C’est là que, pendant de longues années, les Jésuites s’étaieiit efforcés de créer un centre d’enseignement (pd lut, pour eux, une école normale supérieure d’où sortiraient leurs meilleurs auxiliaires, et peut-être quelques prêtres; et, pour le commei’ce et l’administration, une école d’emplojés intelligents et fulèlcs. 11 vient d’être transporté à Amparibe. A Ami )olripo restent seidemcnt aujourd’hui les futurs instituteurs et institutrices des campagnes, de jeunes ménages malgaches que l’on prépare pour renseignement et (pie l’on enverra ensuite, maris et femmes, tenir les écoles des villages.

Le parc est }danté d’arbres, européens pour la plupart. 11 y a un fruitier et un potager créés depuis plus de 30 ans, et on l’on a acclimaté la plu]iart de nos fruits et de nos légumes. Malheureusement la terre est mauvaise et l’enclos qui, primitivement, tel (pi’il fut donné à la Mission par Radania II, était très vaste, fut ensuite notaldemeut réduit. Malgré tout, c’est une charmante oasis, au milieu de ces plateaux dénudés, et rien n’est agréalile comme le lac, rempli de zozoro, qui le horde sur deux côtés et vous sollicite à venir le parcourir en pirogue, peut-être pour y tuer quelques canards sauvages.

Si vous voulez faire une dernière visite intéressante, remontez dans votre filanzane, revenez en ville, traversez du haut en bas la place Jean-Lahorde, tournez à

Marché au Zozoro, jonc destiné à couvrir les maisons. — Tananarive.

droito do la Catliédrale et, dans la cour de la Mission catholique, avant d’arriver à la première porte d’une longue remise à un étage qui domine Maliamasina et la pente y conduisant, vous serez chez le P. Roblet, un petit homme maigre, sec, chétif d’apparence, sans prétention, ni méchanceté, avec une soutane poussiéreuse quelquefois et usée toujours,

(pioiquo tachée d’un petit bout de roiu>’o à la hou-

tonnière. Tout le monde le connaît et tout le momie l’aime dans la colonie française. Il est depuis 35 ans à Madagascar et il s’y est si bien acclimaté <pie, revenu en France }ieiidant la dernière guerre, il ne put eu supporter le climat. Il fait toutes ses expéditions à }>ieil, et Dieu sait s’il en a fait pour ses travaux géographi(pies. Il aime aussi à faire de la photographie et il a amoncelé des richesses, dont la valeur consiste surtout dans la rareté. Parlez-lui de ses travaux tojtographiipies , de ses levés (pii cauivrent pres([uc tonte l’Imerina et nue partie du Betsileo, de sa première carte au millionième de Madagascar, de sa carte de l’imerina au 1/100.000, gravée par les soins de M. Grandidlei', et dojit il vous déroulera les feuillets couverts de courbes, de lignes, de points, de détails de toute sorte. Insistez et demaiidez-lui ses tours d’horizon, et vous constaterez le plus étonnant tour de force mnémonique aiupiel on puisse songer. Il vous montrera eu effet des milliers de petites feuilles où il n’y a (pi’uu nom, celui du pic où il opérait, avec tout autour tous les détails topographiques, montagnes, ruisseaux, etc., sans un seul nom. Ce sont là toutes ses notes. Des mois et des années après, il reportera tout cela sur sa carte sans se tromper d’un seul détail.

Les environs de Tananarive seraient également à visiter. Vers l’Ouest surtout, l’aspect eu est riant et la culture fort belle. A vos pieds s’éteiideut, au loin, les rizières non encore coupées de Betsimitatatra, (pie le grand roi Audriauampoiuimeriiia conquit autrefois, sur les marais de l’Ikopa, par nue digue moiiumeutale de plusi(uirs kilomètres d(‘ long et d’uiie dizaine d(' mètres de lai'ge, et, au delà, d(‘S collines

Al A DAGASCAIt.

lü

sans fin, séparées par d’étroites vallées, on l’on cultive nn peu de tout pour l’alimentation de la Capitale. Pins loin encore, c’est toujours la même chose :

une suite de vallons séparés par des buttes de 2Ü à 40 mètres d’élévation, enserrant des rizières verdoyantes ; près des rizières, des villages gros et petits, distants parfois de 1.500 on 2.000 mètres ; entre ces villages, de grandes maisons appartenant aux riches 11 0 va et affectant des formes pins on moins pré-

^ Marchandes de fibres de papyrus.

tcntieiises, souvent de chalets, entourés de grands jardins plantés d’arbres et de hauts murs en pisé.

Ce sont les environs d’une grande ville, avec nn va-et-vient assez considéralde de gens, allant à la Capitale ou se rendant à leurs affaires.

(^)uaiit à la ville clle-iiiêiiie , elle présente assez lidèlcment l’aspect général d’une ville inililairo, campée sur une haute montagne et construite, comme une cité industrielle d’Europe, en hri(pies cuites crues, sans aucun plan ni méthode. Ou, pour parler plus exactement, il y a à Tananarive trois villes hien distinctes : la ville hante, militaire et aristocrati(pie, dont le centre est la place Lahordc ; la ville liasse et commerciale, autour du Zouia et de la Résidence de France; et la ville riche et anglaise, sur la colline de Faravohitra. Cette division (pi’amèue naturellement la division en trois collines de la ville, et (pi’il sei-ait important de faire disparaître, ne peut aller (pi’en s’aeceni liant, si l’on ne s’elforce d’y remédier par des artères centrales ([iii unissent étroitement ces trois ([uartiei'S, par des voitures et par des trannvays éleelriipics ([ni vous lrans[iorteront d’un endroit à l’antre, par des lieux de réunion, de llànerie et de causerie, cafés, cercles, magasins à la mode, (jù l’on se rencontrera et (pii rendront la vie àTananarive pins gaie, [dns facile, [dus agréalde.

Car aujourd’hui, on se voit [leu à Tananarive, et tous s’accordent à dire que, malgré les dîners, h*s soirées et les hais, le séjour en est [dutôt triste.

Le commerce n’y est pas non [dns considéralde, sauf le vendredi, où le Zonia présente une activité considérahle et un amoncellement incroyalde de marchandises de toutes sortes.

« Ce matin, visite au Zoma, écrivait, le 26 mai 1899, unadministrateur du Louvre, M. Barde. Je dois avouer tout mon étonnement lors([ue, du haut de la terrasse, je vois le mouvement c[ui se fait à mes pieds. Ma suiqirise augmente à mesure que je prends contact avec cette foule de gens qui vont et viennent [lour y faire leurs achats.

« La quantité de marchandises que je vois m’étonne. Jamais je n’aurais cru voir un amoncellement de tissus de coton comme il s’en trouve en ce moment sur le marché. On parle de 100.000 coupes et coiqions. »

Puis, d’un autre côté, les cha[)eanx de [laille par milliers, une énorme ([uantité de fer émaillé, des rnhans, des cocons de soie, de la soie fdée, etc...

Ce qui manque laqiendant à Tananarive comme à Fianarantsoa, dans les autres magasins aussi liien qu’au Louvre, — car il y a un Louvre à Tananarive comme à Paris, et il a la prétention de posséder tout nn îlot entre quatre rues, comme celui de Paris, — ce sont les marchandises de France que l’on demande, que l’on expédie, que l’on désire, mais ([ni restent en route, se détériorant ou se perdant faute de porteurs et de routes. « Monsieur, ça monte »; voilà la réponse que l’on vous fait [iresque partout et pour [iresque tous les objets demandés. Ça monte, c’est ([uelque chose; mais si c’était ([ueh[iiefois monté!... M. Barde en fut tellement énervé ([u’il se dessaisit pour des clients du Louvre de la plupart de ses objets persouuels. Cela eu dit long. Des routes, messieurs de l’Administration, un chemin de fer, — un Decauville — des bêtes de somme, des voitures, même à bœufs, ce que vous voudrez, mais, de grâce, ([uelque chose!...

