DUS
se m D poi le tM ils ai uai'afl iUl < Ils s londf
presque toute sa vie durant. Le petit rentier est un type exclusivement français. »
Le lendemain, en dînant dans un cercle renommé de Berlin avec un homme de lettres célèbre et un financier très connu, ce dernier me parla ainsi :
— Voulez-vous que je vous fasse en quelques mots le bilan de TAllemagne? A Tactif, son sous-sol; les qualités morales des classes moyennes, employés et contremaîtres, dévouement, savoir, conscience. Voyez les deux cents chimistes d'une grande usine, dont les travaux étonnent le monde; ils sont contents de leur sort, ne demandant pas autre chose ou pas grand' chose de plus que ce qu'ils ont...
— Est-ce là une si grande qualité?...
— Isolée, non, unie aux autres, oui... Ajoutez-y le génie d'organisation servi par l'obéissance et la discipline de la machine humaine, individualiste par son cerveau, passive et soumise pour toutes les choses de la vie matérielle, c Où trouver un tyran, disait Leibnitz, dont les exigences lasseront notre servilité? » Pensez encore aux qualités négatives de la race : ignorance du luxe, aucune ambition exagérée.
€ Quant à notre capital, petit en comparaison du vôtre, il a celte supériorité de travailler tout entier, il a confiance. Chez vous, il se cache, il est timoré... Je sais qu'il fut souvent trompé par de mauvaises aflaires; en Allemagne aussi, d'ailleurs, moins souvent il est vrai, car beaucoup de promesses faites furent tenues.
« Notre passif est important : notre désavantage
3i0 DE HAMBOURG \m
est d'être serrés de tou sauf une étroite coupur encore, la Baltique élai pour respirer librement va de la frontière hollar
De plus, si notre situation indusirielleest bonne, grâce A notre sous-sol, riche en 1 commerciale est plus que mé vrelé de notre sol. La terre m que nous puissions jamais de commercanL. Car, en effet, l'ali rnliment permanent, inépuis table richesse d'un pays, en d Si elle est féconde par elle-n:
peu de trnvail, de la rendre l'exploiter, de négocier ses fi d'en créer de nouveaux; mais s dans la plupart de nos provi peine assez pour nourrir celu pas d'espoir de l'enFichir jai rien de rien : s'il n'a pas la te grand'chosc. J'ajoute que mên la houille de la Westphalie, d de la Silésie, et les mines d pas fameux. Nous sommes do la nature. Je ne tous parle pa!
ports dont aucun n'ouvre su qu'il a fallu conquérir pénibi dispute encore chaque jour i Comparez cela â votre admirai mers ouvertes, à vos cent pon façade de vos côtes... »
Ainsi parla le puissant fin
CONVERSATIONS 3il
son admiration pour la féconde patrie française, songeant à tous les partis qu'en tirerait celte race allemande habituée à peiner sur sa terre ingrate.
ff
Le fils du créateur d'une des plus grosses affaires industrielles d'Allemagne me disait, à propos des vertus de l'hérédité et de la confiance des Allemands dans le Pouvoir :
— Est-il si fou vraiment de croire à la vertu de l'hérédité? Quand un cheval s'est distingué à la course, on cherche à obtenir sa monte !
— Mais vous savez bien que la descendance des vrais grands hommes est stérile ou qu'elle produit des dégénérés ! On ne connaît pas d'exemple d'un homme de génie ayant enfanté des rejetons de sa valeur.
— Sans parler d'hommes de génie, répliqua mon interlocuteur, — ils ne sont pas nécessaires pour gouverner les hommes, — le fils du créateur d'une grande œuvre, par exemple, mettra plus de zèle et de passion désintéressée qu'un autre à la faire prospérer. Je sens cela moi-même pour l'œuvre colossale créée par mon père. Il me semble que je ferais tout pour elle, que je sacrifierais ma fortune, si besoin était, pour la sauver. J'ai le sentiment d'une sorte de responsabilité mystérieuse — sinon effective — qui domine mes intérêts matériels. L'hérédité monarchique doit créer à plus forte raison un état moral de cette sorte qu'ignore certainement le délégué provisoire au gouvernement des républiques. Malgré lui, il songera à passer dans la paix ses années de souveraineté,.. Je vais même plus loin et je pré-
■trtmf," r- — » -^- -If- w -^".-'i-, — ^« - 'ïli' •
lai-même? Quand un peuple est épuisé, un monarque quel qu'il soit ne peut le sauver. Annibal ne sauva pas Garthage, Si le peuple est bon, les mauvais rois ne suffisent pas aie perdre. L'Angleterre, au moment de sa plus grande crise, fut gouvernée par des fous et par des femmes; depuis quatre cents ans, en Espagne, il n'y a pas eu de rois même passables, dans deux dynasties différentes, et TEspagne dure toujours. Et en Bavière, et en Autriche... L'Amérique prospère sans monarque. La France, depuis bientôt quarante ans, s'en passe très bien.
