UN VILLAGE MODÈLE
Chez le président de la Commission de colonisation. — L'œotK de celle fameuse Commission. — Cinq cents villa^s *"*" ' maads créés en vingt ans. — Immigration des Germaios^ Hongrie et de Gajicie. — Les facilités offerles aux colons' . Ouvriers, fermiers, propriétaires. — Golentscfaewo. — ^i^ ' du viUage. — Description. — Les maximes. — L'écolSi ■ l'église, le bureau de poste, l'auberge. — Bouts de chdî"]' I sation avec les immigrés. — Intérieurs. ■ — Propreté. — *'' sauce. — Les bains publics. — Un village polonais : Lia"' . nîck. — Misère et saleté. — Les poules, les lapins el 1» | habitants font bon ménage. [
J'étais allé voir M. Blomeyer, président de ce"* j fameuse Commission de colonisation dans l'Est (Ans**; delungs Kommission), dont le siège est à Foseo, 1"' \ comprend 480 employés, et qui crée à présent chaque année 40 ou 50 villages allemands.
J'aurais voulu parler un peu théorie avec cet homniB puissant, chargé à lui seul de la respou."''"'''* "'*'"''
sale de lutter contre toute une race. Mais il ne se prêta pas à mon vœu.
— Je serais partial malgré moi, me dit-il. Et je préfère de beaucoup, pour la loyauté de votre enquête, que vous voyiez de vos propres yeux ce que nous faisons.
Il mit dès le lendemain à ma disposition un de ses lieutenants, et nous partîmes pour Golenlschevvo, village fondé il y a deux ans à peine par TÉtat prussien, à quelques lieues de Posen.
Chemin faisant, le fonctionnaire déploya sur ses genoux une carte du gouvernement de Posen. Des taches jaunes indiquaient les villages, fermes, châteaux, forêts, acquis peu à peu par l'État, aujourd'hui exploités par ses colons.
— Depuis 1886, me dit-il, cinq cents villages ont été ciéés. La terre qui valait alors 560 marks l'hectare a doublé; plus de 100,000 colons, presque tous protestants, sont venus s'y installer. Il importe, en effet, de ne pas attirer de catholiques allemands si souvent accusés de connivence avec les Polonais. Nos colons viennent de l'Ouest, de Westphalie, mais aussi de Poméranie, de Hongrie et de Galicie. A tous ceux-ci nous préférons les Russes allemands, très prolifiques et dont les familles varient entre 12 et 17 membres. Dans le village que nous visiterons tout à l'heure, sur 500 habitants, il y a 200 Russes et Hongrois, les autres viennent du Brandebourg et du grand- duché de Bade.
Comment s'y prend-on, pratiquement, pour déraciner les paysans étrangers et les amener ici?
Depuis plusieurs années, le gouvernement prussien canalise à son profit le courant d'émigration qui se portait vers l'Amérique. H fut aidé en cela par les
m DE llA.MDOUItG XVi t-i^nuacs ue. lULUbi^i:.
dei'iiiei'3 U-oubles de Russie, el au^otird'hoi encoi'ela fjiienc soiirdi; menée par les Slaves d'Autriche conlre rélénietit aiicinand pousse a'S anciens Germains i ccouUt d'i!ûe oreille sympathique les offres de rapatrieiiieiil que leur font les agents pru^siees.
(.a Prusse fait tout pour aider à ce nioiiveraent. Voici quelques d.;taiis sur les condiiionp offertes aux calons :
Après avoir acheté un terrain de plusieurs milliers d'hectares, hi Commissioa- de colonisation dresse ud plan dtt lotissement et répartit les lots entre tous les coioûs qu'elle a pu amener. Ces cohms sont de trois sorles : les ouvriers agricoles, les l'ermiers, les propriétaires.
Les ouvriers sont pour la plupart des Allemands des provinces limitrophes ou des rapatriés foit lieurcux d'accepter du gouvernement le petit lopin de terre qu'il leur alloue giatuilement. Ils étaient serfs en pays élranficrs. Ici, moyennant 150 ou Î80 francs par an, ils ont une maison, plus 2 morgen de terre, c'est-ù-dire uu deiui-heclare.