Les Hova

Que dire maiiitenaiit des habitants de rinieriiia , de ceux que l’oii devrait appeler les Antimerina, et que l’on a pris riiabitude de uomiuer impropreiueut les Hokhi ?

Les derniers venus dans la Grande Ile, il y a peut-être une dizaine de siècles, ils altordèreut sur la côte orientale. D’abord mal reçus des premiers babitauts, ou, tout au moins, devenus rapidement odieux, ils eurent de rudes combats à soutenir, furent vaincus, décimés, et poussés vers l’iiitérieur du pays. Réfugiés sur les hauts })lateaux, eu nombre très restreint, — ils n’étaient pas aloi'S cent bommes en état de porter les armes, suivant la tradition sakalave, — ils ne songèrent qu’à passer inaperçus, qu’à se fortifier et à se multiplier.

Ou u’en entend plus parler jusipie vers le milieu du XVP siècle. Ils conslituaient alors un tout petit royaume, composé de leur capitale Merimanjaka (Merina-Pmaiijaka, roi, royaume d’Imerina) et de quelques petits bameaux environnants. Mais, à partir de ce moment, ils s’en vont se développant, s’agrandissant, s’emparant des villes voisines, et enfin, à la lin du dernier siècle, Andrianampoinimerina (1787-1810), par une suite de combats beureux que favorisait singulièrement nue adroite politiipie, ayant réuni toute l’Imerina sous son sceptre, se met à conquérir et à soumettre les peuplades voisines. « 11 faut que cette terre m’appartienne, avait-il dit le jour de son couronnement; la mer doit être la limite de mon royaume. » Parole étrange et d’une amliition enfantine en apparence, dans la bouclie d’un roitelet d’Ambobimanga! Parole prophétique cependant, qu’il devait^ réaliser en grande partie, laissant à son fils Radania P" la tâche, devenue désormais facile, de raccomplir complètement.

En peu de temps, presque sans coup férir, par des négociations babilenient conduites, par des présents adroitement distribués, ou des avantages plus adroitement promis, il devient le maître des Antsibanaka au Nord, des Bezanozano à l’Est, des Eetsileo au Sud, et il prend pied dans le Menabe et le Boina, chez les Sakalaves.

Mais surtout, il organisa admirablement ces territoires conquis et leur donna des lois très sages et une administration remarquable, tendant toujours à resserrer leur uniou et à eu faire un empire durable. Il encouragea vivement le comjnerce, l’industrie, et surtout la culture de la terre. Quand quelqu’un venait lui demander un secours : « Voici un angady », répondait-il, et il le renvoyait muni de cet instrument de travail. 11 lit accomplir enfin de grands travaux d’utilité publiipie, et

il moimit, laissant à son lils Uadania les instructions les pins sages et les conseils les pins propres à l’aider à Ineii gouverner.

Uadama P'' (1810-1828) eut vite fait de comprimer les révoltes (|n’occasionna la mort de son père, chez les Bezanozano et chez les Betsileo, })uis il sonniit les Betsimisaraka de l’Est, les Antankarana dn Nord et Fort-Daii[)hin. Sa remme, la sanglante Banavalona l' '®, (pii lui succéda et régna jusipi’en 1801, ne lit jias de nouvelles coii([nétes, mais elle contrilma puissamment, par sa ernanté même et ses innomlirahles exécutions, à accroître le ])onvoir royal et à resserrer les liens (jiii réunissaient, sons son sceptre redouté, tant de popniations dillerentes.

M ais voici <[n’à ce moment la Franco et l’Angleterre intm'viennent pins directement à (Madagascar oii, pendant tout nn siéele, elles se disjnitcront l’inllnence et la domination. Radama 1" favorisa l’Angleterre et entra même en lutte avec la France. Banavalona F™ se déclara cont re rtine et contre l’autre, et ferma son lajyanme à tous les étrangers. Badama 11, son fils, an contraire, sons l’inlluence do notre grand compatriote .lean Lahorde, se mon li'a, dévoué à nos intérêts, (ît, par deux fois, fit olfrir le jirotectorat de son pays à Napoléon 111, f[ni le refusa.

Badama 11 assassiné, le parti anglais reprend complètement le dessus. Seule,

la Mission catholiipie soutient la lutte au milieu do tontes les tracasseries, de tontes les dillicnltés, de toutes les épreuves, travaillant, souffrant, se voyant souvent délaissée jiar la Franco, sur tout après 1871, mais vivant et en somme progressant.

Cependant Fin fluence anglaise l’eût emporté si les Missionnaires anglais, en voulant aller trop vite, n’avaient rendu inévitalfie la guerre de 1883-

luarcnunds a Ananas au /Muia ^

de Tanannrii'e.

Ce n’est pas ici le lieu Je racünlcr cette guerre, ni d’étudier le traité du 17 décembre 1885, qui la termina, ni de dire les elTorts de nos Résidents pour eu tirer parti. Ils échouèrent parce qu’il était impossible de réussir. Le traité ii’était pas né viable. 11 reposait sur une é(|uivoquc, les Ilova ne voulant pas de notre Protectorat, et nous, prétendant bien, au contraire, le leur imposer. Aussi, à peine cette équivo({uc dissipée par l’accord franco-anglais de 1890, qui reconnaissait « notre Protectorat avec tontes ses conséquences », les rapports devinrent tellement tendus ipie tout le monde put prévoir une rupture procliaine.

Cette rupture arriva en 1894. On a encore présentes à la mémoire les péripét ies de cette campagne , mal préparée , extrêmement pénible et extrêmement coûteuse, qui aurait pu finir par un désastre, si nos soldats avaient été moins solides et les llova moins lâches, mais ([ui se termina par ce raid merveilleux de 200 km. d’Andriba à Tananarive, accompli par 2.000 soldats exténués et usés, en plein pays ennemi, en face de })lns de 20.000 liommes qui ne purent ni les arrêter, ni les combattre, ni |)rofiter d’ancnn de leurs avantages, et finalement s’avouèrent vaincus, quand nos premiers obus tirés de la colline de l’Observatoire allèrent frapper le Palais royal.

Les Hova étaieid soninis et le traité du P^'’ octobre 1895 était signé.

C’était un clief-d’œnvre que ce traité. Préparé dès avant la campagne par M. Hanotanx et M. Ranebot, tout en sauvegardant le prestige et en préservant ce qui restait de l’organisation et de l’administration de l’île par les Ilova, il nous en garantissait la possession incontestée en les mettant sous notre tutelle, en les obligeant à demander les avis de notre Résident, en nous autorisant à garder le nondn-e de soldats (pie nous voudrions.

On sait comment l’opinion pnbli({iie, pins on moins artificiellement excitée, s’émut en France; comment un gouvernement affolé remplaça ce traité par une seconde convention, (pii devait fatalement nous conduire à l’annexion et à l’administration directe; comment, des Affaires étrangères, <pii y avaient fait de si bonne besogne, Madagascar passa aux Colonies qui devaient, en rien de temps, y semer le désordre et y provocpier lapins redoutable des révoltes; comment on décida, d’un trait de plume, sans précautions et sans compensations, la suppression de l’esclavage, an ris(pie de tout bouleverser; comment M. Laroche se jeta dans les bras des Anglais et des llova, et n’onviit les yeux ({uc lors(pie les coups de fusils se firent entendre à 2 km. de la Résidence; comment il fut enfin rappelé et remplacé par le général Gallieni qui a su à peu près tout remettre en ordre.

Seulement, en définitive, l’on a en le tort immense — et la faute est irréparable — de ne pas garder les Ilova comme intermédiaires entre le reste de l’île et nous.

Les llova, en effet, étaient les maîtres effectifs et réels des sept bnitièmes de la population et des deux tiers de l’étendue de File, où leur domination était ac-

ceptéc depuis près d’un siècle. Do plus, ils connaissaient le pays, ses usages, ses mœurs, taudis que nous riguorions complètement. Enfin, ils sont des administrateurs de premier ordre.

