LE PRINCE DE BÛLOW
A Nord«rn«y, — P<>rtrait du Chancelier de rEnapire. — Deux partis dans Tile. — Le progrès remporte toujours. — La princesse de Bûlow- — Promenade le long de la plage avec le prince, la princesse et les deux bassets. — Le caractère allemand expliqué par des tas de sable. — Individualisme. -7- Politique intérieure. — Un bloc hétéroclite. — L'autocratisme de M. Bebél. — La princesse de Bûlow caractérise la nature de TEmpercur Guillaume. — Relations internationales. — L'Allemagne et la France. — L'avenir d'une t politique européenne >. — Politique coloniale. — Y aura-l-il toujours des guerres ? — Les Amphictyonics d'Europe et le péril jaune. — Le dîner. — Conversation sur le caractère allemand et sur l'art. — Le cuisinier Misère. — Littérature française. — Les gpûts de la princesse.
Notre ambassadeur à Berlin, M. Cambon, me parlant du Chancelier de l'Empire, me disait :
— Je le eoiioais depuis longtemps. Nous nous sommes rencontrés à Paris, jeunes Tun et l'autre, et je crois qu'il n'y a pas en ce moment d'homme en Europe qui réunisse de plus parfaites qualités de séduction et de charme, qui soit nn causeur plus aTerti, plus fin, plus courtois-
Je me persuadai ce jour-là qu'après avoir, n cours de mon voyage, vu tant de gens différeûU, dans tous les milieux allemands, je devais connaître cette fme efQorescence de la culture germanique qui se trouve diriger, à côlé du souverain, les destinées du puissant Empire. Cette figure d'élite manquait à ma galerie si je voulais comprendre la riche variété des races allemandes.
Mes vœux furent remplis.
Le matin d'un dimanche, je débarquai à Norderney, venant de Berlin. J'allai annoncer mon arrivée à M. H. de Flotow, le distingué ministre plénipotentiaire qui vient de passer quatre ans à l'ambassade allemande à Paris, où il n'a laissé que des amis^^ qui remplit près du Chancelier d'importantes foDCtions. Il m'invita courtoisement, de la part du prince de Bùlow, à dîner pour le soir. Mais, dans Vaprèsmidi, je reçus sa visite. Il venait me dire que le prince ne voulait pas me laisser ainsi seul jusqu'au soir^ ^^ me conviait à l'accompagner dans sa promenade quotidienne avec la princesse. Cette gracieuse Bllentioti et la perspective d'une longue conversation libre» fouettée par le vent du large, me ravirent, et, à cin^ heures tapant, j'étais devant la villa Fresena, bâtie sur une dune dominant la mer de quelques mètres. La vue s'étend sans obstacle vers tous les points de l'horizon. C'est la plus belle position de l'île.
Bientôt je me trouvai devant M. de Bùlow.
M. Cambon a raison. Il est difficile d'imaginer plus de bonne grâce aisée et souriante en même tem))S
que de haute tenue et d'autorité. Le Chancelier est grand, bien découplé; il a le teint rose, les cheveux et la moustache grisonnants. Sa voix un peu nasale me rappelle celle d'Edouard VII. Ses gestes sont jeunes, sa démarche est alerte, tout l'êlre respire la souplesse.
Le prince de Bûlow est un fidèle abonné du Figaro. Il veut bien me dire qu'il a suivi la série de mes feuilletons sur l'Allemagne, et que, s'il ne partage pas toutes mes opinions, il rend hommage à l'impartialité de mes jugements. Je passe sur les autres compliments, trop flatteurs pour que je puisse les répéter.
