‹ En Allemagne; de Hambourg aux marches de PologneChapitre 40 sur 46 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

L'autuur se refuse à conclure. — Chacun son affaire. — Le

conclusions polonaises. — La germanisation battue. L

Silcsie rodevient slave. — Pas de révolte. — Autonome d la Polog;ne impossible. — Nous ne deoian^Mis que la psix. - Les fonctionnaires allemands veulent la guerre. — École ouvertes, agricullure favorisEJe, industries créée», pourquoi' Pour prolélariser la Pologne. — Han déjoué, — Sféprts de; Psionais pour les parvenus. - Les Berlinois ignoraient encon en 1870 le lit des peuples civilisé*. — Que fera fa Pm$se' Sx.proprtera-t-eae les Palonaîs?Espoir qu'un jomr„. — Deui opinions allemandes. — La Pologne a h droitde vivre comme race et comme peuple, dit ['une. ~ Il fimt la germaniser, dit l'autre. — Le Gouvernement dtl ; Il faut que les Polonais deviennent des citoyens allemands. — Les deux races valent mieox qnand elles se croisent. — Une promenade dans Posen : la ville allemande, le faubourg polonais. — CoBtra»te saisissant. — Ça n'est pas fini...

Conclure?

Ce n'est pas moi qui m'en chargerai. Gomment pourrais-je, en effet, moi, étranger et passant, trancher ce problème redoutable et compliqué? Si je dis que, les Allemands manquant de souplesse et les Po-

lonais de philosophie, la crise menace de s'aggraver et de finir par un nouveau coup de force de la Prusse, j'aurai ajouté une banalité aux banalités ordinaires.

Je laisserai donc les intéressés conclure euxmêmes.

Aux Polonais d'abord :

— Noire tactique a trop bien réussi jusqu'à présent, me dit l'un des principaux d'entre eux, pour que nous en changions.

« On est obligé de reconnaître, dans les sphères gouvernementales, que la germanisation est battue, puisque d'année en année, les populations polonaises de FEst augmentent (M. de Bùlow n'a-t-il pas dit que nous pullulions comme des lapins?) et qu'au lieu de sujets loyalistes ils deviennent — dans la persécution — plus nationalistes que jamais.

« A Berlin, on veut continuer la lutte quand même. Le ministre des finances a proclamé dernièrement que, dans cinquante ans, la politique de germanisation porterait ses fruits.

« Erreur, monsieur le ministre ! Mais faites à votre gré. La Silésie avait été détachée, il y a deux ou trois siècles, de la Pologne, et appartenait à l'Autriche quand Frédéric II s'en empara il y a cent vingt ans. Eh bien! depuis ces luttes et ces persécutions, voilà que la Silésie, surtout la Silésie du sud, se souvient qu'elle fut polonaise, et que deux députés polonais de Silésie sont maintenant au Reîchstag! Après cent vingt ans de germanisation ! Le beau résultat ! Qu'en dites-vous ?

— Enfin, vous êtes des sujets prussiens. Et vous avez deux solutions devant vous : ou vous soumettre, ou vous révolter. Voulez-vous vous révolter?

448 DE IIAMnOURG AUX MARCHES DE POLOGNE

— Non. Pas si bêtes! El Ton ne doit pas nous rendre responsables d'articles de journaux maladroits étTits àCracovie, en Pologne autrichienne, où la liberté de la presse est grande, ou envoyés de la Suisse par des émigrés révolutionnaires qui ne parlent que de révolution violente. Nous n'y sommes pour rien, nous qui prêchons toujours le respect à la Conslitution, et qui nous opposons à tout acte illégal. II n'y a pas cent Polonais à Posen qui pensent à cet égard autrement que moi. Nous connaissons la force de Torganisation prussienne, la discipline de l'armée, et il faudrait que nous fussions des fous pour songer un instant à la rébellion. D'ailleurs, nous révolter, pourquoi?

