‹ En Allemagne; de Hambourg aux marches de PologneChapitre 35 sur 46 · DE HAMBOURG AUX HA.I · texte numérisé non relu

DE HAMBOURG AUX HA.I

chail des adhérents nouveaui liser la produclion laiLière to La presse entière étudia la Les détaillants se réunirenl tiers berlinois, 800 dressën cial en Tace du kartel agrair peine de 1,000 marks d'amei lait au-dessus de 1^ prennig!

(J'ai dit (]ue le public le pay; le litre.)

C'était la guerre, guerre le le producteur afTichant Tro gagner 1 ou 2 prennigs de | préférant les conserver pour Qu'allait-il sortir du conflil Laliguc des producteurs dé tes laitiers n'avaient pas consi velles, elle ouvrirait aussitô boutiques de détail.

Certains laitiers purent, en teurs dissidents du kartel, co mais la majorité fut obligée ( de la Centrale. Ceux qui s'éts tion par des conventions dm sins, aussitôt remplacés par d la Centrale.

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tance, elle se rendait au kartel en prenant l'excuse que rUnion des laitiers avait dès longtemps rompu le contrat qui unissait ses membres. Le kartel lui faisait, d'ailleurs, des conditions spéciales qui demeurèrent provisoirement inconnues.

De l'autre côté, à la Centrale tout n'allait pas dans la perfection. L'utilisation du lait non vendu entraînait à des frais considérables, l'administration du kartel coulait cher, la lutte avait nécessité des sacrifices nombreux : à la fin de l'année 1901 , le kartel, qui marchait avec un capital de 420,000 marks, accusait un déficit de 387,000 marks : il fallut faire appel aux membres, et on décida de prélever, au lieu de 1/2 pfennig, 2 pfennigs par litre I

Dans les deux camps, les assauts se multiplièrent. La Centrale se servit de toutes les armes qui s'offraient : elle fit prélever dans les laiteries non conformistes des échantillons de lait à Tinsu des marchands et les fit analyser : 74 p. 100 était du lait mouillé. Le 15 mai 1902, un règlement de police intervint pour mettre fin à ce scandale. Tout lait ayant un titre de graisse inférieur à 2,7 p. 100 fut taxé lait maigre. La presse s'agita, le Parlement s'en mêla. Les laitiers se débattirent furieusement contre ce nouveau coup, multiplièrent les démarches en vue de faire rapporter ce règlement : en vain.

La lutte se continua avec une âpreté grandissante.

L'Union des laitiers avait pour objectif de désagréger la ligue des propriétaires et, par conséquent, la Centrale. Dans des circulaires qu'ils leur adressaient, ils démontraient les avantages indiscutables qu'avaient les producteurs non kartellisés qui profi-

LES KARTELS

Qn'est-ce qu'un kurlel? — La FraDce doit coonallre cette nou- Telle arma ite guerre commerciale et industrielle. — Explications claires. — Variété infinie des kartcls. — Guerre d'un kartel agricole contre le kartel de détaillants du lait à Berlin. — Six ans de luttes.

Les kartels sont des syndicats de fabricanis ou de commerçants qui s'entendent pour maintenir les cours rémunérateurs de leurs produits, régler la production, lutter contre la concurrence intérieure et extérieure, acheter en commun leurs matières premières, en un mot pour défendre par tous les moyens leur industrie ou leur négoce.

Les socialistes marsistes voient dans le développement de plus en plus grand des kartels en Allemagne et des trusts en Amérique la vérification saisissante de la prophétie de Karl Marx : la concenlrafion des capitaux dans un nombre de mains de plus en plus réduit qui permettra, dans quelques dizaines d'années, la mainmise de l'Ëtat sur l'organisation (lanitflUste ainsi simplifiée, et l'expropriation des ialeurs...

qu'il en, soit de l'avenir, le présent mérite

LES KARTELS

(suite)

Condition première d'un kartel : Tesprit de solidarité de ses membres. — Consentir à se restreindre. — Difficultés. — Comment on lutte contre les dissidents. — 11 faut les tuef !

— Prix de combat. — Grèves provoquées, — Débauchage des contremaîtres. — Moyens détournés : on prive le concurrent de matières premières, de machines, d'ouvriers. — Monopoles naturel, mixte, artificiel. — Entente des patrons avec les syndicats ouvriers pour refuser la main-d'œuvre au dissident. — Exemple des typographes. — Les défections.

— Amendes. — Billets à vue. — Avantages et inconvénients des kartels. — Le public. — Kartels internation auxr^ — Avenir des kartels.

Nous avons vu que le kartel agrarien du lait avait été vaincu par le manque de solidarité des producteurs. C'est qu'il n'existait pas, pour la majorité, de moyen de convaincre les dissidents. Impossible d'empêcher les vaches d'un propriétaire de lui donner du lait ni celui-ci de le vendre ou de l'utiliser. Ce produit est d'un usage trop général et d'un écoulement trop facile.

Dans les luttes ordinaires de l'industrie, les choses 5e passent autrement.

J'ai dit que, pour réussir, il faut nécessairement

que tous les membres d'un kartel soient solidaires. Pour y arriver on use d'abord de la persuasion. On dit à ceux qu'on veut amener :

— En l'élat actuel des choses, plus vous produisez, plus vous êtes forcé de diminuer vos prix de vente — puisque, chacun de vos concurrents agissant comme vous, votre marchandise s'avilit. Il faut donc vous entendre pour produire moins et pour maintenir des prix raisonnables.