Le fermier est celui qui paye un lover pour la terre cl la maison dont l'État est propriétaire. Celte redevance s'élève à 3 p. 100 de la valeur de la ten'e, à S p. 10D de la valeur de lu maison On lui doone en outre la possibilité de diminuer celte redevance par des amortissenieuts jusqu'à concurrence des 9/iO de la valeur de la propriété. De cette liiçon elle ae porte plus que sur l/iO, chiffre inaignitiunt qui s'obère pas l'exploitation , mais qui permet à l'Élai de rester maitre de ses bieas.
Quant aa propriél»ire, il achète la maison et les dépeoiJances bâties par le gouvernement, ou biau il
LA QUESTION POLONAISE d35
bâtit sa maison lui-rnême et ne paye qu'un loyer représentant 3 p. 100 de la valeur du terrain occupé. H fait avec l'État un contrat à vie. Mais ce dei^nier, en cas de vente de la maison, se réserve le cofitrôle du successeur. En fait, il accepte n'împor<te qui, «auf un Polonais.
— Nous divisons la terre en petites paTceHes, me dit le fonctionnaire. Car il faut éviter de créer d-e grandes propriélés dont Texploitalion nécessiterait des travailleurs étrangers. Ce serait renouveler le danger dont nous voulons nous garder par l'exclusion des Polonais.
Le train s'arrêta à <îolentschewo. Point de gare. Une halte au milieu -des champs. L'ËtaA a voulu faire ici un village nïodèie. Ses architectes se sont donc ingéniés à bâtir de petites fermes riantes, d'aspects variés, aitourées de jardins fleuris. Chaque style provincial allemand y est représenté. Voici rhabitatioo westphalienne, au toit vertical, et doât la façade se i^couvre jusqu'à rai-<îorps d'ardoises sombres qai continuent la toiture; à côté, la maison braBdebourgeoise aux étables séparées du corps priacipal, et la hanovriennesur les murs blancs de laquelle se dessine la tête de cheval des armes du Hanovre. Le style hongrois même est représenté par des maisons toutes blandbes, précédées d'une galerie à piliers carrés; ici, les étables sont conliguës à la demeure du paysan. Toutes ces demeures sont gaies avec leurs larges baies vitrées, leurs loggias, leurs minuscules perrons protégés par des auvents de tuiles vernissées, les teintes claires des contrevents et les fleurs n»odestes, véroniques, capucines, topinambours, tournesols, giroflées, qui s'épanouissent aux fenêtres et dans les jardi-
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nels. Sur les façades lavées de chaux s'inscrivent en lettres noires des maximes ou des paroles de l'Ecrîlure sainte, choisies pour rappeler ces âmes simples, perdues dans la solitude el dépaysées, aux règles élémentaires de la solidarité et à l'amour de leur métier.
Je lis au-dessus d'une porte, en grosses lettres gothiques : t Donne beaucoup aux pauvres et aux malades, car nous avons tous même Dieu et même corps. »
Et sur une façade : t L'Empereur tient Fépée, le paysan conduit la charrue, et bien sot celui qui n'honore ni l'un ni l'autre. » Plus loin : t Ne jure ni ne gronde dans ma demeure, autrement tu en seras vite chassé 1 » Et encore : t Si tu ne t'occupes pas des voisins, tu auras toujours la paix dans ta maison! >
Golentschewo n'est, en somme, qu'une large route bordée de cottages, aboutissant à la place du village. Nous y voici. Au milieu, le puits communal, de forme hexagonale, recouvert d'un toit pyramidal de tuiles rouges que soutiennent des piliers carrés de chêne brut où se lisent des inscriptions en lettres gothiques. Des statuettes d'enfants joufflus, debout sur la margelle, symbolisent l'agriculture, le commerce, l'industrie. En face, Técole, le temple, la poste, groupés en une seule construction blanche, couverte de tuiles bleues luisantes. Le clocher rustique, avec sa grosse horloge, domine de sa flèche le pignon de l'école. Près du perron commun, celte inscription : c Téléphone, télégraphe », car ce village perdu dans la plaine déserte n'ignore aucune des commodités de la vie moderne.
