LE COMMERCE DES CHIFFONS — LA PATE DE BOIS
Pauvreté du pays. — Uae riche industrie de misère. — Le papier, étalon de Tactivité commerciale. — Qu'est-ce qu'un chiffon? — Infinie variété des chiffons. — La Russie fournit les plus recherchés. — Les chemises des moujiçks et le papier à cigarettes. — Les différentes utilisations des loques. — 5 millions de kilogrammes. — Une fabrique de pâte de bois. — Explication de cette industrie florissante.
J*ai ditque cette contréen'estpas très riche. La terre produit à grand'peine de quoi nourrir Thomme; les paysans émigrent et vont dans TOuest. Ici, les propriétaires ne leur donnent d'argent que tout juste assez pour se vêtir, on les paye en cochons, en grains, en pommes de terre. En Westphalie, au contraire, dans la Province Rhénane, ils gagnent tout de suite 3 et 4f marks par jour, en argent bien à eux (ô richesse!); ils peuvent en faire ce qu'ils veulent (ô liberté !). Les villes sont animées, il y a des concerts, des théâtres; le dimanche, grâce à leur argent,
ils peuvent y aller si cela leur plaît, et aussi prendre le train, s'éloigner du lieu de leur travail, vivre enfin. Et ils s'en vont par troupes.
Kœnigsberg ne vit que par la Russie, ou du moins la ville ne peut prospérer que par elle. Si la Russie est en paix, tout va bien ; si le gouvernement fait de bons traités, les affaires deviennent meilleures, car c'est le port le plus proche, et ceux de Riga et de Liban gèlent l'hiver. On pénètre aussi en Russie par le Niémen et les autres rivières voisines. Pendant le blocus et pendant le siège de Sébastopol, la frontière étant dégarnie, les affaires marchaient merveilleusement — grâce à la contrebande.
Donc, Kœnigsberg n'est pas très riche, quoique, comme partout en Allemagne, la ville soit en prospérité. Une plaisanterie locale explique même que c'est la ville du monde où la vie est le meilleur marché, puisque pour 2 pfennigs on a une partie de gondole, un déjeuner et un concert : ce qui veut dire qu'on traverse le Pregel en canot pour 1 pfennig, qu'un petit pain coûte i pfennig, et que s'il est onze heures du matin, on entend jouer, pour rien, du haut des tours du château, dans des trompettes de cuivre, le Choral de Luther.
Aussi, jusqu'à présent, la vie industrielle et com* merciale n'a-t-elle pas atteint tout son développement pour une ville de 220,000 habitants. Comme échantillon de la grosse industrie j j'y trouve une fabrique de wagons, une fabrique d-engrais, un entrepôt de chiffons, une usine de cellulose, une aciérie et^ à quelques kilomètres, l'unique mine d*ambre qui exi&te au monde.
J'ai commencé par aller visiter l'entrepôt de chif-
fons de M. Minkowsky, qui se trouve être l'intelligent agent consulaire de Fiance à Kœnigsberg. C'est une puissante industrie. Ses magasins se trouvent dans, une de ces nombreuses rues bâties seulement d'entrepôt^, si tristes avec leurs façades tou4esplates^ leurs fenêtresTOuge foncé toujours fermées.
Comme tous ses chiifons servent à faire du papier, M. Minkowsky connaît bien Tindustrie papetière, et il a, sur elle, un point dp vue original : ,■
— La consommation du papier, rae dit-il, est un thermomètre excellent pour juger de la marche des aff^res et du progrès général d'un pays. C'est un étalon atitremént significatif que la consommation du savon, par exemple, que les Anglais voudraient opposer au papier à ce point de vue. Plus un peuple use de papier, plus il est civilisé, si on entend par « civilisation > l'ensemble des signes de Tactivité moderne. N'en faut-il pas pour toutes les affaires : correspondance, expéditions, journaux, livrer, gravures, etc.? Les pays qui usent^ en moyenne, le plus de papier sont l'Amérique du Nord, puis l'Allemagne, puis r Angleterre.
Dans d'immenses hangars, s'élèvent des pyramides de chiffons, ou plutôt de haillons et de loques. Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les formes. Ne me deman ô^z pas de choisir entre ces horreurs. . . Mais M. Minkowsky n!a pas pour toi^s la même considération, il s'en faut !
— Je pourrais bien vau« en mcMitrer une douzaine de qualités différentes, me dit-il, suivant la couleur, la propreté, la force et la souplesse du tissu.
— Les meilleurs, d'où viennenUils ?
— De Russie, sans comparaison avec n'importe quel aulre pays au monde.
— Et pourquoi cela?
— Parce que tous les yêtemenls des gens du peuple des campagnes sont encore filés par eux» chez eux, avec du lin de première qualité... Tenez^.. touchez... c'est souple et solide en même temps... Toute première qualité... magnifique chifibn...
— Et qu'en fait-on?
— Du papier à cigarettes surtout, dont la fibre doit être mince et résistante. A Dûren, près de Cologne, on recevait de ces chiffons par 40,000 kilogrammes chaque mois, où on les traitait pour en faire du « papier de maïs » envoyé comme tel à Lyou^ l'un des centres du papier à cigarettes en France.
Je m'arrête devant un tas immense plus blanc que les autres, fait de chemises d'hommes, de femmes et d'enfants, déchirées, divisées, rapiécées, sales.
— Pure toile, me dit M. Minkowsky.
Il prit un morceau sur un tas, un pantalon de toile épaisse comme du drap, d'un tissu pareil à celui des nappes de table, mais bien plus fort.
— Un moujik a porté cela des années, fit-il. C'est solide comme du fer, vous savez, et si souple!..* Magnifique marchandise ....
Une autre pile de tissus de couleurs pâles, rosâtres, bleuâtres. On dirait qu'une buée légère monte du tas — comme autour des meules de Monet ; — mais non, c'est ce bleu et ce rose qui, en se mélangeant, créent celte iHusion pour l'œil.
— Ceci est sûrement supérieur, me dit mon guide, car le bon lin seul est teint.
Des montagnes de guenilles plus crasseuses, plus salies, plus usées s'élèvent dans des coins.
Certains marchands les préfèrent pour leur bon marché, surtout ceux qui ont beaucoup d'eau à leur disposition.
— Il n'y a ici que des chiffons russes, résume M, Minkowsky.
Sinistre déballage ! Toute la misère de la Russie est sous nos yeux... Pelisses râpées, jaquettes sordides, bas troués, chemises déchirées, touloupes en mcxrceaux, saraphanes cent fois rapiécées, vêtements d'enfants, toute la friperie des villages, des faubourgs, des villes, des cours des Miracles slaves, quels crochets vous ont ramassés, quelles hottes vous ont recueillis? Le knout a sans doute battu cette houppelande, des balles ont peut- être troué ces gilets et ces chemises un jour d'émeute. Ces couvertures rayées de rouge et de bleu furent étendues sur la terre battue des isbas, où on avait faim, où on se plaignait, où on pleurait. Et quelle est la sombre histoire de ce caraco de femme qui porte tant de pièces et de reprises?... Ne sort-il pas, de cet immense amas de loques affaissées, les plaintes de tout im peuple? Je m'imagine un patriote russe disant une oraison devant cette Acropole... Et, si j'étais le Tsar, j'aimerais savoir ce que raconte cette casquette de Varsovie à cette toque de Smolensk...
— Voyez-vous, me dit philosophiquement M. Minkowsky, on dirait que la Russie vient de changer de peau, et que voilà l'ancienne.
— Mais c'est toute une organisation qu'il vous faut
ft^MA'^l
pour obtenir ces guenilles, de Kovno à Yarodav, et de Varsovie à Kharkov 1
— Il devient très difficile, en effet, d'avoir des chiffons russes : la Russie en consomme beaucmip elle-même, depuis qu'une crise occasionnée par le choléra en a interditprovisoirementi'accèsen Allemagne. Yoilà comment on les recueille : des marcbandr passent dans les villages, ramassent les chiffon» à^t les paysans à raison de trois sous le kilogramme, les envoient vers un centre où ils sont emballés «ôigneusement av^cdu fil de fer, et dirigés sur Kœnigsberg ou vers les fabriques du Rhin.
