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Dantzig.
s’érige au milieu. Tout près, un homme est assis, un Polonais vêtu d'une blouse à ceinturon, botté, et coiffé d’une toque. C’est dans ces niches primitives qu'habitent, durant des mois, les conducteurs de trains et quelquefois leur famille.
On les appelle les « flissaki », pour la plupart ouvriers galiciens et polonais aux gages des grands marchands de bois. Leur tâche consiste à diriger le radeau au moyen des harpons, à éviter qu’il ne butte contre les rives ou les bateaux de rencontre. On les nourrit à bord, et ils ne gagnent guère plus de 90 à 60 francs par voyage, et ce voyage dure généralement de quatre à huit mois si le temps est beau, de dix à douze, s’il est mauvais. Dans cette butte, pourvue d'un poële de terre battue, le flissaki vit un peu comme un sauvage, de poisson salé et de pommes de terre qu'il arrose volontiers de vodka*.
Des forêts entières passent ainsi sous les yeux du riverain, un million d'arbres, sept cent mille sapins rouges, couchés et enchaînés comme des vaincus. Et on ne peut s'empêcher, par un réflexe élémentaire, de redresser vers le ciel ces fûts écorchés et démembrés, de leur restituer leur écorce, leurs branches et leurs feuilles et d'évoquer la forêt qu'ils furent. La sève circula dans leurs ramures pleines d’oiseaux, ces sapins bruirent, ces aulnes gémirent dans le brouillard, aux bords des marais, ces chênes chantérent gravement dans les hautes futaies. À l’automne les feuilles tombaient, l'hiver leurs branches se pliaient sous le poids de la neige qui dessinait des
4. Mlle Kæthe Schirmacher a publié au Musee social une très complète et très intéressante étude sur les travailleurs du bois à