Un domestique vient lui annoncer la visite des jeunes princes de Saxe. Il s'excuse et me laisse quelques instants seul dans son bureau, pièce très simple, au parquet peint en brun foncé comme dans beaucoup de maisons allemandes, et qui luit comme un vernis. Une carpette verte le recouvre en partie. Accroché au mur, parmi quelques gravures coloriées, un beau portrait de Frédéric le Grand s'impose à l'œil, le tyrannise; le large col rouge bordant la tunique bleue, le chapeau en bataille ne servent qu'à encadrer ses grands yeux d'aigle qui remplissent le cadre. On voit aussi François-Joseph d'Autriche à cheval, une cathédrale, un paysage, des cartes et des plans du pays, une carte des dernières élections au Reichstag coloriée suivant les résultats.
Contre le mur, un canapé et une chaise longue de reps rouge avec une couverture de voyage, la chaise de la sieste, sans doute, un autre étroit bureau pour écrire debout, dont le pupitre de drap vert est posé sur une armoire basse de chêne sculpté. Pas autre chose. Les fenêtres à gauche ouvrent toutes grandes sur la mer éblouissante qui moutonne au loin.
Quand le prince de Bûlow revint, il me dit :
— Vous avez pu déjà vous en readre compte, ?i<»derney n'a rien d'une plage aristocratique, c'es4 vise plage bourgeoise. Et cependant, il y a deux parlisi Norderney. L'un qui ti'ouve que Tan devrait bâlir ub grand casino, une jetée, des hôtels iimueux, apporter tout le luxe cosmopolite des grandes stations d'eaux européennes, en faire une sorte de Troaville oa d'Ostende. J'ai des amie dans ce clan4à qui compresi des hommes d'entreprise, des banquiers d« HaHibouff, de Berlin, etc. L'autre parti estime que notre ile esi très bien comme elle est, que, si on ouvre des casiflos, ce sera la fin de la plage tranquille dont aous jouur sons, et que dans deux ans les habitants seront derenus des porteurs de bagages et des dontàestiqttes. Pour mon agrément personnel, je |>enehe vers k point de vue de ces derniers. Vous le v<^yez, e'etf l'étemelle lutte entre l'esprit conservaiteur et le progrès ! conclut-il m xâant.
— Mais je crois qu'on aaira beau faire, fis-je, fe progrès l'emportera.
— Vous avez raison. C'est toujours le progrès qui l'emporte.
La princesse de Biilow eatra. Jeune encore, Uès brune, de beatix dievenx moirs frisés e&cadreït st physionomie soitrianle et spirituelle. Je sais qut k priflM!esse est ItaUenne, mais si je Tignorais, de grands yeux brvcttô pleins de vie me le révéleraient aussitôt Elle parle le français comme sa langue maternelle.
Nous sortimes. La vilU Fresena est l'habitation h
plus rapprochée de Teau. On fait quelques pas et l'on se trouve sur la digue pavée de briques camiiie toutes les mes de File. Une foule de promeneurs saluaient au passage le prince et la princesse; les uns, assis, se levaient respectueusement en se découvrant; les autres, en marche, s'arrêtaient en s'inclinant très bas. On adore les chiens à la villa Fresena. Un caniche noir, More, celui qui figure dans toutes les caricatures du Chancelier, nous devançait en gambadant, tandis que les deux bassets de la princesse, Erdman, cadeau de l'Empereur, et Lump, comiques sur leurs courtes pattes, jouaient comme des clowns dans le sable humide.
La vaste plage était couverte d'abris d^osier entourés de milliers de drapeaux et d'oriflammes attachés à des bambous, et qui palpitaient au vent. Autour de chaque abri, les baigneurs aTaient élevé une sorte de rempart de sable assez haut. On se serait cru au milieu de dunes naturelles. J'en fis la remarque.
— Voilà l'individualisme allemand, dit le prince. Chaque circonvallation semble dire : « Cette place esta moi. On est prié de me laisser tranquille ici. » Toifô les peuples germaniques sont individualistes.
— Très juste, approuva la princesse. On ne voit pas ici ce qui est sî commun en Italie, des fils, à un âge déjà avancé, continuera vivre avec leurs parents* &tôt mariés, les gens veulent vivre à part et indépendants.