Nous montâmes à l'étage supérieur. Là^ daas une sorte d'immense grenier, de nombreuses femmes de tous âges, les cheveux enveloppés de mouchoirs, parmi lesquelles il en était de fraîches et de jolies sous la poussière et la sueur qui couvraient leurs visages, se tenaient debout devant des casseaiiX' treillages qui servent au triage des chiffons. Elles prenaient à plei43ès brassées les loques sordides à même les ballots <ïu'on venait d'ouvrir et les déposaient devant elles. Leurs mains fouillaient sans dégoût' dans ces saletés, une poudre noire tombait à traver$ le treillage de fil de fer. Elles jetaient de côté, par catégories, des fragments plus sales, les laines, les cotons, les toiles, les morceaux de couleur.
— Les loques bleues valent même un peu plfls cher, car la teinture qu'elles contiennent et qu'on en retire sert à faire des papiers de fantaisie bleutés, et c'est une économie pour le fabricant.
— Que fait-on de ces morceaux de laine ?
— Tout ce qui est laine est envoyé en Angleterre, nettoyé, cardé, et ressert à fabriquer du drap neuf.
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— *- De sorte que les gommeuxqui n'usent que du drap ang^s rtisquent d^ mettre les mêmes pantalons que les bateKers de la. Volga ou les grénstes.de Lodz?
— De même que les fumeurs de cigarettes fumeront» sans s'en douter, 1^ chemises crasseuses des moujiks dé Livonieou de Tv^, et que les belles éames, anglaises, américaines, allemandes et même françaises» écriront leurs billets sur ces moufles de Ifn que portèrent des laboureurs de Gourlande où sur ces bas crottés par les mariniers de Riga.
Gbemia faisant, l'industriel me renseigne très clairement sur le commerce du chiffon en général.
il parait que la France en produit beaucoup, qu'elle exporte en Angleterre et en Amérique. L'Angleterre en fournit peu, et de mauvais, sans doute en raison de la qualité inférieure du linge.
— Les chiffons qui nous arrivent sont employés â deux usageiï, me dit mon interlocuteur.
« Ceux réservés à la papeterie sont de coton, de chanvre, de lin ou de fil ;
€ G0UX ea laine sont remis à neuf pour en faire une laine nouvelle, comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure. L'Angleterre en use énormément et les paye jusqu'à 200 francs les 400 kilos.
c Les chiffons pour papier, coûtent 40 francs les 400 kilos* Ce sont les plus chers. Il y en a à 20, à 40, même à 6 francs, tels, par exemple, les lambeaux de jute des saci» à eafé.
c Autrefois, les chiffons russes se vendaient surtout en Angleterre eteq Ecosse. L'Angleterre cessa de les acheter parce qu'elle les trouva trop coûteux* Les Allemands les retinrent, sans faire attention au prix. Et, à ce propos^ il faut rectifier une opinion
devenue courante, à savoir que les Allemands n'achètent et ne vendent que le bon marché. En réalité, quand la matière première est bonne, ils ne se soucient pas du prix.
« Pendant quelque temps, les chiffons perdirent leur ancienne faveur. Le papier de cellulose, facile a faire, moins coûteux, triomphait. Mais le gouvernement allemand s'aperçut unbeau jour que ses archives écrites sur papier de cellulose se réduisaient en poussière. II exigea alors que le papier qu'on loi livrait fût fabriqué selon quatre qualités différentes, et renfermât une certaine quantité de chiffons.
€ Pour éprouver la valeur intrinsèque du papier, on le soumet à une expérience qui consiste à dévider d'une grande hauteur un rouleau de papier large de 50 centimètres ou de 30. Il arrive un moment où, par le poids du papier déroulé, la bande se déchire et l'on n'a plus qu'à vérifier à quelle hauteur le papier s'est rompu. Cette longueur s'appelle c Reiss lange » (longueur de déchirure). Des appareils éprouvés et basés sur ce principe ont été récemment construits, et il existe à Gharlottenbuiç, près de Berlin, un bureau du gouvernement chargé spécialement de ces expériences.
€ Depuis la réglementation, qui date de quinze ans, et malgré l'usage croissant du papier de cellulose que l'État emploie pour les imprimés sans valeur, les chiffons ont beaucoup augmenté de prix. »
Les ouvriers qui transportent les ballots ne gagnent pourtant que 2 à 3 marks par jour, de 6 heures du matin à 6 heures du soir, avec un repos de deux heures et demie pour les repas. Le salaire des femmes va de i mark 50 à 2 marks.
Je respirais mal dans cette atmosphère immonde ôû la poussière et le relent de tan( de misères flottaient en nuages mouvants. Je dis à l'industriel :
— Vous n'avez pas peur de prendre quelque maladie au milieu de ces nids à microbes ?
— Non, me répondit-il, car, malgré l'opinion courante, les chiiTons ne sont pas des agents propagateurs de maladies. Au moment du choléra, on prohiba en Allendagne le commerce des chiffons. Mais bientôt le gouvernement vit que ce commerce, qui se chiffre par millions et dizaines de millions, méritait qu'on le traitât moins légèrement. Une conférence de bactériologistes fut réunie à Hambourg, qui décida que le chiffon âésséeAé a perdu toute force contagieuse.
€ On n'exigea donc plus, pour la circulation des chiffons, qu'un certificat de provenance du médecin de la police déclarant qu'il n'y a pas de maladie contagieuse dans le district. Sans ce certificat le chemin de fer n'accepte pas les ballots. Un emballage solide en fil de fer fût également imposé.
< J'ajouterai que, depuis quarante ans que ce commerce a lieu ici, je n'ai pas vu un seul cas de maladie contagieuse parmi le personnel qui manie les chiffons d'un bout de Tannée à l'autre.
« Le seul danger, c'est que l'hiver, par fermentation, le feu ne prenne dans ces monts de linge plus ou moins humide. »
Des haillons russes qui fermentent jusqu'à l'incendie, mais c'est toute l'histoire de la Russie d'aujourd'hui...
— Combien de chiffons passent ici par an? demandai-je à M. Minkowsky.
— 5 millions de kilogrammes.
Comme pouillerie, c'est quelque chose.
Justement, il existe à Kœnigsberg une fabrique de cellulose, la Kœnigsberger Zellstoff-Fabrik. Le directeur, M. Emil Teppich, est un de ces AUenMinè agréables, polis et souriants qu'on a du plaisir à rencontrer. Il me lit visiter sa fabrique dans tous ses détails.
L'installation est admirablement comprise, commode, bien ordonnée, et d'une propreté minutieuse.
On y transforme 20 wagons de boi& par jour, soii 200,000 kilogrammes.
La fabrication n'y a rien de spécial, et je pense qu'elle ressemble à celle de nos usines françaises. A tout hasard, et comm^ il est toujours bon de s'iflstruire, j'ai pourtant noté les différentes opérations et la machinerie en usage.
La cellulose est tirée du pin blanc et du pin rouge. Les troncs sont coupés et rognés, et mis dans une macbine qui en un clin d'œil les a découpés en une infinité de morceaux taillés en biseau^ de la grosseur de i centimètres carrés environ. Des femmes s'emploient à ces opérations. Des bandes sans fin emportent les petits morceaux de bois au premier étage, où ils tombent dans des cylindres horizontaux et tournants faits de fils de fer espacés selon des mesures différentes : cela s'appelle un trieur, q^i laisse passer par ses mailles les morceaux de bois s'ils sont de la dimension voulue.
