Le succès fut complet après 3 mois de traitement
lard, le mieux semble s'arrêter, la rougeur des yeux reparaît, le malade est alors soumis, tous les dix à douze jours, aux badigeonnages avec le jequirity (1 p. 50). A chaque visite l'amélioration de la vue est notable et, après la huitième application, les pannus ont totalement disparu.
Obs. XII. — Sioen Joseph, 60 ans, de Roubaix. Pannus double, peu étendu à l'œil gauche, à l'œil droit, couvrant presque toute la cornée. De ce côté, une particularité intéressante à noter : un petit point noirâtre, bien rond, qu'on prendrait de prime abord pour un corps étranger ; en regardant de près on voit qu'il s'agit d'une kératocèle, mais sans saillie comme d'ordinaire ; la membrane de Descemet affleure exactement la surface de la cornée. Les conjonctives palpébraies présentent cette ligne cicatricielle, voisine du bord libre, si fréquente dans le trachome. Pas de sécrétion.
Un badigeonnage des paupières avec le jequirity, tous les dix jours (1 p. 50], amène un changement notable : la vue s'éclaircit, le réseau vasculaire qui couvrait les cornées s'amincit et finit par disparaître. La kératocèle subit peu de changement, mais s'est plutôt rétrécie. Au bout de deux mois le malade se trouve assez guéri pour reprendre son travail.
Obs. XIII. — Bertens Constant, 45 ans, vient consulter le 5 octobre dernier pour une kérato-conjonclivile granuleuse suraiguc de l'œil droit, datant de 15 jours et provoquant de très vives douleurs. Le malade a eu, il y a six ans, une attaque analogue et du même côté. Le même jour, on badigeonne les paupières avec le jequirity (1 p. 50), très légèrement comme chaque fois qu'il y a un état très inflammatoire de l'œil. Le surlendemain, on constate un développement prononcé de l'ophthalmie jequiritique : gonflement érysipélateux des paupières, cornée plus trouble, etc. Les douleurs en revanche ont disparu, le malade éprouve un complet soulagement.
Nous voyons Bertens tous les trois jours : l'ophthalmie jequiritique, abandonnée à sa marche naturelle, disparaît au bout 'd'une
douzaine de jours, et en même temps la kératite granuleuse est complètement guérie.
Obs. XIV. — Delebart Célina, 22 ans. Phlhisie complète de l'œil droit; kératite panniforme de l'œil gauche, traitée depuis plusieurs années sans amélioration sensible soit par les caustiques, soit par l'atropine; en dernier lieu, par la pommade à l'oxyde jaune de mercure. Cornée trouble, couverte d'un réseau vasculaire k mailles peu serrées : injection périkéralique assez prononcée, pholophobie,, larmes abondantes et cuisantes.
Une application de jequirily (1 p. 50) le 9 octobre dernier. Le surlendemain, le gonflement palpébral est considérable, la cornée moins transparente. Au bout de six jours le bénéfice du jequirity commence à devenir évident, la vue gagne sensiblement.
Le troisième badigeonnage (on en fait un par semaine) est suivi du retour complet de la cornée à l'état normal.
Obs. XV. — Dernelle Estelle, 28 ans. Pannus très ancien de l'œil gauche, avec incrustations au centre de la cornée. Les conjonctives palpébrales offrent des traces multiples de granulations cicatrisées ; absence de sécrétion.
Une application de jequirity tous les dix jours ; au bout de quatre badigeonnages, la transparénce de la cornée est déjà bien meilleure. La malade est encore en voie de traitement.
Obs. XVL — Léon Biaise, 27 ans. Kératite granuleuse très inflammatoire de l'œil gauche avec flot de larmes, blépharospasme et crises fréquentes de douleurs ciliaires. L'atropine et les sangsues à la tempe n'ont produit qu'un soulagement momentané. Un seul badigeonnage des paupières avec le jequirity (1 p. 50) amène dès le lendemain la disparition complète des douleurs, contraste frappant avec les symptômes en apparence plus défavorables dus au jequirily : turgescence des paupières, sécrétion plus abondante, etc. La cornée est aussi bien plus trouble qu'avant l'emploi du remède brésilien. On
laisse Tophlbalmie jequirilique suivre son cours naturel ; au bout d'une douzaine de jours, tout est terminé : la cornée a retrouvé sa transparence, le malade guéri reprend son travail.