c Pour refaire l'autonomie de la Pologne? Doux rêve irréalisable, hélas! Depuis la guerre de 1870, nous n'avons plus d'espoir; après avoir d'abord compté sur la France, puis sur l'Angleterre, puis sur la Turquie, le diable sait quoi, aujourd'hui, nous sommes sans espoir. Séparés de la Pologne autrichienne par la Silésie, comment pourraient se rejoindre nos tronçons divisés*? Et quand même! que pourraient faire quelques millions de Polonais contre l'Allemagne unie à la Russie et à l'Autriche? Non. Et les Allemands savent bien que nous n'y pensons pas. Us font semblant d'y croire, du moins les fonctionnaires, parce qu'ils sont en Posnanie comme chez les nègres, qu'ils touchent double solde, et profitent de mille avantages qu'ils n'auraient pas s'ils exerçaient leur métier en Weslphalie, dans le Hanovre ou le

1. Il m*a été dit plus haut, par les Polonais, que la Silésie rede> venait polonaise.

Brandebourg. L'Empereur doit ignorer ce qui se passe ici, on le renseigne peu. Ce sont eux, ces fonctionnaires, la cause de tout le mal. C'est leur incompréhension, leur intelligence courte, leur inaptitude à gouverner d'autres gens que des Prussiens serviles, qui perpétuent l'état de guerre chez nous, quand nous ne demandons que la paix.

— En effet, si vous ne voulez pas vous révolter, pourquoi n'acceptez- vous pas carrément la domination prussienne?

— Il faudrait être des anges, monsieur, — ou des esclaves — pour assister tous les jours à tant de provocations en baisant la main qui nous fi'appe — c'est le mol.

c L'Empereur lui-même n'a-t-il pas dit à Gnesen — en août 4905 — il n'y a pas bien longtemps, vous voyez : « Tout Allemand qui vend dans TEst ses pro- 4 priétés sans y être absolument obligé commet un « crime de lèse-patrie » ?

« M. de Bûlow, parlant au recteur de l'Université de Posen, n'a-t-il pas dit aussi : « Les Allemands ont « eu le tort de ne pas s'être unis davantage en oubliant « leurs querelles de clocher devant Yennemi. » Et aussi : « Les masses abruties des Sarmates vivant « d'une vie de brute ont fait place à un peuple actif « qui, telle une armée de souris, se répand et ronge € tout ce qui se trouve à sa portée... » Lapins, souris, rongeurs, nous sommes pour le gouvernement prussien des animaux nuisibles qu'il faudrait exterminer. On n'ose pas, sans cela I Et vous voulez que, devant de tels sentiments affichés pour notre race, nous consentions à devenir d'humbles Prussiens dociles et courbés? On fait de nous des parias, des hors la loi^

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et nous lécherions les boites qui nous écrasent? On peut demander cela à des Prussiens, pas à des Polonais.

— Reconnaissez tout de même qu'ils ont beaucoup fait pour vous... Quand la Prusse prit la Pologne, elle n* était pas riche, ni très avancée...

— Calcul ! monsieur ! Simple spéculation, croyezle bien. Ils voulaient nous prolétariser !... Si cela ne fait pas pitié!..- Les malheureux! Parce que notre peuple était pauvre, que la terre ingrate ne le nourrissait pas, ils se sont dit : < Exploitons cette province peuplée de travailleurs courageux et habiles, et faisons rendre à ces vaincus un maximum de produit. Ponr cela, ouvrons des écoles, il en sortira des enfants intelligents qui deviendront d'excellents ouvriers. Sous la direction du Teuton génial, quelle belle armée agricole et industrielle cela va faire I » Malheureusement — ou plutôt heureusement — un phénomène inverse se produisit. Le Polonais se mit au travail, améliora ses terres, économisa, s'enrichit, mais oui! s'enrichit! puisque nos paysans purent mettre 400 millions d'économies dans les banques polonaises de colonisation; des écoles, il sortit des jeunes Polonais beaucoup plus intelligents que les Allemands du même âge, et en même temps plus actifs, plus vifs, dont on fit des contremaîtres. Des universités, se leva toute une légion d'ingénieurs, de médecins, de professeurs, d'avocats, pas du tout disposés à se laisser faire. Lorsque ces phénomènes se furent assez généralisés pour devenir visibles, ce fut une stupeur dans le parti gouvernemental. Par le jeu naturel des forces, c'étaient les Allemands des grandes agglomérations mixtes qui se trouvaient infériorisés. Les Polonais,

