‹ Emploi du jequirity et de l'inoculation blennorrhagique dans l'ophthalmie granuleuse [electronic resource]Chapitre 8 sur 17 · MARCHE. COMPLICATIONS. TRAITEMENT · texte numérisé non relu

MARCHE. COMPLICATIONS. TRAITEMENT

Marche. — Les symptômes de Tophibalmie purulente artificielle ou accidentelle sont absolument les mêmes.

Quelques heures après l'inoculation, 6 et 72 comme chiffres extrêmes, 24 en moyenne, l'œil devient sensible à la lumière. Le patient éprouve des picotements qui vont croissant; on observe de la photophobie, du larmoiement. Bientôt la conjonctive s'injecte, la paupière supérieure devient rouge, tendue, énorme. La sécrétion d'abord séropurulente, devient ensuite franchement purulente et s'écoule abondamment quand on entr'ouvre les paupières. De vives douleurs se font sentir autour de l'orbite, la fièvre éclate avec son cortège ordinaire de symptômes : soif, anorexie, accélération du pouls, élévation de la température, insomnie.

D'ordinaire vingt-quatre heures après le début, le pus s'échappe à flots de la fente palpèbrale, irritant et excoriant la peau de la joue; un volumineux bourrelet de chemosis fait voir la cornée, rouge et méconnaissable, au fond de l'infundibulum conjonctival.

Cette marche ascendante dure trois à quatre jours ; puis vient la période d'étal, d'une durée de un à trois septeïiaires. Tous les phénomènes persistent : douleurs, puru-

ïence, gonflement œdémateux des paupières. Peu à peu les douleurs deviennent plus rares et s'apaisqnl, les paupières s'affaissent, la sécrétion se tarit, le sommeil et Kappélit reviennent ; c'est le début de la période de résorption qui demande un à deux mois.

Quand le patient ouvre pour la première fois les yeux, de volumineux bourgeons charnus masquent la cornée, et l'on se demande si la réparation pourra se faire. Il faut avoir assisté au résultat qui couronne cette effrayante évolution pour se sentir rassuré en présence de pareils désordres.

Le processus que nous venons d'esquisser ne rappelle guère l'évolution de l'ophthalmie jequiritique. A propos de celte dernière, nous avons assez insisté sur l'absence de chemosis, d'écoulement purulent, de douleurs vives ; nous n'y reviendrons pas. La durée est loin d'être la même : le maximum est de dix à douze jours pour une violente ophthalmie jequiritique ; l'ophthalmie blennorrhoïque dure en moyenne de trois à six semaines. Les faits où la purulence a disparu plus tôt sont exceptionnels (onzième jour dans un cas de M. Faucon) (1).

Complications. — La différence des dangers courus par la cornée dans l'une et l'autre de ces inflammations provoquées mérite d'être prise en sérieufe considération.

La cornée n'a jamais été compromise chez les malades que nous avons traités par le jequirity. M. de Wecker in-

\. Vifroy, thèse de Lille, 1882.

sisle beaucoup sur ce point. Même avec la macération la plus concentrée à 5 pour 100, il n'a jamais eu d'accident à déplorer, et cependant l'inflammalion a pu être assez violente pour simuler un phlegmon de la face.

L'innocuité du jequirity no serait cependant pas absolue :

Le professeur Manfredi (de Modène) relate le cas d'une vieille femme de 70 ans, qui eut les deux cornées détruites après des applications trop fréquentes de macéré à 1/2 pour 100.

En tout cas, on peut ici graduer les effets et, en agissant avec prudence, on sera sûrement à l'abri des redoutables complications dont l'inoculation purulente peut être suivie.

L'accident le plus grave qu'on ait à redouter, dans le cours de l'ophihalmie purulente, est certainement le spbacèle de la cornée par étranglement de ses vaisseaux nour-" riciers.

L'ulcération, la perforation de la cornée avec hernie de l'iris se font quelquefois avec une rapidité effrayante dans les cas d'ophthalmie blennorrhagique accidentellement contractée par un œil sain; trop souvent les efforts du chirurgien sont impuissants à éviter la complète destruction, la phihisie de l'œil. Quand l'inoculation est indiquée et voulue, bien que l'intensité inflammatoire ne soit nullement modifiée par les lésions cornéennes ou conjonctivales, ces graves complications deviennent très rares.

Nous ne chercherons pas cependant à dissimuler la gravité de quelques revers, bien faits pour expliquer les appréhensions de beaucoup de chirurgiens. Mais, même

en laissant à la ftîélhode toule la responsabilité, quel est donc en thérapeutique le procédé qui ne compte que des succès? Quel est celui qui, comme l'inoculation, peut offrir en compensation à quelques échecs exceptionnels, une si nombreuse série de guérisons, dans des cas où tout autre traitement élait d'avance frappé de stérilité? Ne l'oublions pas en effet, chez les sujets ainsi traités, la vision était généralement perdue, le remède ne pouvait être pis que le mal et on n'y recourait qu'en désespoir de cause.

Ce qui précède a trait aux accidents de l'inoculation purulente, quelle que soit la nature du pus inoculé; il nons reste à signaler quelques particularités spéciales au virus blennorrhagique.

M. Poncet de Cluny a rapporté, dans les Archives d'ophthalmologie de 1881, un fait de rhumatisme blennorrhagique, survenu à deux reprises différentes, sous l'influence de l'inoculation du pus urélhral. L'ophthalmie provoquée pouvait seule être incriminée, puisque le sujet élait vierge d'antécédents rhumatismaux comme de tout écoulement uréthral. Du reste, les manifestations articulaires disparurent avec la blennorrhée oculaire.

Sans doute le rhumatisme blennorrhagique, dans ce cas, fut bénin ; mais qui ne sait qu'il peut devenir très grave et même mortel, comme nous en avons récemment observé un cas dans le service de M. Horteloup?

Dans l'observation XXÏI, nous avons vu éclater, au moment où la période aiguë de l'ophthalmie blennorrhagique était passée, une attaque d'iritis intense. Était-ce une propagation de l'inflammation superficielle? Assistions-

nous au contraire à une complication spéciale due à la nature du pus virulent inoculé? Avions-nous affaire à l'iritis blennorrliagique ? Nous reparlerons de celte question après avoir relaté l'observation. Disons dès maintenant que lé sujet ne présentait pas d'écoulement uréthral et niait en

avoir jamais eu.

Au point de vue de l'énergie des propriétés virulentes, les différents auteurs s'accordent presque tous à reconnaître que le pus provenant de l'ophthalmie des nouveau-nés, est moins violent dans ses effets que le pus recueilli, soit de l'arèthre, soit de la conjonctive d'un adulte atteint de blennorrhagie. Cette opinion est confirmée par des faits : Brière (1). ayant inoculé du pus de l'ophthalmie des nouveau-nés n^btint qu'une ophthalmie avortée ; il réussit ensuite à déterminer une violente inflammation, avec du pus de blennorrhagie aiguë. Nous rapportons nous-même une observation analogue.

D'autre part, avec la matière de l^ophthalmie des nouveau-nés, il n'a jamais été question des complications de rhumatisme. Aussi serions-nous d'avis d'essayer toujours ce produit virulent avant de recourir à celui de la blennorrhagie. C'est la pratique de notre maître, M. le D' Dujardin:

Un autre fait intéressant à connaître, c'est que l''activité du pus virulent s'affaiblit au far et à mesure que l'affection est plus éloignée de son début ; dans deux observations dues à Siebel (2) et à Brière (3), on échoua avec le pus de l'uréthrite chronique, alors que celui de la blennorrha-

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