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seurs allemands, MM. Georges Berger, Loog, Kœnnemann, Miehle, Stephan, Butler, un fin lettré d’origine irlandaise, qui parle le français comme un Parisien. J'avais été accueilli avec la meilleure grâce à la table, Der Ovale, qui leur appartient en propre, et où nul quidam n’a le droit de s'asseoir, aux heures choisies par eux, comme c’est la coutume dans les brasseries allemandes.
Pendant deux heures, je pus causer à l'aise avec ces messieurs. Vous pensez que je leur posait des interrogations sans fin, et leur poussai toutes Ies « colles » possibles. Les professeurs parlaient peu, par crainte — on aurait dit — de formuler des opinions trop timides. J’ai tiré parti de celte conversation, dans les chapitres précédents, surtout des idées de mon confrère M. Welcker, un fougueux Wurtembergeois, que je trouvai plus prussien et plus intransigeant que les Prussiens eux-mêmes.
Je le lui dis.
— Ge n’est pas une question prussienne, me répondit-il avec feu, c’est une question allemande qui intéresse la race germanique tout entière. Il s’agit de savoir lequel sera mangé par l’autre.
C'est lui qui me dit aussi :
— Le réveil polonais est l’œuvre des écoles prussiennes, de la presse polonaise, du catholicisme romain et de la longanimité allemande. Le paysan polonais est, au fond, très content de la domination prussienne. Il sait faire la différence entre sa misère d'autrefois et son aisance relative d'aujourd'hui, et
H sait bien qu’il ne doit pas l'amélioration de son
sort aux aristocrates égoistes et phraseurs qui le poussent à la haine de l'Allemagne.
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— Vous ne croyez pas sérieusement à leur idée de reconstituer un royaume de Pologne?
— Je crois parfaitement qu'ils ont cétte idée absurde, répondit avec force M. Welcker. Et ils ne se contentent pas, les gourmands, de rêver d’un royaume terrien comme celui qu’ils avaient autrefois, ils vont vers la mer! Leur infériorité, selon eux, fut de n'avoir pas eu de littoral par où des alliés eussent pu les secourir : ils rêvent donc de poloniser la Poméranie, la Prusse orientale et la Prusse occidentale, et leur propagande va presque de Stettin à Kœnigsberg.
— Et votre conclusion ? lui demandai-Je.
[Î frappa sur la table d’un poing énergique, les yeux brillants derrière le binocle, et s'écria :
— Notre plus grand tort fut d'attendre trop longtemps à sévir contre les meneurs antiallemands et de croire à l’action du temps. À présent, une seule politique est possible. Il faut les étrangler, ou bien qu'ils deviennent Prussiens !
Puis il leva son verreet dit en polonais, ce qui nous fit tous rire :
— Na zdrowie panou ! (A votre santé |!)
Le jour de mon départ, en me rendant tranquillement à pied à la gare de Posen, je passai devant une grande place ensoleillée où un marché populaire s'était tenu le matin. Des femmes et des enfants pieds nus ramassaient des légumes et des fruits abandonnés avec les détritus. Habillées de larges jupes à mille plis, des paysannes polonaises achevaient de ficeler leurs paniers; la plupart étaient enceintes, et leur 39,
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