C'est quand les fabricants ont compris la valeur de ce raisonnement que la vraie difficulté commence. Alors ils se demandent : (i[ hans q^ielle prjqporiîon va^t-on réduire ma production par icapport à imes •concurrents? »

Imaginons le kartel de la menuiserie, par exemple. Les entrepreneurs menuisiers.produi&eat.l2û,000 mètres carrés de parquet, quand 100,000 mèires «ont reconnus suffisants. Il va falloir «répartir la restriction de 20,000 mètres sur tous les|3syndiqués.

Comment s'y prendra-t-on'pour être juste et ne léser personne, et surtout pour que personne ne se croie lésé? Problème extrêmement difficile à résoudre.

Le moyen le plus ordinaire Jest^ k nomination, parmi les membres du groupement initial, d'une commission de trois ou cinq menibres et d'autant de suppléants choisis parmi ceux qui ont toute la confiance de la corporation. 'Pendant au moins un an, cette commission travaille sans reîâche pour concilier les 'intérêts de tous et tâcher de mettre 'le plus d'équité possible dans les réductions.

En général, pour estimer^la^possibilité de production d'une maison, on additionne le' montant des •produits livrés par elle au cours des trois dernières

LES KARTËLS 368

années, et on. divise le total par 3« De grandes difficultés s'élèvent.: les affaires»de5celui*-oi étaient enprô» gression croissante ; celui-là. allait, étendre son cercle d'influence endoublaai; le.nombre de ses voyageans;, un autre projetait de bâtir de noiiveaux ateMers;, d'acheter de nouvelles machines. Ou bien^ au contraire, des accidents ont réduit tem{K)rairein6nl la production. : incendie, mont dui directeur, déménagement,, girèva, eta«, etc. 11 ftkut tenin compte de tout cela.. D'auiresrqudstions se pos^t : quLa le droit de produine davantage? La vieillemaisontquLfabrjque depuis trente anâ.mne»quantité toujouirs pareille, et dont la cliea«tèle est, par conséquent, solide et sûre? Ou bdeni le. nouveau fabrioant qui, en cinq ans, a passé d'une \&Bt%t de i 0^000 mètres à une vente de 50,000? Le« dfêus: pnoduoteur» se débattentdôvant laûommissioB^. et iina^lôfiûenti le del^nier venu est déciaré le plu&imr portant, car il. se trouve indiseutablemeiit en. plein: progrès, et,, en. consentant, à laisser restreindra sa production, ilperdra* noui seulement sur sa production passée;, mai& sur Sta prodiUGtion future. Mille, es*^ pàces derce genre . s'imposent àiTacbitrage des mennbres de la commission âuxqviels il faut vraiment,, pour en soptir^ une patience^ un zèle et un; dévouement apostoliques..

(^uand^ les estinaations exactes >sont faites, il s'agit de déterfidiner le chiifhe d^e participation deohnqiie fabrique an karlel futur. Yoici comment on procède : on pi^end lerchiffm du rendement abselu de la Sa.brique, une: fois, la quantité moyenne de produits livrés, qu'on. double; on additionne ensuite lesdeox sojnmes: et on. divise lé:. produit pan S*

Exemple : Le. rendement d'une fabrique est estimé

36i DE HAMBOURG

à 100,000 fraDcs. E les dernières anoées circonstances, pour chiffre de participati

100,000 + 85,0C par 3 = 90,000.

Bien souvenl des karlel reculenl, le restriclive. Aussi, le des gens décidés d'j trage des juges choi jamais à s'y conform le kartel.

Il est difTiclle, er tête des gens cette v daient de l'argent o quant beaucoup, ih fabriquant moins. S

les uns se retirent définitivement, en se disant : « Les prix vont monter grâce au kartel, j'en profiterai, et d'autant plus que ma fabricalion sera libre, tandis que celle de mes concurrents syndiqués sera bornée > ; d'aulres se tiennent éloignés pour se faire prier, et rentrer plus tard, en outsider, avec plus d'avantages, état d'esprit très commun qui pousse même souvent les premiers adhérents à se retirer avant la conclusion dernière pour jouir des privilèges du dernier venu.

Le kartel se trouve donc à un moment donné devant des réfractaires qui cherchent à profiter des bénéfices de l'entente sans y entrer et sans encourir aucune contrainte; ennemis de la collectivité qu'il faut vaincre ou réduire à

■1° Ils constituent un

LES KARTELS 365

kartel qu'ils concurrencent ainsi à armes inégales;

2° Ils menacent l'existence même du karlel, les

syndiqués étant tentés, en les voyant bénéfr"'""

risque et sans restriction de l'élévation des | duite parle karlel, d'imiter leur exemple;

3° Si on ne les combat pas, les industr laires vont se multiplier pour profiter de des prix, car c'est un fait d'observation : àè industrie est en progrès, tout le monde s'y j tout les industries connexes, la fabrication en prospérité se voit menacée de l'invasioi tonniers voulant se faire drapiers, et invers<

4° Il faut dissuader les banquiers de ( diter un homme qui a réussi dans sa lutte i karlel ;

5° II faut anéantir le prestige des adver karlel pour conserver à celui-ci toute son

Mais comment va faire le kartel pour ( les adversaires qu'il n'a pas voulu ou qu'il i gagner?