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Le Ims ainsi découpé et trié est porté dans d'immenses cuYes qui sont des puits d'une contenance de 250 mètre& cubes. J'en compte quatre pareils. On met dans ces puits 80 mètres cubes de bois qu'on ébouillante pendant trois jbeures avec de la vapeur pour amollir les fibres»! puis on l'inonde avec un produit chimique, du bisulfite de calcium, qui demeure là trente-six heures. Alors, toute la résine que contenait le bois sort avec l'eau et se perd (car la chimie n'a pas encore trouvé le moyen de la conserver), et le bois devient tout à fait mou. On le pétrit dans des pétrins à hélices, et quand il est bien réduit en pulpe on le fait couler dans des bassins où les impuretés qu'il contenait encore se déposent. De nouveau brassée et de nouveau épurée, la pâte canalisée automatiquement s'étend en nappe épaisse et glisse sous des rouleaux où elle se coagule. C'est maintenant une bande de pâte solide qui passe sur des feutres chauds, de là sur des rouleaux de fer brûlant qui font évaporer l'eau qu'elle contient encore.
Toutes ces opérations se suivent sans discontinuité.
Le bois de tout à l'heure est devenu à présent une longue bande de carton mou que l'on coupe et que Ton crève dJe place en place en la faisant passer sur des.éents d'acier. Comme je ne comprenais pas l'utilité de ce massacre, il me fut expliqué que, pour entrer en France, en Italie et en Angleterre, cette matière, si elle demeurait à l'état de carton fabriqué, payerait très cher, tandis que sous forme de cellulose — et les déchirures en question témoignent de sa destination — ellfe entre sans payer de droits. De plus, en Allemagne, pour favoriser l'industrie de la pâte de bois,
rËtat diminue les tarifs de chemins de fer qui la transportent.
Donc cette cellulose va dans les fabriques de papier françaises, anglaises, italiennes S est rendue à son état préalable, c'est-à-dire remise en pâte, et sert alors à fabriquer les quantités de papier désirées par les différents pays, qui ont ainsi évité les premières transformations décrites plus haut. Ici, en effet, le bois est bon marché : il vient des forêts de la Prusse orientale ou de la Pologne.
Chaque jour, Tusine de M. Emil Teppich expédie ainsi 9 wagons de cellulose, d'une valeur de 16,000 à17,000 marks, soit 20,000 francs, soit 600,000 francs par mois.
M. Teppich nous conduit sur le Pregel, où sont accostés des quantités de chalands, les uns remplis de bois qu'on est en train de débarquer et qui entre directement dans l'usine, les autres qu'on charge de cellulose.
Ces opérations se font sans bruit, dans un ordre tranquille.
Ce n'est pas tout. J'ai dit qu'il fallait des produits chimiques pour amollir les fibres du pin et en extraire la résine. On les fabrique ici même, entre l'usine et la rivière. Autrefois, on achetait du soufre de Sicile et de la chaux de Suède avec lesquels on obtenait le bisulfite de calcium nécessaire. A présent, le fabricant fait venir d'Espagne et de Norvège des pyrites dont on extrait l'acide sulfurîque. Mais il reste de l'oxyde de fer dans ces pyrites dé-
1. A part cette cellulose, les fabricants allemands trouvent le moyen d'exporter du papier à l'étranger, malgré les droits de douane.
•'fi
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pouillées de leur acide sulfurique. Il veûd donc les résidus d'oxyde de fer à des usines métallurgiques qui en ont besoin. Certaines fabriques s'entendent même avec de grandes métallurgies qui leur envoient le minerai sulfureux et à qui elles retournent des oxydes de fer, ce qui constitue une économie notable pour les deux !
Les hommes qui travaillent à l'usine chimique sont des ouvriers russes. Ils gagnent 3 fr. 75 par jour et travaillent dix heures. Ils sont enchantés de ce traitement malgré Taffreuse atmosphère où ils vivent. En Russie ils travaillent douze à quatorze heures pour 35 sous. Ils ont trouvé que cela valait ja peine de passer la frontière.
KCENIOSBBaG mi
'Si fêtais appWé à Kûenigsberg àl*é^oqu«>deJami- ^gi*atimi, J6 n'eusse pas hésité à ine Ifaire ioraitfaDto- :gist6.*iMais nous ^étions en ipléin moistd^aoùt, et tes diEms se Groupaient dtéseftes.
^me décidai 'd(mci pour les îmioes d-ambre. le pns letrain pour PaImiikkon,ipetite bourggade située àutte hsure et denii6'de':€hemiii de fer de Kœnigs- 'bsfgy et je me 'Tendis  lia miifê on eompagnie du jeune: ills du» consul de 'Danlzig, M. Ferdinand 'de jJoufifroy dfAbbans.
'ATantide descendre, je me fisBxpliquei^ l'origine de l'ambre,
OrYXHci :
•Tj^^ambreiott 3«wccin estnne -résine fossile — appâtée 6n'ialleifiE9nd cBernstein — /qu^onjneJtrouve^qU'à'rendroit «appelé »paT les aoeiens GOte de l'Aîiibre, c'est- ^^dire >le lowg de la jcôte bâhique -é'^iendant de JDantrig à îftrusterort, spécialement dans le Samlaad, cette presqu'île où KxBnig»li«rg se ^trowve enclavée. Le point» précis «où Fambre abonde parti'culièrement 6stîa plage de' Pàlmniôken.
Au lemps de .la pérrode tertiaire, un conifère, «ppelé»par les savants « Pinus succinifer », -sécrétait tme résine qui coulait au»pied des arbres, très abondamment, si on en juge par Jes blocs qT^iélquéfoistrès gros que Ton découvre : ce qui explique qu'on voit enchftâ&és dans certains morceaux d'ambre des moustiques,* des motrches, quantité d'insectes et même djes'feiiilles et des. débris végétaux dont on ne trouve plus les traces que dans tes régions iropioates. On suppose que cette sécrétion 'é^taît;provoquée par une maladie de Tarbre et que rambren'é4ait autre que le pus de la blessure.
Il paraît que les Étrusques, les Grecs, les Phéniciens venaient jusqu'ici chercher le succin*. On n'en connaît, en effet, nulle part ailleurs au monde, de sorte que Tambre qui servit à fabriquer les objets d'ambre trouvés dans les tombeaux grecs venait certainement d'ici. Au Japon et sur les côtes siciliennes, entre Catane et Syracuse, se trouve seulement la c gédanite », sorte d'ambre plus fragile que le succin, et de qualité inférieure. Autrefois, et jusqu'en ces dernières années, il n'était pas besoin de l'aller chercher sous terre. La mer Baltique étant peu profonde, l'action des vagues sur le fond de la mer et sur le sable des côtes découvrait les gisements, et à la longue enlevait des fragments d'ambre qui venaient échouer parmi les varechs des plages. Ou bien, ballottés à la surface par l'eau en mouvement, ils étaient pris par les pêcheurs allemands dans des filets. Ou bien encore, par une mer tout à fait calme, les riverains harponnaient, au fond de l'eau transparente, les morceaux d'ambre qui reluisaient. En 4883, un particulier eut l'idée de chercher l'ambre sous terre ; il gagna à cela beaucoup d'argent, et l'État prussien, qui a la bosse du commerce, lui racheta sa mine en 1889 pour 43 millions de francs ^ Aujourd'hui, la loi a fait de la
1. Il existe à Florence, dans une salle du Musée national, un collier d'ambre qui fut trouvé dans un tombeau étrusque. On le fait remonter au vi* ou au vu* siècle avant notre ère. Les grains en sont gravés dans le style des Pharaons, et représentent alternativement un singe et une guenon.
3. Le poids de Tambre recueilli en 1905 est de 950,000 kilogrammes, et sa valeur est de près de 3 millions de francs, sur lesquels la France figure pour 3,500 kilogrammes, et une valeur de 251,000 francs.
récolle de l'ambre le monopole exclusif de l'État, et il est défendu aux habitants de le ramasser sur les plages baltiques, si ce n'est pour le porter aux dépôts officiels. Après les tempêtes, les inspecteurs du gouvernement vont le long de la côte, de grand matin, à la recherche des débris déposés par la mer pendant la nuit. Moi-même, le jour de mon arrivée à Palmnicken, par un bel après-midi du mois d'août, j'essayai de découvrir sur la plage des fragments de la précieuse résine, pendant que dans l'eau ensoleillée des petits Prussiens tout nus s'ébattaient sans cris. J'en trouvai quantité de pelits morceaux que je rapporte en témoignage.