mauvais domestiques, domesliqiiaient les Prus

bons esclaves! lîalle-là! Ce n'était plus de jeu,

comprenez! Et l'Allemand cria h la persécution

« D'ailleurs, si vous connaissiez l'âme polo

vous comprendriez que jamais nous ne devien

des Prussiens. Nous leur sommes trop super

Regardez-les donc ! Et regardez-nous ! Ces sam

là apprirent il y a quarante ans à peine à se lo|

se meubler, à se couvrir, à manger, à boire, à se

cher. Il n'y a pas si longtemps — j'ai encore vu

— lesBerlinoîscouchaienlsurunsacdepaille av

édredon recouvert d'une enveloppe de calico

plumeau, comme ils disent, sans matelas et

drapi A l'hôtel de Russie, à l'hôtel du No

l'hôtel de Rome, qui étaient les premiers de la

on annonçait avec ostentation, avant 1870, i

trouvait des lits français : franzosische Belten !

« Puis ils firent venir des meubles de Paris

des tailleurs... Nous autres, en Pologne, nous

habillions déjà depuis longtemps! Oh! je reco

qu'ils changent... Ils deviennent même gourm

Et un nouveau mal apparaît : la prévaricj

Depuis 1870, les appointements de tous ces gens

pas augmenté dans les mêmes proportions que

appétits. Aussi, les voyez-vous aujourd'hui coi

de dettes. Au contact de la civilisation, ils o

honte de leur nudité, c'est bien naturel, mais

sont trop pressés de vouloir paraître chics.

— De sorte, repris-je, que vous pensez ne jamais?

— Nous demanderons jusqu'à la mort qu'on traite comme les autres sujets prussiens, et < tienne la promesse qui nous fut faite par le Co

ibt DE HAMBOURO f

de Vienne de 1815.

les puissances nous g:

de tous nos droits de m6nie, dons une pro c Vous êtes des Pol votre langue, votre cher, vous le coaser Prusse n'n pas ététei ( Non seulement i essaye, par tous les d'exception — de no est le nôtre pour me Pâles et des Gros Ve pas par ces moyens d de nous exiler de for listes, qui Jouissent ( ment prussien, ont | expulser de Posnani l'Est...

— Comment s'y pi

— Le Parlement taines de millions, e tloQ des Polonais de:

d'utilité publique. C< niiire que ce qu'ils oi

— Croyez-vous si viendra lAÎ

— Non... quoique surtout à cause des

leur couleraient les gLaiiui.-s icucs ^u n aa^uoii d'acheter en nous expropriant au nom de la loi...

— Le Parlement prussien serait-il en majorité vraiment pour voter une telle loi?

— Oh! certainement! * Les Polonais sont détestés à Berlin comme catholiques, aristocrates et réactionnaires; on les déteste sur le Rhin comme Polonais. De sorte que toute la Prusse les hait. Pourtant, les Polonais — quoi qu'il en paraisse — ne sont pas dévots, ils considèrent le catholicisme comme une arme nationale, et s'en servent; et pas plus réactionnaires que les Junker allemands. Polonais, oui, nous le sommes.

— Réactionnaires aussi, insinuai-je, me rappelant des jugements absolus portés par des propriétaires polonais sur le mouvement socialiste, sur les grèves, etc., etc.