On les poursuit de plusieurs manières : Il y a d'abord les t pris de combat », c' la diminution des prix de la marchandise : bres du kartel se réunissent et décident q sacrifier chacun 50,000 francs pour abatli fractaires. S'ils sont une centaine, comptez 5 millions qui vont être employés à la guerr pendant un an, les dissidents n'auront pu v( marchandise qu'à perte, ils mettront bas les seront ruinés.

366 DE HAMBOURG AUX. M ABGfiES DE POLOGNE

Un autre moyen conufite à.susGkef des grè¥6S daas les usines non syadiquées^ Et c'est; bieci lâîmple : les prix des salaires août augmentés dmt&: toutes, le^ firmes dukartely.etaMSsitèt les ouvriers dosiaoti^iK exigent la même attgmentatîo&. Si les patcuosy oûairsentent, leur^ frais généraux, sont teUemeat gresrés qu'ils perdentt sur la fabncation; s'ils refueeni^ las ouvriers se meitent %a. grève, et le r^sttltat. estle. même : ou ils se ruinent ou ils se rendent. Otti.bieA encore, on peut se oontenter, si le schismatique: a une spécialité,, d'augmenter considâraèlemeQt la& salaires des ouvriers apécialistes de la mâme pantle^ ce qui lui rend toute-pnoducdon onéreuse, et bientôt impossible.

Il existe aussi des moyens indirects de lutte, lia kartelid'étofiBsj par exemplei interdira .aux leintùriers de travailler pour les iâsubordioiiné&..Ët, coflameJa nombre des teinturiers est relativement restreint, la manœuvre est facile.

— Mais si un teinturier refusait?...

— G'esct lui) alors que le hariel boyciôAtemii. de toutes les façons i

— Et si tous les teinturiers prenaient le parti des persécutés ?

Je visisourirctiâi. W.,. :

— Ge n'est;{xasipossîblev dit-U. D^ailleurs;, è*ë. Le fallait^ le kairtel.créerait une teinturerie ou>plusi£«rs à l'usagedeises laembreSi.Queâialérètpûur les teiftr turiers à voin se: d^ssar de nouv'eau» concuri^entï devant) eux*?

«: ûans ceitainesiindus^riefi^ il existe desmaôbidaes brevetées dont . on\ peut . se passer^ m ais qui: donnent de grands profits. Le kartel dit au propriétaire; du

L£S KÂITELS a67

brevet : « Vous ne vendrez; vaire machiae qa'aui. membre&idiL kartelet- naus vous garaMissons uni cerv tain: écoulament. tf Qa arrive aini^i à acheter des ma^ohiines^ui ne servant pas^ mais qui échappent aux xioii-^ockfarmisl>es^ d6;cefait, infériorisés,

« Eàkfm, le katrlei s'ara^ange: pour que les dissir dents ne puissent acheter, à n'importe quel. prix,. da. matières prefiiières.

— Comment fait-il?

— Ah I oe n'est pa& toujours commode.

— Ë&3 effet, disrje, comment empêcher des fabricantfi de trouver de; la laine, du coton, du bois, les mille produits bOiJL marché qui abondent?

— Au ootttcaire,. m'explique Mi. W..., plu&les matières premières. ooùtent.. cher, et plus il est difiicile de fonder unikartel, pouc la raisoa éléookentaice. que r accapBjedafxenlen: eet trop coûteux.

« Un. kartel a besoin;,, pour âtreoréé, d'un^mocuH pole^ nalurel» artificiel ou mixte.. Le monopole na-r tt^r^{ existe quand la> n^tèère. preaûèine ne: peuti se trouver 4]iie dan&-certaines mains : ainsi, le cuivre,, la gomme, le pétrole, ete., qui sont centralisés et, poun dke le mot, accaparés. Mais on- ne peut> prétendue^ par exemple j. que. les. syndicats: westphaliens aient i^eUemeBt monopolisé la houille, puisqu'il en existe en SiJéâie et vqu'on. pourrait la. faire venir, en. West-? phalie. Il eat vrai<que les frais de transport seraient teUemeot élevés qu'on: peut dire que le. monopole existe en fait, mais ce n'est plus ua monopole purement naturel^.c'estiun.monopoie:m.i^to. Quant au monopole aâHifioidf il • est constitué par les frontières ei le&douaaieflA

< Pour foader. unikartêl, ilfaut'donoidispos&r d!ua

sans consentir à s'associer au kartel, le syndical ouvrier refusera des ouvriers à i'insociable.

« Grâce à celle entente, qui existe, en effet, pour la lypograpliie, il n'y a pas eu de grève depuis dix ans. Dès qu'une difficulté quelconque surgit, elle est

soumise à un tribunal d'arbitrage p

'ué par les deux parties.

• Enfin, parmi les moyens de lut

encore celui qui consiste à débai

sou "^^^ ou les meilleurs ouvriers de

®nt, une industrie ne marche q

LES KARTELS 36^

leur propre des contremaîtres, dans les spécialités surtout. Et les bons spécialistes sont rares. On les leur prend, et le tour est joué.

« Vous voyez, toutes les armes sont bonnes contre les ennemis de la collectivité, et on ne se fait pas faute de les employer, vous pouvez m'en croire. »

— Les membres des kartels se plient-ils volontiers à la loi qu'ils ont souscrite? II doit se produire des révoltes, des résistances, des triches?...