Arrivés à la mine, et reçus par un ingénieur complaisant, on nous fit nous dévêtir complètement et passer un costume composé de pantalons imperméables, de bottes d'égoutiers montant au delà du genou, d'une vareuse goudronnée comme les suroîts des matelots et d'un chapeau de pilote avec son large bord en arrière. Nous fûmes également munis d'une lampe de mineur.
Et la descente commença. Elle ne fut pas longue, heureusement. Car rien n'est plus désagréable que la sensation de l'air humide que l'on respire en descendant sous terre par l'escalier de fer à pic dont les barreaux glissent, et de l'engoncement où vous tient ce costume rigide inusité. L'eau coulait de toutes parts, le long du puits de 42 mètres où nous descendions. En touchant au fond du trou, notre guide nous recommanda d'éviter les petits fossés remplis d'eau
creusés le long des galeries, elnous nous mîmes en marche, barbotant dans 'des flaques deboue, courbés en deux pour éviter de nous cogner la^fêleau plafond bas. La chaleur augmentait par instants, jusqu'à devenir étouffante; i d'^autrcs moments, des courants d'air glacé fouettaient nos'px)itrînes en sutbut, et je greldttais.
La minea trois 'kilomètres de 'long. -Quand nous arrivâmes à rettréraité, les ouvriers étaient en train depiocher la c terre bleue » (blaue -Erdé) , ainsi qu'on appelle le terrain tertiaire, qui se trouve entre dixhuit et quarante-deux mètres de profondeur, et doiît la couche contenant l'ambre s*étend sur une épaisseur moyenne de deux mètres. De temps en temps, leur pioche les avertissait de la présence d'un morceau de résine. Ils le ramassaient et nous montraient une sorte de caillou sali qu'il fallait approcher de k hmpe, pour en percevoir le reflet jaune. Je "pris une'pioche, car je voulais extraire de l'ambre coranie j'avais extrait de l'or et de l'argent des niînes du Colorado. 'Je ne fus pas long à en découvrir un fragment qui renferm-ait justement une mouche, et que je serrai dans ma poche ensouveuir de cette visite.
Quand les ouvriers trouvent un bloc-importanti ^^^ le-mettent'de côté; et 'toute la terre piochée est cbargée-dans de petits vragonnets xjui sont portés au jour ou la terre passera au tamis .
La mine emploie 330 ouvriers, dont '250 mineurs.
On retire par an environ 700,000 petits wagonnets de terre qui représentent 2 millions d'hectolitres, desquels on extrait iOOiOOO kilogrammes d'aurbre, sôifune moyenne de 539 gramires par wagonnet de '800* litres.
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tes wagonnets sont remontés au jour par des ■ascenseurs et renversés aussitôt dans un étroit bassin ■d'où l'eau est projetée en jets puissants qui lavent la ■matière extraite une première fois. Du'bassin, l'eau et'ïaterre mélangées tombent sur des treillages superposés et de plus en plus étroits (de 3 centimètres 'àH raiUimètre) qui 'tamisent les morceaux id'anlbre. 'lly a'ià des sacs et des" paniers remplis qui sont la ■récolte du jour.
'Quand l'ambre a été relavé dans des cylindres tournants avec du sable et de l'eau pendant quatorze heures, il est porté dans un bdtiment voisin de la mine où a lieu un premier travail dètriage. On met de côté les phis gros blocs — certains pèsent plu- ■sieuTs kilos. On distingue les btins des mauvais par "le son qu'ils rendent quan'd on les frappe, Les.iins ■se fendront, les antres resteront solides au débit :
■ cesont les'^lus chers, donton'fera de longs. porte- ■cigaresou de longs tuyaux de pipes 'de quinze ou vingt centimètres. 'Des blocs qui ne pèsent pas un kilo- ■gramme "valent 500 marks (625 francs).' Le bon ambre vaut, en moyenne, 325 francs le kilogramme. On
■ sépa:re aussi tes morceaux selon leur couleur.'Il y a -peut-être deux cents sortes 'd'anrtire commercial, et ■iriêmeplus.Une partie, la -meilleure, sert à fabriquer
des objets; une antre est pilêe, fondue, transformée en * ambrorde » ; enfin, les qualités tout à fait infé- ■rieures deviennent de la laque et de la colophane. On les veiid jusqu'à 75 centimes le' ftïlogramme.
'Lepremier triage une "fois fait et les gros morceaux rais de côté, les petits passent entre les mains d'ouvrières dont le travail consiste à les gratter à l'aide ïl'nn coutean très pointu èl à en retirer jusqu'à la
dernière apparence de tache. En effet, le moindre corps étranger, le plus petit grain de poussière suffirait à troubler la fabrication de l'ambroïde à laquelle ces menus fragments sont destinés. Les filles et les femmes ont devant elles des tas de petits morceaux éclatants comme des sucres d'orge frais; elles se dépêchent, mais regardent avec soin sur toutes les faces s'il reste quelque impureté à enlever, car les morceaux mal nettoyés leur reviennent avec des amendes. Elles sont payées aux pièces : 7 marks le kilogramme d'ambre gratté. L'ambre est léger, et le kilogramme leur demande trois jours de travail assidu.
Dans une petite usine attenant aux salles de triage et du deuxième lavage, ont lieu la distillation et la fonte de Tambre. On relire différents produits de cette distillation : de l'acide ambré qui sert à blan- | chir la soie et se vend 25 francs le kilogramme, de rhuile d'ambre, d'autres produits chimiques encore, utilisés dans l'industrie et dans la médecine. On j ne lâche la résine que lorsqu'elle est bien épuisée... , Mais le produit principal est la laque employée pour les wagons et la carrosserie.
Une autre usine est installée à Kœnigsberg même, dans un vaste bâtiment qui renferme aussi les bureaux commerciaux de l'exploitation et le Musée de l'ambre. { Ici, trois cents jeunes femmes, gràtteuses et trieuses d'une agilité extraordinaire, et cent cinquante ouvriers sont employés, les premières au grattage, comme à Palmnicken, les hommes à débiter Tambre en morceaux destinés au commerce. Leur habileté consiste à n'enlever que juste les parcelles mauvaises et inutilisables pour la fabrication des objets. ^
Sous la surveillance jalouse de l'administrations
royale, d'autres ouvriers fabriquent < Tambroïde ». J'ai eu beaucoup de peine à être admis à pénétrer dans les ateliers. Soit qu'il y ait là des secrets qu'on ne veuille pas livrer à l'étranger — et on se demande la raison de cet occultisme, puisque la concurrence n'existe pas et ne peut pas exister, — soit que, révélés, les mystères de Tambroïde pourraient nuire à son commerce, on a soin de ne montrer au visiteur, difficilement admis, que la surface des choses. Et encore, fus-je reçu avec des regards méfiants et conduit avec une hâte qui me rappela mes courses à travers les usines chimiques de Hœchst.
Ce que j'ai pu apprendre de sûr, c'est que les morceaux d'ambre trop petits pour être transformés en bibelots — après avoir été grattés avec le soin minutieux que j'ai dit et séparés en différentes teintes, — sont moulus fins comme du sucre ; cette poussière est ensuite traitée par l'éther, pour donner, paraît-il, plus d'uniformité à la couleur, puis chauffée dans des moules en même temps que pressée dans des appareils hydrauliques d'une très grande puissance, et enfin moulée en forme de cylindre ou de pain rectangulaire du format d'un in-12. On peut, ra'assure-t-on, changer la couleur de la poussière d'ambre en la cuisant à 120 degrés dans l'huile.
