‹ En AllemagneChapitre 174 sur 294 · AL · texte numérisé non relu

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(SUITE) CONTROVERSE Enseignement des écoles techniques. — Les hautes écoles

françaises. — Avis d’un polytechnicien. — Nous faisons des élèves brillants, non des spécialistes compétents. — Cinq diplômes-en un. — Le stage pratique. — Controverse. — Avis de M. Le Chatelier. — Le réalisme dans l'enseignement de la Littérature donne de mauvais résultats, — Plus de philo- Sophie. — Etudiants conservateurs. — Indifférence pour Îles idées. — Tous spécialistes. — Beaucoup de sous-officiers, peu d'officiers de la science. — Procès des concours. — Élèves de trente-cing ans, Claude Bernard, Pasteur, Magnan, Ranvier, non agrégés. — La Sorbonne. — Pauvreté de nos installations.

Un Américain disait devant moi d&as une réunion d'imdustriéls :

— Moi, je soutiens-que la supériorité du commerce et de l’industrie de l’AHemagne lui vient du progrès de ses écoles techniques depuis quinze ou vingt ans.

Car le réalisme que nous avons constaté dans l’enseignement de l’école primaire, on le retrouve poussé à ses dernières Hmites dans les écoles techniques

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allemandes. Surtout ici, il fait réfléchir... Essayons encore de comparer les méthodes.

Comment fait-on un ingénieur en France?

Un jeune Français fraîchement sorti de l'Ecole polytechnique, M. Arnou, que je rencontrai dans une ville industrielle de l'Ouest allemand où il travaillait depuis près d'un an comme ouvrier, me fit l'exposé de la question au double point de vue allemand et français.

Voici en quels termes :

— Le jeune homme qui sort du lycée où il a étudié les sciences, se présente, selon sa plus ou moins grande valeur mathématique, à l’École polytechnique, à l'École des mines, à l’École centrale, etc., etc. Il est reçu. Il n’a jusqu'ici fait que des mathématiques pures ou appliquées. Entre-t-il à l’École polytechnique, il continue pendant deux ans l’étude des sciences abstraites. Puis viennent les études techniques proprement dites. Ici nous touchons à l'erreur la plus importante de nos programmes. À l'École centrale, par exemple, type pourtant de l’école pratique, les chimistes, les constructeurs, les métallurgistes suivent tous les mêmes cours. De même qu’à l'Ecole des mines on enseigne à tous les élèves, et de la même facon, la métallurgie, la géologie, la docimasie, l'exploitation des mines et des chemins de fer.

« En Allemagne, le jeune homme, muni de son diplôme de fin d’études et désireux d’embrasser la carrière industrielle, commence en général par faire un stage pratique d’une année dans une usine ou fabrique où il travaille comme ouvrier, puis il entre dans une école technique, y étudie pendant deux ans les sciences mathématiques et physico-chimiques, et

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subit alors un premier examen. Les deux années sui-

vantes sont consacrées aux sciences appliquées, et l'étudiant suivra des cours différents, suivant qu’il se destine à la métallurgie, aux mines, à l'architecture ou à la construction des machines. Autrement dit, un diplôme d'ingénieur des arts et manufactures, en France, correspond à quatre el cinq diplômes d’une des écoles techniques allemandes. On ne peut soutenir pourtant que la compétence de l'ingénieur français équivaudra à celle de cinq spécialistes allemands! Son esprit aura embrassé beaucoup de choses, mais il est certain qu'il ne les connaîtra que superficiellement,

€ Faut-il cependant condamner l'éducation fran-

çaise qui donne une part considérable à l'étude des sciences générales? Un de nos plus éminents professeurs, M. Le Chatelier, devant les élèves de l’École des mines de Liège, a for tement parlé sur cette quesion. Parlant de l'importance de la culture scientifique, il a montré comment l’empirisme conduit à des conclusions fausses.

€ — L'homme qui n’est qu "expérimenté, a-t-1l dit, ne vaut que par le nombre d'expériences qu’il a Vues; celui qui reçul une éducation scientifique suffi- Sante saura diagnostiquer, même dans les cas qu’il ne connait pas.

€ On discute souvent, dit M. Le Chatelier, sur le choix des matières devant entrer dans l’enseignement destiné à former des ingénieurs. Sans aucun doute possible, le premier rang doit être occupé par les sciences générales. L’utilité d’entrer dans le détail des diverses industries est très controversée. De toute évidence, la pratique s’apprend infiniment mieux et infiniment plus vite dans les usines que dans les

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écoles... Mais ce qu’il faut développer avant tout, c’est l’esprit critique, l'habitude de se rendre compte des causes d'erreur et de chercher soi-même le moyen de:les éviter. »

— ]l y a pourtant dans notre système une anomalie criante d’où résulte, au fond, la véritable infériorité de nos jeunes ingénieurs. Beaucoup d’entre eux sortent de l’école sans avoir vu de près une usine métallurgique ou un atelier de construction. Certains ingénieurs des arts ct manufactures ‘deviennent ingénieurs des mines sans être jamais descendus sous terre! L'Allemagne a voulu éviter à tout prix cette erreur et cette faiblesse. Le jeune homme qui se destine à une branche quelconque de l'mdustrie doit travailler un an « comme ouvrier » avant de commencer ses études. Futur métallurgiste, il aidera à la charge et à la coulée des fours après avoir fait au laboratoire les analyses qui peuvent se présenter; constructeur, il apprendra à manier la lime, à ajuster, à monter. Enfin et par-dessus tout, il vivra pendant un assez long temps de la vie de ceux qu'il aura à commander plus tard; 1l connaîtra leurs sujets de mécontentement, les moyens d'y répondre.

« On ne saurait nier que voilà une mesure excellente, indispensable; une seule chose est discutable ce stage doit-1l se faire avant, pendant ou après les études? En Ft ‘ance, On a pensé qu'il serait possible

de le placer au cours des vacances. À l’École des mines, après la première année, les élèves sont astreints à faire un stage de deux mois dans une mine ou une usine métallurgique ; chaque année, leurs vacances sont assez longues pour leur permettre de tels travaux pratiques; mais cette mesure sage manque le

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