On a vite fait de traiter un peiqde de barbare et il n’est pas difticile d’étalilir que le gouveriiement liova était vénal et corrompu, ([u'il pressurait les tribus soumises jusqu’à les épuiser, (pi’il vendait la justice. Tout cela est vrai. Vrai également (pie le caractère liova manque de siiieérilé, de grandeur, de noblesse; (pie le liova est paresseux, menteur, avare et servile adorateur de l’argent, ivrogne et d’une immoralité telle (pi’ellc peut faire craindre pour l’avenir de la race. Mais les ipialités naturelles iie lui mampient ])as non plus, surtout celles (pie Fou pourrait appeler de gouvernement. 11 est adroit et intelligent, beau ])arlciir et retort, souple et jamais à liout de ressources; il devine d’inslinet tout ce ([ui peut lui être utile et est capable des plus grands ellorts pour l’obtenir; il est soumis et résigné à tout ce (pii lui arrive, respectueux de l’autorité, disposé à oliéir, disci})liné et accoutumé à toutes les biérareliies sociales, parfaitement capable en un mot d’étre gouverné et de gouverner.

Toutes les autres tribus de File, au contraire, manquaient d’unioiq de eoliésioii, d’initiative, étaient incapaldes de s’administrei' (^lles-mémes, et de fournir aucun élément sérieux d’oi-ganisation.

Dans ces conditions, tout nous inq)Osait de garder l’administration qui existait, de l’améliorer, de la diriger, de la corriger au besoin, mais non de la détruire.

Aujoui'd'liui, les liova sont peu à |>eii rentrés en Imeriua. S’y eontinerout-ils ?

Sûrement non.

Ils ne re(leviendront jias les maîti'es de File par la complète ou par l’administration; mais ils le seront par le commerce et l’industrie.

Très ouverts et aimant à s’instruire, avant de plus innés le goût et la passion du commerce, eapaldes de s’assimiler rapidement nos méthodes, de s’unir, de créer des usines, d’entrer en relations directes avec l’étranger, sous peu, vous les verrez multiplier partout leurs établissements et nous rendre, pour la petite industrie (>t le petit commerce, toute concurrence impossible, en attendant (pi’ils nous la rendent impossilde et pour la grande industrie et pour le grand commerce.

Les liova ont particulièrement soulTert de notre domination. Décimés par la guerre, ruinés par la suppression de l’esclavage, écrasés par la ré[(ression (pii a suivi la révolte de LS96, pressurés }»ar la corvée ([ui véritablement a été trop lour(le et s’est appesantie sur tous indistineteimnit, on a vu dernièrement, svmpt(')ine vraiment effrayant, leur nomlire diminuer. De plus, leur moralité ne s’est [las relevée, bien au contraire. Il y a là sûrement une situation gi'ossi* de eonsé([m‘ne('s (‘t qui réclame toute la sollicitude de l’administratioii.

d’eau torrentueux, une des richesses de Vaoenir.

De Tananarive à Majunga

Tananarive est et restera la capitale de File de Madagascar. D’autres villes la devanceront peut-être pour le dcveloppeinent économique, pour l’industrie, pour le commerce, comme centres de colonisation on comme centres d’alïaires. Mais, de longtemps, sinon pour toujours, an point de vue politique, par sa situation, par ses traditions, par les qualités et les aptitudes de ses habitants, Tananarive passera avant tontes les villes de l’île, Tamatave, Fiaiiarantsoa, Majnnga, Diego-Snarez on antres. Elle sera pour Madagascar ce que Paris est pour la France, le centre de l’autorité, de rinflnence, du développement intellectuel et scientifique, la Capitale en un mot et an sens le pins strict du terme.

Seulement nue capitale, surtout pour un pays qui vent avoir des relations avec l’étranger, surtout pour une colonie que les liens les pins étroits doivent nécessairement unir à la mère patrie, doit être de facile accès, et des routes on des chemins de fer doivent y condnire un peu de partout, à peu près comme les artères et les veines du corps Itnrnain qui, tontes, partent du eo^nr on y retournent, on, si l’on préfère, comme nos réseaux de chemins de fer français, ({ni tons convergent vers Paris. H faudra donc ({ne plusieurs routes, que {dnsicnrs voies ferrées aboutissent vers Tananarive. J’en vois c{natre pour le moment, ({iiatre principales, sans préjudice des voies secondaires on des embranchements que l’on sera forcément amené à

établii' : lu roule de dbmialave par Aiulevoraiilo ; la roule d(‘ Majiiii^a par Aukazobe, Audriba, Maevalaiiaiia; la l'oute de Dieyo-Suarez, par Maudrilsara, et euliii celle de Forl-Daupliiu par Ambosiira et Fiaiiaraiilsoa, avee un eiubraiieliejneut à étaldir iiuiuédiateuieiit de Fiauaraiil soa à Maiiaujary, d'iiii eôlé, et à Tulear, de Faulre. Quand ees voies auront été ouvertes, avec deux autres voies pai'alléles à la g'rande voie eoiilrale N. S., et qui lougeroiil les deux cèles bist ot Ouest, te svstéuie de cbemiiis de fer d iiiterét i^'éiiéral sera à jx'u prés t(‘riuiné. Il ne l'CStcra qu à le coiiq)lél er pal' ([iir‘l([U('s Irouçoiis secoiidain.'s, lè alors ou |)ouii'a s'ocerqier des voies d’iiilérét local.

JjO Pai'leiiUMil , saïuiioniiaiit liii projet gouvi'nieiuenlal préparé jiar les soins du e'ciK.'i'id (jallieiii, d aprc’S les éludés du coloiiid lloipu's, a adopte, eoiiiiiie ]ireiiiier clieiiiiii de 1er à eoiislriiire à Madagascar, celui d(‘ l’Fsl , de Taiiauari\ e à Aiiivoraiio. Le elioix est lait. 11 ii y a plus a y l'eNiuiir. Il ii’v a plus (pi’à eu pousser aelivemeut la coustrucl ion et laisseï' le leiiips faire la pnuive de ce qu’il valait mieux faire, le temps et le dévelop[)emeiil éeouomiipie du pays, et lesliesoius du commei'ce, tout ci' ipii, eu un mot, justilie et fait vivre un eliemiii de fer.

Seiilemeut, ce cliemiii de fer sera long à établir, et |(> ne ci'ois pas ipi’avant 5 ou () ans, la locomotive alti'igiie Taiiaiiarive. fui allendaut, il faut cepemlaiit y

nourrir nos soldats et nos colons, y alimenter nolri' v apjiorlei- tout ce

qui est nécessaire, <‘1, |)our les Européens, et jiour les imligémes. VA il serait grand tenqis ipie les transports ne majorassent jiliis de ]»rès d(‘ ! fr. .M) tout kilogi'.de marcliandises ap[»orlé de la côte à la Capitale; que toutes ees marcliamiises pussent arriver au fureta mesuri' des besoins et ne ri'stasseiil pas des mois en cours de route pour, la plupart du lemps, s’y df'ti'u'iorer et s’y perdre. 11 faudrait, de toute nécessité, (jii’iiue roule cari'os- ^ saille fût construite de Taiianarive à la côte, ipii jiermît à un cliari'oi continu de s’établir et l'endit au travail celle masse de porteurs — ■ 30,000 environ — les ]dus rolrusles de toute la population malgaebe, ipii maintenaiil passent et perdent leur tmiqis sur les divers cbemins de la côte pour trop souvent y succomber. Oi', celle rouie, de (jiiel côté se dirigera-t-elle ?

