‹ Emploi du jequirity et de l'inoculation blennorrhagique dans l'ophthalmie granuleuse [electronic resource]Chapitre 7 sur 17 · Annales d'oculistiqiie, 1855, t. I, p · texte numérisé non relu

Annales d'oculistiqiie, 1855, t. I, p

2. De Wecker précisément n'est pas, tant s'en faut, inoculophile; qu'on en juge : « il m'a toujours répugné, écrit-il encore récemment, de recourir à l'inoculation blennorrhagique ; l'idée de combattre une maladie contagieuse par une autre non moins grave n'a jamais eu grand attrait pour moi... »

DE UINOGULATION PURULENTE

Nous croyons inutile de refaire en détail l'histoire, bien connue aujourd'hui (1), de l'inoculation purulente. Après en avoir rappelé brièvement les grandes phases, nous insisterons quelque peu sur les points qui peuvent permettre de comparer les ophlhalmies blennorrhoïque et jequiritique, leur marche, leurs avantages, leurs inconvénients respectifs, leurs indications.

C'est à un professeur de Vienne, Frédéric Jœger, que sont dues les premières inoculations purulentes tentées pour le traitement de pannus granuleux. La nature le mit sur la voie de ce moyen curatif : ayant vu des granuleux guérir à la suite d'une conjonctivite blennorrhagique accidentelle, il recourut, dès 1812, à ce procédé énergique pour les cas réfractaires aux moyens ordinaires de traitement. Celte pratique, qui donna de nombreux succès à son auteur, ne fut publiée qu'en 1840.

Jœger ne se servait que du pus de l'ophthalmie des nouveau-nés. La môme année, J.-F. Piringer (de Gratz) annonce le résulta! de 61 inoculations pratiquées indifféremment avec le pus de la conjonctivite des nouveau-nés ou celui de la conjonctivite blennorrhagique : 2 ne modi-

1. Consulter : Vilfroy, thèse de Lille, 1882; Terrier, Revue de Chirurgie, février 1883.

fièrent en rien l'élat de l'œil, 25 amenèrent une amélioration notable; dans 34 cas, la guérison fut complète.

On le voit, cette médication hardie fut, dès l'origine, fertile en résultais heureux ; cependant elle reste confinée en Autriche jusque vers 1840.

A cette époque, quelques essais furent tentés en Amérique et en Angleterre avec des résultats très satisfaisants.

Nulle part l'ophthalmie granuleuse n'était aussi répandue et n'exerçait autant de ravages qu'en Belgique. En 1833, les compressionnistes (1) ayant eu gain de cause sur les contagionnistes, les soldats granuleux furent renvoyés dans leurs foyers. Mesure malheureuse qui ne tarda pas à porter ses fruits : le mal, cantonné jusque-là dans les casernes, se propagea dans la population des villes et des campagnes avec une désolante rapidité. Aussi les occasions ne manquèrent pas aux praticiens belges de mettre à contribution le procédé de Jœger et de Piringer qui se présentait à eux avec le prestige des nombreux succès dont déjà son passé pouvait s'enorgueillir.

De fait, l'inoculation rencontra en Belgique ses champions les plus décidés (2), et ne tarda pas à entrer dans la pratique courante.

En France, cependant, la conviction se faisait difficilement dans l'esprit des chirurgiens, malgré les succès de Desmares, de Bivaud-Landrau (de Lyon). Pendant une

1. Les médecins belges compressionnistes, se basant sur ce que l'armée était spécialement éprouvée, attribuaient la maladie à la compression exercée sur la tête et le cou parle schalco et le col.

2. Hairion (de Louvain), von Roosbroock (de Gand), Fallot (de Namur), Warlomont.

pèriotic de seize ans, le silence est absolu sur la question, el il faul arriver en 1873 pour retrouver de nouvelles observations.

M. Léon Brière (du Havre) mit fin à celte longue lacune en publiant cinq cas observés à la clinique de Sichel fils.

Deux nouveaux faits, non moins heureux que les premiers, furent encore relatés par Brière en 1875.

Dans la séance du 26 juin 1878, M. le professeur Panas communique à la Société de chirurgie deux cas d^inoculation du pus de blennorrhagie uréthrale aiguë. M. Panas conclut qu'aucun autre mode de traitement 'des granulations ne jouit contre ces productions néoplasiques d'un pourvoir résolutif comparable à celui de l'inoculation.

Cette série heureuse donna confiance aux plus hésitants Abadie qui, en 1876, croyait la méthode tombée en désuétude, même en Belgique, inocule le pus de l'ophthal. mie d'un nouveau-né dans un cas de pannus unilatéral (1878). Le résultai fut satisfaisant et l'auteur déclara se rendre à l'évidence.

D'après l'aperçu historique fait, il y a quelques mois par M. Terrier dans la Revue de chirurgie, il existe actuellement trente-deux observations publiées par des chirurgiens français.

On conçoit combien il est difficile d'être complet dans une statistique de ce genre : nous avons à signaler pour notre part deux observations de notre maître M Duiardin publiées l'an dernier d.ns h Journal des saences médtcales de Lille, et qui ne figurent pas dans le tableau de JVl. lerrier.

Ce nombre est donc certainement au-dessous de la réa-

Caret te

lité ; tel qu"*!! est, il prouve déjà que l'opinion des ophthalmologisles français s'est profondément modifiée dans ces dix dernières années, relativement à cette méthode héroïque que l'on avait réussi à entacher chez nous d'une injuste réprobation. Ceux-là même à qui elle répugnait le plus, après avoir appris à la mieux connaître, en sont devenus de hardis champions, le succès ayant dépassé toutes leurs espérances.

Voici ce que disait, l'an dernier, M. Abadie en proposant l'inoculation même dans le cas de pannus incomplets ou d'ulcérations cornéennes : « Si, comme nous le pensons, la destruction de la cornée peut êlre évitée, le traitement de la conjonctivite granuleuse par l'inoculation devient idéal, car il amène toujours une guérison absolument complète et le retour de la muqueuse à l'état normal. » (m Àm, d'ocuL).

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