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Ce sont des paysannes polonaises; elles furent célébrer dans un village voisin lanniversaire d'un des nombreux saints qui réclament d’elles offrandes et prières. Maintenant elles vont rendre visite à quelque parent, là-bas, dans un hameau lointain. Comme nous, elles ont déjeuné de saucisse à l'ail et de fromage blanc, unique menu de lauberge de l'Étoile d'Or, et les voilà parties, alertes, faisant dandiner d’un mouvement régulier de la hanche leur ample jupe courte, qu’on dirait bombée par une crinoline. Leurs cheveux lisses, bien pommadés, parlavés en bandeaux sous des béguins de tulle, sont piqués de minuscules roses entrelacées de feuillage. Un coller de fausses perles attaché derrière le cou par un large nœud rose et une collerette empesée achëventde leur donner l’air apprêté de poupées de vitrines.
Rien n’a été épargné pour faire de Golentschewo un village modèle. D’ensemble, ses fermes sont bien la reproduction agrandie des modèles de carton-pâte admirés aux expositions d'architecture. Et les intérieurs mériteraient, eux aussi, les premières récompenses du jury le plus exigeant.
Le premier que nous visitons est celui d’un jeune ménage de paysan assez fortuné installé dans le viilage depuis sa fondation. Une femme jolie, à la figure ronde, ouverte et rieuse, nous en fait les honneurs.
— Quand nous arrivâmes ici, nous explique-t-elle, peu de temps après notre mariage, nous achetâmes éette maison et les granges voisines pour 8,200 marks et louâmes 16 hectares de terres, moyennant
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570 marks par an. Il fallut monter la ferme, acheter deux vaches, six veaux, dix-sept petits cochons et deux chevaux.
Elle nous fait pénétrer dans l’étable fort bien aménasée et tenue, désireuse de nous voir admirer ses bêtes. |
— Maintenant, tout marche bien, fait-eile, la orange est pleine, le jardin fournit de bons légumes, les bêtes n’ont pas de maladies, et les deux enfants de trois et sept ans ne donnent pas de soucis. Mars 1] faut travailler, ajoute-t-elle avec un bon rire.
Toujours souriante, elle nous montre sa cuisine très propre; un g rand fourneau de briques aux parois couvertes de cérai nique jaune occupe un coin de la pièce ; dans le buffet de pitchpin aux rayons ornés de papier de dentelle, une collection de pots et une vais- | selle fleurie; sur les murs s’aligne avec ordre une à batterie de cuisine de fonte ématblée. Voici le salon : | canapé et fauteuils de peluche rouge où s'étalent des coussins moelleux, guéridon de n Loyer Ciré, console surmontée d’une glace, étincelant service à thé nickelé, doubles rideaux rouges à galons d'or, et sur les étasères toute la bibeloterie de nos satons bourgeots. Puis les deux chambres badigeonnées de bleu avec lits, armoire à glace, lavabo, machine à coudre, coquet berceau d’enfant, et aux murs des devises morales de broderies rouges sur toile blanche. Cest propre et confortable; on se croirait dans la maison d’un de nos petits rentiers aisés.
Même installation chez le voisin, un Hongrois d’origine allemande, qui demeure là depuis un an et demi seulement. Sa maison lui a eoûté 8,000 marks etil paye un loyer annuel de 600 marks pour 68 mor-
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gen de terre”. IE vit seul, sa femme étant malade et soignée à l'hôpital de Posen, et n'a point d'enfants. Maison parfaitement tenue, cuisine proprette, petit salon au tapis de sparterie, meublé de chaises et fauteuils en bois tourné. Sur la table, couverte d’un châle hongrois multicolore, un grand bouquet de coquelicots et des livres : géogr aphie de l’Europe, histoire, atlas des plus complets, etc; etc.
[! nous dit l'emploi de ses Journées.
— À cinq heures, chaque jour, je suis debout. Je déjeune d'un peu de café et de pain blanc sans beurre — Îles paysans hongrois croient que le beurre est mauvais pour Île travail, — et je me mets à l'ouvrage jusqu’à huit heures. Alors, je mange des pommes de terre, et Je retravaille toute la Journée en m'’arrêtant un peu à midi pour le repas.
Je veux savoir de quoi il se nourrit :
— De viande deux fois par jour, de porc salé, car les autres coûtent trop cher, et aussi de bonne goulasch assaisonnée de paprika.
Dans la chambre, il nous montre sa photographie en soldat hongrois — car Sa naturalisation est récente (sa famille avait quitté lPAllemagne depuis 1783, au temps de Marie-Thérèse), une carte postale du Parlement hongrois à Budapest, qui voisine avec les portraits du prince impérial d'Allemagne et de son frère Eitel. Puis il nous fait traverser la salle de provisions, très propre, et nous montons au premier voir la récolte de blé et de seigle. Il estime sa moïisson entière à 4,000 marks; ses jambons, il les
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