— Pourtant, mepermis-je d'observer, iî n'y a pas de peuple au monde &n l'esprit de corps et de discipline soît plus^ grand qu'en Allemagne, pays des syndicats, des Verbmnde et des Vereine. Je me suis laissé dire qu'il n'existe pas un Allemand qui ne fasse
partie de plusieurs associations. Les œuvres de soldarilé sont plus nombreuses que partout aillem. On obéit aveuglément aux lois et à T autorité suniËl
signe.
Le prince de Bulow réfléchissait : ^
— C'est vrai, dil-il après un moment, il y a là une apparente contradiction d'aspect assez compliqué, k crois qu'il faudrait dire que l'Allemand est individifrl liste en tout ce qui touche à Tinlégrîté de sa pensfe] et à sa liberté intime, qu'il ne supporte pas rimmuâ-j bilité du dogme et se réserve toujours de le discuter; mais qu'habitué à s'incliner devant les lois, il '^1 accepte et obéit. Pourtant, s'il se discipline, c'est p» goûl inné de Tordre etnonparservilisme inconscient Quant à ses habitudes de groupement, il ne faut! voir, à mon avis, que l'instinct de solidarité socié admirablement en progrès et la marque de songéni^ d'organisation qu'il a, vous l'avez constaté vons^ même, à un degré remarquable.
€ Cela n'empêche pas TAlIemand d'être discutent et personnel. Bismarck avait coutume de dire : « Qua^il trois Allemands sont réunis, il y a quatre opinions. n L'histoire des luttes infinies subies par nous pou^ arriver à l'unité est un témoignage flagrant àe ^^| instinct individualiste. La Réforme en est un aulrCi non moins éloquent. Et tenez, ajouta le prince eJ)0^ montrant la foule des promeneurs que nous traver! sions, voyez leur façon de s'habiller... Chacun sos costuriie, chacun sa forme de chapeau, sa couleur, sa nuance... Je voudrais bien qu'ils s'habillent tou^ pareillement. Ils seraient plus faciles à gouverner.* >
UNE JOUaNÉE CHEZ LE PRINCE DE BOLOW 169
Je souhaitais vider cette question d'individualisme allemand. Et un nouvel argument me vint aux lèvres :
— Alors, comment expliquez-vous, Excellence, l'enrégimentemenl des socialistes, leur obéissance aveugle à leur chef Bebel et à ses représentants qui, les jours d'élection, les amènent au scrutin par compagnies, comme un troupeau?
— Les choses se passent ainsi, en effet. Maisvoyez là un phénomène du génie d'organisation. Le parti socialiste est admirablement oi^anisé. On peut rendre cette justice à M. Bebel, despote mille fois plus autocrate qu'un maharadjah de l'Inde. Cependant, considérez l'ensemble des partis politiques de l'Ailemagne, leur nombre, leur diversité, leurs nuances! Le pouvoir est incapable de les influencer. Toute tentative de pression de la part du gouvernement les ferait se tourner immédiatement contre lui. Rappelez-vous ce qui s'est passé aux dernières élections : il me fut reproché d'avoir écrit, à un journaliste silésien qui me demandait comment il fallait voter, une lettre où je me référais A ma déclaration olïïcielle résumant purement et simplement la situation politique. Finalement, on n'a pas insisté, mais le député en cause faillit être invalidé sur cet incident.
— Vous n'appelez donc pas t pression > le fait de dissoudre le Parlement?
— Non, ce fut un appel au patriotisme et i sens de la nation. La réponse du peuple fut l'a]
tion qu'il n'acceptait pas les entraves opposées au
i70 DE HAMBOURG AUX MARCHES DE POLOGiS^
gouveraement dans sa politique nationale. Chaque fois que celte question sera soulevée, nous aurom raison de toutes les menées. Vous pensez bien qu'il ne s'agissait pas seulement des huit à dix mlk hommes à maintenir en Afrique, il s'agissait poar TAIlemagne de sa dignité.
— Et la nouvelle majorité issue des élections nt-elle vous faciliter l'exercice du pouvoir?
