‹ Empire colonial de la FranceChapitre 8 sur 16 · DES MARINES. — ARRIVÉE A LA CAPITALE · texte numérisé non relu

DES MARINES. — ARRIVÉE A LA CAPITALE

^^uiTToxs la Pointe des Galets.

A peine débanjné nous [irenoiis contact avec la [)0[)ulatlou — ou plutiit c’est entre elle et notre bagage ([ue ce contact s’étalilit et sons une forme (jui n’est [las sans nous occasionner ([neb[ues inquiétudes. Sur le ([uai, déchargés par les soins de ré([ui[)age, les colis des voyageurs s’amoncellent ra[)idement en tas. Aussit()t de grands gaillards, allant du noir au café au lait, les nus [ûeds nus, d’autres chaussés d’esiiadrilb^s, (pn^lques-uns de gros souliers, mais tons unilormément coillés d’un vieux clnqieau de [mille au ruban défraîchi et vêtus d’un [mntalon et d’une veste de toile bleue, se [)réci[)itent sur ces tas et sans qu’il soit possible de donner un ordre, les colis, comme uii butin à [lartager, s’égrènimt (Mitre leurs mains et [irciment, [mr des raidillons variés, b' chemin de la gar(C C(' ([ui fra[)[)e, c’est le man([ue de disci[)bnc de ces gens et hnir [irésonqition. Aucun n’obéit à l’autre et cbaeuii [mraît convaincu de la légitimité de son droit de [irélever sur vous, eu s’cnqmrant de vos colis, de ([uoi satisfaire, [»ar un ellort musculaiiM'

plus OU moins violent de rpielques minutes, ses modestes besoins de nourriture et son appétit immodérc de paresse.

Ne nous liàtons pas cependant de porter un jugement sur la population bonr- Ijonnaise d’après ces premiers écliantillons. Ce serait aller précisément contre la recommandation qne nous venons de formuler et l’on pourrait do plus nous ol)jecter que ces syiuplômes des portefaix de la Pointe des Galets sont communs à leurs congénères des ports sons quelque latitude qu’on aborde. Soit. Attendons, pour parler du créole, d’en avoir rencontré des types pins variés.

Dans le train, où nous finissons par nous caser avec nos colis reconquis tant bien cpie mal, nous avons comme compagnons de voyage trois Indiens, arrivés de Maurice par le même parjuebot, et deux noirs. Nouveau contraste avec l’ile sœur où les classes du chemin de fer correspondent à celles de la société ! Là les blancs. Européens et créoles, voyagent en première, les mulâtres en seconde, sauf quelques-uns parvenus à de hautes situations dans les affaires ou aux postes les plus élevés de l’administration, enfin les Asiatiques (Indieus et Cbiiiois) et les Noirs, confondus eu troisième. — A la Réunion les principes de liberté et d’égalité ont effacé ces distinctions et les usages ne les ont pas rétablis en fait comme à M aiirice .

Malgré la présence un peu encombrante de ces compagnons, — et ce sont surtout les Hindous, corpulents musulmans de Bombay, qui sont envahissants avec leur (juantité invraisemblaljle de colis, valises aux cuivres repoussés, petites caisses de bois et de métal couvertes d’arabesques criardes, paquets enveloppés dans des madras et éparpillés pêle-mêle sur le plancher, les banquettes et le filet du com- })artiment de ce cliemiu de fer joujou — ou jouit par la portière d’une vue qui dédommage de ce mampie de confort.

C’est un peu comme une échappée sur les premiers plans des Pyrénées, du côté de Pau et de Bigorre, ce paysage qui s’encadre dans l’ouverture de la vitre Ijaissée du compartiment. La riAÛère des Galets, dont le cours inconstant a recouvert la plaine d’une nappe de roches roulées, c’est un gave et l’administration des forêts a accentué cette resscjublance générale du décor en faisant d’immenses plantations de lilaos — ces pins des tropiques — partout où une légère couche de terre végétale a pu se reformer sur un exliaussemeut du sol.

Au loin, dans une tonalité très douce, les crêtes des premières montagnes se confondent avec les vapeurs légères qui les emltrument. Sur leurs flânes, dans une vive opposition de couleur, des champs de cannes à sucre mettent leur tache de pâle émeraude autour des toitures scintillantes d’une usine et l’éclat blanc de sa cheminée.

