‹ En Allemagne; de Hambourg aux marches de PologneChapitre 29 sur 46 · Il fut, depuis, nommé consul à Manchester · texte numérisé non relu

Il fut, depuis, nommé consul à Manchester

Une bonne cuisiae ; le Deutsckes Huus, -^ Voi«ini^ de. la Russie. — Passage des troupes napoléoojbennes. — Mornes plaines. — Un peu d'histoire. — Le tribunal criminel. — Le château. — Fidèle à seisr habitudes, Napoléon a tont emporté. — Le cf€aiserfaleiir. — Une âme tendre. — La rrâe Louise. -~ Un j^aste de Napoléon. — La chambro de Guil* laume IL — Souvenir do KanU -^ Pourquoi Kœnigaberg ne n*est pas développé. — Les quais. — Les fortifications. — L'Empereur n'a pas tenu sa promesse.

Kœnigsberg est la ville d'Allemagne où Yen mange le mieux. Je devrais dire : ou j*ai le mieux mangé. Et je dois cette réclame sincère au Deutsehes Haus^ et à son admirable cuisine bourgeoise qui, faisant suite aux horreurs qu -il me fallut absorber à Dantzig, à Berlin, etc., etc., me raccommodèrent avec la cuisine allemande.

Mais pourquoi suis-je venu à Kœnigsberg? Ceux à qui je parlais de ce voyage lointain s'en étonnaient :

— Qu'allez-vous y faire? Il n'y a rien...

Je répondais, avec la manie du collectionneur :

— C'est possible, mais il faut tout voir.

En vérité, j'y allais, je crois, parce que c'est le point le plus éloigné de l'Allemagne, et que j'aime la

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sensatiûQ du lointain. Quand je suis en voyage, plus je m'éloigne, plus mes sensations s'aiguisent, et la violence.de mon envie s'augmente d'avancer vers plus d'inconnu et plus 4'étrangeté» ,

J'y suis ^dpna venu ^attiré, par le voisinage de la frûntiàre vvsm et aussi par tous ces noms de i>ataiUes et de <^mps célèbres que je Usais sur les cartes afû* ehéjes dans les. wagons : Ëyiau, Friedland, Tilsitt^qui sont à quelques pas d'ici,

£t en passant dev£|n( les plaines mornes semées de lacs ajussi nombreuxet aussi rapprochés que les trous d'une écumoire, j'essayais de me représenter les soldats du premier Empire avec leurs schakos et leurs bonnets de police, traînant leurs bottes usées à travers ces forêts de sapins, ces champs stériles où poussent à grand'peine la betterave, la pomme de terre ou le blé. Je les entendais tour à tour chanter et se plaindre^ scilon le.temçset selon les repas, comme s'ils étaient là,, coimne si c'étaitihier. Ils parlaient de victoire,; de pillages, d'aubaines, ou bien ils comp^ talent leslieuBs -qui devaient les séparer de France ; ils parvient desmçrts aussi^ deleurs villages, de leurs familles, de leurs maladips et de leurs ble$ai]tres, de leurs chefs, dç ]^a|H>léon ; ils ; maudissaient le Russe et le Prjissijen qui les ayaieçtt amenés 1^,.. Comme, en général,, tput fuyait devant eux, ils voyaient peu de gens dft gays; emdeljQrs des bataille et des entrées dans les villes, et, par iqi, ils devaient confondre déjà la Prusse et la Russie . . . ;

Le c|ej ^t Meui; des troupeaux de vaches, d'oies, quelquesi marions r-- moins rares qu'alors —-animent ces lieux mélsil^cpliques. De temps en temps,: un clocher, un moulin, un ruisseau. Dans un immetfâe

champ, trois herses fonctionnent parallèlement et grattent le sol friable. Plus loin, une charrue mord sans peine cette terre inconsistante comme du sable. Et en effet, à côté de nos labours noirs et gras, c'est du sable. Les laboureurs portent des vestes de draj^ bleu, violet, rouge, et des pantalons bleus; ils sont coiffés de chapeaux de feutre mous, noirs ou gris, ou d'une casquette blanche. Ils se passent les guides de leurs chevaux autour du cou, appuient sur la charrue à deux mains en tenant le fouet à droite. Au milieu du champ, sur un cheval sellé, le maître, le RittergutbesUzer^ en culotte de peau de daim et coiffé d'un chapeau boer, la cravache à la main, regarde tra* vaillerles hommes.

Kœnigsberg est tout palpitant d'histoire. Ici s'était réfugiée la Cour de Berlin après léna, pour préparer la revanche ; Frédéric-Guillaume III, le roi à l'esprit indécis et à la volonté flottante, y appela le baron Stein pour réformer la Prusse; d'ici, la reine Louise souffla son âme héroïque à sa patrie.

C'est sur l'emplacement même du château que s'édifia la Prusse. En effet, c'est ici que les chevaliers de l'Ordre teutonique élevèrent une de leurs premières forteresses pour combattre les Prussiens ido^ lâtres, au cœur même de leur pays. Les guides nous apprennent qu'au quinzième siècle, quand les Teutons furent vaincus par les Polonais, le grand maître de l'Ordre abandonna le fameux château de Marienbourg pour celui de Kœnigsberg qui devint ensuite la résidence des ducs de Prusse.

Il faut donc visiter, fût-ce rapidement, ce vieux château qui se dresse, massif et froid, au beau milieu de la ville, sur une légère éminence dominant le fleuve Pregel.

A rintérieur, une immense cour rectangulaire pavée, maladroitement coupée au milieu par une pelouse gazonnée et un massif de verdure. Des bâtir ments l'entourent, d'inégale hauteur, presque noirs, comme enfumés, régulièrement percés de fenêtres, sans architecture.

Sur l'un des côtés de cette cour, et la partie la plus ancienne du château, se trouve l'ancien « Blutge^ richt » *, aujourd'hui restaurant fort renommé pour ses vins. On y descend par quelques escaliers de pierre. Dans cette cave aux murs salpêtres et comme couverts de suie, on exécutait autrefois les criminels. Avant le repas, les garçons vous montrent l'endroii où les têtes tombaient, moyen excellent pour ouvrir l'appétit.

Aujourd'hui, les bourgeois de Kœnigsberg viennent y manger de la perdrix aux choux, arrosée de Rudesheim, près de fûts énormes. Des tables de chêne, sans nappes; aux murs, de vieilles gravures représentant des manifestations populaires dans la cour du château, des couronnements de souverains, etc., etc.; des garçons vous servent, vêtus d'une blouse de toile bleue, couverte d'un tablier de cuir. (Ce doit être le costume des anciens bourreaux!) Et voilà toute Toriginalité qui les attire dans cette sombre cave humide d'où se dégage une odeur de moisi, de lie de vin, de tabac, mêlée à celle des graisses et des sauces.

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