— Je Tespère. Nous avons un bloc aussi, à présent, composé des conservateurs et des libéraux.
, — On dit que c'est le mariage de la carpe et du lapin...
— Ils ne sont pas si différents que cela, répondit M. de Bûlow. Ils se séparent certainement sur les questions économiques, les conservateurs agrariens I étant protectionnistes, les libéraux étant libre-échangistes. Mais puisque les traités de commerce doiveni { durer encore six ans, il n'y a pas Heu de soulever ces questions qui les divisent. Ils peuvent s'entendre sat i le reste. I
— Ne croyez-vous pas que le développement du socialisme sera bientôt l'occasion d'un trouble sérieux pour TAUemagne comme pour les grands pay^ européens ? J'imagine le peuple ouvrier tout entier organisé en parti et se refusant à collaborer à tous les développements de la politique générale, s'opposant, par exemple, à tels traités de commerce, à telles alliances même qu'il jugerait contraires à l'intérêt de la démocratie ?
M. de Bûlow sourit avec confiance et, secouant la tête, il répondit :
— Non, car vous les avez vus tomber de 80 â
UNE JOURNÉE CHEZ LE PRINCE DE bOLOW 471
40 sièges au Reichsta^, et encore faudrait-il en déduire une douzaine si le centre ne les avait favorisés dans bon nombre de circonscriptions. D'ailleurs, soyez assuré que, sur leurs 3 millions d'électeurs, il n'y en a pas 500,000 qui soient des socialistes conscients, adeptes de la vraie doctrine de Marx, ennemis de !a propriété ou même simples W sont des mécontents, et en Allemagne critique est si développé, il s'en trou leurs qui veulent dire son fait au | vous voyez aussi parmi eux des gens vent pas à leur aise et qui, pensant qi encore assez pour les ouvriers, souh velles réformes,
« Les chefs socialistes sont des t)
dogmatiques que n'importe quel pré
âge. Vous vous rappelez la fameuse dis
terdam. Jaurès qui, à son point de
tionnaire, avait raison, disait à Bebe
quatre-vingts au Reichstag, et c'est i
n'existiez pas I Vous ne faites rien,
pas, vous n'avez pas un seul des vôtr
et vous demeurez impuissants à faire vi
loi sociale! o Et Bebei lui répondait
listes français étaient incapables de fa
pôt sur le revenu ni les assurances
quoi it avait également raison. C'est
qu'il n'existe pas de danger socialiste :
leurs d'un côté et les libéraux de l'aul
tendre pour une action de défense soc
— Pourtant, le nombre des électe
augmente? Et leur théorie, puisque
théoriciens, consiste & continuer lei
nt DE HAMBOURG At'X MARCHES DE POLOGÏTE
jusqu'au jour où ils auront la majorité au Retd)Sta;r. Ce jour-tà, pensent-ils, il Taadra bien que le M s'adresse à eux pour gouverner, — s'il y a encore nn Roi à en moment...
Le prince de Bûlow se mit à rire :
— Uri n'y sont pas encore... Et même, je ne lest vois pas du tout. Pourtant, si vous voulez faire celle hypothèse énorme, je les imagine bien embarrassé! devant la queue de la poêle et se rendant vite compte qu'elle n'est pas si facile k manier...
Et, revenaat sur Pai^ument de Bebel à Jaurès, il me dit :
— A propos, pourquoi ne veol-on pas de /'impôt sur le revenu en France?
Je souris sans répondre, supposant bien que mon interlocuteur en savait sur ce point autant qoe moi, sinon plus. Alors, il ajouta :
— C'est pourtant un impôt commode... Hais je ne déteste pas non plus les contributions intJirwtes, ajouta-t-fl avec finesse, elles sont si faciles â perceroiri
Nous marchions sans nous arrêter.