— Je vous répondrai que la Pologne avait un Parlement il y a trois cents ans !

— ...Où seuls les nobles avaient le droit de vote...

— C'est vrai; mais les nobles ne composaient pas une petite clique oligarchique; chez nous tout le monde était noble! (à part les ouvriers des champs, naturellement) et nous élisions nous-mêmes tous nos rois. Quel est le pays qui en faisait autant?

— Oui, mais il fallait l'unanimité pour être élu... D'où des guerres civiles sans fin, des désordres, ce qu'on reproche justement à votre caractère national...

— N'était-ce pas déjà un noble souci que celui de ne pas opprimer les minorités?

« Non, croyez-moi, continue mon éloquent interlocuteur, l'obstacle psychologique qui sépare Polonais et Allemands est ailleurs. L'Allemand est soumis

1. Ceci a été écrit et publié avant qu'il ne fût offlciellement question de la loi d'expropriation.

J5i DE HAMBOURG ALX MARCHES DE POLOGNE

à remployé galonné, quel qu'il soit, son instinct e^ (l*obéir et de se courber, il n*a pas même la notioi lointaine qu'un peuple puisse se gouverner luimême... Le Polonais se vante, au contraire, de sa sentiment de liberté et d'indépendance*

— Mais, insistai-je à dessein, puisque vous êtes sujets prussiens...

— Soit, nous nous inclinons devant le fait aceoffipli. Cependant, nul ne peut empêcher les Polonaise conserver au cœur l'espoir que le monde se transformera, comme je vous le disais tout à Fheure, &l Etals vraiment nationaux, et il saute aux yenx que k principe des États historiques est caduc.

Je ne poux pas rendre la verve, l'accent, l'ardear de mon interlocuteur qui me transpoitaient loin de Prusse. Oh non I il n'y a aucune parenté entre les deux races en présence.

Je riais de sa fougue colorée et de son mépris pour le Prussien parvenu, mais malgré son ingéniosité, cette polémique à côté me paraissait sans valeur de fond. Une seule affirmation subsiste dans son argumentation et c'est un fait grave :

— Notre race est supérieure à la race allemande, puisqu'elle l'absorbe dès qu'elles sont en contact.

Les Polonais ne voulant ni se révolter, ni se soumettre, j'aurais désiré savoir quelle allait être leur politique.

— Indéfinie... répondent-ils. Il faut faire une différence entre la politique pratique et la politique

iSH

LA QUESTION POLOSAISE 45i>

d'aspirations. Notre résolution est de conserver notre oationalité ea écarlant tous les moyens révolutionnaires. Notre tactique suivra forcément l'évolution -des choses et se transformera selon les faits, voilA tout ce qu'on en peut dire. Au dix-neuvième siècle, le patriotisme nationiil dominait partout. Au vingtième siècle, on voit ce sentiment étroit s'agrandir, ce sont les races qui parlent. Conscientes de leur isolement dans la bataille universelle, elles tendent à se rapprocher; les Latins tournent les yenx vers les Latins, les Slaves sentent le lien qui les attache aux Slaves, comme les Germains d'Allemagne et ceux d'Autriche, et ainsi des autres peuples. On ne peut se soustraire au mouvement général qui emporte le ntonde. Et les bureaucrates allemands ont la pn;tention d'écraser cet instinct éternel ! Cela fait rire. Heureusement « l'abbaye dure plus longtemps que l'abbé », comme dit un proverbe polonais.

