SUITE) SAN PAULI — UNE MAISON DE CORRECTION
rs Le faubourg hambourgeoïs, vu le soir, — Promiscuité des hon- | nêtes matrones et des filles. — Décence. — Promenade en | tous endroits. — Les chevaux allemands boivent aussi de la bière. — Prosit! — Bals, cafés-concerts, sous-sols, bars. — O nuit d'amour! — Revenus honnêtes d'un métier douteux. LE == Une maison de correction grande ouverte. — Régime des Ii enfants. — Fils de princes et fils de prolétaires. — Régé- #4 nération par l’agriculture et les métiers manuels. — Comment les pasteurs comprennent l'éducation de leurs propres
enfants.
Qu'est-ce donc que ce San Pauli tout « brülant de vices et de lumières »? ce faubourg de Hambourg où s’enivrent, m'avait-on dit, les dix mille matelots du port colossal? Un boulevard et des rues adjacentes, grouillants, en eflet, de tavernes et de bars, une sorte de boulevard de Clichy beaucoup plus large, plus éclairé, plus traversé de tramways électriques, mais moins crapuleux et sentant moins le couteau. Au lieu de l'Enfer, du Giel et autres boîtes
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semblables, des brasseries avec des chœurs de Tyroliens et de Tyroliennes ou des orchestres de faux (ziganes; mais ce sont les mêmes filles aux mêmes terrasses encombrées, avec cette différence que, mêlées aux prostituées, on voit de respectables bourgeoises en cheveux blancs, égarées là, et ne se rendant pas compte de la qualité de leur voisinage. J’ai souvent observé ailleurs cette promiscuité qui s'explique par la naïveté et l’innocence des femmes allemandes à cet égard, par la bonne attitude des filles qui, au lieu de faire étalage de leur profession, la cachent du mieux qu’elles peuvent. Elles affectent, quand elles se trouvent mêlées à des bourgeoises, une réserve, une raideur qui n’ont plus rien de commun avec le naturel et le laïsser-aller de l’Allemande. Elles se font même remarquer par leur excès de tenue qui devient alors leur enseigne !
Je suis entré dans un café dont les lumières flamboyaient, brasserie populaire, remplie d'ouvriers, de commis, de matelots, qui n'avait pas du tout cet air canaille et débraillé dont on se sent choqué à Grenelle ou à Montmartre dans un établissement du même ordre. Du monde, mais aucune animation. Gens tranquilles, la plupart blonds, habillés simplement, avec propreté, coiffés du feutre mou ou du feutre dur, et qui, les jambes croisées devant leurs tables, une main dans la poche, ressemblaient à des paysans endimanchés; leurs yeux calmes ne quitiaient pas l’estrade où quelques misérables Hongroises, en robes de calicot rouge à fleurs, bordées d’une large et grossière ganse dorée qui se croisait sur la poitrine, chantaient et dansaient au son d’un petit orchestre tzigane.
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J'ai pénétré aussi dans un € hippodrome », c'est dire dans une cave où l’on avait aménagé une pelile piste de terre battue autour de laquelle des buveurs de bière, les coudes sur des nappes bleues et sales, regardaient quelques chevaux étiques errant dans ce cirque minuscule. luit bôtes sellées attendaient les clients qui, ce soir, boudaient, Un orgue Méca nique jouait sans cesse. Les maigres antmaux n'ayant rien à faire tournaient librement et « demandaient» à boire en tendant leurs bouches dont le: orandes mächoires se séparaient comme pour rire, Des rigolos M versuient la bière des bocks; celle boisson semblait plaire beaucoup aux bôtes, car qui n'aime pas la bière en Allemagne? Comme les mendiants aux terrasses des cafés, quand 1ls avaient obtenu ce qu'ils voulaient à une table, les chevaux passaient à une autre. Les rigolos en disant : « Prosit »° recormmencaient la même plaisanterie. Les chevaux, dont la tète grave et le mutisme évoquaient l'idée d'animaux nobles, dans ce sous-s01 mal éclairé, avalant coup sur coup des boissons lfermentées, faienient l'effet attristant, grâce à la familiarité dépradante de farceurs, d'êtres dégénérés, vicieux el
ridicules, échoués là.
Encore un bal d'employés et de petites cou tu-
rières : tout y est correct el froid, comme dans un bal de cour. Les jeunes gens et les jeunes files — cela crève les veux viennent ici pour faire du spork,
Quelqu'un qui entrerait avec l’idée de s'amuser et de rire y serait fort mal vu el, je pense, vite reconduit