Il eût été tout naturel, semble-t-il, api'ès la canqiagiie, d’u-

M AD.Vt; \SC.UL

tiliseï- lu fainoiisc roule creusée, Dieu sait à (piel }a'ix, de Majunga à Aiidriba, eu la proluiigeaut jus(ju’à Tauaiiarive. 11 y avait là uii travail gigautes(|ue aecoiu})!!, qui u’était pas déliuitir, (pii avait ses lacunes et ses imperfections, mais (ju’il était relalivemeut facile d’améliorer, de coutiuuer et d’achever, et l’on aurait eu ainsi une première voie de pénétration ({ui n’aurait pas coûté très cher, et qui, terminée dans l’espace d’un an ou deux, tout au plus, aurait déjà rendu les plus grands services.

Comment se fait-il ipie, négligeant au contraire et délaissant complètement la route do Majuiiga, on se soit touiaié immédiatement du côté de Tamatave ?

Tamalavo a la grande chance de regarder Bouidjon ipii a deux députés : celo est énorme dans la conduite des affaires eu France, ipie d’avoir pour soi deux dépu lés.

On avait jusipi’ici toujours passé par Tamatave pour monter à Tananarive. Los porteurs connaissaient et aimaient cette l’onto faite d’argile durcie et de sahle lin, qui, par suite, ne leur blessait pas les pieds comme certaines parties de la route de l’Ouest, recouvertes de (piartz brisé.

De plus, le trajet était un tiers plus court et il y avait des gîtes d’étapes.

Il était donc tout indiqué ({ue les premiers convois, que tous les convois expédiés par porteurs, prissent la route de Tamatave.

Mais pourquoi aller plus loin, et pounpioi commencer la route carrossalile du côté de l’Est où les pentes sont plus rapides, où l’on a une large forêt à traverser, où il pleut toute l’auriée, et où, par suite, les travaux devaient être et plus longs et plus coi'itcux et moins solides ?

Ou s’accorde généralement à dire que ce fut là une faute et que si le quart de l’argent dépensé à l’Est avait été consacré à la route de Maevatanaua, depuis longtemps tous les transports de la côte à Tananarive se feraient par voitures.

Comment s’y décida-t-ou?

Ou était encore sous rimpressloii de la cruelle campagne qui venait de liiiir, et l’opinion puldiipie ne snpportait ni le nom ni le souvenir de Majuuga et de la route du corps expéditionnaire. Pour tous ceux qui ne connaissaient la situation (pie jiar leur journal, — et tout le momie sait ipie ceux-là constituent ])res(pic runiversalité de nos concitoyens, — ou s’était trompé on passant par l’Ouest. 11 fallait donc immédiatement revenir à la route de Tamatave.

De plus, ]»ersonne ne doutait que cette fameuse roule n’eùt été complètement déli'uite }»ar la saison d’hivernage.

Enliu, il est très vrai ipi’elle traverse un désert de |)lusieurs journées et qu’il aurait fallu, avant tout, y constituer des gîtes d’étapes. Il est très vrai également (pi’il eùl élé fort diflicile — pour ne pas dire presque inqiossifde — de trouver à ce moineiit-là d('S ouvriers indigènes ]»our faire la route de l’Ouest. Les Ilova u’auraieiil pu aller ipi’à une certaine distance de Tananarive, uii peu au delà

<rAiikaz()lM% et les Sakalaves du Roïna, outre (|u’ils sont paresseux, avaient jiris la l'ii i I ( ' .

I^uis, les dck'isious, surlout (piand ou apit sous reui])ir(" de la ii(''eess!l(‘, se

Un Kahary à Anjoz.orobc.

prennent ]»arldis très vite, el avant (pi’ou ne ]iossè<l(‘ toutes les donné(‘s du ]»ro- ])lèiu('. On s’occupa d’abord de lendre niulelii'r le senlier malp’ache do Tanaiiarive à Andevoranlo. C’était un premier travail (pi’il était, en ell'ct, urgent de faire, puis(pi’uiie coinpagni(‘ française s’oifrait à faire les Irausporls militaires à dos de mub'Iset (ju’elle faisait venir pour cela un millier de mules du Brésil, ([u’elle [lerdit du r(‘ste, faute de soins.

Ou voulut ensuite faire une roule cliarretière qni, peu à peu, devînt une roule carrossable, dont l’insurrectiou de lS0t5 fit de }»bis en plus comprimdre l’urgente nécessité. f)n jiarcoui'iit le ]>ays, ou l’étudia, on lit et refit des tracés. Une fois la main dans l’engrenage, on ne sut pas l’eu sortir. Une fois le génie cbargé de cette route, taudis que l’artillerie s’occupait de celle de l’Ouest, nue vive émulalioii s’établit entre eux et le génie })oussa activement les travaux de l’Est. Il ii’alla })as vite, et il s’eu faut, encore aiijourd’bui, cpie cette fameuse route soit teriniiiée.

Il y a de beaux et grands travaux d’art accomplis, eu particulier trois jionis considérables, de l^i5, de 200, de 300 mètres, entre Tamatave et Andevoranlo; ])uis d’auln's, au delà de Mabatsara, en particulier celui (|ui traverse le Maliela et qui a 135 mètres.

Oiiaiit à la roule propremeiil dite, entre Audevoraulo l'I 'fanialave, ou s’est

contoulù (1c jeter des ponts sur les rivières et de débroussailler légèrement Faneicnne pisie malgacbe; an delà de Maliatsara, jnscpi’à Saliantela, pendant une ciinpianlaine de kiloinèlres, la roule est aelievée avec tons scs ponts et ponceaux, avec des enn)ierreincnts ordinairement en (jnartz, dont récrasement constitue une concile siddonnense, avec des remblais parfois assez forts et facilement lézardés par les eaux, (piand celles-ci ne s’échappent pas facilement, avec des caniveaux généi-alemcnt bien fails, mais ([ui se remplissent et s’oljstrnent trop souvent, avec une jilate-forme creusée et ravinée par le passage des voitures Lefelivre, avec les à-emtés souvent emportés on mal soiitcnns par des troncs d’arbres. Il faut y faire des répai'al ions constantes, des rectiticalions, des réfections importantes.

De Beforaua à Moramanga, la roule est ordinairement mauvaise et inaclu'vée. Elle est lionne dans la plaine du Mangoro, jiiiis très pittoresque, très difUcile parfois et encore inachevée, même comme terrassements, entre Andakana et Ankeramandinika. A signaler sur cette dernière partie, au delà de l’Aiio'avo et de la vallée du Sabotsv, le lono' de la Manambola, à flanc de montagnes, des travaux gigantes- (jues et nue des plus belles vues (pie l’on puisse rêver, l’œil domiuaut toute la vallée du Sabotsy et s’étendant à perte de vue sur des mamelons et des pics sans fin, tous plus magnifiques les uns que les autres.

Sur des centaines de mètres, à plusieurs intervalles, la clianssée a été littéralement creusée dans le roc, à coups de mines; ailleurs, elle a été maçonnée, pendant 30, puis pendant 50 mètres; ailleui'S enfin, elle est protégée par endroits par des troncs d’arlires de 7 à 8 mètres de longueur, encastrés dans des blocs de granit. Tout cela est vraiment merveilleux. iMais tout cela a coiité extrêmement cher — on dit 400,000 fr. le kilom. — et tout cela sera très pénible comme traction.

(Phot. i'nulel.)

Vans le roc vif. — Travail cyclopécn de la roule de l’Est nu />assa}^e de ta Mandrala .

An delà, (rAnkerainandiiiika à Tanaiiarive, 1a l'onle esl (Mn[)ier'i'ée cl lionne; on en inodilic paidois le Iraeé pone éviler des peiiles trop raides; on en aeliève les Iravanx; mais il y a des pouls partonl, dont ([nelipies-nns eiil ièreineni nnuprainés; des eonps d’œd ravissanis, îles villag'es di‘ pins en pins nondirenx et des lerri'S de

(Phot. rracU'l.)

mieux en mieux enitivées à mesure ipie l’on appi'oehc de Tananarive, i‘t parfois deux rano'ées de jennes enealypins li' lonj^’ de la elianssée.