Du côté allemand, »n entend deux voix : l'une, des loyalistes prussiens, mais apposants au gouvernement, qui disent qu'ua pays ayant une langue, une littérature, un passé, a le droit d'exister comme □ation — c'est le cas de la Pologne.

t 11 ne faut pas objecter qu'elle s'est montrée jusqu'ici indigne d'être un pays libre. L'Allemagne jusqu'au dix-neuvième siècle vécut au milieu de luttes inlestines dont elle finit par triomplier. Le cas est le même pour la Pologne. Va-t-on continuer à dépenser des centaines de isiiliom i d'engrais * allemand dans, use terre où ne consent à pousser que du Polonais? Cet argait pourrait servir à des dtftses plus utiles.

ne DE HAMBOURG AUX MARCHES DE POLOGNE

c Nous ne sommes pas des colonisateurs, ajouieil beaucoup d'entre eui. Les Prussiens sont des lo^, ciens trop pédants. On ne gouverne pas des homnifi illogiques avec de la logique, et d'ailleurs la logiqst n*a pas les mêmes règles sous toutes les latitudes. Les Prussiens veulent plier sous la leur une fifl frondeuse, discuteuse, brouillonne. Ils commellei une erreur de psychologie et de politique. On go* vcrnc les gens selon leur caractère. Nos bureaucratsi sont en bois. >

Il y a quelque chose de vrai dans ce jugement sorti de la bouche d'un Allemand plus souple que lesaulrfô. L'idée que les employés allemands et que les PM siens en général se font de l'autorité est inimaginabbii elle est à la base et à la fin de tous leurs actes eli tous leurs mouvements. Je sortais un jour du palai^ du gouverneur de la province de Posnanie, M> ^ Waldow, quand je fus accueilli dans la rue par uncouf de chapeau lancé très bas : c'était celui d'un fonclios^\ naire qui, une serviette de cuir sous le bras, entrai au palais. Il ne me connaissait pas, ne m'avait /n^f j jamais vu, j'aurais pu être un brigand fieffé, mais je sortais coiffé d'un cylindre de chez Son Excellen^^- Indiscutablement, avec tous ses défauts, le Polonais est plus fier. Et dès qu'il y a conflit entre deuxin^l^' vidus des deux races, les malentendus doivent s'aggraver de tous les efforts même sincères que ]^ fonctionnaires allemands tentent pour les apaiser.

D'autre part, il est indiscutable que les Polonais cultivés sont, en général, beaucoup plus fins, beaucoup plus polis, plus « finis » on pourrait direda^^^ le bon sens du mot. Leur accueil ressemble éloî^' namment à celui des meilleurs échantillons des races

latines. Nous nous sentons plus près d'eux que des Allemands de culture équivalente, et Ton conçoit fort bien qu'ils résistent du fond de leur âme à Tabsorplion brutale prêchée par les Hakatistes énergumènes.

Un aristocrate polonais, devenu résolument Allemand, marié à une Allemande, me disait :

— Si j'étais fonctionnaire prussien, si j'étais M. de Waldow, ou M. de Hellmann, l'aimable et subtil préfet de police de Poseu, voici le petit discours que je leur servirais doucement, gentiment, en toute occasion :

« Il est vrai, leur dirais-je, que la race polonaise a plus de vivacité, de finesse, de brillant et même de sensibilité que la race mélangée des Wendes des Marches de l'Est. Vous avez eu une littérature et une civilisation avant nous, mais ce n'est pas notre faute si, à côté de ces séduisantes qualités, vous fûtes privés du don de vous organiser et de progresser. Votre peuple s'est un jour arrêté de croître, il s'est endormi dans l'égoïsme et la misère. Nous vous avons apporté nos qualités à nous, travail, ténacité, don d'organisation, sérieux, application, qualités sans grâce et sans séduction, je vous l'accorde, mais qui vous renouvelèrent; sans nous, vous retourniez à la barbarie et au désordre. Rendez-vous compte que vous n'avez eu de renaissance que depuis la domination allemande. Les sciences allemandes, les écoles allemandes, la dis- ^cipline allemande, malgré ses heurls, vous ont servi au point qu'aujourd'hui vous avez de nouveau le droit d'être fiers des qualités de votre race.