— Oui, me répond M. W... Rien n'est parfait dans les œuvres humaines. Et c'est une vieille règle que, peu de temps après leur entrée dans le kartel, une partie des membres se repentent d'avoir signé. Mais on le sait. Et on a pris le soin de convenir formellement que tous les différends seront portés devant le kartel. Sans cette clause, il n'est pas de kartel possible. Et les sanctions sont sérieuses. Chaque syndiqué dépose au siège social un certain nombre de billets payables à vue, en quantité suffisante pour qu'il ne puisse sortir du kartel sans une grande perte. Un usinier qiii produit pour 100,000 marks déposera pour 80,000 marks de billets à vue — telle est la proportion, — de sorte qu'il serait ruiné s'il manquait à son engagement.

« D'autre part, les membres s'astreignent à un contrôle sévère qui s'exerce très souvent. Les usines et les livres comptables sont ouverts aux contrôleurs du kartel.

— Et si les membres du kartel veulent en sortir légalement?

— Les sociétés ne sont faites que pour trois anfi^ cinq ans ou, plus rarement, pour dix. ans. Qaâiid^ elles arrivent à expiration, il est bien.diffîcila de les: renouveler. Généralement pourtant on le», prolonge, mais c*est bien, J)ien. difficile. .. L'iiomme est tellemeni habitué à la concurrence, à la liberté., il compte si. facilement sur son habileté, son ingéniosité personnelle, qu'il oublie le mal dont le faisait souffirir autrefois la rivalité anarchique.

< Le kartel est une école d£ solidarité sociale dont lesélèves deviendront deplusen plus nombreux dans le monde... L'Allemagne a commencé, la resle. de: l'Europe suivra bient&t, entraîné par la force même des choses...

— Voulez-vous, demandai-je à M. W„., me lér^ sumer les avantages des kariels? Je v<ku& prierai; de m'en dire ensuite les iitôonvénietBts^ s'il y en a^

— Les avantages rsaulent aux yeux. Les kartelsont sauvé r.indu&trie du charbon etassurié pour un temfks la prospéiité de la métallurgie allemande : voilai les deuxfaitâ lefi^pUiSt visibles et. les plus frapftaixts de leur action. En IdOO, la g^^vande crise que noua travers sâmes. fut asbrégée. et ejarayée par la réunion, de» grtands karteb qui réglèrent aussilât la» produotioni.

(c. Les karlels donnent aux patrons plusnde sécurîèé puisque, pmduisant moins, ils gagnant davantage ei ne sont plus obligés de surproduire^ pour tii^r ua bénéfice de leur travail. Leurs frais généraux diminuent, l'agitation contre la ooncuiTeaice, qui couttesi cher et qui.est,.aato4al, improducftive^ se voit presqi»; supprimée. Exemple : il y a une caserne à* bâtir à Berlifi et il ifaut.2,000 mètres depfapqueUSix.enlrepreneurs viennent deBreslau, de Kœnigsberg, dlAUoâBa,ite

LESKARTELS 571

PaBsau. (Car généralement les fabricants de parquels s'installent près des frontières, 'le bois et la main- -d'œuvre y étant méillenr ^marché.) Voilà dcmc six rhommes qui se 'déplacent, font >un long et coûteux ^voyage, dépensent de Fai^ent et du temps — -'pourquoi? pour se concurrencer, pour offrir leur tra- Tail moins cher que leurs rivaux? N'est-ce pa^absuirde? Au lieu de cela, un kaiiel se fonde, dont le siège est à Berlin. Il soumissionne sans coBcurrent à des>prix rémunérateurs iles 2,000 mètres de parquet ,6t les:Fépartit entre ses membres.

« Mais si iles patrons n'oat qu'à gagner aux karîtels, rouvrier n'y perd pas. Je vous éi 'dit le résultat âtfletnt par la corporation des typographes dont les patrons et les ouvriers s'entendent; plusieurs autres syndicats ont fait commodes typographes, et de jour en jowr le système progresse dans l'industrie. lis évitent les. grèves et tes chômages, et les risijues de diminution desalaires. Autrefois, une usine ayant surproduits'aprôtait,'OU'bien, vaimcue'par un'concurrent, fermait pour toujours. -Des mines de houille ruinées •par l'avilissement des prix étaient abandonnées. Les mineursse voyaient forcés d'aller ofeir leurs bras plus loin, au rabais; ils chômaient souvent. Aujourd'hui, les mines prospères paient Touvrier des prix raisonnables et'permanents, les bras manquent, les salaires monteront encore.

— Alors, puisque grâce au kartel vous avez relevé le prix des choseà, c'est le 'public qui doit se plaindre deskartels; le public, 'dorit l'intérêt est de payerle'moins'Cherpossible ce qu'il achète.

— 'Vous devez comprondne, pourtant, fit'-il, qu'il est indispensable à la 'fortune publique elle-même,

31i DE HAMBOURG Al

que les prix ne tomb me paraît être que tou pour rien! Que devien duisent? Déjà, avec d nécliisseinent des coi pour des raisons inatl< devenait trop bon ma lonljers: t BAlissonsi.

ques inutiles qui augm de la crise. Il en va ail tries et des négoces. C c'est le maintien de avec des variations i moins pour assurer 1 iniques.

— Oui. Mais où es d'abus?