Un ingénieur qui a souvent des installations à faire aux quatre coins du monde, me parlait du personnel qu'il emploie le plus volontiers dans certains cas exceptionnels :
— Quand il s'agit d'un travail lointain et incontrôlable, où le bon sens doit suffire, nous choisissons de préférence un Anglais. Pour un travail sérieux, à étudier de près, dont l'exécution demande beaucoup de capacités et du dévouement en même temps, ce sont les Allemands qui nous donnent les meilleurs résultats; quelquefois nous prenons aussi des Suisses.
Quant aux autres peuples de la terre, il n'en est pas un instant question.
Un professeur m'affirmait la sympathie des Allemands pour les Français :
— Vous êtes le peuple fait pour inspirer aux Aile-
mands les sentimf avez toutes les qu.
nous sont les plus malgré tout le mal Napoléon, on a coo dioaire pour votre;
— Non, lui répo pas plus que noui peuples de la tern V0U3 Taites donc j n'êtes. Je ne crois p de rêveurs : c'est i ment gouveraée ai commerce ordonnéi chers de rayons, vo sont de parfaits né| est bien gérée,
( C'est ce qui Tai cie pas de révolui également que le p; de soldais : les socia de la firme Germai payés. Mais, comtni somme, que la < n améliorer leur sort — ils se raisonnent
Mon interlocuteu pourquoi, et il disa
— Ces Français..
Je le regardais, al
— Pourtant, la l guerre à l'AUemagr la main...
CONVERSATIONS 3i5
— Serrons-nous la main, fis-je. Mais vous oubliez que vous n'avez pas mandat de reviser le traité de Francfort... et que votre Empereur peut, demain, s'il le veut, déclarer la guerre à la France sous le prétexte qui lui conviendra.
— Jamais de la vie, jamais de la vie I protesla-t-il. Il faut que le Reichstag le décide...
— Vous vous trompez, répondis-je. L'Empereur doit théoriquement consulter le Bundesralh (c'està-dire les représentants des princes de l'Empire), où il a la majorité assurée, et où il ferait, en tout cas, ce qu'il voudrait. Le Reichstag n'a qu'à voter ensuite les crédits qu'on lui demande, et s'il les refuse — ce qui est bien improbable, — on passe outre, ou bien on le dissout — ce qui n'a aucune importance chez vous, vous le savez bien I
•ïc
Un autre professeur qui assistait à la conversation prit la parole à sou tour :
— On discutait déjà au dix-septième siècle, dit-il, sur la question d'Alsace-Lorraine, et c'est à cause de cette longue littérature, de ce perpétuel différend entre nous, que dans nos écoles on vous nomme encore « l'ennemi héréditaire ». Croyez bien que les gens sensés le déplorent, mais déclarent aussi que vous justifiez cette appellation en vous obstinant à paraître en effet « l'ennemi héréditaire ». On m'a dit — et vos romans, vos journaux semblent le prouver — que l'idée de la revanche s'éteint chez vous. Cela est bien heureux. Car, voyez I Supposez une nouvelle guerre;
3i6 DE IIAMUOL
si VOUS êtes ballu de revanche avec satisfaire de nou nous bnttex, voi à Doire tour à s vriiimenll II y i rc|;ardons en eni l'amabilité d'un | à nos avancos :
Mais oui, l'Alsace y a toujours été 1 nous séparer, co triche, après qu bardie.
€ Qui peut nie et d'esprit allcma ciser cette provin avez inventé qu'el Auparavant, vous vous étiez si pers c'est sur leur pro; la nôtre. De plus, le recueil des pièi alsaciens faisaieni magne bien avan donc pas vous ét( de chez nous aie leurs. >
Je crois pouvoi membres importa moyenne desopir mands.