« Vous n'avez rien créé dans la science ni dans les arts modernes. Les Polonais intelligents sont des

prodtiits de Télranger. Pourquoi De pas conlinoerà accepter de bon cœur et saas aiTÎère-pe»sée la collaboration de nos activités entêtées, réfléchies, tenaces, qui sont le contrepoids de votre charmante ïégèreté, de votre spontanéité, même de votre utile vanité?

€ Puisque votre langue ne suffit pas à latraduclioa des sciences et de la haute philosophie, pariez allemand ! Vous serez, en outre, compris de pins de iOO millions d'hommes civilisés.

€ Ne haïssez pas, ne méprisez pas vos voisina allemands. Acceptez leur bienveillance un peu lourde, leur pédanlisme mal gracieux; ils ne sont pas méchants. Vous verrez que peu à peu, si vons leur communiquez de la délicatesse et du charme, ils vous rendront de la rectitude, du solide et du grûndlich. Ainsi, bientôt les Polonais allemands auront repris leur ancienne suprématie, augmentée des qualités définitives qui feront de la Posnanie la plus brillante province de l'Empire. »

Je fus invité un après-midi, par le haut fonctionnaire dont j'ai déjà parlé, à faire en sa compagnie le tour de la ville de Posen.

— Je vais vons montrer d'abord le quartier neuf, bâti il y a deux ans.

Nous traversâmes de jolies rues bordées de belles maisons modernes, percées de larges baies, aux balcons tout fleuris, aux toits de tuiles rouges. Elfes étaient situées devant un parc déjà tout vert, créé de toutes pièces depuis peu, en même temps que le reste du quartier.

LA QUESTJOM POLONAISE 459

— Voilà ce que produit icirélémentalleaiand, me

Puis, ayant traversé de nouveau le centre de la Arille, nous arrivâmes au pont jeté sur la Warthe.

Je vis des maisons basses^ creusées de caves qui sont des houtiqaes sordides et ténébreuses.

— Ici coflamence la Pologne, murmura mon corn* pagnon.

Et je vis flotter sur ses lèvres un sourire où se lisait un vague sentiment de triomphe méhngé de pitié.

Des deux côtés de la longue rue mal pavée s'entassaient les mastfres. Des enfants sales, pieds nus, barbotaient dans les mares; par les vitres, on apercevait d'étroites pièces » désordre éclxdrées d'un lumignon, car le soir tombait.

Le contraste était saisissant, mais facile. Je le fis observer à mon compagnon :

— Il est vrai que ces gens ont l'air bien misérahWs, mais tous les Allemands ne roulent pas sur l'or...

— En effet, répondit-il; mais, puisque vous avez traversé toute l'Allemi^ne, citez-moi une seule ville, un seul village allemandy où vous ayez vu un tel abandon, une telle saleté...

Je me tins coi, car ce fonctionnaire avait raison...

— Le direz-vous? interragea-t-il gravement et comme s'il doutait de mon impartialité.

— N'en doutez pas, fis^je étonné.

Et nous revînmes vers h ville par un autre chemin.

Un soir, je me rencontrai à une table de la brasserie Métropole, à Posen, avec le rédacteur en chef du Posener Tageblatt^ M. Welcker, et quelques profes-

seurs allemands, MM. Georges Berger, Loog, Kobenemann, Miehlc, Stephan, Butler, un fin lettré d'origine irlandaise, qui parle le français comme un Parisien. J'avais été accueilli avec la meilleure grâce à la table, Der Ovale, qui leur appartient en propre, et où nul quidam n'a le droit de s'asseoir, aux heures choisies par eux, comme c'est la coutume dans les brasseries allemandes.

Pendant deux heures, je pus causer à l'aise avec ces messieurs. Vous pensez que je leur posai des interrogations sans fin, et leur poussai foutes les € colles » possibles. Les professeurs parlaient peu, par crainte — on aurait dit — de formuler des opinions trop timides. J'ai tiré parti de cette conversation, dans les chapitres précédents, surtout des idées de mon confrère M. Welcker, un fougueux Wurtembergeois, que je trouvai plus prussien et plus intransigeant que les Prussiens eux-mêmes.