Dans l'atelier d'expédition, on me montre un grand nombre de caisses prêtes à partir. La plupart sont à destination de la Turquie, où se fabriquent des bouts de chibouque et des colliers. D'autres colis sont adressés à Vienne, où se vend la plus grande partie des fume-cigarettes et des fume-cigares. En Allemagne on en fait peu.
298 DE HAMBOURG AUX TIfARGHES DE POLOGNE
J'ai terminé ma*vish« 'par le Musée de l'ambre (pli se trou^'dans le même corps dé'bâtimentquèTirsiiie. G' esft ime «impie salle avec un large pilier au xentre dont les parois sont recourertes d'une marqueterie d- ambre 'pressé, ou aitibroïde, de 'toutes les nuances, et qui 'fut envoyé à l'Exposition de Saint-Lotiis. Autour de ce pilier «ont posés toutes «ortes 'd-échantilloHs 'de rindustrie : colliers composés de perles grosses comme *des 'raisins deGëliforriie etque'1-on vend à Zanzibar, à Sierra^Leone, en Arabie, en Egypte, en Tripolitaine, en iPerse, au''Japon, en Corée, en Chine, au *Maroc, pour wner le «ou fles sultanes des maharajabs et desimaiidarins; amulettes, boucles d -oreilles, chapelets, et ^ de ces tours de cou d^eflfaiïts exposés aux -devantures ^xiesplvarmacies 'et qui préservent, dit-on, des convulsions. Dans 'dœ vitrines placées le long 'des murs se ^oietlt des échautlUonsides plus gros blocs trouvés .sur la cftte. Jlls»pèsent»6 kilos. ^0n a' découvert^ des larmes d'ambre ayant conservé la forme qu'elles devaient 'avoir en tombant, et 'qui sont grosses comme des œiffs ; lenr surface a pris l'empreinte des feuilles sur lesquelles elles tombèrent. Il y a aussi des 'l)oîtes, ^des tabatières, des manches decouteau, des presse-papiers, des volumes reliés en ambre, 'une pendule, et toutes «ortes de petits objets d'étagère dont 'beaucoup- datent du dix-huitièmte siècle.
Toutes les nuances et toutes les qualités du succin sont ici représentées. J'ai demandé quel est" le plus rare : c'est l'ambre blond pâle, aussi le plus cher ; il
va en France et en Orient. L'ambre vert comme de l'absinthe va en Chine et en Corée ; la Russie réclame celui qui est veiné comme de l'agate ; l'ambre très jaune se vend en Amérique.
On a conservé des fragments qui renferment les échantillons les plus curieux de la vie animale et végétale de la période tertiaire. Figés dans la résine transparente et dorée, je vois des sauterelles, des scarabées, des moucherons minuscules, des cafards, des cloportes, des araignées, des acarides, des myriapodes^, des résidus" végétaux : feuilles, bouts de branche, etc\, qui vivaient et respiraient il y a des millîons d'knnéès. On a même recueilli près de l'ambre un. grand morceau de bois que Les savants prétendent être le pin succinifère, et des pommes de pin très bien conservées. Un miracle inexplicable a enfermé dans un gros bloc de résine tout un vol d'éphémères : les ailes étendues, groupés enrcoloane ascendante comme oni leâ aperçoit vers la fin des jours très chauds de l'été dans un rayon de solfiil^ VOU& juceciez qu'ils volent encora. L'esprit cherche t à évoquer devant eux le jpur Lointain où rénorme larme résineuse brusquement tombée du conifères Hiaiada emprisonna leur vol^ qui. ne devait durer quiunjouo, etileâxapouruneéternité! C'était au temp».oii les gratads^pachydenmes hantaient les fo^râta de. paimi^s, ds' lauriers et de* canneliers qui prospéraient sur li^ côtes boréales. lia n'ont pas vu l'homme -— encore; à naitre:....
poste, nous avons cueilli des nouvelles désagréables, si nous avons faim et qu'on nous fasse trop attendre noire repas, si nous n'avons pas faim et que la cuisine ne soit pas très bonne, les premiers jugements que nous portons sur un pays ou une ville peuvent s'en ressentir.
Mais ces impressions de hasard, si vives qu'elles puissent être, ne sont rien encore en comparaison avec ce que nous apportons nous-mêmes d'étrangeté et d'inconscient nationalisme, d'amour-propre patriotique, d'hostilité instinctive et surtout d'ignorance.
Quel mal on a, par exemple, à accepter, je ne dis pas avec sympathie, mais neutralement, les têtes (j'allais employer un autre mot qui vient naturellement aux lèvres dès qu'il ne s'agit pas de gens que nous aimons), à accepter l'allure, la toilette, l'expression de figure de ceux que Ton va visiter avec le parti pris pourtant d'être impartial et résolument objectif 1 Un Français quelconque, je veux dire n'importe lequel, arrivant en Allemagne, se laissera choquer par les grosses faces, les barbes, le teint fleuri, ou les joues rasées, de graisse blanche, aux moustaches fades, ou bien par l'air bourru des fonctionnaires, l'accent rude et rebutant de la langue. La simplicité, la familiarité des Allemands, au lieu d'être mises à leur avantage, tourneront en grief, jusqu'au jour où, les appréciant avec plus de justice, nous distinguerons, sous l'apparence, la véritable affabilité des uns de la fausse bonhomie et du sans-façon vulgaire des autres.
Les petites bonnes rougeaudes, dont les yeux bleus, plus tard, vous apparaîtront tentants et la chair savoureuse, commencent elles-mêmes par vous déplaire à cause de leur carrure paysanne, en attendant que,
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plus tard.enoore,. ell&s vous exaspèr enti par lent lâit* teur eLleur placidité delailièces.
Mais- ce qui déeuplô, cealuple même toute» les causes d'erceur de jugameat que- noua portons* eic nous, c'est Tignorance de la langue. Ches beaucoup! de voyageurs, celle ignorance qui précise rétnangetè est la source d'une antJpalhie profonda dont ils; ne sont pa^ maîtres el qu'ils nf analysent pas. Pôu à pen^. si onapprend sinon à: parloir,, du moiaa 4 écouler et à: comprendi^e, rétnangeté s'atténue, u^i commencement de sympathie naît doucemeat au contact des- esprits» eti mille choses qui vous demeuraient lointaines s'ujpproohent et deviennenli aims^ks. GJèst seulement ai partir de ce moment que Ton peut commencei! à se: fien à son jugement. L'heure est venue: de remiser ses observations premières, de Ifes mettre au plan^ dfc comparer et de réfléchir. ... Et, dès que l'on compam avec patience,, les différences,. quL semblaient colosr sales quand oni les habillait de ses passions,, de. ses^ préjugés oUi de sea routines^, vont en diminuant. On se= souvient, qiu'il existe en France, pariaii les gsns qu'on voit chaquôi jour, dea peau» gcaissauses^, dessus vulgaices:, des hypoccites, des menteuns, des^handits> des canailles.... Il faut, même alors faire bien attention, à ne pasr tomber dans; l'excès^ contraire à celui de l'arrivée; Car, ne pouvant distingua' ^die-^ ment, chez ceux qui nous en touuent, nilesiaucbes,. niles forbans, ni les menteuns^. noua secioBS facile-' ment pontés v en racapitulanti les: tares, de; ceux: qne^ nous connaissoDiSt mieux,, ai généraliser trop vite dans l'aulne sens,
Ilî yi a donc un premieap eifort. d'adaptation à» faim,, et mieux^i d'aec^latioa des choses et des gens tels
NOTÎES '«T CROQUIS 303
qu'ils 508Qt, si Ton veut ijuger sainement dhin pays, iQn devrait même, :si l'on tenant à l'apprécier *eH iaute équité, tessayer plutôt de rappFOuver de parti pris. fiœHhe a dittavjec une justesse ^frappante : ^ iPour arriver àJla compréhension, il faut comtmuncer par la finnastimatian ».