Dans cette toile de fond une déchirure. C’est la vallée d’où s’écoule la rivière des Galets. L’omlrre des montagnes environnantes l’obscurcit, mais on voit

s’élever très loin, au-dessus des nuages, le Ciiuaudef, mystérieuse vision de cette Suisse aux gorges profondes, aux torrents majestueux, alternant avec des cascades gracieuses, aux fraîches vallées, dominées par des plateaux désolés et des sommets l'espleiidissaiiLs, qu’est l’intérieur de la Itéurdon.

Ce [>aysage se déroule sous les yeux pendant dix minntes environ jusqu’à la première halte, la commune de la Possession.

Salazie. — !.a marc à poules d'eau.

Ce fut, paraît-il, dans cet endroit, en 1671, que Jacol) de la Haye, créé vice-roi des Indes, elfectua déllnilivement la prise de jmssessiou de l’île au nom du roi de France. Faisant partie du groupe des Mascareignes, découvertes au seizième siècle ])ar le navigateur [)ortngais Pedro Mascarenhas, Bourhou, ainsi nommée ]>ar Flacourt, était déjà, à cette épocpie, colonisée par des déportés de Fort-Dauphin de Madagascar et (piel(pies employés de la Compagnie des Imh's.

W'iins de rOnest, par le Cap, et de la Grande dà'rre de Madagasear, l('s [>remiers navigateurs avaient ahordé l’ile dans la parti(' « sous le vent » et Jormé Imirs premiers étahlissemeids dans la i-égion conq)rise (Mitre la Possession, la ri\iÎM'e des Galets et les étangs de Saint-Paul, première capitale de la colonie, a C’était alors, écrit Emile Trouette, une immeuse forêt, aux arbres toujours verts, aux

rivières limpides, aux fleurs embaumées de l’Édeii. Aucun animal nuisible; des oiseaux aux couleurs éclatantes, à ce point ignorants de la méclianceté de riiomme qu’on pouvait les tuer « d’uii coup de lioussine ». Le climat était tellement salubre qu’un séjour de quelques semaines suflisait à ranimer les équipages décimés par le scorbut et les colons du Fort-Dauphin en proie à la fièvre malgaclie. » « L’air des îles est le meilleur (pi’il y ait sous le ciel, » écrivait un voyageur, Dubuat (l).

Malgré ces coudilious si favorables à la colonisation, l’île vécut de longues années jiresqu’à l’état primitif. Son développement ne date que de 1G89 quand le roi y nomma un gouverneur. Celui-ci u’était réellement qu’un commis de la Compagnie des Indes ({ui exploitait la colonie à ses risques et périls. Ses bénéfices provenaient entièrement de son monopole commercial. Les colons ne pouvaient acheter qu’à elle et étaient tenus de verser leurs produits dans ses magasins moyennant un prix établi par la Compagnie. En fait d’inqiot, la population de

2.000 habitants n’avait à payer que vingt sous par tête pour ses 1.100 esclaves.

Eu 1735 de La Bourdonnais fut nommé gouverneur des deux Mascareimies.

xVttiré avant tout par la situation exceptionnellement favorable de Maurice au point de vue des grandes opérations militaires et navales engagées à cette époque entre la France et l’^Viigleterre dans leur lutte pour la conquête des marebés d’Extrème-Orieut et de l’Empire des Indes, il relégua Bourbon au second plan et fit de l’autre colonie une place forte admirablement desservie par ses deux excellents ports : le Gvand-Port, et le Port-Louis , siège du gouvernemeut général. Quant à Bourl)on son rôle devait être d’approvisionner file sœur, et sou développement à cette époque fut purement agricole.

Toutefois ce fut La Bourdonnais (pii transporta la capitale dans son siège actuel, Saint-Denis.

Les dépenses engagées par la Compagnie des Indes comme conséijuence de sa politiigie de conquêtes provoquèrent sa faillite en 1763, en même temps que prenait lin aux Indes la guerre avec l’Angleterre. La colonie retourna alors au roi. A cette époque, d’après Bory de Saint-Vincent, la population pouvait s’élever à

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