CONVERSATIORS
Un compatriote intelligent et lettré qui est même temps uq universitaire éminenl, et que contre ici, me coutîe son étoniiement de* paresse d'esprit de la jeunesse universitaire :
— Les jeunes étudiants allemands, me ditl'esprit paresseux eL discipliné, lis ne discutf une chose, ils discutent les opinions des atitori les choses, lis disent couramment A propos de « M. X..., la plus grande autorité en telle mati Comme ils disent en Amérique : The best in ihe l
« Je suis frappé dans les universités, coali professeur français, par l'incroyable spécialisati savants, surtout des philologues, lis la poussen ment un peu loin. Ainsi, un commentateur de Mi est évidemment l'homme le plus fort du mon Macrobe, mais il ne sait de Gicéron et de Virgi ce que l'élude de Macrobe lui en a appris. Voilà tant la force de l'érudition allemande I Chacun sa spécialité, publie aussitôt ce qu'il sait. En F on « perd son temps », comme ils disent ici culture générale.
t Avez-vous visité la bibliothèque de Berl faut voir cela si on veut comprendre leur génit ganisation et leur sens pratique du travail. La h thèque de la Sorbonne est admirable, mais to ■. livres y sont ensemble, pour ainsi dire pêleimpossible de s'y retrouver. .4 Berlin, où la t thèque n'est pas sensiblement plus riche, It vanis du monde entier vont maintenant faire bibliographies, parce que les livres sont classa
r* '■T^T.I-Î^ 1 -r- -; J- - ^-ji
LES KMITELS
Qu'est-ce qu'un karlel ? — La France doit connaître cette nou- Telle arme de guerre commerciale et industrielle. — Explications claires. — Variété infinie des kartels. — Guerre d'un kartel agricole contre le kartel de détaillants du lait à Berlin. — Six ans de luttes.
Les kartels sont des syndicats de fabricants ou de commerçants qui s'entendent pour maintenir les cours rémunérateurs de leurs produits, régler la production, lutter contre la concurrence intérieure et extérieure, acheter en commun leurs matières premières, en un mot pour défendre par tous les moyens leur industrie ou leur négoce.
Les socialistes marxistes voient dans le développement de plus en plus grand des kartels en Allemagne et des trusts en Amérique la vérification saisissante de la prophétie de Karl Marx : la concentralion des capitaux dans un nombre de mains de plus en plus réduit qui permettra, dans quelques dizaines d'années, la mainmise de TÉtat sur l'organisation capitaliste ainsi simplifiée, et l'expropriation des expropriateurs...
Quoi qu'il en, soit de l'avenir, le présent mérite
lûstiluls, les catalogues mieux compris, plus métho- J diques, plus clairs, plus réellement utiles. A Paris, ' les catalogues n'existent pas, ou plutôt ils sont incomplets et sans ordre. De plus, chose inouïe, les • professeurs seuls peuvent en avoir communication, à moins d'une permission spéciale. A Berlin, tous les ^ catalogues sont à la disposition de chacun et je connais un docteur es lettres de Paris qui vint ici préparer sa thèse grecque. Mieux encore, à Berlin on * peut avoir communication de tous les livres à domiciUf et il suffît, quand on a la permission d'emprunter les livres, de déposer un bulletin dans la boîte de la \ bibliothèque pour recevoir par colis postal, chez sot, les livres demandés. Et notez que cette permission s'obtient très facilement avec la signature d'un pro- i fesseur de l'Université de Berlin, vous légitimant et déclarant simplement par ce fait que vous n'êtes pas ^ un escroc. >
LES LIRTELS
Qn'esl-ce qa'na karielî — La Friuir» èv : rwnsû:*» u::it. wu- Tclle anne de guerre e«iii-&erâue ec ,ijCLp:.->-. *- — Ij |.,catïons clairei. — Variole ù-li.:* M tf.fji — '-■ij»:—', c li kartel agricole eoDtrc le tir,ti at t-r.i^iOiA ui. a.-.: < W*- Un. — Six ans delulUî.
mis qui s'eii\ezi>fni y^nt ti^^z-Jit-T <•;*
nunératenrs de It-rt pr^;,;; s, ;*:;.« it
n, luUer coDlre la eou'^.n'f-^t ii>,rv,-.'*:
îore, acheter «n çoeiTL-a U-:i ivit ".'tt
i, en un mol poar cii^z-dre pu '.v-t ice
enr industrie ou lewr L^^'y^ç,
ïialist^ Djaniîles toî^lI <l«,i !*; <;*ï>>/;.-
le plus en plus grand des Lirt/:!* *:n A,.*s-
des trusts en Améri"ji«; U xhiv^'^'.'.a mj-
le la prophétie de Kari Mari : la •>jQ':^n'.ra-
■«itaux dans un oorriWe de rtiaiuî d« pUis
' qui pennetlra, dans quelque* dizaines
aiomise de l'Ëtal sur l'organisation
i simplifiée, et l'eipropriation des
isoit de l'avenir, te présent mérite
3J3 DE HAMBOURG AUX MAR y avoii' un moyen d'éviter
roducUon.