JAi résumé, denx oTuiids ti’onçoiis aelmvés anx deux extrémités, de Malialiara à Ampasimhe et de Tananarive jnsipi’an delà d’Aiikerainaiidinika, vers Saliotsv; de nonvean nue seetion à peu prés fliii(‘ enire Moramanya l't Andakana, dans la vallée dn Manooro; milre Ampasiinlie et Befarona, des travaux poussés avee ^ig■nenl■, mais ipii sont loin d’ètri' aelievés; di^ même entre Andakana et Saliolsv, on la elianssée [irésente sonvmit l’aspeel de vastes |)arallél(’'[iip(“iles de terri‘ ipie l’on n’a [las encore l'cjoints.

f)n a enseveli dans ees yioantesipii's ti'avanx des sommes très eonsidéraldes, an moins 12 millions. Ils ne seront eepimdaiil pas achevés dans nn an, dans denx ans, penl-ètre davantage, et rien n’est moins emiain ipie leur solidité, an moins si on l(‘s em|)loie jionr nn eliari'oi lourd et eonsidérahle.

Cependant, d(^[mis ipndipie temps, divers événeimmls, et sniioni l’iiahile initiative, servie [lar de réelles ipialités d’adniinisi rat ion d’nn di'S pins rmnaripm-

l)lcs auxiliaires’ (.lu g-éiiéral Gallieni, le eolouel Lyaiitey, ramènent l’attcutiou sur la route (le l’Ouest, (jni, semlde-t-il, finira par jirévaloir sur sa riche rivale de l’Est.

Gouverneur du (piatrièiue territoire militaire, ([ui comprend une grande partie de l’Ouest de Madagascar, Lvautey eu aclieya d’aliord la pacification. Puis, immédiatement, il s’occupa de l’organiser et d’en développer les ressources naturelles.

Ses pi-emiers efforts se portèrent naturellement sur le cercle d’Aukazolie, dont il était le commandaiit, et cpii comprend l’ancien pays de Voiiizongo, pays remarquablement riche, et qui jadis fut le grenier à riz de Tananarive. Sous son impulsion, Ankazobe devint l'apidemeut une jolie petite ville avec son cercle, sa maison du gouverneur, son marcbé couvert, ses rues bien alignées, ses avenues liordées d’eucalyptus, ses maisons en liriques; avec ses jardins très bien cultivés, produisant tous nos légumes et tous nos fruits d’Europe ; avec sou mouvement commercial de plus en plus intense, le marclié d’Ankazolie tendant cha(pie jour, eu même temps que son voisin, celui de Fihaonana, à devenir uu centre commercial important entre la C(Ac et l’Imerina, ou, si fou préfère, entre Audrilia et Tananarive.

Des jardins pufdics d’essai se formaient dans les autres villes du cercle, où fou s’efforçait, souvent avec succès, d’acclimater des cultures étrangères, le tabac bavauais, l’olivier, le caféier, etc.; des pépinières étaient créées pour le reboisement méthodi(pie du pays; une ferme-école était établie à Mauaidcasina, où les essais de culture de vignes, de café et d’oliviers paraissent concluants; des mesures étaient prises pour parer au dépeuplement en bétail du pays, dont les marcbands hova emmenaient les bœufs par milliers sur le marché de Tananarive; une jumenterie était étaldie à Ankazobe; surtout, initiative de grand avenir, le C(doncl Lyautey amorçait la colonisation militaire dont il semble qu’il ait trouve la véritable formule.

lAi même temps, ou plut(A avant toutes ces améliorations, il s’occupait des voies de communication.

Sans compter les nomlu’eux sentiers terminés et que ([uelques travaux supplémeididres transformeront facilement en routes, sans compter les cculaiucs

(le kilomètres (.le voies carrossables, entre les |)riiiei|)ales villes du cercle, le gi’and mérite du colonel Lyanlev est d’avoir reironvé ou « redéconverl )) la route derOnest.

Une lois lixé à .Viikazobe, sa ]>réoccn[)al ion lui d’él ablir des commniiications faciles entre lui et Tananarive. C’était un premier tronçon de 100 kilojnètres, très bien fait aujonrd’bni et valant une de nos roules déparlemeiilales de France. Des voilures Lefebvre, d’ailillerie et antres, sans c(»mpter b‘S l)icyclettes, y circrdent conslamment et il y a môme des canlouniers pour l’enlretien, et ces cantonuicrs ont nue jda(pie en cuivre, alisolnment comme en France.

H s’aperçut ensidte, eu parcourant son cercle, (pi(‘ la roule expédil ioniiaire, beaucoup [dus solide ([u’on avait voulu le dii'C, avail résisté ju'esipie [)arlout à l’action dissolvante dos pluies de ridvernaye. Dès lors, sou opinion lui loniiée et son parti [U'is. C’esI par l’Ouest (ju’il devait se ravitailler, el probablemeni raviUuller l lmcriiia.

11 força l’opiuioii par nu coup d’andace.

IjC 13 nov(‘inbre l(S07, il entrait t i-iom[)balemeut àTaiiauarive, sur nue cbari'ellc anglaise venue sans rompre cliarge de Maevataiiana, sous la eomluile d’un coclier tout particulier, un lienleuant de chasseurs de Fontainebleau, M. Lelasseux. Un convoi de voit lires l^efebvre cliarg'ées et attelées l’acc(.mi])ag’nait .

Ce fut une révélation.

On lui ouvrit des crédits; il y em[dova ses corvées; il cliercba un nouveau tracé [)our remjdacer rancienne piste liova (pii était iiiijiralicable entre Tananarive et Andriba, et il travailla av('c une infatigable énergie à [lonrsiiivre la l'onte entre Ankazobe et Amlrilia, puis, delà, à Maevatanana, He[ireiiaiit raiieienne route militaire, il la rectilia [lar endroits [lonr éviter des pmili'S lro[) l'aides ou tourner des

obstacles, eu refit la cliaussce là où elle avait été délériorée, élaljlit des pouls ou des ponceaux ipii, parfois, ue sont (pi’uu amas de })len‘cs à travei's le([uel circule l’eau du torreid, mais qui, ailleurs, sont des travaux très heureux et très hardis, avec uu palier eu hois ti'ès élégaut reposant sur des piles eu jiierres solides, eu un mot, la rendit carrossai île.

Depuis sou retour eu France, smi iufatigahle collahorateur et sou coutiuuateur, le capilaiue Mauriés, a couqilété et parfois uiodilié légéremeul ses travaux. Ou vient de lui accorder réceiuiueut d00,000 fr. avec lesquels il espère les achever. La route aura alors coùlô environ 1,500,0(10 ha

Telle (pi’elle est actuelleiiieut, elle est très hoiiiie de Tauauarive à Aukazohe ( 100 kil.); d’Aukazohe à Audrilia (lOOkil.), elle est Ijoiiiie ; d’Audriha à Maevatauaua, elle u’esl pas coiuplèteiueut refaite, et les chariots doiveJit suivre raucieuue roule expèdiliouiiaire. De jMaevatauaua eulîii jus({ii’à iMajiiuga, ou a l’ikopa et puis le Detsihoka, sur lesquels des chalands, reiuor(piés par des canonnières, transportent hommes et iiiarchaiidises dans l’espace de trois ou ([uatre jours, iiou pas sans dillicullè cependant; car rien n’est iucoustaut et eiicomhré comme le cours du Detsihoka.

Tel est l’état de la route de l’Ouest.

Des chariots peuvent la parcourir eu toute sûreté, et des voitures légères sont arrivées à traus})orter eu six jours le courrier de Majuiiga, qui arrive ainsi à Tauauarive deux ou trois jours plus tôt que s’il avait pris la roule de Tamatave.

