‹ Emploi des injections iodoformées dans le traitement des arthrites tuberculeusesChapitre 12 sur 33 · INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS

Nous considérons pour notre part les injections 1odoformées comme un simple adjuvant du traitement conservateur des tumeurs blanches, C’est dire que, d'une façon générale, ce mode de traitement devra ètre associé aux autres moyens employés habituellement pour ce traitement conservateur et, en particulier, à l’immobilisation. C’est dire, d'autre part, que nous considérons comme limites aux injections 10doformées, les limites du traitement conservateur luimême.

Nous nous élevons donc énergiquement contre ceux qui ont représenté cette méthode comme conslituant une méthode unique et exclusive de traitement des tumeurs blanches, et qui, se confiant en elle, déclarent qu'il ne faudra plus jamais pratiquer des opérations sanglantes pour les tumeurs blanches et que le règne des résections est terminé. C'est bien là l’idée qui semble guider Brigel, et 1l déclare à la suite de ses statistiques que la résection ne peut valoir la méthode des injections iodoformées, et donne des résultats fonctionnels bien inférieurs. C’est aussi l’idée

Lie de Calot, qui donne des conclusions à peu près analogues. :

Ce sont là des affirmations bien absolues qu'il nous faut discuter, et avant d'aborder les indications nous allons tout d’abord traiter deux questions générales :

1° Est-ce que la fréquence des lésions osseuses ne contre-indique pas le traitement conservateur ?

2° Quelle conduite doit-on tenir vis-à-vis des séquestres ?

Sur le premier point, Volkmann et Lannelongue disaient que dans le jeune âge la tuberculose débute habituellement par les extrémités osseuses, et qu'il y a ainsi presque toujours des lésions osseuses. M. le professeur Ollier, au contraire, a démontré que la tuberculose à assez souvent un début synovial. On peut donc compter, dans une certaine mesure, sur l’absence de lésions osseuses au début, et, de plus, ces lésions osseuses existent-elles, elles sont assurément curables, et on trouve souvent, en opérant des malades, des lésions de tuberculose guéries. La question ne devient difficile alors que lorqu'il y a des séquestres.

Certains auteurs cherchent à démontrer et affirment qu'il est possible de guérir, par un traitement conservateur, les arthrites tuberculeuses lorsqu'il y a des séquestres.

Nous touchons là à une grosse question.

Est-ce qu'une tumeur blanche, dans laquelle les os sont nécrosés et dans laquelle il existe des séquestres, peut guérir sans que ce séquestre soit enlevé? La

Less chose à élé affirmée, notamment par Dulac, dans sa thèse écrite sous l'inspiration de Calot, et la même opinion est soutenue par Henlé, qui dit, à ce propos, avoir fail une expérience qu'il juge démonstrative, pour prouver que l'existence de sequestres n’est pas un obstacle à la guérison.

Henlé rapporte à l'appui de son opinion des expériences qu'il aurait faites sur un séquestre retiré du genou d’une jeune fille guérie après trois ans de traitement conservateur, et à laquelle 1l avait dû faire une opéralion orthopédique. Il raconte que l'examen histologiqueet bactériologique, ainsi quelesinoculations, ont montré que ceséquestreélait aseptique, et qu'il pouvait théoriquement du moins, être conservé dans les tissus.

On peut bien admettre que les séquestres tuberculeux sont souvent aseptiques, on connaît d'autre part des exemples indiscutables de corps aseptiques qui ont été tolérés un certain temps dans les tissus, mais cela n'empêche pas de dire, qu'au point de vue pratique, la guérison d’une arthrite {uberculeuse contenant un séquestre doit, si elle est possible, être toujours bien instable et exposer à des récidives. C’est ce qui explique peut-être les quatre cas de récidive que

signale Brigel dans ses statistiques.

Telle est du reste l'opinion de M. Ollier qui, sans se prononcer absolument sur la question théorique de savoir si les séquestres peuvent être tolérés plus ou moins longtemps, affirme du moins catégoriquement qu’au point de vue chnique la guérison obtenue dans ces conditions n’est pas de bon aloi et expose à des

regrets plus ou moins tardifs.

C’est là encore ce qu’enseigne la pratique, qui montre l’inutilité du traitement conservateur, même bien dirigé et avec persévérance, lorsqu'il existe des séquestres, et qui montre justement que lorsqu'on est amené à faire des opérations sanglantes, très souvent on trouve des séquestres. Nous ne sommes donc pas bien convaincu par ce cas isolé que signale Henlé, et 1l n’est pas démontré que la guérison dans ce cas particulier aurait été définitive.

Nous admettrons done qu'un certain nombre d’arthrites ne sont pas justiciables du traitement conservateur, et nous pensons que s’il était possible, comme la radiographie permet quelquefois de le faire, de reconnaître de bonne heure des arthrites tuberculeuses à séquestres, le mieux serait de les opérer, dût-on même faire pour cela quelques sacrifices osseux. Malheureusement, dans les circonstances actuelles, ce diagnostic ne peut être posé que d’une façon très exceptionnelle, et presque toujours on en arrivera encore à déduire les indications opératoires des échecs du traitement conservateur. Ce dernier, et les injections 1odoformées qui en font partie, devra donc être appliqué dans la très grande majorité des cas, mais ce que nous tenons à établir, c’est que le traitement ne doit pas être prolongé outre mesure, et qu'il ne faut pas attendre pour prendre le bistour1i que l’état général ou local soit devenu trop grave pour ne pas permettre autre chose que l'amputation, comme a dû le faire quelquefois Brigel.

Nous estimons, en effet, que les résultats fonctionnels fournis par des opérations sanglantes, telles que nous les a enseignées M. le professeur Ollier, sont dans bien

es 37 Es des Cas égaux à ceux que donne le traitement conservateur el que lorsque celui-ci a été prolongé un temps convenable il est tout à fait inutile de pousser l’expérience plus loin, car elle ne donnerait au malade aucun avantage sérieux et lui ferait courir, au contraire, des risques véritables.

Nous allons chercher maintenant à préciser l’indieaton des injections iodoformées suivant les diverses circonstances d'âge, de siège et suivant le degré d'évolution auquel l’arthrite est arrivée.

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