‹ En AllemagneChapitre 115 sur 294 · NEC D CHE · texte numérisé non relu

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l'Autriche pour les céréales, et des États-Unis pour le porc.

— Comment expliquez-vous que ce peuple de réveurs et d'idéalistes se soit si soudainement trouvé à point réaliste pour profiter, comme il la fait, des richesses que seuls créent l’industrie et le commerce ?

Mon interlocuteur se mit à rire :

— L'Allemagne un peuple de rêveurs? Où prendon cela ? Parce que nous avons eu quelques grands cerveaux, quelques grands poëtes le siècle dernier et que notre pauvreté nous faisait modestes, on nous appelle des rêveurs.

« Des rêveurs ?

« Voyez ce que nous avons pu faire, en Prusse, de 1806 à 1813! Au temps où Gœthe chantait, nous avons relevé notre armée en moins de sept ans. On avait mal vu l'Allemagne, voilà tout. »

Après avoir interrogé cent personnes, consuls de tous pays, financiers, usiniers, négociants, fabricants, professeurs, publicistes, députés, sur ce sujet passionnant : « La Prospérité allemande et ses raisons », Je crois pouvoir résumer ainsi les opinions que J'ai recueillies sur les moyens de lutter à notre tour en vue de la pacifique victoire économique :

Commencer par exiger des jeunes gens qui se destinent au commerce qu’ils apprennent les langues étrangères, même les langues secondaires, comme le portugais, le roumain; les envoyer dans les pays nouveaux, en Afrique, en Australie, à Madagascar, au Mexique, en Argentine, et dans les pays de civilisa-

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tion inférieure, étudier les conditions du marché, les habitudes de crédit, les goûts, les exigences, les facons de traiter les affaires, y fonder des filiales; qu'ils reviennent en France avec des rapports, des échantillons, ayant établi des relations, se mettre alors à fabriquer, en ayant soin de ne pas imposer nos mœurs et nos préférences, mais de nous plier à celles des pays dont nous voulons capter la clientèle. IT ne faut pas s’en tenir là, il faut retourner au bout de quelques années dans ces pays, visiter les filiales, suivre l’évolution du marché.

Au lieu de cela, qu’avons-nous fait jusqu'à présent? Exactement le contraire. Ne bougeant pour ainsi dire pas de chez nous, quand les aflaires nous venaient, nous les refusions parce qu’elles ne cadraïent pas avec nos habitudes et nos préférences, nos préférences à nous, entendez bien. Faut-il donc nous étonner qu’au bout d’un siècle ou seulement d'un demi-siècle, un voisin plus avisé se soit installé partout où nous avons refusé d’aller ?

Tel est le point de vue purement pratique de la solution. Il s’agit de savoir comment on arrivera à ce résultat, Nous touchons ici au point le plus délicat de la question : l'éducation du peuple et de a bourgeoisie.

- C’est aux sociologues à en traiter.

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Le plus grand marchand de bêtes féroces du monde entier, — M. Hagenbeck, — Les éléphants aiment le gravier. — La panthère des neiges. — L’appétit des serpents de Bornéo, — Croisements inédits. — Résultats importants. — Un z00logue pratique. — Le Paradis terrestre reconstitué. — Animaux féroces en liberté. — Paysages polaires, paysages tropicaux. — 2,000 hommes font la chasse sur toute la pla= nète pour M. Hagenbeck. — Comment on dresse les bêtes féroces. — La douceur. — Le commerce des animaux, — L'intelligence des morses, — Voulez-vous un loup pour vos enfants ?

M. Hagenbeck, l’un des hommes les plus connus du monde entier, est le fameux marchand de bêtes féroces de Hambourg, qui compte parmi ses clients l’empereur d'Autriche, pour sa ménagerie de Schœnbrunn, le sultan de Turquie, l’empereur du Japon et des rajahs de l'Inde!

Par un bel après-midi de juin nous partimes pour cette nouvelle « île du docteur Moreau ». C’est aux environs de Hambourg, à l'endroit appelé Stellingen, au milieu de prairies et de champs patiemmentachetés un à un par Hagenbeck, que vivent ses pensionnaires.

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LE PARADIS TERRESTRE DE M. HAGENBECK 9239 * Une promenade d’une heure et demie à travers les : faubourgs de la grande cité, les routes bordées de haies, les petits hameaux aux rustiques maisons couvertes de chaume épais, aux toits si pointus qu’on | dirait des éteignoirs posés sur quatre murs bas, ét voici qu'apparaissent, au milieu de pâturages | herbus, quelques bisons, les uns paisibles comme de | i orands bœufs, les autres fonçant, tête baissée, contre un obstacle imaginaire; plus loin, un dromadaire file : | de son pas long et rapide, une laine souillée pendille ! et sautille à ses flancs, lamentable comme celle d'un matelas Crevé ; voici une vigogne qui semble couverte { L de varech, et tout près de nous une autruche à demi : 1 déplumée, si décrépite et si ridicule qu’on dirait une | très vieille ballerine aux jambes grêles, fatiguées, au Ï tutu fané et sale, Elle nous regarde à travers la clôture d'un air bête, puis sympathiquement se met à | i suivre par les champs, à grandes enjambées, la course E à de notre voiture, Au loin, des chevaux sauvages du 4 R Thibet et de Mongolie galopent éperdument, l'œil SEA | menaçant, la tête fière. 2

Des constructions de briques rouges apparaissent. Devant une grille, une foule patiente piétine : ouvriers, employés, mères de famille escortées d'enfants et de poupons dans leurs voiturettes. C’est dimanche, et pour 90 pfennigs, on vient de très loin se récréerchez Hagenbeck. De l’autre côté dela route, des cafés, conditore1, restaurations, les accueilleront à la sortie.

M. Hagenbeck nous attendait,

Cet homme, qui passe au milieu des lions, des tigres, des ours, des panthères et des loups comme un garçon de chenil parmi ses meutes, est un être charmant, poli et doux, Avec ses soixante-deux ans, ila

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