La preuve seudjle donc faite et, jus(pi’à raclièveuieut de la ligue ferrée, c’est, selon toute vraiseudjlaiice, la route de l’Ouest (pie prendront les marchandises et peut-êire aussi les voyageurs à destination de riuieriua.

Seulement, pour cela, il faudrait trois choses cpii n’existent pas encore, ou qui n’existent qu’à l’état rudinientaire.

11 faudrait un service de trans}»ort fluvial régulier, sulïisant et hien organisé, entre Majimga et Maevatauaua.

JOrtre Maevatauaua et Tananarive, il faudrait un service également régulier, hien organisé et suffisant, do messao’eries et de charroi.

Il faudrait enfin, sur lonte la route ten’eslre, des giles d’étapes suflisants où l’on trouvât an moins ipiehpies chaises ou hancs, une talde et un lit, sinon des provisions importantes et tout le confort d’un hôtel de France. Jusqu’ici, on cite comme un luxe tel gile où il y a une chaise et tel autre où il y a un matelas, mais où les moustiipies et les mokafoy vous dévorent, (due l’on puisse au moins se servir de sa niousl i([uaire !

Les gites d’étapes sont en voie d’organisation. Plusieurs personnes ont également songé aux movens de communications et sur le fleuve et par terre, mais, jusqu’ici, l’argent semhie leur avoir mam[ué. Qu’ils se hâtent, car il y a là une magniliijue situation à prendre.

Majini^a . — \ 'ue du idinrc.

Majunga. — Le Nord-Ouest. - Mines.

Conclusion

]1 nous resloi'iiil encore, pour être coiuplet, àparlerde riiumense rude de Bomlieloka. Formée j)ar l’esluaire du Betsil)oka (pii, après s’èire i'rayi'. uii passage au milieu des kaues de salile et des îlots couverts de jialétuvicrs, s’étend eu une immense nappe de 80 kil. de long-, d’uuo largeur proportionuelle, et d’une prorondcur moyenne de 14 à 30 mètres, cette j-ade rormerait un excellent refuge, s’il n’y avait de trop nomlireux courants, si la lirise de l’Est, souvent très \ iolente, ne s’y faisait trop vivement sentir dans l’après-midi, de plus eu plus à mesure ([uc s’avance la saison sèche, et s’il n’v existait un clajiotis troj) violent ipii en i-end la navigation impossifdc aux clialauds ouverts et aux petites endiarcatious.

Malgré tout, l’eut rèc en est facile aux grauds liàtimeuts, grâce aux feux ipi’on y a étaldis, et le port de Majunga, (|ui se trouve derrière la vilh' dn im'mie nom, à l’alu i de la pointe de salde fermant la haie au Nord, est uu des lions mouillages de Madagascar, du l'este facile à améliorer; ou liien encore celui ipi’on parle de créer plus loin, derrière la pointe d’Amhanio, à un endroit mieux ahrité (>t aux rives plusaccores

Majuuga est nue ville de 0,000 lialutants aussi variés d’aspect et d’origine ({ue ceux de Tainatave. Il y a des Français et des Emropèmis en em-tain nomlire : soldats, administi-ateurs, nègoeiairts, colons; il v a d(‘S indiens, assez nomlireux également, détenant une grande part le du commei-ce et foi-manl la portion la plus l'iclie de la po[iulation; il v a des xVrabes, des Comoriens, des Anlalaot ra, métis d’Aralics et d’indigènes, tous musulmans ; il v a (piehpies llova, p(ui nomlireux, puis des Sakalaves, di's Makoa venus des villages voisins (d constituant l’élément indio-èiie.

La situation de la ville est splendide, hordée }iar le canal de Mozamliiipie à

MA DA G A SCA fl.

IK

rOuest et ayant, au Sud, le magnifique panorama de la baie le long de laquelle pouiTont se grouper les installations commerciales. De vastes rizières qui la borueiit à fEst couvrent à l’époque des liantes marées, de telle sorte ipic la mer l’enserre alors dans une presqu’île reliée à la terre, du ccMé du Nord, par la seule colline du Rova. Très chaude, Majunga est cependant relativement saine et agréable à habiter, étant continuellement aérée par les vents du large et de la rade. Malbeurcuscineut ou ii’a d’autre ressource pour débarquer que les épaules d’iiu Sakalave et quand ve^us arrivez sur le fameux wharf, c’est une plage morne qui se présente. Sous le soleil firùlaut il faudra la traverser, le regard attristé parles

é})aves de l’expédition, canonnières

et chalands misérablement abaudonués sur le sable. Queb[ues baraques couvertes en tôle galvanisée, un asjiect sordide et misérable, pas un hôtel pour se loger, l’arrivée à Majunga est plutôt triste; mais on travaille activement à porter remède à ce fâcheux état de clioses et bientôt, sur la colline, tout un quartier, bien percé, pi'opre, aéré, avec quebpies maisons d’assez joli aspect, va s’étager.

Une importante vauillerie, des plantations divei'ses on bonne voie de réussite sont à signaler dans les environs immédiats de Majunga, et bientôt Majunga pourra fournir de cliaux tout le plateau central.

11 nous resterait aussi à parler de la côte occidentale de Madagascar, que sa situation vis-à-vis de l’Afrique, sa grande étendue, les nombreux fleuves qui la traversent, la fertilité de ses plaines, le calcaire et les richesses minérales que l’on y trouve, en un mot les nombreuses ressources naturelles qu’elle possède et que l’on a encore à peine entrevues, destinent à un grand avenir, dès que la tranquillité y sera rétaldie et que l’on pourra y fonder, avec chance de les voir garaulies du pillage, des cx|)loitations agricoles et des entreprises d’élevage, dès le moment surtout que ses habitants, aujourd’hui nomades, sauvages et pillards, au-

ruut appris à lravaill(?r, à ciillivci', à respecler l’ordre el la I l'aiapiillité pid)li(pio.

Hôpital de

11 nous rcsierail à parler de la riche eouti'ée ipd s’étend au Nord de Majiing-a

jus(pie vers Diego-Suarez ; ou hieii eueoi'o, reveuaut eu arrière, de parcourir et de déci'ire la longue et hu-ge vallée du Maugoiv), où nue couche malheureuseiueut peu profonde d’Iiuuius laissée par un ancien lac seiuhlerait promellre une jdus gi-aiide fertilité (pie dans les pays voisins; de luéiue la plaine des Aidsihauaka, aux environs du lac Aloatra, et géuéi'aleineiil toute cette ]>artie sejiteiil l'iouale d’Aiijorohe à Maudritsara et au delà, que l’on ue coiiuait encore (pte très impai'faitement, mais (pu seiuhlo devoir nous réserver d’agréahles sui’prises, le long des nond)renx cours d’eau <pii descmideut de la cliaîiie centrale et se jettent dans les inaguirupies haies de Mahajandja, de Nariiida, de Passandava surtout, et à décrire les groupes d’iles et d’ilots, les promontoires, les caps, les ]»res(pi’îl('s (jui r(‘iideut si pittores(jne cette [)artie de Madagascar. Là aussi pourraient être commencées dès anjonrd’liui de gi'aiides

Ma<pi i^non salalave. — Majiui<pa .

enli'cpriscs «l’élevag-e, ou, si la main-d’œuvre le ponnettait, de graudes exploilatious agricoles; là aussi se trouvent de grandes réserves de caoutcliouc et d’autres ricliesses industrielles que l’on soiqiçoiiuait à peine, et, là surtout, le climat est re-

lativement saiuet lepays agréable à habiter.