Des voix fraîches d'enfants, émouvantes dans la quié- Xude silencieuse du village, vibrent tout à coup, modulant un cantique. Sans doute elles viennent de l'école
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OÙ nous nous dirigeons. L'unique salle de classe est d'une propreté admirable. Sur les murs blancs, une frise court, représentant des petites filles assises, dos à dos, qui tricotent, et des garçonnets qui lisent. A la place d'honneur, les portraits de l'Empereur, de l'Impératrice, un groupe de la famille impériale; sur le bureau du maître, un bouquet de marguerites. Mais la classe est vide. C'est du temple voisin que viennent les voix enfantines. Une vingtaine de filles et garçons, la plupart enfants de Russes-Allemands, rangés sur une estrade, répètent sous la direction d'un maître à longue barbe et à lunettes bleues les cantiques du prochain service dominical. Les garçons sont pieds nus, quelques fillettes aussi, les autres portent des sabots et des bas de grosse laine bleue ou rouge. Leurs chevelures blondes, d'un blond terne de filasse, pendent en tresses sur leurs sarraux de cotonnade, et leurs physionomies paraissent soumises jusqu'à l'esclavage. Le maître joue gravement de l'harmonium, séparé de ses élèves par un petit autel couvert d'une nappe violette brodée d'une croix d'argent; deux modestes vases, remplis de fleurs des champs et de graminées, et un bas- relief représentant la Gène, en font tout l'ornement. Quelques bancs s'alignent sur le sol carrelé et, aux murs dénudés, seule une guirlande de fleurs, peinte à la détrempe, se détache.
En sortant de l'église, l'écho du plain-chant nous poursuit quelques instants encore, puis s'atténue, et l'on n'entend bientôt plus dans le village désert que le bourdonnement lointain d'une batteuse mécanique. Yis-à-vis l'église, l'auberge avec son enseigne : une étoile d'or sur un ciel bleu indigo. Des femmes et des jeunes filles en sortent, leur livre de messe à la main.
Ce sont des paysannes polonaises; elles furent célébrer dans un village voisin l'anniversaire d'un des nombreux saints qui réclament d'elles offrandes et prières. Maintenant elles vont rendre visite à quelque parent, li-bas, dans un hameau lointain. Comme nous, elles ont déjeuné de saucisse à l'ail et de fromage blanc, unique menu de l'auberge de l'Étoile d'Or, et les voilà parties, alertes, faisant da»- <liner d'un mouvement régulier de la hanche leur ample jupe courte, qu'on dirait bombée par une crinoline. Leurs cheveux lisses, bien pommadés, partagés en bandeaux sous des béguins de tulle, sont piqués de minuscules roses entrelacées de feuillage. Un collier de fausses perles attaché derrière le cou par un large nœud rose et une collerette empesée achèvent de leur donner l'air apprêté de poupées de vitrines.
Rien n'a été épargné pour faire de Golentschewo un village modèle. D'ensemble, ses fermes sont bien la reproduction agrandie des modèles de carton- pâte admirés aux expositions d'architecture. Et les intérieurs mériteraient, eux aussi, les premières récompenses du jury le plus exigeant.
Le premier que nous visitons est celui d'un jeune ménage de paysan assez fortuné installé dans le village depuis sa fondation. Une femme jolie, à la figure ronde, ouverte et rieuse, nous en fait les honneurs.
— Quand nous arrivâmes ici, nous explîque-t-elle, peu de temps après notre mariage, nous achetâmes cette maison et les granges voisines pour 8,200 marks ^t louâmes 16 hectares de terres, moyennant
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570 marks par an. Il fallut moater la ferme, acheter deux vaches, six veaux, dix-sept petits cochons left deux chevaux.
Elle nous fait pénétrer dans rétable fort bien amé<nagée et tenue, désireuse de nous voir admirer ses bêtes.
— Maintenant, tout marche biea, fait-elle, la grange est pleine, le jardin fournit de bons légumes, les bêtes n'ont pas de maladies, et les deux enfants de trois et sept ans ne donnent pas de soucis. Mais il facut travailler, ajoute-t-elle avec un bon rire.
Toujours souriante, elle nous montre sa cuisine très propre; un grand fourneau de briques aux parais couvertes de céramique jauae occupe un coin de la pièce; dans le buffet de pitchpin aux rayons ornés de papier de dentelle, une collection de pots et wne vaisselle fleurie; sur les murs s'aligne avec ordw «ne batterie de cuisine de fonte émaillée. Voici le salon : canapé et fauteuils de peluche rouge où s'étalent des coussins moelleux, guéridon de noyer ciré, consirfe surmontée d'une glace, étincelant service à thé nicfeelé, doubles rideaux rouges à galons d'or, et sur les «étagères tonte la bibeloterie de nos salons bourgeois. Puis les deux chambres badigeonnées -de bleu awc lits, armoire à glace, lavabo, machine à coudre, coquet berceau d'enfant, et aux murs des devises morales de broderies rouges sur toile blanche. C'est propre et confortable; on se croirait dans la maison d'un de nos petits rentiers aisés.
