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Une bonne cuisine : le Deutsches Haus. — Voisinage de la Russie, — Passage des troupes napoléoniennes. — Mornes plaines. — Un peu d'histoire. — Le tribunal criminel, — Le château. — Fidèle à ses habitudes, Napoléon a tout emporté. — Le conservaleur. — Une âme tendre. — La reine Louise. — Un buste de Napoléon, — La chambre de Guillaume IT. — Souvenir de Kant, — Pourquoi Kœnigsberg ne n’est pas développé. — Les quais. — Les fortifications. — L'Empereur n’a pas tenu sa promesse.
Kænigsberg est la ville d'Allemagne où l’on mange le mieux. Je devrais dire : où j'ai le mieux mangé. Et je dois cette‘réclame sincère au Deutsches Haus, et à son admirable cuisine bourgeoise qui, faisant suite aux horreurs qu’ilme fallut absorber à Dantzig, à Berlin, etc., etc., me raccommodèrent avec la cuisine allemande.
Mais pourquoi suis-je venu à Kœnigsberg? Geux à qui je parlais de ce voyage lointain s’en étonnaient :
— Qu’allez-vous y faire? Il n’y a rien...
Je répondais, avec la manie du collectionneur :
— C'est possible, mais 1l faut tout voir.
En vérité, j'y allais, je crois, parce que c’est le point Le plus éloigné de l'Allemagne, et que j'aime la
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sensation du lointain. Quand je suis en voyage, plus je m éloigne, plus mes sensalions s'aiguisent, et la violence de mon envie s’augmente d'avancer vers plus d'inconnu et plus d’étrangeté.
J'y suis donc venu, atüiré par le voisinage de la frontière russe et aussi par tous ces noms de batailles et de camps célèbres que je lisais sur les cartes affichées dans les wagons : Eylau, Friedland, Tilsitt, qui sont à quelques pas d'ici.
Et en passant devant les plaines mornes semées de lacs aussi nombreux et aussi rapprochés que les trous d'une écumoire, J'essayais de me représenter les soldats du premier Empire avec leurs schakos et leurs bonnets de police, trainant leurs bottes usées à travers ces forêls de sapins, ces champs stériles où poussent à grand'peine la betterave, la pomme de terre ou le blé. Je les entendais tour à tour chanter et se plaindre, selon le temps et selon les repas, comme s'1ls étaient là, comme si c'était hier. Ils parlaient de victoires, de pillages, d’aubaines, ou bien ils comptaient les lieues qui devaient les séparer de France ; ils parlaient des morts aussi, de leurs villages, de leurs familles, de leurs maladies et de leurs blessures, de leurs chefs, de Napoléon; ils maudissaient le Russe et le Prussien qui les avaient amenés là... Comme, en général, tout fuyait devant eux, ils voyaient peu de gens du pays en dehors des batailles et des entrées dans les villes, et, par ici, ils devaient confondre déjà la Prusse et la Russie.
Le ciel est bleu; des troupeaux de vaches, d’oies, quelques moutons — moins rares qu’alors — animent ces lieux mélancoliques. De temps en temps, un clocher, un moulin, un ruisseau. Dans un immense
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