Llle de Nosu-Komba. ,, . i i

il nous resterait a parler, au moins eu passant, de

Nosy-Bé et de ses voisines Nosy-Komba et Nosy-Faly, qui nous appartienuent depuis 1840 et qui ne sont plus, elles aussi, comme Diégo-Suarez, comme Sainte- Marie, que de petits satellites de la Grande Terre, au lieu d’être une colonie indépendante comme jadis. Vue de la haute mer, Nosyd3é ressemble à un berceau de verdure, et, de fait, elle est très fertile. La rade d’ilelville, qui est un point de relâche pour l’iiu des doux courriers mensuels de Madagascar, n’est })as mauvaise, et il sei’a facile de l’améliorer. Le commerce extérieur est important vu surtout le peu d’étendue et le peu de population de Nosy- Bé. A signaler un important dépôt de cliarbon alimenté par des voillcj’s nantais. Le climat de ces petites îles est relativement sain, quoi (pie très chaud.

Il nous resterait surtout, reprenant nue question <pio nous

avons v(dontairemeut négligée jusqu’ici, à dire (pielles sont

les richesses minières de àladagascar et cpiel est l’aveulr que

l’on peut en esitérer. Le sujet est très délicat,

Une laeeiise d or

encore insullisamment étudié, et il demande- à la bâtée.

rail, iiaaiie pour i’(‘xposer soin- DiaireiiKMit, plus (rospacerpie nous ne pouvons lui eu coiisaci'or. Jl osl cerlaiii cpi’il y a (le l'or uii peu pai'lout à Madagascar, cl l’on vicul cuTiu, ('u 1900, de d('‘couvrir une alliivicui j‘c‘ell(‘iucul riclic. Il est ccriaiii cpi il y a (‘galoiuciil beaucoup d’aulres iiR'taux, du fer en plusieurs ciidi'oits, du cuix re, du luckcd, du mei'curc, du plomb.

lî.iirnciion t/es allueions uurijrres pour le lavage à la hâtée.

la ree/icre/ie île l or a la hàtee. — .Maevatauaua,

du zinc, de., etc. Mais tous ces minerais n’ont pas encore été étudiés avec assez de soin pour en délermincr la richesse et pour savoir s’ils pourront on non être exploités avec avantage, vu les diiricultés de coinhustible, de main-d’œuvre, et de communications (pie l’on renconti'era. Enlin , an cours de l’année 1899, on a signalé et redécouvert au Nord-Ouest, en face de la haie d’Ambavatobe, un grand gisement ilc charbon que plusieurs auteurs avaient déjà signalé, (|u’un M. l)arvov, associé de M. Lamiiert, avait commencé à exploiter en 1855, qu’un ingénieur de Paris, M. Gnilmin, avait analysé à cette époipie et avait trouvé excellent.

Mais l’espace nous manque pour le faire, et force nous est de recueillir nos iuqu-essions et de dire, en terminant ce travail, trop court, trop abrégé, trop incomplet, mais au moins entièrement sincèi'c, ce que nous pensons en déHnitive de Madagascar.

« Mon impression pi’emière fut tout à fait déconcertante et cette jiremière impression n’a jamais disparu tout à fait, écrivait naguère le commandant de Lacroix-Laval, le propriétaire de Croix-Vallon.

« La nature est déconcertante, car les végétations parasitaires, les rejetons inattendus, sur une branche cassée ou sur iiii arbre mort, poussent plus vigoureusement que la végétation principale.

« Le climat est déconcertant, car souvent une petite région jouit d’un climat bien dilférent de celui de régions très voisines. L’île, d’ailleurs, a 1.500 kilomètres de long et certains de ses sommets dépassent 2.000 mètres. Vous voyez quelles diflérences de latitude et, par conséquent, de climat, ces dilférentes régions doivent présenter. De pins, le voisinage de la foret, les dilférences d’altitude, l’abri d’une montagne, etc. multiplient les variations à rinhni. Par exemple, sur la côte Est, il pleut tous les jours, au moins deux fois, même quand le calendrier indique la saison sèche; à Majunga, pendant liiiit mois, il ne pleuvra pas plus de cinc| à six fols. Dans ces deux ports, il fera toujours chaud.

« A Tananarive, la saison sèche comporte beaucoup de brouillards, quehpies averses et souvent trop do fraîcheur, entre cinq heures du soir et huit heures du matin ; par contre, la saison des pluies laisse le ciel radieux pendant la moitié de la journée.

Marchands de cannes à sucre.

« JjC terrain est dcvonvcvtant . C’est lia])iluelleincnl une ai’i^’ile très dure, dont la surlaee rendue })lus dure encore par les troud»es d’eau qui la dament, et les coups de soleil ([ui la eiiiseiil, prend souvent l’appareiiee du melier. Mais, parla moindre ei'cvasse, un ])cu d’eau s’est iidiliréc; elle va rencontrer une veine de sable, l’eutainera petit à petit et l'era tout d’un coup s’elloiidrer tout un bloe. De la sorte, par petits uioreeanx ou par milliers de mètres cvd)es, les manudons ou les moutag’ucs se disloquent, s’allaisseut et vieuueut s’éelioncr dans la fondrière (pii s’étend à leur iiase.

« L'oro- et rinjdio^rnplne sont déconcertantes, t(dleiuent le terrain est coutourué bizarrement. L’œil se perd au milieu de c('s sommets et de ces mamelous surtout, aux projiuM ions arrondies, aux pentes pres(pie à pic, à travers lesquelles les cours d’eau eireideut et s’éebappeut de la façon la pins inattendue.

Tout nous ap|)arait étrange et déeoncertaut : b' pain se paie plus cher que la viande et le sel plus cher (|ue le sucre; les routes ne devi(uiiieut pas noires de monde, mais blanches de monde, la faune et la llore semblent incompatibles eu ce sens ([iic la végétation fait à ])en près défaut dans les l'égious habitées, taudis que les êtres animés manquent dans les pai'tics oniées d’une belle végétation; oui se prououce en et veut dire non. Presque rien ne correspond à nos idées et à nos connaissances d’Européens. Il paraît même ([ue ça se gagne, car beaueovqi d’Européens (même des oITiciers) appellent hivernage les 4 ou 5 luois d’eVe — les plus ebauds.

« Ou est oldigé d(^ faire soi-même des réponses décoiieertaulcs ipiand ou vous interroge.

« Le sol est-il fertile? Non, (Ta[)rès ce (pie vous savez de l’aspect du terrain. Oui, cependant, si vous songez aux rizières et à toutes les [>arti('s basses où s’est accumulé depuis des siècles, riiumus enlevé par les jduies, ainsi cpie les végétaux décomposés. D’ailleurs, (piaud, dans cette argile, d’apparence roebeuse, vous plantez un arbre, il poussera fort bien. Si vous travaillez et fumez cette argile, elle va produire et même vous mangerez eu octoluc des artiebauts plantés eu hîvrier. Ils auront })Oussé deux à trois fois plus vite qu’eu France.

(( Les Malgaches ont-ils un costume national ? Oui et non. Sur la c<)te Ouest, le métier de tailleur serait, dit-on, bien simple : il sullirait d’cunier (piehpies })erles de verre pour constituer un costume complet. A Tanauarive, au contraire, les indigènes sont habillés do pied en cap comme vous et moi, et jettent, de plus, un laml)a par-dessus leur pardessus.

(( Les indigènes braves? Oui et non, car, s’ils semlileut avoir l’habitude

d’êti'e opprimés, ils ii’out souvent pas craint de risquer In'roïqucmeut leur peau. Sont-ils /b/7.s’.' oui et non, car, s’ils sont incapables de soulever un poids lourd, ils le transporteront vile et loin sans se lasser. Sont-ils agiles? oui et non, car ils semblent plut(jt lourds et ce[)eudaut leurs tsimandoa , marebant eu llexiun, feront deux

fois 80 kil. en 36 heures. Sont-ils méchants? habituellement non, cepoinJant la vue du sano- les rend cruels. Sont-ils paresseux? pour cela oui! Ils disent môme que le singe est un frère plus maliu qui ne parle pas pour qu’oii ne puisse pas le faire travailler, et cepeudaut deux hommes vous retournent une rizière avec leur angady aussi vite et aussi bien que pourraient le faire deux bœufs. »

Tout cela est bien observé et très juste.