Je le lui dis.

— Ce n'est pas une question prussienne, me répondit-il avec feu, c'est une question allemande qui intéresse la race germanique tout entière. Il s'agit de savoir lequel sera mangé par l'autre.

C'est lui qui me dit aussi :

— Le réveil polonais est l'œuvre des écoles prussiennes, de la presse polonaise, du catholicisme romain et de la longanimité allemande. Le paysan polonais est, au fond, très content de la domination prussienne. Il sait faire la différence entre sa misère d'autrefois et son aisance relative d'aujourd'hui, et il sait bien qu'il ne doit pas l'amélioration de son sort aux aristocrates égoïstes et phraseurs qui le poussent à la haine de l'Allemagne.

- — Vous ne croyez pas sérieusemeat à leur idée de reconstituer un royaume de Pologne?

— Je crois parfaitement qu'ils ont cette idée absurde, répondit avec force M. Welcker, contentent pas, les gourmands, de rêver d

terrien comme celui qu'ils avaient autrei vers la mer I Leur infériorité, selon eux, fi pas eu de littoral par où des alliés eui secourir : ils rêvent donc de poloniser la la Prusse orientale el la Prusse occiden propagande va presque de Stettin à Kœni

— Et votre conclusion? lui demandaili frappa sur la table d'un poing éoi

yeux brillants derrière le binocle, et s'éci

— Notre plus grand tort fut d'altendn temps à sévir contre les meneurs antiallei croire à l'action du temps, A présent, un tique est possible. Il faut tes étrangler, oi deviennent Prussiens !

Puis il leva son verre et dit en polonais, fit tous rire :

— Na zdrowie panou ! (A votre santé

Le jour de mon départ, en me rendant ment à pied A la gare de Posen, je passai grande place ensoleillée où un marcb< s'était tenu le matin. Des femmes et des e: nus ramassaient des légumes et des fruits avec les détritus. Habillées de larges ji plis, des paysannes polonaises achevaier leurs paniers; la plupart étaient encein

ventre énorme ballonnait la jupe déjà saillante. Je pensais aux sincères imprécations de mon bouillant confrère du Posener Tageblati^ et je ae dis, ^en regardant ces ventres orgueUlenx :

€ Voilà de la graine qui lève pour occuper la combativité de ses vieux jours... i

Post'Scriptum. — Quelques mois après mon enqaèie, le prince de Biilow déposait de?aDt la Diète prussieane le projet de loi d'expropriation auquel ne voulait pas croire M. de ILoscielski, député polonais, l'un des chefs du parti.

Ce projet subit quelques vicissitudes devant la Chambre des Seigneurs. M. de Bûlow eut fort à faire, en etfet D'illastres contradicteurs, comme le feld-maréchal Haeseler, le cardinal Kopp, le dac fimsl-Gontier de ^swig-Holstein, frère de rimpératrice, d'autres eneore vinrent défendre la cause de k propriété. Le Kronprinz assistait à la séance. Le prince de Bûlow eut raison de l'opposition, et son projet fut finalement voté. Il donne au gouvernement prussien le droit d'exproprier pour cause d'utilité publique, et jusqu'à concurrence de 70,000 hectares, les Polonais possesseurs de terres situées dans certains rayons de colonisation tracés par la fameuse Commission dont il est parlé plus haut.

Le Landtag a voté en même temps des crédits de iOO millions de marks, soit 500 millions de francs, pour le rachat de ces domaines et l'œuvre de germanisation.

Il n'est pas douteux que, lorsque l'expropriation aura atteint les 70,000 hectares prévus par la loi de 1907, une autre loi et d'autres crédits ne permettent la continuation de l'œuvre.

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