— L'intérêt même des nartels. L'opinion publique, aujourd'hui renseignée sur tout, les gouvernements chargés de veiller  la moralité, auraient vite rappelé à la raison un kartel qui sortirait des bornes permises. Ce qui se passe aujourd'hui est une garantie de ce qui se passera demain. S'il n'y avait pas de kartel de la laine et du coton, les produits ne coûteraient pas meilleur marché, au contraire. Vous verriez des hauts et des bas terribles dont les spéculateurs seuls profiteraient. Les industriels et le public payeraient. C'est ainsi que les choses se passaient dans l'état anarchique d'autrefois, les prix des objets les plus nécessaires à ta vie étaient livrés à l'arbitraire et à l'inconnu. La spéculation faisait bondir les cours, ou suivant les intérêts des spéculateurs les laissait sombrer. Aujourd'hui, le prix moyen des

LES KARTELS 373

choses est connu et ne peut guère beaucoup varier.

— C'est égal, insistai-je, les acheteurs ne peuvent consentir à perdre tout espoir de voir diminuer un jour le prix des matières de consommation.

— Mais, répondit M. W..., il s'agit hien moins de diminuer la valeur des choses que d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés, c'est-à-dire d'augmenter les salaires !

« Il n'y a là aucun paradoxe, continue M. W. . . Et en voici la preuve : en ce moment, il existe en Allemagne une forte émigration de l'Est vers TOuest. On émigré de la Prusse occidentale et de la Prusse orientale, et de Silésie, et de Posen, vers la Westphalie et la Province Rhénane. Pourquoi? La vie, le pain, la viande, sont pourtant meilleur marché dans l'Est. Mais les salaires y sont inférieurs. Un paysan de l'Est gagne au plus 2 marks par jour; dans l'Ouest, le mineur ou l'ouvrier du fer ne gugne pas moins de 3 marks 50. Et puis, voyez ce qui se passe en Amérique, où la vie coûte plus cher que dans n'importe quel pays : nulle part les ouvriers ne sont si heureux.

« Un autre avantage sérieux des kartels, disait-il, c'est la possibilité pour les fabricants unis d'acheter leurs matières premières à meilleur compte que dans rélal de concurrence anarchique. Lorsque se fonda le kartel des lames de parquets, un délégué se rendit chez lesSlavons, les Hongrois, les Transylvains, etc., etc., qui jusqu'alors, réunis en kartels eux-mêmes, vendaient le bois au prix qu'ils voulaient, et il leur dit : « Vous nous avez fait la loi jusqu'à présent, désormais c'est nous qui vous la ferons. Je suis venu vous dire que si, à partir d'aujourd'hui, vous ne diminuez pas vos prix, vos bois pourriront dans vos chan-

37i DE HAMBOURG AUX MARXaSËS DE POLOGNE

tiers... > Il fallut bien qo» les Sda/¥on& «t les Tpaasyltaim missent les pouces...

— < Od. alloTC^nous a^ecxe eyndkaiisnie ïssagété? demandai^je. Que lesTorestiein-gaUcreiiS) slovaqiiss, hongrois, russes, aient Tidée de se .mettre en kartels internationaux avec les foredttens siBidms^et norvégiens, par exemple, et îiis kn^weront quasd même leurs prix à votre kartel de la menufsevieaUemande !

— Oui, mais-que les^entreprenairs allemands, sntritthiens et russes s-'entefndeat iponr txmir^li^ an tairtel forestier, et celui-ci serait bien malade ! riposta'mon int^ioculeur.

— Croyez- VOUS donc, demaudai-^je à M. W..., à l'extension indéfinie des'kartels,;ou du moiiïsà la/progression de leur puissance, jxBsqu*à devenir tyraitnique?

— Non, dit-il; malgré toute leur < sève, les arbres ne montent pas jusqu'au^ ciel. Et l'obstacle qui empêchera les kartels de croître sans fin, c%st la concurrence'des équivalents : car le bois peut remplacer le fer, elle fer le boi«, le linoléum concurrence le parquet quand les prix du bois deviennent- trop élevés; si rélectricité coûte 'trop cher, on invente les becs incandescents ; le pétrole, ralcoôl-trouveront'desapplicaiions nouvelles. I>ès qu'un produit^augmente outre mesure, les inventeurs! paraissent* et* s^ngénient, c'est une vieille observation. Ainsi, c^est il y a quelques mois, justement, qne les entreprenenrs» de parquets se sont mis en kartel; aussitôt le prix des parquets

^iSktt-t.

xftfturta. Abrs, les fabricants de linoléum imitèrent Texemiple des menuisiers., se mkead en: kartel et dirent) aux anchiteole» : c ¥oioi nos pdn; ils^sant bien meilleur marobé; » Il fallut lutter.

a Un^eu&ième obstacle se dressea^a devant ledesr pôtisme des >kartels! : la ooncurrenoe étrangère: Si les pkmx.s'élèventiexagérémêfii, les -douanes jne ppotègeni plust les produits nationaux. Exemple : en 1000, les cours du obaii)oni en AUemagnermontèrent: tellement que-lestAnglais^ipurenteniiroyer leurbouilielrès avant dans l'intéiiieurdes pyrovin^ûes^allemandes, alors qu'elle ne pénétpaitjusqu'alofô'que dâfistles portsou dans4 es régions les avoisinantimmédiatemenL Demême, quand, en 1902, sous l'influence dutrust de l'acier, le prix des fers américains augmenta, il fut possible d'introduire aux ËUtt6-4Jnâa des centaines de milliers <le tonnes de fer allemand, alors qu'en période ordinaire l'eiçrortalicoa est presque impes&iblei Vayez la progi^ession dès importations de ferallemand en Amérique.:

Eer ûoinnaercJaJ, 190Û.. 940 tonnes «

Fonte. eu lingot, 1900.... Rieo.