irs, el même, il a groupe se réuit pas aueint.
issut à l'époque e au moyen âge.
des environs de ir syndicat de la 'époque des pre- I patronales. La ir mulliplication
à peine à douze ut, les Allemands iport.
iicune similitude ;l américain. Le riches réunis en ine catégorie de et les brevets de maîtres absolus, iuite pour empâconcurrence, au t l'accaparement
■igir- '■""'
LES KARÏELS 353
D'abord, réducation des Allemands de bonne heure les discipline à l'union et à la solidarité, les pousse à se soumettre volonliers Tun à l'autre.
Ensuite TAUemagne fut le pays d'Europe qui se développa le plus Vite. Et, sans le frein créé par les kartels, l'anarchie générale de la production, le désordre et la faillite eussent remplacé la prospérité. Même avec l'instrument régulateur des kartels, des crises graves éclatèrent et causèrent des ruines, que plus d'exactitude et de précision empêcheront ou atténueront dans l'avenir.
J'ai demandé à mon renseigneur quel était le statut ordinaire des kartels allemands.
— 11 n'y en a pas, m'a-t-il répondu. Tous diffèrent. Il existe chez nous des centaines de kartels de toute importance, depuis les grands syndicats du fer et de la houille jusqu'aux moyens, aux petits et aux fragmentaires.; •
Je voudrais donner un exemple du genre d'action et de la stratégie des kartels allemands. Les idéologues qui prétendent que les guerres sont nécessaires à l'homme pour employer sa combativité verront ici qu'il n'est pas besoin pour cela de canons ni de sang versé, et que la lutte d'intérêts sera sans doute la dernière ou du moins la prochaine forme que prendra la violence humaine avant la pacification définitive de la brute.
L'histoire que je vais raconter est celle de la guerre du kartel des agrariens producteurs de lait contre le kartel des détaillants de lait à Berlin. Elle fut expliquée, il y a peu de temps, dans deux forts volumes, par le doyen des marchands berlinois. J'en profite pour vous la résumer exactement.
Soi HE llAltlBOURli AUX MA
Il faut savoir d'abord que [aie allemande consommer C80,000 litres de lait, qui li vacheric de la ville même, < (lorf, Scliœneberg, au noi
LES KAHTELS 355
produite ou détaillée quotidiennement. En cas de rupture du contrat, les associés payeraient une amende de 100 marks.
Le but de ce kartel était d'assurer le maintien du prix de42pfennigs 1/2 etaussi d'utiliser la surproduction du lait, pendant les mois propices, dans quelques laiteries choisies où Ton fabriquerait du beurre, du fromage, des tourteaux.
En décembre, 210 grands propriétaires et HO syndicats agricoles pouvant produire journellement 400,000 litres de lait ayant adhéré au kartel, la Centrale, désormais entre les mains des agrariens, vit apparaître l'heure où décidément le prix du lait pourrait être élevé à 13 pfennigs 1/2 le litre, sans l'adhésion du détaillant.
Les détaillants, qui comprirent ce qui allait se passer, se retirèrent de la Centrale. Et le 10 juin 1901, rassemblée du kartel décida le prix de 13 pfennigs 1/2, pour le 1'' octobre suivant. 13 pfennigs seraient payés aux foiurnisseurs, 1/2 pfennig entrerait dans la caisse du kartel pour subvenir à ses besoins.
Les propriétaires s'engageaient à ne pas renouveler leurs traités à des conditions moindres, et ceux qui ne réussiraient pas à obtenir des marchands un contrat sur ces bases enverraient leur lait à une grosse laiterie que la Centrale ouvrirait à Berlin le 15 septembre et qui l'accepterait au prix de 13 pfennigs, pour le revendre ou l'utiliser industriellement en beurre, lait maigre, fromage et tourteaux pour bestiaux. Le kartel créait en même temps dix laiteries semblables en province.
Émotion considérable dans le monde des marchands, augmentée du fait que la Centrale recher-