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mée, de la colonisation, des assurances ouvrières, des postes et télégraphes, de la législation en matière civile, criminelle et commerciale, de la presse, elc., elc.
Je répliquai :
— Mais le vote des impôts, leur répartition, le régime des écoles, les relations avec les Eglises, le mode de votation, ici public et là secret, chez vous l’absence de suffrage, l’omnipotence des « chevaliers » et du souverain, les droits des communes et par conséquent des habitants, c’est-à-dire, en somme, toute la vie intime d’un pays, ce qui décide de son progrès ou de son retard, tout cela est de la compétence des Landiags : or, le vôtre est aujourd’hui ce qu'il fut en 1528...
— Qui, fit mon interlocuteur. Et il est vrai aussi qu'il y a soixante ans à peine les Mecklembourgeois n étaient pas forcés de se marier à la mairie, la cérémonie religieuse suffisait.
J'ai cherché en vain, je dois le dire, chez les quelques bourgeois rencontrés à Schwérin et à Rostock, une trace d'esprit républicain. Je n’en ai pas trouvé l'ombre. Ceux qui ont de pareilles idées — s’il y en a — ont bien’garde de les montrer.
L'un d’eux s’est enhardi jusqu’à me dire :
— Îl faut avouer que, pour gouverner un peuple de 600,000 âmes, vingt ans, c’est un peu jeune...
(Le grand-duc régnant, aujourd’hui âgé de vingtcinq ans, gouverne seul depuis cinq ans.)
Telle est la réflexion la plus révolutionnaire que j aie enregistrée,
Le grand-duc Frédéric-Franz IY peut dormir tranquille pendant quelque temps encore.
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Une devise aventureuse. — Les vrais Saxons, et les autres. — Les descendants de Harold et de Tosti. — Psychologie. — Brême. — La ville. — Les Brêémois ne vont pas au théâtre. — 312 sociétés pour 200,000 habitants. — L'Empereur au Ratskeller, — Un tonneau historique, — 30,000, boutelles bues par les Français. — Gout des Brémois pour les fleurs et les promenades publiques. — Grosses fortunes. — Impôts. — La fierté brémoise. — Un beau Claude Monet. = Lutte séculaire contre la nature. — La Weser. — Mouvement des affaires. — Bremerhafen, — Le Lloyd. — Visite à l’économat. — Trousseaux imposants. — Les provisions dun transatlantique. — Émigration. — L'École des marins. — Le Kaiser Wilhelm IT.
€ Il est nécessaire de naviguer, non de vivre » (Navigare necesse est, vivere non 6sl necesse) : telle est la devise d’une des plus vaillantes cités de l'Allemagne du Nord, la plus vaillante peut-être. Cette devise est bien celle qui devait plaire aux descendants de ces Saxons hardis qui remontaient la Seine dans leurs bateaux de cuir à deux voiles et allaient inquiéter Charlemagne jusque sous les fenêtres de son palais ; etce devait être surtout le motto idéal de ceux qui
conquirent les côtes neustriennes et envahirent l'île
de Bretagne.
Car c’est d’ici, de ces rives frisonnes aussi bien que des baies du Jutland et des fjords de Scandinavie, que s’élancèrent les Angles, les Jutes et les Frisons affamés et féroces, aux premiers siècles de notre histoire européenne.
— Nous sommes les vrais Saxons, nous autres, disent fièrement les Brêmois; nos frères sont les Anglais. Quant à ces bâtards de la Saxe d’aujourd’hui, aucune parenté ne les unit à nous. Ils sont hypocrites et menteurs, Sourient toujours pour mieux tromper, et leur politesse n’est que de la platitude. C’est une race basse et détestable, mélangée de Slaves. Grâce à eux l'Allemand a l'air de mériter cette réputation de fausseté et d’obséquiosité que l’on nous fait. D'ailleurs, la race est vilaine, petite de taille, à la tête étroite, au teint terreux, tout à fait antipathique.
Les gens de Brême n’ont aucun de ces signes de caractère. La franchise de leur orgueil ne les rend-elle pas un peu injustes envers les gens de Dresde et de Leipzig? Nous le rechercherons plus tard. Toujours est-1l que beaucoup de ceux qu’on rencontre, par leurs traits énergiques et anguleux, leur poil blond ou roux, leurs dents de carnassiers, leurs longs pieds, leur pas allongé et élastique — très différent de celui de l'Allemand, — sont bien des Anglais. Je revois le chef de gare de Sagehorn, près de Brême, qui, avec sa moustache en queue de sapajou et sa barbiche couleur de flamme, pourrait bien descendre directement de Harold ou de Tosti, : sonirère féroce. |
Froids et distants comme des Anglais avec ceux qu'ils ne connaissent pas, très retirés dans leurs
familles, on dirait une colonie d’aristocrates orgueilleux mais demeurés actifs, oubliés là par leurs ancêtres et qui, au milieu de cousins plus grossiers, se sont attachés à conserver dans leur intégralité les signes de la race.
Ayant toujours été libres dans les siècles passés, ces Frisons ont l’âme républicaine. Leur devise était : « Mort plutôt qu’esclave! » [solés comme des insulaires au milieu de leurs tourbières mouvantes, constamment en lutte contre la mer envahissante, le climat rude et humide, ils ont confiance en eux-mêmes, mais ne s occupent que d'eux.
Les signes héréditaires, particulièrement l’énergie âpre et la ténacité, sont, en eflet, demeurés extrèmement vivaces sur cette frontière frisonne. Mais lafureur combative, la férocité sanguinaire et presque cannibalesque se sont transformées en une passion commer-
clale qui va jusqu’au génie.
Brême n’est pas une ville extrêmement animée. Son activité ressemble à celle d’une ménagère silencieuse et bourrue, chaussée de chaussons de feutre, qu’on n’entend pas et qu’on voit à peine. C'est peutêtre que le port principal se trouve à Bremerhafen. Mais là non plus, l’animation n’est pas du tout proportionnée à l’importance du trafic. La disposition des voies ferrées, des entrepôts, l'outillage du port hbre et des quais, sont si parfaits, si adéquats à leur fonction qu'on est arrivé à simplifier jusqu’au minimum la main-d'œuvre et l’effort humain. Quant aux arma-
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