Fer brut, 4900. Rien.

— 49(fô 429,0$0 —

<i Puift, \e»i Américaina ayant baissé leurs prix, l'exportation allemandediminuadeinouiveau. Le plaér nomène d'ôquilitkre s'était pnoduit.

« Enfio, troisième lobstaele. à la tyrannie des karr

.'^■~ Ci ^^

LES KARTELS 377

crédit et dont le but est de lutter contre les soldeurs. D'autres kartels internationaux fonctionnent pour les pneus de bicyclettes, les manchons de lampes incandescentes, les glaces de trumeaux, Talurainium. Le Standard OU (Rockefeller), le syndicat Rothschild et la Galicie ont sûrement signé un kartel. Il fut conclu dernièrement entre FAUemagne et la France une convention pour l'achat des peaux de chèvre ; certaines maisons organisaient des rafles de temps à autre, et haussaient les prix ; il y a un an (en février ou mars 1906), les marchands allemands et français s'entendirent pour organiser l'achat des peaux; et il est probable qu'un kartel de vente suivra. Les importateurs français et allemands de bois de teinture se sont également réunis à l'instigation des Français, D'autres unions franco-allemandes vivent dans le mystère.

€ Mais il faut être prudent dans votre pays, et si vous ne voulez pas nuire à vos compatriotes, ne donnez pas trop de détails sur les kartels internationaux auxquels les industries françaises se trouvent mêlées, car la loi française les défend et surveille € l'accaparement > qui est, chez vous, un grand crime. En Allemagne, il n'est un crime que lorsqu'il fait vraiment du mal... Aussi longtemps qu'il fait du bien, qu'il sert à la fois les intérêts de l'industrie et du public, on l'encourage même. En France, le mot fait peur. »

Je partage complètement cet avis.

Ce n'est pas celui d'une partie des socialistes allemands, qui ont sur les kartels deux opinions.

Papier

Denrées aliment aire s

Divers

Ces 380 kartets s(»t:coi^titué»>^Tue':

^° B&;l& ln«tHHi'du']VTir miDJnmn de 2° DeJafômiîrtiïiH.deiiireiiuïdeTeiite'df

LES KARTELS 379

3"* De l'achat en gros des matières premières et de isL vente des marchandises ;

4° De la réglementation de la production et des conditions de la vente, de l'établissement de zones de j>r'ix suivant la concurrence.

Une vaste enquête fut instituée à Berlin, dont le

but était d'éclairer le gouvem^menl et de préparer

les matériaux pour une législation future. Mais les

Cartels, appelés à fournir des armes contre eux, y

rairent une sage circonspection, ils répondirent des

choses vagues à des. questions préciser, et l'enquête

finement . n'avança pa&. beaucoup ràdministration.

— Beodan^ique je vous . eipliqjoaîs le méeamsfiae

des fcartels-et voufi en mostraâS'les-avantageSjiiie dit

M.' W..., VOUS avez'pu en percevoir vous-même les

inconvénients possibles... Je vous les résumerai en

deux mots : l'abus de leur puissance, rjexhaussemetnt

trop grand des prix, qui n'est pas fatal, mais qu'on

peut craindre (car rien n'est parfait dans les créations

de l'^bomiBie')^— Hrais^bien mokiB danpreuKifimilement

que d'ans l^état de coBoorreBce librer; ; «l; enfin fil ôck»

sèment des? petits^ parr les gros qoi i saveoit toujours

9e gratifier; au^^einvméme de kaplei&>^gaUtaires^ die

conditions de faveur. >

AinEi mie park M4 W:^ rinii4ate«f?:dertaiiÉ. de karlelfiî, lëTédaoteurdei&fûrsicoaventioinsieli lè nâgociarr teur Ttotorieas: >âe^. leurs > diffiaultéfi^ . Je le nemeroie bien vi vemeet ioi de^ sa Iah99*ieu8ei conMltatioa qui remplac&rs. pour mm leeteurs • le dëpum^Htenient de phisîeurs gro9<volames^^rîts sur. la/nntière^

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leur histoire? Les Allemands seraient-ils destinés à se voir absorbés par leurs annexés?

Je suis venu à Posen pour étudier ce problème le plus impartialement possible, beaucoup moins soucieux de prendre le parti des Polonais ou de défendre Tadministration prussienne que de recueillir, à la source même de l'agitation et de la résistance, les deux versions des adversaires.

A partir de Dantzig et Marienbourg, on a Timpression de n'être plus en pays allemand. Dans le Brandebourg m^e, rélément slave n'est pas rare, mais à mesure qu'on avance vers l'Est il domine. On le remarque à la démarche alerte des femmes, à la vivacité des enfants dans la rue et à la rapidité du service dans les hôtels.