Obs. XVII. — Christine Varlet, 60 ans, de la Ghapelle-d'Arraentières. Phlhisie complète de l'œil droit ; nombreuses opacités cornéennes, suites d'anciens trachomes. Pas de vascularisalion de la cornée ; absence de sécrétion conjonclivale. La vue est très affaiblie : à peine la malade peut-elle se diriger seule. On pratique tous les huit jours un badigeonnage des paupières avec la préparation ordinaire de jequirity (1 p. 50). Au bout de trois applications, l'amélioration de la vue est très manifeste, le trouble de la cornée s'est dissipé en partie. La malade est tout heureuse d'une guérison sur laquelle elle ne comptait plus guère, après les nombreux traitements qu'elle avait suivis depuis des années^ sans aucun résultat.
Obs. XVIII. — Joachim Follet, M ans, de Ganteleu.
Anciens trachomes, avec rechutes fréquentes ; actuellement poussée inflammatoire de kérato-conjonclivile à l'œil droit, datant de six jours, photophobie, larmoiement, vives souffrances. Infiltration grisâtre de toute la moitié interne de la cornée avec commencement d'ulcération vasculaire. Une application 'légère de jequirity (1 p. 50 ) amène une délente complète : les douleurs disparaissent ; l'œil, quoique plus gonflé, supporte mieux la lumière. On abandonne l'ophihalmie jequiritique à ellé-mème ; au bout de six jours, elle a disparu ; la cornée a retrouvé sa transparence. Il ne subsiste qu'une légère opacité à l'endroit de l'ulcère dont la cicatrisation s'est opérée avec une remarquable rapidité.
D'après les faits que nous venons de relater et que nous pourrions multiplier, le jequirity a sa place toute marquée dans le traitement de l'ophllialmie granulaire. A côté des caustiques, excellents pour modifier la muqueuse conjontivale granuleuse et hypertrophiée,
nous avons maintenant un nouvel agent d'une efficacité souveraine pour combattre les complications cornéennes, soit qu'il s'agisse de ces anciens pannus d'une ténacité si désespérante, soit qu'on ait à combattre une de ces poussées inflammatoires, parfois si violentes, comme on en observe dans le cours de l'ophthalmie granuleuse (obs. I,
xin, XIV, XVI, XVIII).
Dans le cas de pannus cornéen avec inflammation oculaire modérée, on poussera assez loin le jequiritisme et on répétera l'ophthalmie autant de fois qu'il sera jugé nécessaire. Lorsqu'il s'agira au contraire d'une kératoconjonctivite très aiguë, on se contentera d'un très léger badigeonnage des paupières, suffisant pour provoquer un effet considérable qui se manifestera dès le lendemain par du gonflement des paupières, par un trouble plus marqué de la transparence de la cornée, mais ces symptômes ne doivent nullement jeter l'alarme : le malade d'ailleurs est plein de confiance, les douleurs oculaires ayant généralement disparu avec les premiers effets du jequirity.
Il y a bientôt trente années, Warlomont cherchant à expliquer ce mode d'action de l'inoculation blennorrhagique qu'il avait pour sa part largement expérimentée, écrivait : « L'ophthalmie purulente déterminée par inoculation agit-elle d'une manière spécifique, ou seulement en vertu de la violente inflammation qui en a été la conséquence? Nous inclinons sensiblement vers cette dernière opinion. Aussi n'hésiterions-nous pas, si l'inoculation devait jamais nous inspirer la commune terreur qui l'a si longtemps
tehue écartée de la pratique, à faire l'essai d'autres agents, si nous en connaissions qui fussent susceptibles de déterminer une inflammation suppurative égale à celle qui suit l'introduction dans l'œil du pus blennophtalmique. Mais où trouver l'agent capable de déterminer par le fait d'une réaciion dynamique, les symptômes réflexes dont l'inoculation nous donne le spectacle ? Quel est le corps irritant qui provoquera la série de ces phénomènes d'où sort la réaction indispensable au succès, et qui ne commencera pas par désorganiser les tissus auxquels on l'aura appliqué?
Nous abandonnons la solution de celte question aux inoculopJiobes... (1). »
Le jequirity, dont nous sommes redevables à de Wecker (2), peut jusqu'à un certain point être considéré comme ce succédané de l'inoculation souhaité par Warlomont, mais pas à égalité de puissance. L'ophlhalmie produite par le jequirity, même employé à haute dose, sera toujours inférieure à la véritable ophthalmie purulente, sinon comme violence des symptômes, au moins pour l'étendue des résultats.