Même installation chez le voisin, un Hongrois d'origine allemande, qui demeure là depuis un an et demi seulement. Sa maison lui a eoûté 8,000 marks et il paye un loyer annuel de 600 marks pour 08 mor-
ilO DE HAMBOCRC AVX UAB
gcn de terre'. II vit seul, sa soignée à l'hôpilal ^de Posen, Maison parfaitement tenue, salon au tapis de sparterie, n teuils en bois tourné. Sur ta l hongrois multicolore, ud gran et des livres : grographie de des plus compleis, elc, etc.
Il nous dit l'emploi de ses ,
— A cinq heures, chaque déjeune d'un peu de café et di — • les paysans hongrois cr mauvais pour le travail, — e jusqu'à huit heures. Alors, ji terre, et je retravaille toute un peu à niidî pour le repas
Je veui savoir de quoi il s
— De viande deux fois ] car les autres coûtent trop goulasch assaisonnée de pap
Dans la chambre, il nous montre sa pholographiR en soldat hongrois — car sa naturatisation est cenle (sa ramille avait quitté l'Allemagne dep MHS, au temps de Marie-Thérèse), une carte posi du Parlement hongrois à Budapest, qui voisine a les portraits du prince impérial d'Allemagne et son frère Eitel. Puis il nous fait traverser la salle provisions, très propre, et nous montons au prête voir la récolle de blé et de seigle. Il estime sa m son entière à 4,000 marks; ses jambons, il le
} mËtres carrés. 11 ; en a (
vendus l'autre jour i mark la livre et il lui en reste, ainsi que des oignons et du blé, pour son usage personnel.
— Alors, vous ne regrettez pas la Hongrie? fis-je.
— Non, quoique la terre soit assurément meilleure là-bas, une bonne lerre noire qu'on n'a pas besoin de fumer. Ici, c'est autre chose... il en faut de l'engrais! Mais je suis content, on ne me fait pas de misères comme là-bas, chez les Slovaques. J'ai amené avec moi deux ouvriers allemands de Slavonie et nous travaillons tous en paix.
En traversant la cour pour regagner la roule, il nous montre une faucheuse achetée récemment pour 400 marks, une semeuse américaine, et, tout près de sa maison, l'étable avec cette inscription au-dessus de la porte : c Une vache bien nourrie donne de bon lait et de bon fumier. »
Il nous restait à visiter les bains publics, à l'extrémité du village : deux salles de bain, une douche, et une buanderie pour le lavage du linge. Les habitants en disposent à tour de rôle, ils s'entendent pour fixer leurs jours et heures, sans difficulté aucune. Près de là, une remise abrite la pompe à incendie et la bascule publique où les fermiers viennent peser leur bétail avant de le conduire au marché. Enfin, un puits a été creusé et une canalisation établie pour permettre à tous, ouvriers et fermiers, d'avoir chez eux et dans leurs étables une eau pure.
— El tout cela a été installé par l'État?
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— Oui, fit mon gaide. L*Etat doniie aux communes 5 p. 100 des domaines qu'il achète, soit 100 morgen sur 2,000. Il leur fait en outre diflérentes dotations : pompe à incendie, installation d*eau, école, église, et une auberge.
— Mais Golentschewo est un village modèle. N"; en a-t-il pas de moins favorisés?
— Certainement les maisons ne sont pas au^^ jolies partout. Nous nous contentons souvent è réparer les fermes que nous acquérons, ou bi^i* nous bâtissons des maisons ouvrières d'un style moiœ coquet. Nous ne pouvons pas tout faire d*an coup. Mais le principe des allocations aux paysans et des dotations aux communes reste toujours le même. Cetif colonie vous représente le modèle où nous tendons.j
— Il faut voir aussi une maison de simples o^l vriers agricoles, insista mon guide, si vous voslei pouvoir les comparer avec une maison d'ouvriers polonais.
Nous entrâmes dans une modeste petite maison bâtie de briques et de bois, au toit de tuiles, aux volets verts, presque neuve, comme toutes celles du village, et précédée d'un jardinet. La ménagère, occupée dans la cour à pendre son linge sur des cordes, arriva tonte troublée en voyant l'équipage officiel s'arrêter à sa porte; elle nous fit entrer dans son < salon i> servant en même temps de salle à manger. On canapé de reps vert s'appuyait au mur 'garni de photographies; en face, un dressoir de noyer, une grande armoire, une table couverte d'un tapis; une carpette cachait en partie le plancher de bois blanc; dans un coin, une machine à coudre; sur une étagère, des bibelots viennois.