A Posen, nous sommes bien en Pologne. La ville est assez éloignée de la gare. Une route bordée d'acacias y conduit. Dès l'arrivée, une surprise vous attend. Au lieu des ordinaires foules allemandes, ternes, lourdes et banales, voici qu'apparaissent, comme par une porte ouverte sur l'Orient prochain, des femmes du peuple et des paysannes polonaises, vêtues de courtes jupes d'indienne de couleur violente, unie ou à fleurs, de caracos de cotonnade claire dont la basque et les manches s'ornent de dentelle, de tabliers d'indienne ou de soie vive, également bordés de dentelle, et, derrière, comme pour cacher la fente de la jupe, d'un large rectangle d'étoffe placé par-dessus, d'un efiet assez cocasse. Elles ont sur la tête un mouchoir qui se noue sous le menton. Les

3^ DE HAMBOURG' AiUX MARGffiESDE POLOGNE

jeunes filles ^ plus coquette», se coifTent d'un bégmn de tulle que protège presque toujours hr fichu tPaam^ parmt de mousseline dont: la pointe t€mb« sur 'les épaules. Gartaines rempiàfcent le bég«in<par une sertB de oDuroniie de mfcmsseltne b®«iiltoQiiée ou tuyiiutée ressemhi&Dtiun ptm àtoelledenos premières ooHeËmni^ niantes; elles piquenti dans lear cbigmm des roses artificielles. Toutes porteM' la oolleretie- empesée^ des fillettes de quatre et cinq ans, le cou engoncé dans cette fraise rigide, embarrassées dans de longues jupes, et leur buste grêle effacé dans le caraco traditîoDfiiei, ressemblent à de petite» vieilles comiques.

A'part le quartier neuf, où s'étend up' parc nouvAleottnt' planté, bordé de >nantes habitations modenms aux. façades Seurîes comme en possèdent^ aujoui^liui toutes les villes alle«iande&, Poiyen esi «ne ville grise et triste. Au centre, le musée, la biWiotbèquej une avenue plantée d'arbres que surveille la^ stafruie^ de GuillaaimeJ*', et lesdeux grands hôtels, l'un polonais, rHôtelBaiiar (prononeez' Bats«r), l'autre'aUemanéi llhèlel de Rome; Un peu plus loin, de l'autre côté nte la^rivière Warthe, s'étenéciit les= quartiers populaires piolouBia, sordidej^j

JedesoBoadiH naturellement' à* l'Hètel Bazar, où se rencontÉrentles-chefs du parti, gros propriétaires de la province. . Txras- parient français avec une '. extî^ême pureté . Et il est bien vrai qu'aveo leur vivacité; leure exagérations' de langage^ leur combativité un peu brouiliouoe^ ces Polonais cultivés ont l'air dé Français méridionaux prèsonniers au milieu d'une race étrangère, ob encore d'Italiens déracinés.

— Ik seait troppolis^l me dit un haut fonctienr naire adl^naoïd. Si la politesse est une forme atténuée

LA. QUESTION P0ii.O»ilISE 383

àe lâidiâsimuIatiojQyiuéceesaireîà Jbsu^Y^ie sociale, trop de. politesse deyient duniôasos^.iLefs Polonais -soilt ti*(^ polis.

ifitepuis raon tmvé«, je vis en plwne qifestion poioiwiise. Ni en îFrance, ini à Kétiranger, ni luïème en Russie, et j'oserai dire : ni même dans la. moitié de L'Allenoiagne, on ne se doute de Tâpreté de la latte engagée id. L'élément polonjàis, pTolifique, ardent et tenace, patriote et nationaliste, se fait de plus en plus absorbant et se défend avec rage contre la germanisation. Et devant cette opposition, qui parle de nSdlkr tous les éléments polonais) de Russie, de Sllésie,jde><iâlicie, .^ de reconstituer te royaume polonais jusqulanx vives de la Baltique, la colonisation allemande devient plusiirritée et plusUra^assière.

J'ai vu les chefs duiparti, députés et membres de la Chambre des ^seigneurs, M. de KiMcielski à la fête michelaogesque, possédé df une violence qui se coi^ naît et -se regariie, M. Djîmbowàki, avocat, esprit précis, de verbe froid. J'ai fait une visite à Mme Kosciekka, beauté brune, jeune encore, indignée, passionnée,-spirituelle, «cultivée comme le sont quelquefois Jes. Parisiennes, qui vit au'milieu d'un luxe plein de goûbet tel qu!on n'enireneontremùlle part en Allemagne. Ses salons, dJune intimité chaude et ornée, sont remplis de choses ancÎBnnes et rares, tapissés de riches tentures, de vieilles étoffes aux tonsmoarants admirablement conservées. Sur uni fond- de satin marron s'étateût «des écharpes précieuses que tes seigneursrpolonéis portaientjadis.en guise de ceinture.

381 DE HAMBOURG AUJi

Elles sont d'étoiïes de deux ou trois cents ans, i douces comme une car somptueux. Il y en a m sur les murs une admii partout, sur les tables anciennes, tabatières, vi et de Saxe, collections d tures, etc.

Accueil affable et grac:

avec la bonhomie indiff^

J'ai donc longuemen tiques du parti polonais écrivains, avocats, mé( muni de leurs plaintes « allé demander aux foncti nalisles mes confrères, dustriets allemands, ce (

Je commence par exp

— Pour bien compr que la Prusse traîne ave nais, il faut remonter fûmes annexés àlaPrus qu'on nous laisseraitnot nous jouîmes d'une Ira campagne de France, ne ment nos airs nationau:

jouaient à nos soldats :

perdue. » Aujourd'hui c<

terdits partout. Après la guerre, Bismarck reprit son vieux rêve d'unification de TAUemagne. Remarquez que cet homme, qui passe pour si fort, créa la question polonaise et la question d'Alsace-Lorraine, ces deux boulets... Oui, c'est de lui que datent les premières persécutions. Jusque-là, on ne discutait pas aux Polonais le droit de parler leur langue dans les tribunaux, les bureaux officiels; on pouvait écrire en polonais aux administrations et on recevait la réponse en polonais. En 4876, cette tolérance fut supprimée. Les noms des rues devinrent allemands; de même ceux de 2,200 villages et villes.

