‹ En AllemagneChapitre 23 sur 294 · ST D AE · texte numérisé non relu

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et j'avais couru dans quelques bureaux officiels de Schwérin et de Rostock, pour obtenir en même temps des éclaircissements détaillés sur le régime du Mecklembourg. J’y avais rencontré la plus grande complaisance de la part des gens à qui je m’adressas. Îl s’en trouvait même qui eussent particulièrement Lenu à me renseigner, mais tout le monde ignoralt les choses que je voulais savoir. C’est comme si j'avais demandé, dans une école primaire, des révélations intimes sur l’histoire des Étrusques.

— Quelles sont, au juste, les attributions du Landtag ? |

Le haut fonctionnaire me regardait avec des yeux vides, hochait la tête, cherchait un instant, et me répondait :

Je ne Sais pas... Au fond, il n’a aucun pouvoir, je crois.

Finalement, de bric et de broc, en m’aidant d’une brochure parue autrefois à Leipzig, je finis par me rendre compte qu’en effet le Landtag n’était là que pour affirmer l'existence et le pouvoir des « chevaliers » et pour empêcher de grever trop lourdement les terres seigneuriales.

Ce Landtag est convoqué quatre semaines à l’avance. Le souverain s'y faitreprésenter par des commissaires qui, généralement, ne collaborent pas aux délibératons. Les rapports entre le souverain et le Landtag n'ont lieu que par écritures. Les propositions du sou: vérain Sont soumises manuscrites au Landtag et les avis de celui-ci transmis de même au souverain. La présidence et la direction des débats sont confiées à un directoire où figurent trois maréchaux, huit préfets et un député de la ville de Rostock. Ce directoire,

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composé de membres de la noblesse (sauf le député de Rostock), peut élaguer comme « anticonstitutionnelles » les propositions qui lui déplaisent. En fait, 4 use de ce droit. Le vote a lieu par tête, à moins qu'un des États ne s’y oppose. Dans les affaires qui n’intéressent qu'un des États, les autres n’ont pas droit de vote.

En cas de conflit avec la Couronne, celle-ci peut provoquer un nouvel examen par les États de l'objet en question. Comme le souverain n'a pas le droit de dissoudre le Landtag, il ne lui reste plus, si cejui-ci persiste dans sa volonté, qu'à rechercher un arrangement à l’amiable. Il s’arme généralement de patience. Un jour, où n’assistent à la séance que quelques membres amis, il plaït au gouvernement de soumettre un projet de loi à la Diète, 1l est voté d'emblée, ou du moins l'avis favorable est enlevé. C’est fini. Mais un autre jour une loi n’a pas l’agrément de la Diète, le gouvernement la représente le lendemain, le surlendemain et les jours suivants, jusqu’au jour attendu où l’assemblée ne se compose que de quelques amis dévoués.

Il n'existe aucun règlement intérieur pour le Landtag.

Là, pas de bureau, pas d'ordre du jour, pas de quo-

um, pas d'inscription d’orateur, pas même de sièges

pour s'asseoir, les délibérations se font en se prome-

nant, chacun parle quand il veut, tous parlent en-

semble si cela leur plaît, et le vote a lieu au hasard des rencontres.

Au cours de ses séances, il ne s'occupe que des questions d'impôts et de finances. J'ai eu sous les veux le résumé de ses travaux pendant une session.

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Et les débats les plus intéressants équivalent à ceux d'un conseil d'arrondissement d’un petit département des Alpes.

Une fois un membre se plaint qu'à Pautomne le nombre des wagons qui servent au trafic commercial est trop restreint, et l'assemblée prie « humblement » le commissaire des chemins de fer d'examiner s'il n'y aurait pas lieu de..…., etc.

Un autre jour, la Diète répartit les fonds votés il y a dix ans pour les routes et les chemins de fer. Car c'est ainsi. Le grand-duc n'entend pas que chaque année les chiffres du budget soient remis en question. IL fait voter les dépenses pour cinq, dix ans, à sa convenance.

Ou bien la Diète propose que le reliquat de lintérêt de la part du Mecklembourg dans l'indemnité de 5 milliards payée en 4870 par la France soit aflecté au service des routes.

Mais, de quoi qu'il s’occupe, — et on voit que ce n’est pas de grand’chose, — le Landtag ne peut rien décider. Seules les ordonnances grand-ducales ont force de loi.

Le domaine du souverain comprend les deux cinquièmes de tout le pays. Le revenu entre tout entier dans les caisses ducales, à charge pour le grand-duc de couvrir les frais du gouvernement et de la maison princière. Les domaines de la Couronne sont inaliénables. Ils sont loués à ferme aux paysans qui ne peuvent céder leurs fermages qu'avec l'agrément du souverain. Celui-ci a le droit de préemption.

Que fait le grand-duc de ces revenus ? En pratique,

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il les emploie, dit-on, à l'administration du Mecklembourg. Mais quelle preuve, quelle garantie en ont ses sujets? Aucun budget ni compte administratif n’est jamais publié, car rien ne F oblige à justifier de l’emploi des impôts votés. J'ai cherché par RL pendant mon séjour à Schwérin et à Rostock, savoir à combien se monte ce que, dans les a monarchiques ordinaires, on appelle la liste civile des souverains. J'ai interrogé un député; j’ai interrogé le receveur général du grand-duché; j'ai interrogé, par l'intermédiaire de son cousin, un conseiller des finances de Schwérin... et je n’ai rien pu apprendre touchant ce point élémentaire des finances de l'État. À la fin, cette course aux renseignements devenait comique. Je m’y acharnais.

« 1l n'est pas possible, me disais-je, que personne, dans le pays, ne puisse m'évaluer le revenu du grandduché. » Je fus même aux Archives.

— Seriez-vous assez aimable de me dire, fis-je à l’archiviste, à combien se monte la part que le grandduc conserve pour ses besoins particuliers sur le total des revenus de l'État?

L’aimable homme me regarda, étonné, hocha la tête d’un air innocent et dit :

— Je ne le sais pas.

Gomme je m'étonnais de cette ignorance, il réfléchit un instant, puis ajouta :

— Mais cela n’intéresse personne! D'ailleurs, les recettes du budget elles-mêmes ne sont pas connues. Au Landtag on en a quelque vague notion, mais rien n’est imprimé et rien n’est publié, Et puis, il y a dans le Mecklembourg trois sortes de caisses où les contribuables payent leurs impôts et les fermiers leurs

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