Le mari travaillait aux champs et je ne pus Tinterroger. La pauvre femme n'était guère bavarde. Tout ce que j'en tirai, c'était le prix de son loyer : 100 marks par an (125 frîHîcs), avec la jouissance gratuite de 3 morgen de terre (7,500 mètres) autour de la maison. L'homme gagnait 75 francs par iK-ois, soit 2 fr. 50 par jour.
— Avec cela et le produit de la terre, on s*en tire^ dit-elle.
Mais l'aliment principal de ces gens est la pomme de terre.
Nous remontâmes dans le break gouvernemental jraune, capitonné de bleu, et, conduits pai' une espèce d'ordonnance à casquette plate, nous partîmes pour le village polonais de Lagievnick.
— Vous allez voir, me dit mon compagnon, le contraste entre un village allemand et un village polo-nais.
Je récapitulai dans ma mémoire,, pour bien Ty fi>i.er, le spectacle du lieu que nous quittions : le puits central, l'école et le clocher de l'église, la machine élévatoire de l'eau, les vergers attenant aux maisons couvertes de tuiles et d'ardoises, les mares à canards, les tâs de fumier, des cours bien tenues et, derrière les claire-voies ou se promenant sur la route, les oies et les poules animant de leur familiarité le calme ua peu triste du village neuL II me venait^ pour le peindre, des mots du dix-buitième siècle et une sentimentalité d'idylle à la Jean-Jacques Rousseau cpie je ne retrouve plus,
A Lagievniek,, c'était la sordidité ordinaire des campagnes pauvres, masures aux toits de chaume,, portes basses comme pour les bêtes, enfants barbonil-
iil DE HAMBOURG AUX
lés et à peine vêtus de k route. Je descendis de mots t un ouvrier paysai à l'encadrement de sa poi nais compreDait fort biei flsamment. Je lui demani — Soixante cenlimes plus 6 kilos de pommes pour faire le paia uécc fants.
C'est, en effet, l'usage, (aires ne payent aux pai minimum d'argent, et < nature. Ils y ajoutent gci pour u»e vache el la ntravaillait environ 280 j( gieuses sont très nombr logne). Il se trouvait doni annuellement 140 mai
pommes de terre el du pain. 11 devait pour cela t""t' son travail à son maître. Je ne l'entendis pas plaindre, et le toa de ses réponses n'était pas et d'un homme qui lestrouve étonnantes... Quel teri pour le socialisme agraire ! Quoique... tant de n gnation abrutie paraisse bien loin d'un sentimeni révolie...
Je jetai un coup d'oeil à l'intérieur de la masu Une seule pièce basse éclairée par une petite fenêtre, meublée d'un grand lil, d'une table el de quelques sièges de bois grossier. Sur le sol en terre baltue saujillaient quelques lapins et picoraient des poules; clouées au mur, de grossières images de la Vierge.
Un peu plus loin, à Morasko, le fouclionnaire me
fit visiter une propriété nouvellement acquise des Polonais, un rittergut abandonné. Au milieu d'un parc envahi par les ronces et les herbes folles, « le château » s'élevait, sorte de vaste maison sans grande apparence. Tout autour, jusqu'à Tinfini de Thorizon, des champs, des forêts bleues, des prairies couvertes de meules violettes, des maisons paysannes au bord des routes :
— Tout ce que vous voyez là, me dit mon guide, devant, derrière, sur les côtés, nous appartient; nous allons le parceller et y installer des Allemands.
Quelques maisons du village, taudis tombant en ruine, ainsi que les communs, se trouvaient encore habitées par une douzaine de familles polonaises, servantes du maître précédent.
— Quand tous les colons allemands seront arrivés, tous ces Polonais s'en iront.
— Où? demandai-je.
— Dans d'autres domaines polonais, mais plus vraisemblablement en Amérique.
J'avais donc assisté, au cours de cette journée, aux deux faces de l'œuvre de germanisation : dans le village de Golent?chewo les Allemands se voyaient choyés par une administration tutélaire, et à Morasko la même administration s'apprêtait à expulser les derniers Polonais.
Mon instruction était faite.
Il ne restait plus qu'à conclure.
LA OCESTION POLONAISE
(SUITE