Journal des sciences médicales de Lilky 5 décembre
Les applications sont commencées le 15 septembre de la raanièfe suivante : les paupières retournées et rapprochées comme pour une cautérisation ordinaire, on louche leur face conjonctivale avec un petit tampon de ouate trempé dans l'infusion de jequirity (formule n° i de M. de Wecker). Après un contact assez prolongé, on laisse retomber les paupières.
Le 15 septembre. Deux applications de jequirity.
Le 16. L'inflammation oculaire est assez légère; deux nouvelles applications.
Le 17. Les paupières sont très tuméfiées, sensibles à la pression du doigt. Quand on les retourne, on trouve les conjonctives tapissées d'une sorte d'enduit couenneux, grisâtre. La rougeur péricornéenne s'est accrue et le pannus est devenu plus opaque. Un liquide visqueux, mélangé à des filaments muco-purulents, baigne le bord libre des paupières.
L'inflammation jcquiritique, abandonnée à elle-même, décroît progressivement et disparaît au bout d'une huitaine de jours. Le résultat n'a pas satisfait notre attente : l'œil s'ouvre peut-être un peu plus librement qu'auparavant, la photophobie paraît moindre, mais la transparence de la cornée s'est très peu améliorée. Il nous sera nécessaire de provoquer plusieurs fois de suite l'inflammation avec le jequirity si nous voulons obtenir un résultat, encore peu certain. Dans ces conditions, nous préférons recourir à l'inoculation et nous la proposons au malade qui l'accepte.
L'inoculation est pratiquée le samedi 7 octobre avec du pus provenant d'un nouvean-né atteint d'ophthalmie purulente depuis plusieurs semaines.
Le lundi 9 au soir, l'ophlbalmie était déclarée, le lendemain malin elle atteignait une intensité considérable ; l'œil étant complè lement fermé par la tuméfaction énorme des paupières. Céphalalgieengorgement ganglionnaire préauriculaire, frissons. Traitement : glace en permanence, deux cautérisations par jour avec le nitrate d'argent au 1/30.
La violence des symptômes inflammatoires ne larde pas à dimi-
ïiuer : au bout de quaranle-huit heures les douleurs sont devenues supportables. On continue le même traitement. Les cautérisations au bout de cinq jours ne sont plus faites qu'une fois par jour.
Après la première quinzaine, l'ophlhalmic, en pleine décroissance est abandonnée à sa marche naturelle. La cornée est très-opaqtic mais sans aucune menace d'ulcération. Le succès de l'inoculation est désormais assuré.
L'œil gauche, tout à fait sain, non protégé par le monocle transparent de Maure!, n'a pas été contagionné par son congénère.
Le 9 novembre, un mois après l'inoculation, Dhennion quitte la polyclinique oii nous l'avions fait admettre. Il reste de la rougeur de l'œil, mais le pannus est déjà bien éclairci. Le retour de la cornéo à une transparence parfaite ne saurait être douteux et n'est plus Mju'une question de temps.
Nous avons revu le malade le 1" décembre. Le pannus cornéen a presque totalement disparu, il ne reste que deux vaisseaux qui ne tarderont pas à s'atrophier : nous en avons pour garant ce que nous avons observé dans nos anciens inoculés.
Obs. XXI (inédite). Clinique du D"" Dujardin. François Bag**, de Comines, 43 ans.
Pannus granuleux double, complet à l'œil droit, très étendu à l'œil gauche, laissant juste la vision nécessaire pour que le malade puisse se conduire seul. Depuis dix ans, en traitement dans diverses cliniques, une amélioration partielle, peu durable, a été plusieurs fois obtenue ; sans cause appréciable, une poussée inflammatoire survient tout à coup qui fait perdre tout le gain du traitement.
. Neuf applications de jequirily (form. n° i) en trois jours (26, 27, 28 octobre 1882) déterminent une ophthalmie intense, mais restent sans influence aucune sur les granulations et le pannus. Les symptômes inflammatoires ont persisté 8 jours.
Le malade est tout à, fait dans les conditions requises pour tenter l'inoculation au moins de l'œil droite entièrement aveugle.