Rencontre piquanlte : eBiraônïe t^emps que je recemAs une lettre d^un .Allemand »qui' me -trouvait trop isôfère pour ^es compartrioles, il m'arrivait de Graz, vifite autrichienne, mais peuplée presque exclusivement d'Allemands pangermaniques, cette autre 'lettre, sans passion, signée d'un vésidetit serbe :
« ¥aus'êtesbienindulg8iit,ine»dit-il, pour les défauteîdes Allemands. Moi, jemesuis point ennemi des MlejBflBBUids, s au contraire, j'aime et j'admire leur snifimse etileur littérature (non pas la moderne). Mais j'estime iifuedavanterie perpétuelle de fleurs propres qualitési^ leur manière \de déprécier 'l'étranger les rendent insupportables, et d'autant plus que ce «ont eux qui xopientetiiraitentie plus Tidiculament les mœurs étrangères.
a ...Jll n'y a pas un peuple qui psarle, autant que l'Allemand, de;sa propre moralité, fidélité et Chasteté. Partout et -sans cesse «on ilit et on entend ces 'mots : « Deutsche sittlichkeit, deutsche Trene >, etc. Or, voici une preuve de la moralité allemande. A Graz, que les journaux locaux se plaisent à appeler « die deutscheste Stadt Œsterreichs » — la ville la plus allemande de l'Autriche — naquirent, de 1904 à 1905, 4,738 enfants, parmi lesquels 2^200 légitimes et 2,538 illégitimes. Je ne suis point moraliste, pourtant
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je regretterais pour la nalion serbe un tel état de choses. Mais ce qui est pire que rimmoralité, c'est l'hypocrisie. Et dans aucun pays du monde elle ne prospère autant qu'en Allemagne, où il n'est question que de c sincérité > et d' c amour de la vérité >.
Mon correspondant serbe continue, faisant allusion à mon article sur l'ivrognerie des étudiants^ :
c Dans les journaux allemands on a commenté avec satisfaction vos observations sur l'alcoolisme. Mais on ajoutait : c Les Français ne valent pas mieux que nous à cet égard I > Veuillez, monsieur, considérer la différence : en France, c'est l'homme pauvre et simple qui s'enivre; en Allemagne, ce sont les hommes de toutes les classes de la société... Quand j'arrivai en France, ce fut la première différence que je notai. Je voyais dans les restaurants tout le monde manger et puis s'en aller. L'Allemand, au contraire, n'a pas de plus grand bonheur que de rester plusieurs heures dans son Wirtshaus (cabaret). Voilà le véritable endroit où il devient ce qu'il appelle gemûtlich (cordial, doux, plein de sentiment). >
J'ai déjà noté, en effet, ce goût général des Allemands pour le cabaret, les interminables stations qu'ils y font, seuls ou accompagnés de leur famille. Et pour des êtres qu'on veut représenter comme des gens d'intérieur, celte habitude universelle de la brasserie est assez surprenante.
J'ai essayé de me faire expliquer par un Allemand
1. Voir En Allemagne : Rhin et Westphalû, au chapitre c Le Boire ».
intelligent et par une dame habituée à l'analyse ce qu'est cette sensibilité allemande apparemment si contradictoire avec le matérialisme de la race, sa gourmandise, son manque de délicatesse physique, le réalisme sans élan de ses mœurs amoureuses à peine dissimulé sous Thypocrisie des conventions religieuses.
J'y ai mis toute la bonne volonté dont je suis capable. Et, à travers les ei^plications que j'ai recueillieSi j'ai perçu, en opposition avec le sensualisme latin nerveux, ardent et voluptueux, une sentimentalité souvent artificielle et phraseuse, fadasse et lunaire, qui consiste non pas à aimer fort et vivement, mais à se serrer les mains languissamment, à se regarder avec une feinte béatitude, à se dire des mots tendres, à s'écrire des choses vagues et filandreuses : et c'est l'état d'esprit bien connu des collégiens pubères, en province, avec cette diiférence que les manigances poitrinaires de ces gros garçons s'accompagnent des réalités les plus claires et les plus précises.
Pourquoi la plupart des enfants allemands ont-ils les jambes torses? Le spectacle de ces petits êtres jouant dans les rues et les parcs, leurs mignonnes jambes courbées en cerceau, est obsédant.
J'ai demandé la raison de cette anomalie à un médecin de mes amis. C'est que, paraît-il, les petits Teutons, nourris à l'excès, pèsent un poids disproportionné avec la faiblesse de leurs membres ; de sorte que les parents voulant les faire marcher de bonne heure, les jambes s'affaissent. Souvent, en grandisse.
sant, réquilîbre se rétablit, mais « 'que de jambes «n arc sous les pantalons et les robes! »»me dit le savMt.
Voici une chose qu!on.ne vârrait^mais ches Sd9v^: des commerçants de Rostock (port de la mer .Baltique) suivent régulièremânt les flours d'énouomie politique donnés .à IMInivenské.
Je m'en 'étonnai et .dis à Runide eass télàv^es iquinquftgénaires :
— £-esticpie vouB/n'avez-sans doute aridnà^fedoe:?.,.
— iPardon, me réponiiit-^il, j*ai des aifaîres aomme tout le monde. Mais le «temps que je paase* à,<ses'i2aucs in'est pas du temps peirdu. J'y apprends des rchûâ&s extrêmement utiLes pour .mes opérations icomm^pciales. .On dirait qu'ils sont créés pour moi.
>Geci est une nouvelle nranjue dutréatiâmede/ltenseignemeai (Universitaire ^allemand* Afu lieu de careux discours et d-ennuyeusesiîDnféiifiQeesihéoEiquefi&ilas pour mettre en valeur l'éloquence ou la barbe du conférencier, les professeurs allemands d'économie politique meublent leurs leçons de faits et de renseignements ^£k« jDur, :el:ne tirent Jeuss généralisations -qu'^enâuite. On comprend tg^ue. cette jpédfi^ogiejdoke passionner les gens ide tout âge qui ^pnouventule besoin de s'instruire.
•L' Allemand n'efât pas très porté vers Ua cioloarsa- 'tion. Il n^y «est 'pas très airte, îl le «ait, il Inavoué, *et Ton peut suppiEMser que •% 'mouvement actuel M&st faxîtice et restera sans l^ndemmin dans la masse du
pays. Non pas que rAUemand hésite à s'cxpati-ier. Nous le voyons pulluler aux États-Unis, au Venezuela, au Brésil. Il émigré poussé par le besoin. Mais il ne sait pas s'assimiler les peuples qu'il conquiert, il y est malhabile. Au contraire, il se laisse absorber par eus, à force de plasticité. Les Allemands éclairés ont consoiance île cette inaptitude. Une certaine partie de la presse libérale Irouve que l'Allemagne a encore trop de colonies et demande l'évacuation de Kiao-Xchéou, la s&ule colonie chinoise de rEn3j)ir£.
4 fiaurquoiine pafl: randre^iao-Tchéou aux Chinois imoyennaiit une'indemntté?»se'demandela Ga- -zvtte de'Francfort.
On se représente la série de raisonnements par où devra passer le Céleste le jour oi'i l'Europe viendra Juidire .: « ^ous vous. avons prie .dea. monceaux de ïQtre $A^s après avoir lue hteaucoup idetQhinois, vous iïviBr imposé des indemnités de .^erce, etc„ maifi nous avons, peur que les Japonais .noiK rendant un jour la pareille, et .nous sommes prèle .à vider «es lieux si vous vouliez nous donner enoore un peu d'ai^ent... »
.La Chambre.de cammercfi. de Hambourg (proteste j>ar lavauce contre l'évacuation de la cxuiocâsion -Chinoise.