Je voulais aborder les questions de politique extérieure et je retardais toujours le moment d'entrer en matière, par crainte de paraître indiscret. Je fis ce raisonnement un peu tardif, qu'indiscret je refais déjà, puisque je venais troubler dans leur retraite mes gracieux hôtes ; et, ma foi, je me dis qu'un peu plus ou qu'un peu moins d'indiscrétion ne me compromettrait pas davantage.
UNE JOURNÉE CHEZ LE PRINCE DE BOlOW i73
Que peDsez-YOus des fêtes de Kiel, Excellence ? icnandai-je.
lï^ai réponse fut celle que j'attendais.
J'ai été très content de voir tant de Français là.
duc Decazes, le duc de Rohan, le comte de La ferronnays, M. Etienne, M. Menier, d'autres encore, beaucoup de dames aussi. Et tous avaient Tair enfantés. Kiel est si joli !
— Et l'Empereur fut très accueillant, dit-on.
— Il est si simple, si naturel, si cordial, que je ne m^étonne pas qu'il ait plu à vos compatriotes.
La princesse intervint :
— Comprenez-vous? me dit-elle. C'est en même temps un fils de famille accompli, le descendant d'ancêtres extrêmement distingués et un homme moderne d'une grande intelligence.
— Et comment expliquez-vous, Excellence, risquai-je, cette sorte de détente qui a l'air de se produire entre la France et rAUemagoe?
— Vous avez dit le mot, c'est une détente, un commencement de détente. Je t'attribue à ce fait qu'après tout les peuples ne sont pas si fous qu'on le croit, répondit gaiement le Chancelier. Et puis, les peuples sont comme les individus, il faut qu'ils se connaissent pour s'estimer et se lier. Voilà pourquoi j'approuve des efforts comme le vôtre, ajouta-t-il avec bonne grâce.
— Pensez-vous, Excellence, que cette « détente > pourra être suivie d'un accord ou d'une série d'accords entre les deux pays?
— Détente d'abord, ententes ensuite, formula-t-il en regardant les deux bassets de la princesse qui, en se faisant des niches, gambadaient de compagnie.
47i DE HAMBOURG AUX MARCHES DE VOLOGSE
Après quelques années âe détente, l'entente, si àk doit se Taire, se fera. Avec la France, qui est on pa^ très sensible, il faut beaucoup de tact, de modératios et de patience. Le temps travaille pour la paix. Mail il ne faut pas d'incidents, naturellemeot, gui remettent tout en question. ' Et il répéta encore, avec une insistance qui me frappa : '
— Énormément de tact, beaucoup de modératiMj et plus encore de patience.
— Cette question marocaine, si on n'y prend garde, est un nid à incidents, insiniiaî-je. Et je ne vous apprends pas, Excellence, qu'on craint chez nous que l'Allemagne ne nous suscile des embarras de ce côté.
— Vous pouvez être sûr, prononça le Chancelier, que nous n'allons pas vous créer des difficultés ni susciter des obstacles au Maroc. Nous resterons fidèles à l'esprit de l'acte d'Algésiras, De votre côté, vous devez très franchement et sans arrière-pensée pratiquer la politique économique de la porte ouverte, open door, comme disent les Anglais. L'Allemagne ne vous en demande pas davantage.
— A part celte question marocaine, repris-je, n'y . a-t-il pas d'autres points sur lesquels la France et
l'Allemagne pourraient s'entendre?
— Ohl certainement, fit M. de Bûlow. Et la conférence d'Algésiras aura prouvé, en définitive, qu'avec de la modération et de la bonne volonté on peul arriver à s'entendre sans troubler la paix. Vous avez dû constater, au cours de votre voyage, que personne chez nous n'a envie de faire la guerre. En France non plus, d'ailleurs. C'est que vous êtes, au fond, le
pays du bon sens et de la raison. Vous que le Français est très bien reçu en qu'on le regarde plutôt avec sympathie?
— Parfaitement vrai, acquîesçai-je, é nais volontiers.
