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M. de Bülow m'avait écouté avec un intérêt souriant :
— Je ne veux certes pas critiquer votre politique coloniale, me dit-il, mais je ne peux m'empêcher de la comparer à celle de l'Angleterre qui, elle, ouvre toutes grandes les portes derrière elle, et pratique avec munificence ce que vous venez d'appeler la colo. £E nisation altruiste. En France, vous paraissez continuer *
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dons ne valent pas celles des autres, il est vrai, mais
les traditions coloniales du xvur° siècle, système propriétaire, hermétiquement clos à l'étranger. Un nouveau courant semble, en effet, prévaloir dans les esprits. A-1-1} quelque chance d’ influencer vos traditions ? Je l’ignore.
— Philosophiquement, demandai-je encore sans transition — car nous revenions et la promenade touchait à sa fin, — est-il rationnel de croire qu'il y aura toujours des guerres ? Si la eivilisauon s’est toujours faite jusqu'à aujourd hui par la guerre, ne peut-on espérer qu'il arrivera un Jour où une humanité améliorée se refusera au règlement meurtrier des conflits”?
— Demandez à l’oracle de Delphes! s’écria gaiement M. de Bülow en levant son index en Pair.
— En tout cas, les guerres ne deviendront-elles pas de plus en plus rares, n'ayant alors pour but que de faire entrer dans le concert de la civilisation des peuples nouveaux ?
— Je vois que les intérêts des peuples vont, en effet, en se solidarisant, que le moindre trouble dans un pays a sa répercussion dans tous les autres. On peut, par conséquent, croire que les guerres se feront de plus en plus rares. L'Allemagne est bien à son aise pour parler de paix puisque, presque seule en Europe, elle n’a pas eu de guerre depuis trente-sept ans,
et que tous ses voisins se sont terriblement battus en
Asie et en Afrique. Je ne parle pas de la campagne
contre les Herreros, qui ne fut que la répression d'un soulèvement. Vous faisiez allusion tout à l'heure à
notre politique d'expansion coloniale et maritime. Or,
è nous ne voulons pas nous « épandre ». Nous n'avons
pas beaucoup de colonies et celles que nous possé-
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nous n’en désirons pas davantage. Quant à notre marine, nous ne l’augmentons pas pour nous battre,
fe à LE mais pour protéger notre commerce, pour pouvoir MEN | : montrer notre pavillon sur Îles points éloignés du | ETES k olobe où prospérent nos affaires. La vôtre ne vous | HR \ a-t-elle pas servi plusieurs fois pour régler vos | ‘HE k comptes avec un débiteur récalcitrant?
fl À à — Cette paix de trente-sepl ans, dont l’Allema- | Aa one se vante, n'est-elle pas un peu due au hasard? | Los Le. Elle aurait pu ne pas être. Et na-t-on pas raison de À HR | chercher à prendre des mesures plus efficaces que le 4. ; hasard pour que la paix continue ? Ne peut-on 1ma- 1 EE LE giner raisonnablement une Europe unie, comparable MUR EE D | aux Amphictyonies de la Grèce, el qui se dresserait À CHERS tout entière contre une Asie menaçante; par exemple? | ‘1 Fe — Je ne crois pas au péril jaune, fit le prince de Ë DE | Büulow. Les Japonais sont des gens trop Sages ettrop 1! MARNE Ÿ sérieux pour songer à MeENnacer l’Europe. | TL : — En attendant, ils ont l'air de s essayer sur lAmé- 1 RE 0 rique. Après avoir battu les Russes, s'ils battaientles | DU Américains, cela ferait un peuple singulièrement dan- ! Fe gereux.…. | EE - __ Non, non, protesta le Chancelier. Vous verrez | E : qu'il n’y aura rien. Le Japon est prudent, el j'ai vu | ec: que déjà l'ambassadeur japonais à Washington avait À sn fait les déclarations les plus rassurantes. Ë
& À . — Mais la Chine, la Chine qui s'’arme et qui pourra
His peut-être un jour jeter sur l'Europe des dizaines de
Se millions d'hommes... |
= M. de Bülow souriait : —— — Je ne les vois pas encore à Angoulême ni à Mag- +?
debourg… À