■ < J^aLuavigation .allemande a.baaoin, dit-elle, .du dépôt de charbon de Weihsien, du dock flottant de 125 mètres et d'une puissance de 16,000 tonnes fions- .lmil.à|)F£»imilé du porlde Tsing4Eau^AuTeonlraire, •BJoUte-t-éUe, des'projetsîont à r^étuBe pour la création de. nouveaux dockset^de chantiers d£ constsuclion de navires... »
ropi
létl lan
d'outre-Rhin les leçons verbales et les exercices mentaux. Ici, relève prend rarement sa plume pendant la durée des classes, et son livre est toujours fermé. L'effort du maître consiste à tenir en éveil Tattention de Tenfant par des interrogations successives et variées : effort épuisant et qui demande un zèle, un amour du métier incomparables. C'est qu'en effet toutes les matières sont enseignées de la même façon^ la langue comme l'arithmétique, l'histoire, la géographie comme les sciences naturelles. Le maître ne dit jamais : c Récitez j>. Il interpelle l'enfant sur toutes les phrases de la leçon, qu'il retourne, intervertit, et sur lesquelles il revient autant de fois qu'il est nécessaire pour que toute la classe ait compris et retenu les notions qu'il s'agit d'inculquer. Pour être sûr que chacun des auditeurs tendra l'oreille et ouvrira son intelligence à tous les instants du cours, le maître, au lieu de prononcer d'abord le nom de l'élève et de formuler ensuite sa question, procède à l'inverse. Une fois la question posée, les élèves qui savent ou croient savoir lèvent la main avec plus ou moins d'empressement, selon leur degré de certitude, et c'est parmi eux que le maître choisit celui qui doit répondre. Lorsqu'un élève tarde trop souvent à lever la main, le maître l'entreprend particulièrement, et recommence pour lui, avec une patience inlassable, les explications et les démonstrations nécessaires* Cette méthode produit au moins un résultat : elle soutient, d'une façon intense et permanente, l'intérêt des élèves. J'ai assisté à beaucoup de leçons d'une heure et je n'ai pas vu une seconde faiblir la curiosité d'un seul enfant, garçon ou fille.
De retour à la maison, l'écolier devra résumer sur
son cahier la leçon ou les leçonsdu joQr/Aiiisi's-eieFcera sa mémoire et se fixeront mieux to notions ipilil dort s'assimiler.
A l'examen superficiel, nos élèves >pamifiBeat jrfus brillants, ils ont l'arr de .savoir «plus de choses, et je suis même «ûrqu'ik sont, en réalité, plus inteHigcaits que ceux des lourds pays • germains et^même anglosaxons. Mais je suis sûr.aussi que les «petits A^mands savent mieux ce 'qd'ils savent; ^nos méthodes phar»saïques ne servent en rien rintélligence traturelle de la race, elles robstruenît, au contraire, l'encorahrent, comme une belle plante qu'ion jardinier fou entourerait de cailloux au lieu de la nourrir 'de terreau et 'de lui donTier de l'air.
Dernièrement, un diredteur de collège de ^Natal, dans rA'frique australe, qui pariait l'anglais, le français et rallemand, s'est mis en lète de ^nfiiTltre^a valeur comparative des écoles primaires parisiennes, berlinoises et 'londoniennes, au moyen 'de compositions et d'interrogations orales identiques, dansdes conditions d'égalité aussi parfaites que possible. Le ♦résultat de ce^te enquête donna la «supériorité aux écoles de Paris pour l'étude de la langue, des mathématiques ^écriteSy la réoitaftion, la diction, le ^dessin. Londres, il y a là de quoi ^nous étonner, vient en tête :pour le chant, ^t 'Berlin dépasse 'tout 'le mondedanste •calcul mental.
Eh bien ! je Bui^ absolument ^persuadé que c^lie enquête :fut imparfaitement menée, et que si, au Ireu d'interroger sur des formules, au lieu de faire composer par écrit, on avait vérifié 'la véritable conn^àô' sance ou plutôt la plus parfisite msimilalion^Û&s élèves des trois pays, en histoire, en géographie, en
soiences natunelleS', par exemple,, les petits AUefliauda eussent de beaucoup dépassé les autres^; non. pac la quantili dBSc nûtloQs. acquises^, nzaîs par la certititd^ de celles^ entrées, dans L'espnit. G!est que. — je le répète à dessein — notre enseignement es^ un» enôeignemant de fierroqmt^ Il donnô le- moins! de mail, il est vrai, permet, à l'élèMe^ et auj.niaître> par conséquent, de briller, mais aussi il procure lo miniiïium de résultate vrmst. Ghez nous, pendant longtemps, les maîtres se sont figuré que leur rôle, consistait à faûîe apprendre par cœur et à réciter des textes, des formules^, des- faits. Un inspeataun des écoles de la Ville de Paris m^ racontait,, il y a quelques mois à painev quiun enfani d'une hautô classe, interrogé sur les mesures de surface et qui répondait avec assurance et sans se tromper aux quesldon6.1e& plus compliquées sur ce genre de calculs, ne sut pas finalement, un mètre à la maia,môsurer la. superficie de* la classe où il se trouvait... Voilà, pris suiî le vi£, le-défaut capital de. ^en«eig^ement français. L'enfant, lit,, écoute, retient, mais ft ne com|«:emLpas ».. Intercogéj, il récite dôs:mo1â. qu'il a lus ou ejatendus, maia sa» mémoice seule opère, il ne s'est pas assimilé la matière qu!ii récite. Dans ce cas, l'élève savait parfaitement dire que la superficie d'un rectangle s'obtenait en multipliant la longjiaup par la largeur,, et le maître s'était figuré' quô, puiaque l'enfant répétait cette formule^ si simple, il l'await comprise^ Non^.PQur l'enfantyla lour gueui' était un^ chiffre et la. largeur im. auti-e chiffrôi. D'autre part, il.n'igriûnait pas quel est le;SfenS:de la largeur dîune; ebose et. le sôn&^de: la longueur.. Maiô îl n'avait jamaiô associé dans son esprit ces quatre no^ tiona pour comprendre, sa. règle dfaiûthmétique. Et le'
312 DE HAMDOURG AU
professeur ne s'en rend
nrohablement. dans un
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de leurs leçons, leur souci de faire servir le passage de l'enfant à l'école à l'acquisition des connaissances vraiment utiles et d'application sûre. Je sais que les Allemands comme les Américains vont trop loin dans cette direction, mais je ne crois pas que, provisoirement, nous ayons l'écueil utilitaire à craindre, au contraire. Ce qui fait la fortune actuelle de TAllemagne, c'est, indiscutablement — je l'ai démontré pour sa formidable industrie chimique — le réalisme de son enseignement, la capacité de ses ingénieurs qui ont dépassé les ingénieurs anglais et qui luttent avec les ingénieurs américains, la petite science, mais la science pratique de ses commis, de ses employés, de tout ce personnel moyen dont est faite — en dehors des machines et des ouvriers — l'activité des usines et des comptoirs commerciaux.
C'est donc surtout par son réalisme que la pédagogie allemande frappe l'étranger. J'ai retrouvé là les méthodes les plus concrètes de l'Amérique. Ou plutôt, je le sais à présent, ce sont les méthodes pédagogiques allemandes que j'avais observées aux États-Unis.
Je pourrais citer des centaines d'exemples de ce réalisme et l'opposer au psittacisme de nos méthodes.
Assistant, à Mayence, à une leçon sur l'air, l'eau, le nez, la bouche et les autres organes de la respiration, je constatai que tous les élèves de la classe, sans exception, avaient compris et désormais savaient exactement la composition de l'air et de l'eau, et le mécanisme de la respiration. Au lieu de les faire réciter, au lieu de pérorer lui-même, le professeur avait usé de tant de c trucs > pour s'en assurer, retourné ses questions,
31 i DE HAMBOURG AiJX. MARCHES* DE POLOGNE
interverti et brouillé ses- interrogations, essayé da tromper le& élèves en tant d& façons^ qu'il étaîL impo&-^ siUe de croire que laleçon nlayaii pa^pénétsé entière^ment dans les jeunes cervelles.