Nous marchions, nous marchions to étions depuis longtemps descendus su nos pas s'imprimaient sur le sable élastif en temps se présentait un ruisseau d'eai fallait sauter, ce que la princesse eUeavec une aisance juvénile.
Quant à moi, je n'avais de regards ni ni pour l'horizon. Je me contentais d'éc tendais merveilleusement la voix nette brée du prince de Bulow, qu'accompagni du flot tout proche.
— Et quels seraient les points sui France et l'Allemagne pourraient se meti insistai-je.
Le Chancelier parut réfléchir. Et il dit
— Je croîs que sur le terrain économie et l'Allemagne ne manqueront pas d'( s'entendre.
— Vous connaissez M. Cambon, Excel Il m'a parlé de vous dans les termes les p
— Oui, je l'ai très bien connu autre C'est un homme très un, très intelligent, Sa nomination à Berlin fut fort bien ace crois fermement qu'il est venu avec le intentions.
476 DE HAMBOUm; AUX MARCHES DE POLOGNE
— Et M. Pichon, notre nouveau ministre des Affaires Étrangères, ne le connaissez-vous pas ?
— Non. Mais j'ai lu ses discours. Chaque fois qu'O a eu Toccasion de parler, il a très bien parié.
Le momenl me parut venu d'aborder des qnesti<M» plus générales, et je dis an Chancelier :
— Beaucoup d'esprits, parmi lesquels des hommes d'Llat, envisagent que, sans toucher le moins (h monde è. la personnalité des peuples, l'Europe poum un jour faire une politique européenne où le libre développement de chaque nation ne risquerait f\m de se heurter à des conflits brutaux. Par exemple, ne serait-il pas souhaitable que le mouvement colonial égoïste et fermé, en usage jusqu'ici, ne fût plus désormais qu'européen, c'est-à-dire altruiste et ouvert, chaque peuple en profitant en proportion de ses moyens et de ses forces économiques ? Ainsi se créeraient les premiers véritables liens entre les diverses nations d'Europe, qui les rapprocheraient au lieu de les séparer. Chacune allant chez les autres à titre égal, il y aurait équivalence et justice dans cette eqpèea de concurrence librement consentie.
M. de Bùlow m'avait écouté avec un intérêt souriant :
— Je ne veux certes pas critiquer votre politique coloniale, me dît-il, mais je ne peux m*empêcher de la comparer à celle de l'Angleterre qui, elle, ouvre toutes grandes les portes derrière elle, et pratique avec munificence ce que vous venez d'appeler la €<àonisation altruiste. En France, vous paraissez continu»
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es traditions coloniales du xviii' siècle, système pro- >riétaire, berméliqnement clos à l'étrang reau courant semble, en effet, prévak »5prits. A-t-il quelque chance d'inllueQC* ;îons? Je l'ignore.
— Philosophiquement, demandaî-je .ransition — car nons revenions et la pro: ^ait à sa an, — est-il rationnel de croire
feujoQrE des guerres? Si la dvilisatioa s' ite jusqu'à aujourd'hui par la guerre, opérer qu'il arrivera un jour où une hui Liorée se refusera au règlement meurtrier ( ■<: — Demandez à l'oracle de Delphes 1 i nient M. de Bùtow eu levant son index en
— En tout cas, les guerres ne deviendri de plus en plus rares, n'ayant alors pour faire entrer dans le concert de la civi peuples nouveaux?
— Je vois que les intérêts des peupl effet, en se solidarisant, que le moindre t un pays a sa répercussion dans tous les peut, par conséquent, croire que les gueri de plus en plus rares. L'Allemagne est bi( pour parler de paix puisque, presque si rope, elle n'a pas eu de guerre depuis trei et que tous ses voisins se sont terriblemei Asie et en Afrique. Je ne parle pas de 1 contre tes Herreros, qui ne fut que la rép soulèvement. Vous faisiez allusion tout notre politique d'expansion coloniale et m Dous ne voulons pas nous « épandre ». ^ pas beaucoup de colonies et celles que dons ne valent pas celles des autres, il es