En résumé, dans son ensemble, le climat de Madagascar, n’est pas mauvais, et l’on peut très bien y vivre, si l’on prend les précautions nécessaires, partout, mais surtout sur les plateaux, vers l’Ouest et vers le Nord-Ouest.

Le sol n’a pas la fertilité iné[)uisal)le des terrains d’albivion de l’Amérique Centrale ou de l’Ainéricpie du Sud. Mais il donnera beaucoup à qui saura le cultiver et en tirer parti. Notre France, elle aussi, si fertile et si Ijelle aujourd’hui, dut paraître l)ieu aride et bien sauvage, couverte de forets inipéiiétrables , aux premiers Romains qui l’aperçurent.

Les habitants, qui sont loin de se ressembler tous entre eux, ont leurs défauts, et ces défauts sont très grands. Mais ils ont leurs qualités aussi. A nous de développer celles-ci, et de corriger ceux-là. Le ferons-nous? Oui, si nous envoyons à Mada gascar une émigration saine et honnête, si notre administration y remplit le rôle de moralisation et de relèvement qui lui échoit, si nous n’y jouons pas le rôle de dissolvant.

Le })ays enfin se prèle admirablement à la défense et pour peu que nous le voulions, nous saurons le mettre à l’alnvi de toute entreprise étrangère. Il nous aj)partiendra donc pour toujours et nous rendra les plus grands services; il deviendra une de nos meilleures colonies, si nous savons nous eu attacher les habitants, nous eu faire aimer, les civiliser, les améliorer, les moraliser, ce que nous obtiendrons par la justice, par la bouté, parle bon exemple donné à tous et partons.

J. -B. Piolet S. J.

LA RÉUNION

MADAGASCAU.

LA RÉUNION

La Pointe des Galets, m m m m

Premières impressions. — Les danCxErs d’un jugement @ ® ® TROP PROMPT. — Gomment y parer.

Pointe (les Galels, ce nom expressif mais revêclie, presque liostile, est celui (In Port, de rnni(pie port de l’Ile.

l^e port n’a rien de commun avec les antres parties de noire colonie , pas pins (pie le nom qui le désigne ne piA>sente d’analogies avec les appellations généralement

si gracieuses qui caractérisent les localités de la Hénnion. Mais cette Pointe des Galets, c’est la première impression (pii s’olTi'o an voyageur, peut-être la seule, si faisant simplement escale il n’en profite pas pour aller, parle cliemin de fer, jusqu’à la capitale , Saint-Denis. Et cette impression est défavoralile. Il faut an contraire pénétrer dans la colonie, l’étiidicr et s’y plaire pour découvj'ir ces stations do montagnes })ittores([nes ou grandioses : Salasie, Cilaos, Mafate, et tontes ces ]k'titi's villes (le la côte, filleules de saints : Saint-Pieri'c, Saint-Paul, Salnl-,Jos(qdi, Saint-André, Sainte-Suzanne, égrenées autour de l’Ile comme uu chapelet.

A clllcui'er Bourhou ou risijue de rester sur une premièi'e impression mauvaise et inexacte, et il en va ainsi do celui (jiii, trop sujierliciellement, cherche à se lairc une idée de nos colonies. On se heurte instantanément à ce ipii est criliipiahle sans s’attacher à découvrir ce ([ui est satisfaisant ou perfectihle.

Celte lendaiico est d’ailleurs hien française, et il est, il faut l’avomn'.

La Réunion. — Pai/sage tropical.

bien difficile de s’en défendre lorsque l’on arrive à la Pointe des Galets en venant de Port-Lonis, cajiitale de l’île Maurice (i).

Le contraste est frappant et, pour un esjirittrop prompt à généraliser, il serait concluant.

Port-Louis c’est une belle Aille de 63.000 âmes, langoureusement blottie au bas d’un cirque de verdure formé par des montagnes aux découpures étranges, dont les contreforts, dévalant jusqu’à la mer, y projettent les anses d’une rade superbe on brillent les rellcts de vingt mâtures sans cesse coupés par la cadence des rames d’innombrables canots. Sorte de Nice tropical (le vieux Nice) aA'ec scs grandes maisons pointes en jaune, A'olets Amrts, ses beaux s(|uares, ses fonlaines, ses statues, ses allées de palmiers traversées parles lignes du chemin de fer, et brochant sur le tout nue foule bariolée et chatoyante — créoles (blancs et noirs) militaires en uniforme, Ilindons et Chinois, — Port-Louis, dans sa situation splendide, grouille d’activité et il n’en faut [»as davantage pour inspirer au A'oyageur, au Français surtout, oublieux qu’il a devant lui l’œim'e de la Bourdonnais, une profonde conviction que Maurice est un pays en pleine prospérité, où éclate le génie colonisateur des Anglais.

Et ce sen liment ne tardera pas â se compléter par cette impression ■ — ■ préparée d’avance par les propos écliangés â ]>ord avec des marins qui ne connaissent bien de la Réunion que son Port et cette habitude que nous avons de nous dénigrer de parti pris — que notre colonie est au contraire un pays morne, ruiné, tout an j>liis une reli(pie A'énérablc attestant nos splendeurs passées et nos traditions perdues, lorsque, (pielques heures après aA'oir quitté Port-Louis, on arrive devant la Pointe, celle Poinle formée par des galets déversés par une rivière torrentueuse et où l’iudnslrie de l’homme a creusé, â grands renforts de millions, un refuge pour deux on trois navires contre l’insécurité des rades foraines, les seules que les côtes, abruptes souvent et lisses partout de la Réunion, offrent â la navigation .

Comment se défendre, en effet, après l’éblouissant spectacle de la capitale de iMaurice, cenire de toute l’activité de l’ile, contre une amère déception, deA'ant ce Port (pu donne l’impression d’un effort stérile, pnis(pi’ancim signe en rapport avec cette œnvi'e, nulle indication de ce qu’est véritablement la colonie, n’apparaît en cet endroit si ])izarremcnt clioisi pour être la porte des relations de la Réunion aAmc l’extérieur?

iVnssi après une longue et délicate manœuvre pour accoster â quai, â cause du goulet â angle droit (pii relie l’avant-port au liassin, manœuvre pendant la- (pielle de légères embarcations montées par des noirs, des colons coiffes de vastes

(1) Cet itinéraire serait celui d’un voyageur venant du Cap. En partant de France, par une des lignes cpii traversent le canal de Suez, on fait escale à la Réunion avant d’aborder à Maurice (]ui est le point terminus du parcours des paejuebots de la Compagnie des Messageries-^Iaritimes.

champignons, dos fonctionnaires à plnsienrs galons et casqués à l’ordonnance, (officiers de la Santé, de la Douane, le capitaine dn Port), viievoltent autour de la grande carène blanche dn paquebot des Messageries Maritimes comme des nionches autour d’nn morceau de sucre, il n’est pas étonnant ([ne l’on s’écrie, neuf fois sur dix, avec une ironie satisfaite devant ce tableau qui ré[)ond à des idées préconçues : « Comme c’est liien colonies française! »

Voilà ce ([lie l’on ressent en allant d’une colonie à l’antre. Voyagenr, mélionsnons de la première impression résultant de l’arrivée à la Hénnion [>ar la Pointe des Galets et si nous voulons arriver à une C(U'laiue exactitude dans nos a])préciations sur la lléiinion, parcouroiis notre colonie, observant, notant de droite et de gaiicbe, sans lions [iréoccuper de distinguer ce (pii est bon et ce (pii est mauvais. xVu terme de cette étude la balance s’établira d’elle-méme.

# En route pour Saint-Denis. ® m Premier contact avec ees créoles. — Compagnons de voyages. —

Une échappée sur le paysage. — La Possession. — Coup d’œil rétrospectif SUR l’histoire de l’ile. m ®

Le tunnel et les travaux publics. — Le port et la question

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