« A peu près vers la même époque (1873), le Kulturkampf commençait, le clergé catholique polonais était poursuivi, persécuté par le vieux chancelier. Puis, voyant toutes ces mesures inefficaces, il créa en 1886 cette fameuse commission de colonisation {Ansiedelung Kommission)^ votée par une loi du Parlement avec une première subvention de 100 millions de marks, et destinée à acheter des terres en Pologne pour les revendre exclusivement à des Allemands. Bismarck pensait que le peuple polonais, puisqu'il restait impassible, était devenu prussien loyaliste et bismarckien, et que seuls le clergé, la noblesse et les intellectuels entretenaient un nationalisme factice. Le but consistait, en achetant toutes les terres, à nous exproprier peu à peu, à nous faire étrangers dans notre pays en nous affamant et en nous réduisant à l'état de domestiques du vainqueur. Calcul enfantin et un peu sol, puisqu'il ne tenait pas compte de notre tempérament ni du caractère prussien. On peut voir les Polonais asservis par la force,

on ne les imagine pas bien cirant avBC délices les bottes prussiennes.

f Ges premiers 100 millions forent vite dépensés, nous verr offs comment, et suivis d'autres cenl^nes de millions. Aujourd'hui, on en eêt à ^fSO mîTlions de marks (562 millions de francs), sur lesquels il en resie une quarantaine qui suffiront pour cette année.

€ Les terres ainsi achetées sont vendues et affisr- Hiées aux paysans prussiens, sous cei^tames conditions teur interdisant de lesTCvendre à des 'Polonais.

« Passons — et arrivons à la troisième étarpe, 1887, au moment où Turent supprimés l'enseignement du polonais et remploi de la langue polonaise dans toutes les écoles. 'Pourtant les leçons religieuses continuèrent'en polonais. Il y a quatre ans, nouTelle interdiction : la religion serait désormais enseignée en allemand. Nous reviendrons phrs tard sur cette question de la langue.

€ De 4891 à 4893, sous le ministère Caprivi succédant à Bismarck, unrépit se produisit. Caprivi avait dit, dans une commission militaire au Réichstag, qu*il faudrait un petit Élat-tampon entre ^'Allemagne et la^Russie. Tout le monde comprit que là Pologne pourrait être ce tampon.

« Mais, en 4894, une grande^associatirm prussienne fondée dans FEst -par trois augures, Hansemann, Rennemann etTidemann, etqu'on appelle Hakatistes, des trois 'lettres initiales de leurs noms H. 'K. T., se mit à prêcher le conlbat à mort contre les Polonais, et réussit à convaincre TEmpereur du danger que nwus représentions dans l^tat. Les Hakatistes sont 50,<)00, presque tous employés du- gouvernement, 'pasteurs, protestants, etc. Leuragitation aboutit à faire

LA aUESTlON POLONAISE 36.7

voter la loi du 10 août. 1904^ inter^disaBi à ehacim, pour cause d'utilité publique, de. bâtir sans une.auto^ risation de la <ïommi€sloii de. coloniBation. Cette loi est dirigée exclusivement contre .nous.. On n'a pa& pu dire :. c II est défendji aux. Polonais de bâtir des maisons ]». Qa a dit : « U leur faudra, la permission de la commission créée pour les combattre, laquelle leur fera mille, ruses,, rendra vains leurs achats de terres, etc. > Car il faut que vous compreniez .exacte^ ment le mécanisme de. cette loi iniqiie^ bien. tnouFée pour révolter un. peuple. En réponse i aux achats de terres faits par le gouvernement prussien avec T.arr gent du pays — qui est aussi le nôtre! — nouscréâm£s des banques territoriales poionaisesu Nos paysaofl y ont déposé 100 millions, de. leurs éoonomies^ qui servent à. racheter le& terres vacantes^ et les Polonais quittant le paysprennentibienigardâ de ue pas laisser tombesr leurs pr^opriétés daiLS des mains allemandes^

« Le paysan polonais a l'amour de la terre et trfin vaille beaucoup. S'il .économise^ son rêve, commecelui de répicierfranç^s^.esi de vivre dans lune maisonnette de banlieue, entourée d'un jardin garni d'une glor riette. Or on.eotraye.lasatisfactioQ.silégitime de cet instinct profond . de notre, race .un l'empêche ^ alors qfiel'idéaldetoul ËtaJt' civilisé devirait être au. ûobt traitée, de: l'encourager.. C'est une. barbarie, indip^ d'une . humauité organisée jm vingtième siècle^ eti qiui place la Prusse.aa dernier rang des pays' d'Europe;

€ Nau&âchetians,donc de grandes pr^opriétée, nous les parjcelllons. pour qu'un plus grai^ nombre de nos compatriotesf pussentten.profi ter, .et nous «eo achetions tant, au nez et à la barbe de la commission officielle, qulendixansJesPolonai&s'ennLchissalBnft de 40^000 hec-

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