J'ai vu donner une leçon (fe dessini au) tabteau noir. L'ingéniosité du: profe^euc était* étonnanteu II prit une hache; de bois, la monica' à. ses élè^es^ pesa des questions à«quelques-^ns^ dlentre: eus sud ses dimensionS). sa forme, la diireotton de ses lifnes/. de^ façon à. les obliger- à reganden exmitement robjetscrus tous ses angles. Puis il le dessina, lui-même sur la tableaui en en décomposant les trait», se titompant: exprès, demandant aux enfants &'il faisait- bien aui sMI faisait mal. En mêma^ tempsy less enfants ayant: devant eux la hasche et le dessin da malti^^ deinaieni:: reproduire l'objet sur leurs: cahiecs.
Ilf n'y a là rien de: géaial> et probablement rien de nouveau. Mais^ce qui>étonne, c^est la patience, resf^cîb inventif du- maitrey soni habileté, à impcoviâer des stratagèmes judidenx pour intécessen Uélève à som travail, transfbrmer L< exerdce en amoeement, et faîne de l'heure de classe une réunion de plaisir..
Nous étionst au mois^de marsy lâs éliàvea da la premiène* classe allaient quitter l'écolb dans- quelijues: semaines. Et le^ pix>fes6eur s'appliqiiaiti^. avant leur dépant,. k leuc donner des notions^ de vie pnaliquei II les interrogeait sun la profession qu'ils allirienli emr brasseiî.
-— Vous lisez, dana uni journaHi leur disait^il,. qpBi le giiandtduc veut construine un: bâtiment pour uni
LA>ËÉ0A60ai£ 315
-4ierwtte public, €* qu'iDn tva lancer înne adjudication. Oue îfiaites-vous , osi wtis îêies entrepreneur de maçonnepie, de >raenuiseiiie, Hi« sea:Tui«cie »du de oharperite ?.Et,td'abord,>qu'e8t-ce ^?une adjudication?
"Rendant une demi-h^ure, il leur expliqua, jen termes d'une clarté -enfantine, le méoaniâme ^de Tadjiudîcation, la forme» des sounnissionE, ^ia façon de ries (^laaler en ayant soin de ne rien négli^r : imis généraux, intérêt des sommes avancées, salfinres^ valeur d^es matériaux, frais de tetnspart, imprévu, bénéfice raisonnable, le ^lus réduit possible si Ton tient à enlever J'affaire, Btc.
jDeJâ^il passa à ta ^éogmphieaies (produits '.«dans la contrée, où Irouve-t-on les pierres, le bois, le fer? Ouel £S5tite prixîmoyen de ces anatières? A-t-on béaéfioe^à les cacheter ici, où seul passe le chemin de fer, iou binnii rfludroit où passe un canal? Yaut-^iLmieux payer cranptaot? Quel escompte vous fera-t-(on? iCateuloz jnentalement le Ibénéfiee que vous en tiararez...
Cette méthode devient plus visible encore dans les cours d'adultes {foribildungachulen) .
L'initiative du maître consiste .à ^choisir ;parmi les nmtsàires à enseigner 'oelles qui seront le 'plus utiles à chaque classe.
U^e de CBS classes était suivie par viqgfe-€ix tailleurs et cordonniers, car ..chaque ïatégorie iprofes- :siDnnBile«étudi«5séparéraent,on bienon las classe par analogie dciprofessian. Pendantma visite, lesiintarro- :gations Toiilaient sur leprîx du curry sur les différentes opérationsdu tannage, le tannagechimique j lesinstru- ^.ments et les produits qui y servant, la ^difiÊérence entoe île travail des usines et l!atelier privé. Les
3i6 DE HAMBOURG AUX MARCHES DE POLOGNE
tailleurs devaient apprendre le prix de la balle de coton ou de laine, du mètre d'étoffe fabriqué, les époques préférables pour les achats, les crises, leurs raisons, la fabrication, la filature, le tissage, la teinturerie, les impressions d'étoffes, la variabilité des salaires, les grèves, les syndicats.
Puis le maître les interrogea sur Tinfluence de la paix dans la prospérité commerciale. Futilité de rinslruction et des écoles.
Les élèves répondaient comme s'ils étaient déjà très avertis de ces choses. Visiblement ils s'y intéressaient, apprenaient avec un grand plaisir.
Un apprenti tapissier saura dès l'école l'usage des divers outils de sa profession, l'origine et l'histoire des produits dont il aura à faire usage : crin, cuir, laine, fils, lacets, clous, colle, varech, plume, duvet, ressorts. Comment se fabrique un tapis? Gomment produit-on le linoléum, la toile cirée, les tapisseries? Gomment faut-il assortir les papiers de tenture et les bordures? De quelle façon reconnaîtra-t-on le bon teint des teintures et le mauvais teint?
Je passe par-dessus l'histoire des métiers et corporations, l'histoire de l'art et de l'ameublement, l'usage des différents bois, locaux ou exotiques, sur la composition des devis, etc., etc.
Les maçons, plafonneurs, couvreurs, paveurs, vernisseurs, ont aussi leur classe à part.
Aux coiffeurs, le maître enseignera les conditions hygiéniques de la boutique dans laquelle ils travaillent; il justifiera leur manière de s'habiller, la propreté spéciale qu'on exige d'eux. Il expliquera la fabrication du savon, de l'huile, des parfums, des teintures ; il parlera de l'hygiène du corps humain,
de la peau en particulier, des cheveux, des poils et des ongles. Quelles sont les maladies des cheveux? Comment les découvrir et les guérir? Sur des tableaux de papier mâché, il leur montre grossis mille fois des cheveux et des parcelles de peau humaine. Gomment désinfecter les ciseaux, les rasoirs et les mains?
Dans les classes d'adultes suivies par les commis de magasin et les employés de bureau, la correspondance commerciale et ta comptabilité sont enseignées, et toujours par le même système analy> tique et déduclif. On commence par le vocabulaire commercial, les règles ordinaires du style, démontrées verbalement et pratiquement, puis on passe aux exercices écrits indispensables ici, aux comptes, aux factures, mandats, lettres chargées, réclamations de toutes sortes, etc., etc. La deuxième année, les études sont les mêmes, un peu plus compliquées. En troisième et dernière année, on arrive aux comptes de banque, aux traites protestées, demandes de places, pétitions, tenues des livres en partie double, etc.
— Ce que nous recherchons en arithmétique, par exemple, me dit le maître mayençais qui m'explique tout cela, c'est la sûreté et la rapidité dans l'exécution des comptes, le calcul mental des pourcentages, des escomptes, des poids bruts et des tares, des droits d'entrée et du change.
Devant moi, il pose des problèmes assez compliqués de calcul mental, presque instantanément résolus par les élèves.
Mais ce n'est pas tout. Ils doivent aussi apprendre à se servir rapidement des horaires de chemins de fer, à lire les tarifs de transport et à connaître le
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LA PEDA'GOTIE
(SUITE
Enseignement des écoles techniques. — Les iiaules écoles ^tt^aises. — Atjs d'un pdlytechniden. — Rous fskions des éldre s brillants, nonxlei spédalisles cun^éfanls. — Cinq di- '|iiUmes«n'Ua. — -Le stage pratique. — Controraise. — Avis de S. Le Chatelier. — Le réalisme dans renseignement ie la littérature donne de mauTats résultats. ^ Plus de philosophie. — 'Étudiantsconserraietirs. — Indifférence ponr'Ies idées. — ToBB spécialistes. — ^^ Beaucoup de -sotB-tHHeiere, ipeu d'officiers <de <la ^science. — ProcÂE des.Eoneours. — ËlèT£s4e trcute-ciaq ans, ClaudeBeinard, J*asteur, Magnan, Ranviec,-non agrégés. — LaiSorbonue. — Pauvreté de nos inslallatians.
Un Américam disait devant 'moi à'uas une réunion d'îndoEftriële ;
— Moi, je BoutTensquela^upériorité du commerce etde l'indoetriB de ^Allemagne -lui Tient 'du progrès de 668 écoles techniques -depuis (juinBe ou vingt ans.
'Car le réalisme que 'nous avons constaté dans l'eB* Bêignement'deréc(^eprimairB,'On le retri à ses dernières limites dans lee écoles