Le 46 novembre 1882, on inocule l'œil droit avec du pus recueilli
sur un nouveau-né alleint d'ophlbalraie puruleutc, au 8° jour environ.
Le surlendemain, l'oplithalmic commence et atteint bientôt un développement considérable. — Glace et deux cautérisations par jour
avec la solution de nitrate d'argent au rr^-
Pendant deux jours, la tuméfaction des paupières reste énorme. Violente cépbalalgie, ganglions préauriculaires, anorexie complète.
La violence des symptômes inflammatoires commence à décroître, la purulence s'établit régulièrement, peu abondante. Du côté de la cornée, on note l'épaississement du pannus, comme c'est la règle en pareille circonstance, mais aucune menace d'abcès ni d'ulcère. Au bout de six jours^ on se contente d'une cautérisation par jour, toujours avec la même solution de nitrate d'argent au 30% suivie de la neutralisation avec l'eau salée.
L'opbtbalmie, après être passée par ses diverses périodes, s'éteint d'elle-même au bout d'un mois environ. Le 17 décembre, le malade quitte la clinique avec un œil encore un peu larmoyant et qui commence déjà à s'éclaircir.
Sans qu'on ait pris d'autre précaution que les recommandations faites au malade, l'œil gaucbe a été préservé de la contagion.
Trois mois plus tard, le malade revient nous voir : il ne reste de son pannus qu'une opacité de la cornée sans vaisseaux apparents et qui s'efface de jour en jour.
Obs. XXII (inédite). — Clinique du Dujardin. — Denis Désiré, 48 ans, porle à l'œil gauche un pannus granuleux, rebelle à tous les traitements employés depuis déjà quatre ans. Le tiers supérieur de la cornée est opaciûé et la vision est encore assez bonne, grâce à la transparence du reste de la cornée. Ce qui gêne surtout le malade, au point de lui rendre le travail impossible, c'est une extrême sensibilité de l'œil; la pliolophobic est excessive, accompagnée de blcpbarospasrae et d'un écoulement de larmes brûlantes. A l'œil droit, on note une légère kératite panniforme^s'avançanl jusqu'à deux railli mètres du bord supérieur de la cornée.
Après deux mois de Iraitemcnt infructiieax parles divers caustiques en usage contre les granulations, on essaie les lavages avec le jequlnty. Pendant trois jours consécutifs, on badigeonne les conjonctives avec une macération fraîchement préparée de jequirity (1 p. 50). au point de développer une inflammation néo-membraneuse très intense (trois applications par jour).
Au bout d'une- dizaine de jours, lophthalmie jequiritique a disparu laissant les granulations dans le même état qu'auparavant. Le degré de sensibilité de lœil est toujours excessif; nous l'attribuons k\ présence de petites érosions cornéenncs compliquant l'inûllration panneuse.
Enhardi par de précédents succès et voulant en finir, M. Dujardin propose au malade l'inoculation blennorrhagique de l'œil gauche, bien qu'il ne soit pas absolument dans les conditions requises : il s'agit d'un pannus monoculaire, non généralisé à toute l'étendue de la cornée. Le malade accepte et, le 18 juillet, on inocule l'œil gauche avec du pus provenant d'un nouveau-né atteint d'opbthalmie, au sixième jour de la maladie.
L'inoculation, pratiquée pourtant avec tout le soin voulu, ne donne aucun résultat et ne réussit à provoquer aucune inflammation.
Nouvelle inoculation le 19 juillet 1883, avec du pus recueilli cette fois sur un adulte atteint d'opbthalmie blennorrhagique en plein développement. Cette seconde inoculation est suivie d'un prompt succès : quarante-huit heures à peine se sont écoulées et déjà la tuméfaction palpébrale est énorme, œdémateuse. Applications de glace, cautérisation deux fois par jour avec la solution de nitrate d'argent au 1/30. En dépit de ce traitement, l'ophthalmie suit une marcbe ascendante jusqu'au troisième jour ; survient ensuite une détente assez brusque qui coïncide avec une très petite perforation de la cornée à la partie supéro-interne.
Le 24 juillet. — Nouvelle complication : l'œil droit se prend h son tour, malgré les précautions exigées du malade. L'ophthalmie atteint, au bout de vingt-quatre heures, un degré très considérable On la combat par les applications de glace jour et nuit en même
temps qu'on cautérise les paupières difficilemenl retournées, deux fois le jour, avec une solution au ^ /SO de nitrate d'argent. Plus bénigne qu'îi l'œil gauche, la vive inflammation des premiers jours s'apaise sans perforation de la cornée ; mais il s'est formé une petite érosion à la partie interne.
Au bout de trois semaines, Toplilhalmie purulente avait Eni son cycle, mais l'inoculation du pus blennorrliagique nous réservait d'autres surprises, aussi désagréables qu'inattendues. Tandis qu'à l'œil gauche l'amélioration s'accentuait lentement mais 'd'une façon continue; à l'œil droit se déclarait inopinément (20 août) une attaque d'iritis, d'une violence excessive, avec douleurs ciliaires s'irradiant dans toutes les branches du trijumeau, produisant une hémicrânie complète. L'instillation d'atropine, loin de produire du soulagement, ne fit qu'accroître les douleurs ; le malade était doué pour l'atropine d'une intolérance dont nous avions déjà eu la preuve, mais nous en avions perdu tout souvenir. A la suite de la première instillation, on constate un gonflement érysipélateux des paupières en même temps qu'une sorte de miliaire sur la joue correspondante.
Forcé de renoncer à l'atropine, M. Dujardin essaie un autre mydriatique, l'hydro-iodate d'hyoscine, qu'il expérimentait à ce moment sur d'autres malades. Ce nouvel alcaloïde est bien toléré; on le continue pendant une quinzaine de jours avec succès : les douleurs s'apaisent, l'irilis décroît mais en laissant après elle des synéchies dont plusieurs ont résisté au mydriatique.
A peine l'irilis est-elle à peu près terminée que l'attention est attirée du côté de la cornée (10 septembre),, l'érosion signalée cidessus à la parlie interne s'étend rapidement en surface, réveillant de nouvelles douleurs, et déterminant à différentes reprises un léger hypopyon. L'ulcération de la cornée gagne de proche en proche, et bientôt le tiers de la surface de la cornée est entièrement dénudé. Le traitement consiste en lotions à l'acide borique 4/100 ,et en instillations d'hyoscine. Au bout de vingt jours, un abcès se forma à la limile inférieure de l'ulcération, et il fallut l'inciser. A partir de celle paraccnthèse tout rentra dans l'ordre, l'abcès cornéen perdit en une
liuitaine de jours sa coloration jaune paille, devint grisâtre et la cicatrisation commença à s'opérer. Les douleurs avaient définilivemcnl disparu le 12 octobre, par conséquent, près de trois mois après l'inoculation blennorrhagique.
Actuellement (30 octobre 4883), le malade se trouve dans la situation suivante :
OEil gauche, à la partie supéro-interne de la cornée, un très petit leucome adhérent ; la vision est supérieure à ce qu'elle était avant l'inoculation et elle s'améliore de jour en jour.
Du côté de l'œil droit la vision est encore très défectueuse; mais les progrès constatés jusqu'ici donnent tout espoir de regagner le terrain que les complications y ont fait perdre.
Des six malades qui ont subi l'inoculation à la clinique ophlhalmologique de la faculté libre (1), ce dernier est le seul chez qui Fœil non inoculé se soit pris à son tour.
Six autres fois l'inoculation a été pratiquée sur un seul œil el, sans qu'on ait pris de précaution spéciale, l'autre œil n'a pas été contagionné (Dans un des cas rapportés par M. Vilfroy, les deux yeux ont été inoculés à deux ans d'intervalle).
Notre dernière observation, intéressante par les complications qui suivirent l'inoculation (perforation de la cornée, contagion, iritis, kératite ulcéro-suppurative), présente celte particularité que le pus utilisé provenait d'une ophlhalmie blennorrhagique chez un adulte; dans tous les autres cas on s'était servi du pus recueilli chez le nouveauné. Faut-il voir une simple coïncidence entre ces accidents el la provenance du pus ou admettre qu'il" y ait relation de cause à effet? Cette dernière manière de voir